
HOLD-UP, réalisé par Alexandre Arcady, disponible en Blu-ray le 3 juin 2026 chez Studiocanal.
Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Kim Cattrall, Guy Marchand, Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Jean-Claude de Goros, Tex Konig, Raymond Aquilon…
Scénario : Alexandre Arcady, Daniel Saint-Hamont & Francis Veber, d’après le roman Quick Change de Jay Cronley
Photographie : Richard Ciupka
Musique : Serge Franklin
Durée : 1h53
Date de sortie initiale : 1985
LE FILM
Afin de dévaliser une grande banque à Montréal, un voleur professionnel décide de se déguiser en clown. Grâce à deux complices à l’intérieur de la banque, il réussit son coup. Pourtant, alors qu’il croyait que le plus dur était fait, les ennuis vont s’amonceler.

Au début des années 1980, le succès est toujours au rendez-vous pour Jean-Paul Belmondo. Le Guignolo (2,9 millions d’entrées), Le Professionnel (5,2 millions), L’As des as (5,5 millions), Le Marginal (4,9 millions), Les Morfalous (3,6 millions) et Joyeuses Pâques (3,4 millions) confirment encore l’engouement des spectateurs pour Bebel. En 1985, le comédien rompt son association avec René Chateau au moment du tournage de Joyeuses Pâques. C’est un nouveau départ pour la star du cinéma français. C’est là que déboule le scénario de Hold-up, adaptation du roman Quick Change (publié en français sous le titre La Java des loquedus en 1982) de Jay Cronley, co-écrit par Alexandre Arcady et Daniel Saint-Hamont, qui avaient signé Le Grand Pardon (1981) et Le Grand Carnaval (1983). Belmondo se voit proposer Hold-up par Alexandre Mnouchkine, mais l’acteur demande de nombreuses modifications, trouvant que son personnage disparaît quelque peu dans la deuxième partie. C’est là que Francis Veber, qui sort du triomphe de La Chèvre, débarque, remanie le scénario, ajoute quelques mots d’auteur, ainsi qu’une nouvelle dynamique à l’ensemble. Cela n’était pas arrivé depuis 1977 avec L’Animal de Claude Zidi, Jean-Paul Belmondo se voit diriger pour la première fois par un autre metteur en scène que Georges Lautner, Henri Verneuil, Jacques Deray et Gérard Oury qui l’ont tous fait tourner précédemment à plusieurs reprises. Résultat des courses, Hold-up est une comédie policière et d’action rudement menée, dépaysante avec son décor canadien, la présence de la divine Kim Cattrall, tout juste sortie du carton planétaire de Police Academy de Hugh Wilson et avant Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin – Big Trouble in Little China de John Carpenter. L’auteur de ces mots conserve une immense affection pour Hold-up, l’un des films avec Belmondo qui a sûrement tourné le plus dans le magnétoscope quand il était gamin. Aujourd’hui encore, le plus grand succès au box-office d’Alexandre Arcady demeure un savoureux divertissement dans lequel Bebel semble prendre beaucoup de plaisir à se déguiser, à donner la réplique à Guy Marchand, à jouer le gentleman braqueur avec sa belle partenaire canadienne et à s’adonner à quelques cascades, qui seront d’ailleurs parmi les dernières de son illustre carrière.



À Montréal, Grimm, un voyou au grand cœur, et son vieil ami Georges effectuent après une longue préparation un hold-up à la Banque Intercontinentale du Canada. Grimm se déguise en clown et Georges se fond parmi les otages. Le plan se déroule comme prévu : Grimm, avec beaucoup de malice, arrive à faire libérer ses deux complices et à sortir de la banque déguisé en grand-père au nez et à la barbe du commissaire Simon Labrosse et de la police cernant les lieux. La deuxième complice est Lise, la petite amie de Georges qui a réussi à dissimuler le butin dans un faux ventre de femme enceinte. Alors qu’ils sont en route pour l’aéroport, Lasky, un encombrant « ami » de Grimm et de Georges, mais aussi la police, informée de la supercherie de Grimm, compromettent le départ du petit groupe vers Paris…


Hold-up est un tournant pour Jean-Paul Belmondo, qui souhaite en parallèle se rapprocher du théâtre. Alors que Kean de Jean-Paul Sartre, d’après Alexandre Dumas, que Robert Hossein montera au théâtre Marigny en 1987 se dessine à l’horizon, Bebel profite de ce film comme une récréation et le voir revêtir le costume et le nez rouge de clown est l’une des grandes attractions de Hold-up. S’il a la grosse pétoire dans la main, rien de tout ceci n’est sérieux et l’humour reste omniprésent. La partie de ping-pong verbale avec Guy Marchand fonctionne parfaitement, mais il est vrai que c’est une fois de plus Jean-Pierre Marielle qui vole la vedette dans le rôle du chef de la police Simon Labrosse, qui aurait préféré aller manger les lasagnes amoureusement préparées par sa femme, plutôt que d’aller se faire humilier par ce type qui lui demande de lui dire qu’il l’aime.


