Test Blu-ray / Les Échos du passé, réalisé par Mascha Schilinski

LES ÉCHOS DU PASSÉ (In die Sonne schauen) réalisé par Mascha Schilinski, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mai 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Susanne Wuest, Luise Heyer, Lea Drinda, Florian Geißelmann, Gode Benedix…

Scénario : Mascha Schilinski & Louise Peter

Photographie : Fabian Gamper

Musique : Michael Fiedler, Eike Hosenfeld, Jakob Hüffell

Durée : 2h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Mais…mais…D’où sort ce film ? De quel cerveau est sorti ce long-métrage sobrement intitulé en français Les Échos du passé ou In die Sonne schauen en version originale, qui signifie en allemand En regardant le soleil ? À la barre, une femme, une réalisatrice, Mascha Schilinski, qui a remporté le Prix du jury ex aequo avec Sirāt d’Óliver Laxe au festival de Cannes en 2025, avant de représenter l’Allemagne aux Oscars dans la catégorie Meilleur film international. Drame dit historique, Les Échos du passé nous fait perdre tous nos repères. Pour son deuxième film, huit ans après Die Tochter (encore inédit dans nos contrées), la cinéaste se penche sur la mémoire des murs, ceux d’une ferme isolée dans l’Altmark, qui voit se succéder plusieurs générations, où certains, certaines plutôt, paraissent ressentir ce qui s’est déroulé dans le passé. Les drames silencieux, les non-dits familiaux, les cicatrices jamais refermées, s’inscrivent dans la pierre, dans les meubles, dans les photographies. Alors qu’elles parcourent leur propre présent, les traces du passé se révèlent à ces quatre protagonistes. Dans cette merveille visuelle, chaque scène, pour ne pas dire chaque plan fait penser à un tableau, magnifiquement photographié par Fabian Gamper, collaborateur fidèle de Mascha Schilinski, dont le travail renvoie à celui de certains peintres (on pense à James Abbott McNeill Whistler), même si ce sont surtout les clichés de la photographe américaine Francesca Woodman qui auraient servi de référence. Notamment en ce qui concerne la position des corps (flous) dans des lieux insolites et souvent inhabités, qui rappellent une présence spectrale. Les Échos du passé est une véritable expérience de cinéma, mais pas que. C’est une expérience sensorielle totale, qui demande beaucoup d’attention de la part du spectateur, qui lui demande beaucoup de patience, un investissement, mais aussi de se détendre, de se laisser aller aux images, mais aussi au son (immense travail acoustique). Cet engagement sera alors récompensé, peut-être pas pour tout le monde ceci dit, car Les Échos du passé s’adresse tout de même en priorité aux cinéphiles pointus, mais le résultat est sans appel, le film devant lequel vous allez peut-être poser les yeux ne ressemble à aucun autre. C’est déjà en soi un miracle, un événement. Et donc cela est rare et largement conseillé.

Années 1910 : Alma, sept ans, grandit dans une ferme isolée avec ses nombreux frères et sœurs. Entre les travaux des champs et les réunions de famille, la mort est omniprésente. Alma assiste aux préparatifs des funérailles après la mort d’un jeune garçon nommé Erwin, puis à celle de son arrière-grand-mère Frieda. Dans la maison, des photos post-mortem encadrées de proches disparus sont exposées, dont celle d’une enfant décédée, elle aussi prénommée Alma. On donne à Alma une robe noire ayant appartenu à cette enfant, et elle reproduit la pose de la photo. Le frère aîné d’Alma, Fritz, perd une jambe dans un prétendu accident du travail. Mais Alma se souvient que ses parents ont délibérément provoqué sa blessure dans la grange, en le poussant de l’aire de battage pour qu’il soit déclaré inapte au service militaire. Fritz est alité, souffrant atrocement, et est soigné avec attention par la jeune servante Trudi, qui s’occupe également de leur mère Emma lorsque sa santé se détériore sans explication médicale. Alma devient de plus en plus consciente du secret et du silence des adultes, vit des moments de solitude, notamment lorsqu’elle est oubliée pendant un jeu et lorsqu’elle tombe malade, prise de fièvre.

Années 1940 : Les sœurs adolescentes Erika et Irm vivent dans la même ferme. Leur oncle Fritz, la quarantaine, est toujours alité suite à son amputation de la jambe, tandis que le frère aîné d’Erika supervise les travaux agricoles. Erika simule un handicap en bandant sa jambe et en utilisant des béquilles, et se glisse dans la chambre de Fritz pour l’observer en silence. Après une visite en journée, son frère réagit violemment lorsqu’elle ignore ses appels, ce à quoi Erika répond par un sourire provocateur. Après une autre visite nocturne, Erika se glisse de nouveau dans le lit d’Irm et évite d’expliquer son absence.

Années 1980 : Irm vit désormais à la ferme avec son mari Albat et sa fille adolescente Angelika, ainsi que son frère Uwe et son petit-fils Rainer, également adolescent. Angelika assiste aux humiliations subies par Irm lors des réunions du village, notamment une farce avec une voiture pour son anniversaire et un jeu de pêche à l’anguille, qu’Irm considère comme inoffensif. Angelika adopte un comportement provocateur et teste les limites, en lançant des défis physiques, en attirant l’attention des hommes et en flirtant avec son cousin Rainer et son oncle Uwe.

