
FATHER MOTHER SISTER BROTHER réalisé par Jim Jarmusch, disponible en DVD & Blu-ray le 2 juin 2026 chez Blaq Out.
Acteurs : Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Sarah Greene, Indya Moore…
Scénario : Jim Jarmusch
Photographie : Frederick Elmes & Yorick Le Saux
Musique : Annika Henderson & Jim Jarmusch
Durée : 1h46
Année de sortie : 2025
LE FILM
Trois histoires. Un frère et une sœur rendent visitent à leur père, dont ils se demandent comment il vit. Une mère accueille comme d’habitude, une fois par an, ses deux filles, aux caractères très différents. Un frère et un sœur, jumeaux, reviennent dans la maison de leurs parents, décédés…



Tiens, revoilà le dandy du cinéma indépendant américain ! Titre qu’il pourrait d’ailleurs partager avec Wes Anderson. Il s’agit bien sûr de Jim Jarmusch (né en 1953), l’auteur d’une multitude de films cultes pour beaucoup de cinéphiles (européens surtout), comme…bah en fait ils le sont quasiment tous devenus, soit instantanément, à l’instar de Down by Law (1986), Dead Man (1995), Ghost Dog : La Voie du samouraï (1999), Broken Flowers (2005, son plus gros carton avec plus d’un million d’entrées chez nous), soit en très peu de temps (Permanent Vacation, Mystery Train, Coffee and Cigarettes, Paterson, Only Lovers Left Alive)…Rares ont été les sorties de pistes pour le réalisateur et l’on pourrait dire qu’en dehors du lénifiant The Limits of Control (2009) et The Dead Don’t Die (2019, même s’il a très bien marché en France), Jim Jarmusch a toujours eu la cote auprès des amateurs de septième art et détient un statut privilégié dans nos contrées, où ses opus sont toujours très bien accueillis par la critique et le public. Cela faisait presque sept ans que nous n’avions plus de nouvelles de Jim Jarmusch. Pour son comeback au cinéma, il passe par la case du film à sketches comme à la grande époque de Mystery Train, de Night on Earth et de Coffee and Cigarettes, tourné entre les États-Unis, l’Irlande et la France. Si Father Mother Sister Brother n’a indubitablement pas la même force, pour ne pas dire la même inspiration que les « monuments » cités plus haut, le charme est indéniable, les comédiens sont tous magnifiques, l’humour sophistiqué fonctionne, tandis que la mélancolie et l’émotion s’invitent au rendez-vous, notamment dans le troisième et dernier segment, qui se déroule à Paris. Les spectateurs ont répondu présents une fois de plus dans l’Hexagone, puisque près de 300.000 spectateurs auront eu la bonne idée d’aller voir Father Mother Sister Brother dans les salles en ce début d’année 2026.



Father : Quelque part dans une ville de campagne aux États-Unis, Jeff et Emily empruntent une route enneigée pour retrouver leur vieux père solitaire. Alors qu’Emily se demande comment leur père parvient à subvenir à ses besoins depuis le décès de leur mère, Jeff semble le soutenir secrètement. Encore plus préoccupé par sa solitude, Jeff apporte un carton rempli de victuailles. Le père semble embarrasser en les recevant. Emily aperçoit alors une Rolex à son poignet, bien qu’il prétende qu’il s’agit d’une imitation. Le silence revient et les trois paraissent gênés.


Mother : Quelque part à Dublin, une célèbre écrivaine âgée attend avec impatience son traditionnel thé annuel avec ses deux filles, Timothea et Lilith. Ces retrouvailles sont le seul jour de l’année où elles se voient, bien qu’elles vivent toutes les trois à Dublin. La voiture de Timothea tombe en panne en chemin et, désespérée, elle appelle l’assistance routière. Elle parvient finalement à redémarrer et change d’avis, préférant se rendre chez sa mère pour ne pas être en retard. Lilith demande à sa compagne Jeanette de se faire passer pour une conductrice Uber, évitant ainsi d’avoir à expliquer sa situation financière à sa mère et à sa sœur. Pendant le thé, la mère s’enquiert de leur vie et, après quelques hésitations, Timothea annonce qu’elle a été promue à un nouveau poste au conseil municipal, chargé de la préservation du patrimoine architectural. Cependant, Lilith l’interrompt et annonce avoir elle aussi de bonnes nouvelles concernant les nouveaux « influenceurs » de sa communauté, bien que ni sa mère ni sa sœur ne semblent savoir ce qu’est un influenceur. Lilith est aperçue avec une Rolex, mais elle insiste sur le fait qu’il s’agit d’une contrefaçon.


Sister Brother : Quelque part à Paris, Skye et son frère Billy se retrouvent après le décès de leurs parents survenu dans un accident d’avion aux Açores. Sur le chemin de leur ancien appartement, ils tentent de renouer des liens à travers leurs souvenirs. Dans l’appartement désormais vide, Billy montre à Skye de vieilles photos, des dessins de leur enfance, une vieille Rolex ayant appartenu à leur père, ainsi que de fausses cartes d’identité et un faux certificat de mariage. La propriétaire, Madame Gautier, les interrompt et révèle qu’elle a personnellement empêché la compagnie d’assurance de saisir les biens de leurs parents, bien qu’ils soient décédés avec trois mois de loyer impayés. Traversant à nouveau Paris en voiture, ils se rendent dans un entrepôt pour un dernier regard sur les vieux meubles de leurs parents.