Alexandre Arcady se montre très à l’aise dans les scènes de comédie, tout comme celles plus agitées de la cavale. Ses comédiens sont tous mis en valeur, parmi lesquels brille Jacques Villeret (« Il a dit tout nu ! »), qui retrouvait Belmondo un an après Les Morfalous et qui devait collaborer à nouveau avec le cinéaste pour Dernier Été à Tanger. Ses scènes où il se retrouve à poil, poursuivi par la police montée fait encore mal aux zygomatiques. Mais avec tout ça on oublie aussi souvent que Hold-up est un film qui a de la gueule, avec un montage nerveux, une photographie solide signée Richard Ciupka (chef opérateur du superbe Atlantic City, USA de Louis Malle) qui apporte un cachet anglo-saxon, tout comme la partition rock de Serge Franklin, compositeur fidèle d’Arcady, ouvre le film de façon « américaine », pour parfois bifurquer sur le côté bande dessinée, notamment lorsque le personnage de Lasky apparaît dans le sillage du trio vedette.


En dépit de son indéniable réussite, Hold-up plafonnera en dessous des 2,5 millions de spectateurs. C’est la première fois depuis 1976, qu’un film porté par Jean-Paul Belmondo n’intègre pas le top 10 de l’année, 1985 voyant les triomphes de Trois hommes et un couffin, Rambo 2 : la mission, Les Spécialistes, Retour vers le futur, Terminator, Subway, Le Flic de Beverly Hills…Même Alain Delon damne le pion à son (faux) rival avec Parole de flic…dans lequel lui aussi se déguise en clown. Le cinéma change, les goûts des spectateurs aussi évidemment. Cela se ressentira deux ans plus tard avec le film suivant de Jean-Paul Belmondo, Le Solitaire de Jacques Deray, qui n’arrivera même pas à dépasser la barre du million d’entrées. Mais ceci est une autre histoire. Enfin, en 1990 Bill Murray se glissera lui-même dans le costume bariolé de Grimm (ainsi que derrière la caméra) pour Hold-up à New York (titre hexagonal), une autre adaptation de Quick Change.




LE BLU-RAY
Diable ! Dire que Hold-up s’est fait doucement attendre en Haute-Définition est un euphémisme. Rendez-vous compte, le film d’Alexandre Arcady n’avait connu en tout et pour tout qu’une seule édition DVD et ce depuis 2001 chez Studiocanal. Il aura fallu un quart de siècle pour voir réapparaître Hold-up dans les bacs, pour la première fois en Blu-ray. Cet opus intègre la collection Nos années 80 supervisée par Jérôme Wybon. La jaquette, au visuel complètement improbable il faut bien le dire, est glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, lui-même disposé dans un sur-étui cartonné au design très peu attractif. Quel dommage de ne pas retrouver le visuel de l’affiche d’exploitation originale ! Le menu principal est fixe et muet.

Jérôme Wybon nous présente Hold-up (11’). Le directeur de la collection se penche un peu plus longtemps qu’à son habitude sur le long-métrage qui nous intéresse aujourd’hui. Il replace ainsi le film d’Alexandre Arcady dans la carrière de Jean-Paul Belmondo (qui se situe après les triomphes successifs du Professionnel, de L’As des as et du Marginal), évoque la genèse de Hold-up, la réécriture du scénario par Francis Veber, le casting, les conditions de tournage, l’accident de Bebel survenu au cours d’une cascade avec la dépanneuse (qui lui vaudra quelques points de suture), ainsi que celui qui se déroulera en direct à la télévision à l’occasion de la promotion du film, où le comédien, lancé à plus de cent kilomètres à l’heure, devait attraper une échelle lancée d’un avion survolant la voiture sur laquelle il se trouvait. Ratant sa prise, le comédien chute, mais s’en sort miraculeusement. S’ensuivra une lourde rééducation (après quelques vertèbres fracturées et une déviation du bassin) et plusieurs mois d’immobilité. « Une page se tourne » dit Jérôme Wybon pour conclure sur Hold-up, qui en profite pour présenter aussi rapidement les bonus présents sur cette édition.