Années 2020 : Christa rénove la ferme avec son mari Hannes et leurs filles Lenka et Nelly. La vie de famille est rythmée par les repas partagés, les promenades au bord de la rivière, les soirées douillettes et les jeux. Lenka se lie d’amitié avec Kaya, une jeune villageoise plus âgée et pleine d’assurance, dont la mère est récemment décédée. Kaya organise une soirée pyjama à la ferme, où Christa lui chante une berceuse. Lenka commence à imiter Kaya avec beaucoup d’attention : elle participe à ses jeux risqués, copie ses choix de glaces et adopte sa posture assurée. Lors d’une partie de cache-cache, Nelly grimpe sur l’aire de battage de la grange…

Dommage qu’on ne sache jamais quand on est le plus heureux…

Ou quand les frontières entre le passé et le présent s’estompent complètement. Il y a beaucoup de symboles, de métaphores, d’allégories dans Les Échos du passé, à l’instar du suicide collectif par noyade à Demmin, en raison de l’arrivée de l’Armée rouge. Mais nul besoin d’être au fait d’événements en particulier pour se laisser aller à la séance d’hypnose proposée par Mascha Schilinski. Les partis-pris font penser à d’anciens films de famille que l’on aurait trouvé dans un grenier et dont les bobines auraient pris la poussière. Les couleurs se seraient alors dégradées avec le temps, mais les visages, sont toujours visibles, même s’ils sont parfois brumeux, éthérés, comme dissous. Certaines scènes ne sont pas sans rappeler certaines œuvres de Gaspar Noé, mais aussi et surtout de David Lynch, dont l’âme et l’aura planent sur le film, et l’on pense à Twin Peaks: The Return ou Inland Empire, dans le sens où ce qu’on nous montre fait appel au ressenti du spectateur. Et bel hommage à Mouchette de Robert Bresson.

Libre au public d’interpréter ce qui se déroule comme il le veut, comme il le peut plutôt. Chacun construira « son » film, avec les éléments qu’il pourra glaner, raison pour laquelle Les Échos du passé mérite non seulement d’être vu, mais aussi d’être revu, encore et encore, sachant que le récit, très ambitieux, conservera tout de même certains secrets et restera insondable en grande partie.

Alors, plongez dans cette atmosphère étrange, inquiétante, envoûtante, inconfortable (la scène du rite mortuaire est complètement dingue), exigeante, hermétique aussi sans doute, mais qui remue les tripes et arrache les larmes sans qu’on s’y attende.

LE BLU-RAY

58.000 spectateurs auront découvert Les Échos du passé dans les salles à sa sortie en janvier 2026, alors que le film avait dépassé les 350.000 entrées en Allemagne. Diaphana prend le relais pour son exploitation en DVD et Blu-ray. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation française. Le menu principal est animé et musical.

Aux côtés de la bande-annonce, nous trouvons un entretien avec Mascha Schilinski (7’), enregistré à l’occasion de la présentation des Échos du passé au Festival de Cannes en 2025. La réalisatrice revient sur la genèse de son second long-métrage : Celle-ci avait passé l’été dans une ferme de l’Altmark, en compagnie de sa co-autrice Louise Peter, lieu qui allait l’inspirer et par ailleurs servir de décor principal. C’est en se demandant qui pouvaient être les personnes qui vivaient autrefois dans ce lieu (inhabité depuis un demi-siècle, où les meubles étaient intacts, où la vie semblait s’être arrêtée en une fraction de seconde) et les existences qui avaient traversé ces deux murs que les deux femmes ont peu à peu développé l’idée qui allait donner naissance aux Échos du passé. Les recherches sur l’histoire de l’Altmark, les partis-pris, le croisement des quatre époques, le montage et les thèmes (la part du passé qui continue à vivre en chacun de nous, de quelle manière les traumatismes se répètent, le fonctionnement de la mémoire et de la perception) sont aussi les points abordés.

L’Image et le son

Quand on voit la beauté de la photographie, il fallait bien que le Blu-ray soit à la hauteur des espérances. Ce qui est le cas. Voilà une édition HD qui restitue merveilleusement les partis-pris chromatiques spécifiques réalisés par le chef opérateur Fabian Gamper. Les teintes sont volontairement glacées et désaturées, à la limite du N&B par moments, avec des contrastes très appuyés, des noirs abyssaux, un grain dense sur certaines scènes, des blancs intentionnellement brûlés. Le master est évidemment propre, stable, le cadre 1.33 fourmille de détails, le piqué est aiguisé.

La version originale allemande est présentée en DTS-HD Master Audio 5.1. Le mixage vous plonge délicatement mais sûrement dans l’atmosphère du film. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent des ambiances naturelles. Le caisson de basses se mêle également à la partie avec quelques montées bienvenues. Évoquons brièvement la Stéréo, vive et riche, qui satisfera amplement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © Diaphana / Fabian Gamper – Studio Zentral / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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