Test Blu-ray / La Guerre des prix, réalisé par Anthony Dechaux

LA GUERRE DES PRIX réalisé par Anthony Dechaux, disponible en DVD et Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Jonas Bloquet, Aurélia Petit, Yannick Choirat, Camille Moutawakil, Catherine Vinatier, Grégoire Oestermann, Chad Chenouga…

Scénario : Anthony Dechaux, Maël Piriou, Benjamin Charbit & Mathilde Belin

Photographie : Pierre Dejon

Musique : Benjamin Grossman

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se retrouve propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable. L’envers du décor de la grande distribution.

Devant La Guerre des prix, on ne peut s’empêcher de penser qu’il serait peut-être temps de décerner un César de la meilleure actrice à Ana Girardot. Elle en a fait du chemin cette comédienne apparue en 2010 dans l’excellent Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert et qui compte depuis près d’une trentaine de longs-métrages à actif. S’il lui manque assurément un grand succès au box-office, quand bien même elle avait participé au biopic Cloclo de Florent-Emilio Siri en 2012 (ça remonte déjà), la comédienne a toujours été impressionnante, parfaite, juste, dans tous les registres. C’est encore le cas dans La Guerre des prix, remarquable premier long-métrage de l’acteur et donc nouveau réalisateur Anthony Dechaux, dans lequel elle est quasiment de toutes les scènes, pour ne pas dire de tous les plans, où son immense talent et sa beauté incomparable enflamment l’écran. On pourrait placer La Guerre des prix entre Au nom de la terre d’Edouard Bergeon, Petit paysan d’Hubert Charuel et La Terre des hommes de Naël Marandin. Et la réussite est totale. Le film est mené comme un thriller et le metteur en scène parvient à captiver les spectateurs en évitant le jargon hermétique qui aurait pu en laisser plus d’un sur le carreau. On est littéralement happé du début à la fin dans cette spirale infernale qui fait partie d’un quotidien que nous ignorons, et qui pourtant régit plus ou moins notre vie de tous les jours, avec des « requins-tueurs » qui décident ce qu’on doit manger ou non. Effrayant, fascinant et implacable !

Audrey est cheffe de rayon dans l’enseigne d’hypermarché Derval. Grand groupe de distribution. Fille d’agriculteurs et d’éleveur laitier, c’est son frère qui a repris la ferme familiale et se démène tant bien que mal pour continuer à la faire exister. Un jour, Audrey est propulsée acheteuse à la centrale du groupe Derval pour négocier les prix des yaourts directement face aux producteurs, l’opportunité pour elle de changer le système de l’intérieur. Elle parvient à promouvoir des produits laitiers bio de proximité. Forte de ces résultats, elle est appelée par la directrice de la chaîne à œuvrer au niveau national. Elle découvre le monde impitoyable des négociations commerciales et parvient à asseoir son autorité. Jusqu’à quel prix ?

À la fin, c’est toujours une question d’argent !

Dans La Guerre des prix, les dialogues font l’effet d’un uppercut et les différents face-à-face ressemblent à des interrogatoires, qui se déroulent dans un bureau froid, glacial, cloisonné, sans fenêtre, peu éclairé, seulement par une ampoule qui rend les visages blafards. Ici, nous ne sommes pas là pour rigoler. L’avenir se joue. Certains ressortirons de cette pièce sans espoir pour les jours qui vont suivre. C’est ce que devra apprendre Audrey, auprès de l’impitoyable Fournier, incarné par Olivier Gourmet, qui repousse encore les limites dans la peau d’un personnage monstrueux. Si on l’avait déjà vu flippant à l’écran, le réalisme de La Guerre des prix rend Fournier encore plus menaçant que d’autres protagonistes qu’il a pu interpréter par le passé comme dernièrement dans Farang de Xavier Gens.

