
STALAG 17 réalisé par Billy Wilder, disponible en Blu-ray + DVD + Livret le 3 juin 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Richard Erdman, Peter Graves, Neville Brand…
Scénario : Billy Wilder & Edwin Blum, d’après la pièce de théâtre de Donald Bevan & Edmund Trzinski
Photographie : Ernest Laszlo
Musique : Franz Waxman
Durée : 1h56
Année de sortie : 1953
LE FILM
Durant la Deuxième Guerre mondiale dans le Stalag 17, deux prisonniers tentent de s’évader mais sont abattus. De plus, les Allemands découvrent l’existence du tunnel où tous les prisonniers devaient s’évader. Il y a donc un traître parmi les détenus… Sefton, un officier magouilleur et adepte du marché noir, est soupçonné.

Après l’échec commercial cuisant du Gouffre aux chimères –Ace in the Hole ou The Big Carnival, Billy Wilder est à la recherche d’un nouveau projet pour se refaire au box-office. C’est alors qu’il tombe sous le charme de la pièce Stalag 17 de Donald Bevan et Edmund Trzcinski (anciens prisonniers de guerre au Stalag 17B, qui s’inspirent de leur vécu), qui triomphe à Broadway, où elle sera jouée près de 500 fois sans interruption. Déjà refusée à plusieurs reprises par la Paramount, cette création est finalement imposée au studio par le cinéaste, qui s’empresse de l’adapter personnellement avec l’aide d’Edwin Blum (Rendez-vous avec une ombre de Joseph Pevney). De leur travail, essentiellement imputable à Billy Wilder, il ne restera pour ainsi dire rien ou pas grand-chose de la pièce originale. À peine huit ans après la fin des hostilités, le réalisateur se permet de rire en racontant un épisode méconnu de la Deuxième Guerre mondiale. La voix d’un narrateur bègue (trouble étant apparu que ce soldat se soit planté, avant d’être capturé en emprisonné) donne le ton en disant « Je suis las des films de guerre où l’on ne voit qu’aviateurs au combat, hommes-grenouilles aux Philippines, alors qu’on n’a jamais rien fait sur les prisonniers de guerre ! ». C’est désormais chose faite et Stalag 17 demeure et restera LA référence d’un sous-genre à part entière aux côtés de La Grande évasion de John Sturges et Le Pont de la rivière Kwai de David Lean. Cinq ans après La Scandaleuse de Berlin –A Foreign Affair, Billy Wilder revient donc au conflit armé, mais s’empare d’un microscope, pour observer avec son œil d’entomologiste, un camp de prisonniers planté quelque part sur le Danube, constitué de 40.000 détenus, américains, russes, polonais et tchèques, dont 630 aviateurs venus du pays de l’Oncle Sam. Il questionne ainsi l’individu, la somme d’êtres humains qui créent un tandem, un trio, puis un groupe, tout en s’interrogeant de la place de chacun au sein de cette communauté. Stalag 17 est une véritable œuvre chorale, où chaque prisonnier s’apparenterait à un instrument spécifique qui jouerait sa partition personnelle au sein d’un orchestre. Une seule fausse note suffirait à désaccorder, à déséquilibrer l’ensemble alors bien soudé au départ. Quand une brebis galeuse paraît fricoter avec l’ennemi, c’est tout le camp qui est menacé…Immense succès populaire à sa sortie, qui a aidé Billy Wilder à éponger ses dettes contractées suite au bide du Gouffre aux chimères, Stalag 17 a même réussi à débarquer aux Oscars et valu à sa tête d’affiche William Holden, la statuette dorée du meilleur acteur.