Si après la projection il ne reste que peu de scènes vraiment marquantes, les sensations et l’émotion demeurent bien vivaces. En fait, Father Mother Sister Brother se digère, infuse, s’installe bien encore après la dernière partie. Mais là où Jim Jarmusch fait encore mouche (tiens, ça pourrait être un bon slogan), c’est au niveau de la distribution, merveilleusement dirigée et quelques pointures ont une fois de plus répondu à l’appel du cinéaste. Adam Driver (pour sa troisième collaboration avec le réalisateur), Cate Blanchett (qui retrouve Jarmusch plus de vingt ans après Coffee and Cigarettes), le fidèle Tom Waits, Vicky Krieps (qui intègre logiquement l’univers du metteur en scène), Charlotte Rampling et Mayim Bialik (une première aussi pour elles), tandis que le dernier segment se concentre sur deux « nouveaux venus », Luka Sabbat (même si déjà présent dans The Dead Don’t Die) et Indya Moore (Aquaman et le Royaume perdu), tous se donnent la douce et délicate réplique, pince-sans-rire, loufoque, qui se fait de plus en plus pudique, à fleur de peau et même bouleversante à mesure que l’on passe d’une partie à l’autre.



Jim Jarmusch se penche sur les rapports entre les générations, sur les relations entre les enfants, devenus adultes, et leurs parents, arrivés à l’automne ou à l’hiver de leur existence, ou tout simplement quand celles et ceux qui nous ont donné la vie ne sont plus là. L’auteur met ainsi en relief les non-dits, le malaise, les occasions de se parler (souvent manquées, pour ne pas dire toujours avortées), les regrets, les espoirs, dans un temps qui est compté, celui que l’on se permet pour prendre un café (ou pour une fois un verre d’eau) ou pour fumer une clope, toujours indissociables chez Jim Jarmusch. Toutes les familles se ressemblent, aux quatre coins de la Terre (même s’il n’y en a que trois représentés ici), certains motifs sont récurrents (le coup de la montre de luxe), le silence est le même, lourd de sens.



Récompensé par le Lion d’or à la Mostra de Venise, Father Mother Sister Brother est malgré son aspect mineur, une nouvelle belle réussite, qui s’inscrit naturellement dans la filmographie d’un des plus précieux réalisateurs américains. Et Spooky de Dusty Springfield de tourner encore et encore dans nos têtes…



LE BLU-RAY
Jim Jarmusch a beaucoup voyagé chez les éditeurs français. Ainsi, après Universal, Le Pacte, France. TV Distribution, TF1 Studio, BAC Films et Studiocanal, Father Mother Sister Brother débarque cette fois chez Blaq Out, en DVD et Blu-ray. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Vous avez eu souvent l’envie de voir Jim Jarmusch dans l’exercice de ses fonctions ? Alors n’attendez plus et allez découvrir le bonus intitulé Rolling in Paris with Jim Jarmush, réalisé par Léa Rinaldi. Pendant un peu plus d’une heure, ce qui est déjà pas mal, vous découvrirez le réalisateur à l’oeuvre, alors qu’il emballe la partie parisienne de Father Mother Sister Brother. L’occasion de le voir diriger ses comédiens, de refaire certaines scènes en demandant à son tandem Luka Sabbat et Indya Moore des intonations ou réactions plus spécifiques, tout en ne cessant de les flatter. C’est une véritable immersion au sein d’un tournage à laquelle nous convie Léa Rinaldi, qui avait déjà écrit et réalisé Behind Jim Jarmusch en 2010, puis Travelling at Night with Jim Jarmusch en 2014, portraits du cinéaste tournés au moment des prises de vues de The Limits of Control et de Only Lovers Left Alive. Autant dire que l’intéressée connaît l’artiste sur le bout des doigts et parvient à s’immiscer discrètement durant son processus créatif.










L’Image et le son
Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est froide et hivernale dans le premier segment, puis se radoucit à mesure du métrage, le piqué est aussi joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), le relief est indéniable et la photo élégante des chefs opérateurs Frederick Elmes (The Dead Don’t Die, The Night Of) et Yorick Le Saux (Le Mage du Kremlin, Doubles vies) trouve en Blu-ray un écrin idéal.

La piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 crée d’entrée de jeu une large spatialisation musicale. La balance frontales-latérales est très dynamique, les voix solidement plantées sur la centrale. Toutes les enceintes sont mises à contribution, certains effets naturels tirent leur épingle du jeu. Présence d’une piste Stéréo, forcément moins enveloppante, mais tout aussi efficace.



Crédits images : © Blaq Out / Les Films du Losange / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
