
UNE ENFANCE ALLEMANDE – ÎLE D’AMRUM (Amrum) réalisé par Fatih AKin, disponible en DVD le 5 mai 2026 chez Blaq Out.
Acteurs : Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger, Matthias Schweighöfer, Hark Bohm, Kian Köppke, Detlev Buck, Lisa Hagmeister…
Scénario : Fatih Akin & Hark Bohm
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Durée : 1h30
Année de sortie : 2025
LE FILM
Alors que la Seconde Guerre mondiale s’apprête à prendre fin, les habitants d’un petit village de l’île d’Amrum au Nord de l’Allemagne, survivent au rythme des marées. D’une famille de baleiniers, le jeune Nanning travaille au champ et participe à la pêche aux phoques pour aider sa famille. Un jour sa mère tombe en dépression et Nanning se met en recherche des aliments pour offrir à celle-ci une tartine de pain blanc garnie de beurre et de miel…

À la base, Fatih Akin ne devait pas réaliser Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945, ou tout simplement Amrum en version originale. S’il avait eu l’idée originale et s’il devait uniquement produire le film, le cinéaste germano-turc devait confier le projet à Hark Bohm. Un sujet évidemment personnel quand on apprend que Amrum raconte en réalité les véritables souvenirs de ce dernier, professeur de cinéma, ami et mentor de Fatih Akin. Très âgé et par ailleurs déjà malade, Hark Bohm (décédé en novembre 2025 à l’âge de 86 ans), préfère finalement laisser son ancien élève mettre en scène le scénario qu’ils ont coécrit. Alors évidemment, nous sommes loin des œuvres précédentes du cinéaste de Julie en juillet, Solino, Head-On, Soul Kitchen, In the Fade, Golden Glove (on ne s’en est jamais remis de celui-là), mais l’auteur met toute sa sensibilité et son regard au service de cette belle et émouvante histoire. Magistralement photographié par Karl Walter Lindenlaub, chef opérateur sur Moon 44, Universal Soldier, Stargate, la porte des étoiles et Independence Day de Roland Emmerich, Rob Roy de Michael Caton-Jones, Hantise de Jan de Bont et Black Book de Paul Verhoeven, Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 peut se voir comme un conte, un récit initiatique filmé à hauteur des yeux de son jeune héros. Aux portes de l’adolescence, il observe un monde en train de s’écrouler (celui de ses parents) et voit un autre en train d’émerger de ces décombres (celui qu’il arpentera désormais) qui s’ouvre devant lui à travers l’immensité du ciel et de la mer du Nord. Et c’est très beau.


En 1945, durant les dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale, dans un petit village de l’île d’Amrum, au large des côtes allemandes de la mer du Nord, Nanning Bohm, douze ans, l’aîné de sa famille, travaille dans les champs de pommes de terre avec la fermière Tessa (interprétée par Diane Kruger, qui retrouve Fatih Akin huit ans après In The Fade, qui lui avait valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes) ou ramasse du bois flotté pour se chauffer et aider sa mère à nourrir les siens. Fervente nazie, elle est enceinte jusqu’à un stade avancé. Lui, sa tante Ena et ses deux jeunes frères et sœurs ont dû fuir Hambourg, ville bombardée, pour se réfugier sur l’île. Le père de Nanning est un SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) et est à la guerre ; sa femme est laissée à elle-même sur Amrum, tandis que les villageois écoutent en secret du jazz interdit à la radio. Alors que la guerre touche à sa fin, Nanning doit faire face à de nouveaux défis. Depuis la naissance de sa sœur et la mort d’Adolf Hitler, sa mère est plongée dans une profonde dépression et refuse de s’alimenter. Nanning cherche des solutions ingénieuses pour satisfaire son envie de pain blanc beurré et miellé, un défi constant tout au long du film, car la guerre a plongé l’île dans une grave pénurie de toutes sortes de ressources. Il tente, par le troc, d’obtenir les ingrédients convoités comme le beurre et le sucre. Le garçon apprend à connaître l’île, ses habitants et leur dialecte.