Le Stalag 17 est un camp de prisonniers de guerre allemand situé quelque part sur le Danube pendant la Seconde Guerre mondiale. L’un de ses bâtiments abrite plusieurs centaines d’aviateurs américains (tous sergents) et est placé sous l’autorité du commandant du camp, le colonel von Scherbach. En décembre 1944, les hommes de la caserne 4, menés par le chef de caserne « Hoffy » Hoffman et l’officier de sécurité Frank Price, organisent l’évasion de leurs camarades aviateurs Manfredi et Johnson. Ces derniers sont abattus lors de la tentative d’évasion, et les hommes pensent avoir été trahis par un informateur. Les soupçons se portent sur J. J. Sefton, un cynique entreprenant qui marchande ouvertement avec les gardes allemands pour obtenir divers biens de luxe. Il met également en place des activités lucratives pour rompre la monotonie de la vie au camp : organisation de courses de rats pour gagner de l’argent, fabrication d’alcool dans une distillerie artisanale, ou encore fabrication d’un télescope de fortune pour espionner les femmes russes d’un bâtiment voisin. Clarence « Cookie » Cook, qui est le narrateur de l’histoire, est l’assistant naïf et loyal de Sefton. Les hommes de la caserne 4 font de leur mieux pour supporter le stress et l’ennui de la détention. Ils endurent notamment les pitreries des clowns de la caserne, « Animal » Kuzawa et Harry Shapiro, et écoutent les nouvelles de la guerre sur une radio introduite clandestinement. Bien que leur gardien, le Feldwebel Schulz, soit jovial, il récupère secrètement des messages cachés dans une pièce d’échecs creuse et utilise le cordon enroulé d’une ampoule suspendue comme signal avec l’informateur. Juste avant Noël, le lieutenant Dunbar, récemment capturé, est affecté à la caserne 4 en attendant son transfert dans un camp d’officiers. Le sergent Bagradian, qui l’accompagne, révèle que Dunbar a piégé un train de munitions en transit et l’a fait exploser. Sefton reconnaît Dunbar, un ancien camarade de l’école d’officiers. Il est persuadé que Dunbar n’a réussi que grâce à sa riche famille, ce qui crée des tensions entre eux. Schulz annonce l’arrivée d’un inspecteur de la Convention de Genève. Sefton corrompt les gardes pour pouvoir passer la journée avec les femmes russes. La radio est ensuite confisquée par Schulz. Convaincus que Sefton a été récompensé pour avoir révélé l’existence de la radio, les hommes le confrontent à son retour, mais Sefton nie toute responsabilité. Von Scherbach intervient pour arrêter Dunbar, soupçonné de sabotage ; les hommes accusent à nouveau Sefton et le rouent de coups…


Qui est le mouchard ? William Holden, qui avait déclaré ouvertement ne pas avoir aimé la pièce, accepte malgré tout – contre un bon cachet – le rôle de Sefton, proposé au préalable à Charlton Heston et Kirk Douglas. Le comédien dira ensuite très souvent qu’il avait du mal avec son personnage, difficile à défendre dans ses agissements et dans son comportement, au point que William Holden essaiera de l’adoucir quelque peu en demandant quelques changements à Billy Wilder, notamment de lui faire dire quelque chose de négatif sur les nazis. Mais le réalisateur tiendra bon et ne le laissera pas tenter une quelconque modification de son scénario ou de ses dialogues. Sefton est un opportuniste, qui pactise avec les Allemands, histoire de pouvoir mener à bien ses petits trafics qui lui rapportent gros. Billy Wilder ne sortira pas une seule seconde du camp et Stalag 17 s’avère un huis clos à ciel ouvert, tandis que se joue la bataille des Ardennes en décembre 1944, événement que l’on apprend au cours du film, par l’intermédiaire d’une radio clandestine, qui sera confisquée par les Allemands.


William Holden est parfaitement entouré, notamment par Robert Strauss (Attaque !, L’Homme au bras d’or) et Harvey Lembeck (La Poursuite dura sept jours), déjà présents dans la pièce, Don Taylor (futur réalisateur de Nimitz – Retour vers l’enfer, L’île du Docteur Moreau avec Burt Lancaster, Les Évadés de la planète des Singes), du légendaire Peter Graves et même d’Otto Preminger (qui venait de signer Un si doux visage –Angel Face) en personne, impeccable en Colonel von Scherbach. Billy Wilder parvient à aérer l’oeuvre de base, à travers une mise en scène toujours en mouvement, qui accompagne les protagonistes d’un bout à l’autre de leur baraquement. Ernest Laszlo (Le Sillage de la violence, Jugement à Nuremberg, Tout près de Satan, Le Grand couteau) apporte sa pierre à l’édifice à travers une photographie à la fois claire et charbonneuse, qui renvoie au côté positif des prisonniers, mais dont la bonne humeur ne saurait dissimuler le danger et même la mort qui rôde autour d’eux en permanence.


Triomphe donc pour Billy Wilder, dont Stalag 17 sera néanmoins le dernier film signé pour la Paramount. En effet, pour l’exploitation du film en Allemagne de l’Ouest, un ponte du studio demande au cinéaste si pour la traduction il est possible de situer le lieu de l’action, non pas dans un camp allemand, mais polonais…Le producteur n’était pourtant pas sans ignorer que le réalisateur avait perdu une bonne partie de sa famille dans les camps de la mort, y compris sa mère. Billy Wilder devait alors claquer la porte de la Paramount.


Depuis, Stalag 17 est étrangement redécouvert grâce Papa Schultz (1965-1971), ou Hogan’s Heroes en version originale, considérée comme un plagiat du film de Billy Wilder, quand bien même les créateurs de la série produite par Bing Crosby, poursuivis en justice, ont toujours démenti et ont d’ailleurs gagné le procès qui leur était intenté. Même s’il est indéniable que les deux sont liés, il est toujours important de revenir à Billy Wilder, qui se permet ici d’inventer le film de prisonniers de guerre. Oeuvre matricielle, indispensable donc.