L’éditeur reprend tout d’abord la longue et souvent passionnante interview d’Alexandre Arcady, déjà menée par Jérôme Wybon en 2001, disponible sur l’ancienne édition DVD. Le réalisateur revient sur TOUS les aspects de Hold-up, « le film qui me ressemble le moins, mais un vrai bonheur de tournage ». Alexandre Arcady évoque la genèse du film (Gérard Lebovici avait lu le roman Quick Change, l’avait trouvé hilarant, puis lui avait proposé de l’adapter), la transposition du livre de Jay Cronley, le casting (Mnouchkine avait eu l’idée de proposer le film à Bebel, tandis qu’Arcady envisageait Roger Hanin dans le rôle de Simon Labrosse et Jennifer Beals pour le personnage finalement joué par Kim Cattrall), les lieux de tournage (on apprend que Dakar avait été envisagé), la réécriture du scénario par Francis Veber (« Je regrette la façon dont il l’a trop transformé […] j’ai d’ailleurs retrouvé certains ingrédients du premier scénario dans Les Compères »), les conditions de prises de vues (marquées par le mauvais temps), les cascades de Rémy Julienne, l’accident de Jean-Paul Belmondo… Quelques anecdotes sont partagées au fil de cette intervention fort sympathique à écouter et évidemment conseillée à celles et ceux qui adorent encore et toujours Hold-up.

À tout cela, Studiocanal Éditions et Jérôme Wybon ajoutent une interview inédite en Blu-ray de Jean-Paul Belmondo, invité en Suisse dans l’émission Spécial Cinéma en 1988 pour la sortie d’Itinéraire d’un enfant gâté. C’est ainsi l’occasion pour le présentateur Christian Defaye de revenir avec le comédien sur son long et chaleureux rapport avec le public. Bebel s’exprime sur le fait que les professionnels du cinéma s’amusent sans doute moins qu’avant dans l’exercice de leurs fonctions, ce qu’il regrette. Mais il parle aussi de la suite de sa carrière, après avoir mis fin au cinéma d’action, afin de privilégier aussi le théâtre, avec Kean, mais aussi Cyrano qui se profilait alors pour octobre 1989. Un projet – qui ne verra pas le jour – lié au Bossu est aussi évoqué, ainsi que son activité méconnue de producteur (Chocolat de Claire Denis, Tom et Lola de Bertrand Arthuys), qui reflète son amour pour tous les genres au cinéma. Christian Defaye aborde quant à lui la cabale faite par la presse contre le comédien à la sortie de L’As des as, qui reprochait à la star le grave échec commercial d’Une chambre en ville de Jacques Demy, en drainant tous les spectateurs dans les salles. Dans la dernière partie de cet entretien, Bebel parle de ses parents, plus particulièrement de son père, puis de ses amis (Pierre Brasseur, Michel Simon et ses potes du Conservatoire)…Un très beau moment que les fans de Belmondo ne rateront sûrement pas.



L’interactivité se clôt sur la bande-annonce, ainsi que sur un montage de cinq minutes, dévoilant la préparation, ainsi que la répétition, puis le tournage de quelques cascades du film, avec Bebel au volant, toujours le sourire aux lèvres, tandis que Rémy Julienne peaufine certains réglages.













L’Image et le son
L’élévation HD pour Hold-up est frappante. Ce Blu-ray en met plein les yeux dès les premiers plans. La restauration est étincelante, les contrastes d’une indéniable densité, la copie est propre et lumineuse. Les détails étonnent souvent par leur précision, les gros plans sont détaillés à souhait, les couleurs retrouvent un éclat inespéré, le relief des séquences diurnes est inédit, la texture argentique préservée et le piqué demeure acéré du début à la fin, même si la définition flanche très légèrement sur les séquences sombres, mais cela reste anecdotique. Un superbe lifting.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont clairs, la propreté est de mise, les effets suffisamment riches, sans aucun souffle. La composition de Serge Franklin bénéficie en plus d’un très bel écrin. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ni de piste Audiodescription.




Crédits images : © Studiocanal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