En fait, il ne se passe pas grand-chose dans Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945, ce qui ne veut pas dire qu’on s’ennuie, bien au contraire. Il faut se laisser aller devant ce récit délicat, où un petit garçon se retrouve plongé dans le monde des adultes, perd son innocence, se retrouve confronté à la mort, à la perte, à la maladie. À ce titre, le jeune Jasper Billerbeck impressionne dans sa première apparition au cinéma. La caméra le suit dans toutes les scènes, dans tous les plans, l’observe en train de voir ses repères s’écrouler, aller à la chasse au phoque, éviscérer un lapin…et même de risquer sa vie en étant rattrapé par la marée. C’est alors que Nanning découvre un secret de famille lié à son oncle Théo, contraint de rester en Amérique à cause des nazis…pour une raison précise.


De là, Nanning va devoir apprendre à vivre en portant le poids des responsabilités, des actes de ses parents. Quand son oncle lui apparaît en rêve, Nanning lui dit « Je ne suis pas responsable de ce que mes parents ont fait ! », ce à quoi Théo lui répond « Non, tu n’y peux rien, mais tu dois vivre avec ! ». Cela agit comme un catalyseur pour Nanning, qui du haut de son jeune âge accepte, avec philosophie, avec dignité.


L’existence lui ouvre grand les bras et même si pour cela le « gosse du continent » devra dire adieu à cette île sur laquelle il a sans doute trop vite grandi et qui a vu passer neuf générations de sa lignée avant lui. Et le film de se terminer par un plan bouleversant sur Hark Bohm regardant l’océan, sans doute peu de temps avant de mourir…


LE DVD
Les films de Fatih Akin se sont souvent promenés d’un éditeur à l’autre en France, de Pathé (Reinghold, In the Fade) à Extralucid Films (Golden Glove), en passant par Pyramide Vidéo (The Cut, Soul Kitchen, De l’autre côté…) et MK2 (Crossing the Bridge: The Sound of Istanbul, Head-On). Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 arrive chez Blaq Out, uniquement en DVD, après avoir attiré près de 100.000 spectateurs dans les salles en décembre 2025. Un joli succès. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Pour cette édition DVD, l’éditeur propose une interview de Fatih Akin (28’30). Le réalisateur, à l’occasion de la présentation de son film en France, revient sur tous les aspects d’Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945. La genèse du projet (Hank Bohm devait à l’origine mettre en scène le film), qui revient finalement à Fatih Akin (coscénariste et producteur, remplaçant son ancien professeur, trop affaibli par la maladie), puis les conditions de tournage sont abordés. Le cinéaste explique comment il a su se réapproprier un sujet qui ne lui était pas destiné, avant d’aborder les thèmes du film (l’expulsion du paradis), les partis-pris esthétiques (en s’inspirant des peintures de Caspar David Friedrich), ses références (Le Voleur de bicyclette et Sciuscià de Vittorio De Sica, Au revoir les enfants de Louis Malle) et le casting.

L’Image et le son
Blaq Out nous a concocté un très beau master de Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945. La colorimétrie est habilement restituée, la clarté est de mise, le cadre bien exploité. On excuse de sensibles pertes de la définition sur des plans plus lumineux, dénaturant quelque peu le piqué, puisque la copie demeure solide et permet de revoir le film de Fatih Akin dans d’excellentes qualités techniques.

Les mixages allemand et français Dolby Digital 5.1 proposent une plongée intimiste dans le film de Fatih Akin en usant avec parcimonie des ambiances latérales et une délivrance saisissante des dialogues sur la centrale. L’ensemble jouit d’une jolie spatialisation, beaucoup d’effets naturels sont mis en valeur. L’éditeur joint aussi une piste Stéréo pour les deux langues.


Crédits images : © Blaq Out / Copyright 2025 bombero international GmbH & Co. KG / Rialto Film GmbH / Warner Bros. Entertainment GmbH / Mathias Bothor / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