LE COMBO BLU-RAY + DVD + LIVRET
Quel plaisir de voir Rimini Éditions revenir à Billy Wilder ! Ainsi, après Spéciale première, Avanti !, La Grande combine, Embrasse-moi idiot, Irma la douce, Un, deux, trois, La Garçonnière, Témoin à charge, La Scandaleuse de Berlin, La Valse de l’empereur, Le Poison et Uniformes et jupon court, l’éditeur accueille Stalag 17 dans son catalogue. Présenté en Combo Blu-ray + DVD + Livret, le film avait déjà connu une première sortie en Haute-Définition chez Paramount en 2014. Le premier DVD français remonte à 2002, chez Paramount, avant d’être réédité en 2006, toujours chez la même crèmerie, dans la collection Eddy Mitchell. Douze ans après ce premier Blu-ray, Stalag 17 refait surface chez Rimini Éditions, les deux disques reposant dans un boîtier classique transparent, glissé dans un fourreau cartonné, avec un visuel s’inscrivant bien sûr dans la même veine que les autres titres Billy Wilder susmentionnés. Le menu principal est animé et musical. Comme pour les autres titres, cette édition contient un livret de 24 pages rédigé par Marc Toullec, très bien illustré et qui revient longuement sur la genèse, le tournage, la sortie et la pérennité de Stalag 17. Notons que Le Gouffre aux chimères devrait débarquer chez Rimini au dernier trimestre 2026.

Nous l’attendions, le bonus réunissant Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Positif) fait évidemment son retour (32’). Le journaliste et le critique ont cette fois encore bossé en amont leur présentation (enregistrée en décembre 2025) et nous proposent un très large tour d’horizon de Stalag 17, sur lequel ils dissèquent à la fois le fond et la forme. Ils replacent également le film dans la carrière de son auteur, parlent du casting, des thèmes abordés, des différences entre la pièce de théâtre originale et le film. Une des interventions les plus denses du tandem.


L’éditeur propose ensuite deux modules rétrospectifs (uniquement disponibles sur le Blu-ray), datant probablement du cinquantième anniversaire du film. Le premier, intitulé Les Véritables héros du Stalag XVII B, donne comme son titre l’indique la parole aux anciens prisonniers du Stalag ayant inspiré en premier lieu la pièce de théâtre de Donald Bevan et Edmund Trzcinski (eux-mêmes ex-détenus de guerre, qui apparaissent aussi dans ce bonus), puis le film de Billy Wilder. Aux côtés d’une remise dans le contexte historique par le Capitaine Dale A. Dye (conseiller militaire cinéma et télévision), se succèdent les témoignages de Ned Handy (capturé par les Allemands en avril 1944) et Philip Kaplan (historien militaire/auteur), qui évoquent les conditions de détention, l’organisation dans le Stalag 17, les doutes et espoirs des prisonniers, jusqu’à leur libération.







L’autre supplément, Stalag 17, de la réalité à l’écran (22’), se concentre quant à lui sur la genèse du film, la pièce de théâtre originale, le casting, les conditions de tournage, la sortie et la triomphe du film de Billy Wilder. Les interviews de Donald Bevan (auteur de la pièce, ancien prisonnier du Stalag 17), de Bob Thomas (biographe de William Holden), d’Ed Sikov (biographe de Billy Wilder), de Nicholas Meyer (écrivain, réalisateur), mais aussi d’acteurs de Stalag 17 (Richard Erdman, Gil Stratton) donnent un bel éclairage sur l’investissement des acteurs et du perfectionnisme de Billy Wilder. Des photos de plateau dévoilent la visite amicale de Marlene Dietrich, tandis que les intervenants mettent en relief le caractère inédit du film, à savoir réaliser une comédie dans un camp de prisonniers durant l’Allemagne nazie.









L’Image et le son
La restauration s’avère impressionnante. Le nouveau master restauré 4K (codec AVC) au format respecté se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté et de relief. La propreté de la copie est souvent dingue, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans de Billy Wilder, la photo signée par le grand Ernest Laszlo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. On s’incline devant l’élégance de ce Blu-ray.

Les versions anglaise et française sont proposées en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi (Jacques Dynam s’éclate en prêtant son timbre à Harvey Lambeck), mais dont les voix paraissent parfois pincées. Privilégiez forcément la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, pas de souffle constaté (ou très peu sur la VF) et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français ne sont pas imposés.


Crédits images : © Rimini Éditions / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