Le génie du comédien parvient à montrer qu’il subsiste une humanité derrière ce masque qu’il arbore chaque seconde dans son entreprise, comme lorsque Fournier accepte de visiter la ferme de la famille d’Audrey. Celui-ci se permet même de s’asseoir quand on l’invite à le faire, chose qu’il ne se permet jamais d’habitude, en esquissant un léger sourire. Mais le naturel revient vite au galop et le dernier acte laisse le souffle coupé.

La mise en scène impressionne, Anthony Dechaux montre qu’il en a sérieusement sous le capot, tant comme réalisateur que scénariste. Même chose en ce qui concerne la photographie nappée de nuances de bleu – superbe photo de Pierre Dejon (Acide) – qui plonge d’emblée le public dans une atmosphère anxiogène. Outre Ana Girardot et Olivier Gourmet, se distinguent également Julien Frison, sociétaire de la Comédie-Française (La Nuit du 12, De la Comédie-Française), bouleversant dans la peau de Ronan, le frère d’Audrey, la précieuse Aurélia Petit et l’excellent Jonas Bloquet (La Nuit se traîne, Elle). On suit donc ces négociations commerciales dans la filière laitière avec autant de passion et de stress qu’un film d’espionnage. Redoutablement immersif.

LE BLU-RAY

155.000 entrées, c’est vraiment trop peu pour un film de cette qualité ! Deuxième chance obligatoire pour La Guerre des prix, qui sort à la fois en DVD et en Blu-ray chez Diaphana. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément est malheureusement trop court, puisque le réalisateur Anthony Dechaux commente seulement cinq minutes de son long-métrage ! Certes, on pourra reprocher au réalisateur de paraphraser un peu ce qui se déroule à l’écran (en l’occurrence la visite de Fournier à la ferme et la scène qui suit), mais on aurait aimé un commentaire audio dans son intégralité. Le plus insolite est de trouver aussi quelques rushes d’une séquence, celle où Audrey pleure au volant de sa voiture. L’occasion de voir Ana Girardot, très investie dans son rôle, à fleur de peau, ayant du mal à maîtriser ses larmes…

Le gros morceau est un entretien d’Anthony Dechaux, en compagnie d’Olivier Mével, consultant en stratégie et marketing des filières alimentaires, également maître de conférences à l’Université Bretagne Occidentale, spécialiste du partage de la valeur ajoutée et de l’interaction entre les quatre maillons, agriculture-transformation-distribution-consommation (16’). Un bonus très chargé en informations, qui mérite toute l’attention du spectateur ayant apprécié le film. La genèse de La Guerre des prix est abordée (Anthony Dechaux, aussi acteur, s’est retrouvé un jour à participer au séminaire annuel des acheteurs d’une enseigne de grande distribution, où régnait la loi de la jungle), ainsi que le long travail de recherche réalisé à partir d’articles et de documentaires. Les partis-pris et les intentions du metteur en scène sont aussi disséqués, ainsi que ses références (Ressources humaines de Laurent Cantet, Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Les volontés artistiques du réalisateur et du chef opérateur Pierre Dejon (Acide) sont heureusement préservées à travers cet élégant master HD. La photographie est habilement retranscrite grâce à un encodage costaud. Le cadre subjugue dès les premiers plans, les couleurs froides et même glacées flattent la rétine, le piqué s’en sort avec les honneurs. Les contrastes sont assurés, les détails ne manquent pas, les blancs sont éblouissants et la profondeur de champ demeure soignée.

Certes ce n’est pas avec La Guerre des prix que vous réaliserez une démonstration acoustique, mais tout de même ! On ne s’attendait pas à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 aussi percutant dans son rendu des dialogues et de la musique de Benjamin Grossmann dont certains pics donnent beaucoup de frissons. A ce moment-là, la spatialisation est ardente, le caisson de basses souligne la partition tandis que divers effets naturels savent plonger délicatement mais sûrement le spectateur dans l’atmosphère du film grâce à un usage intelligent des enceintes latérales. Même chose pour le mixage Stéréo, frontal par définition, les plages de silence sont particulièrement limpides et la balance gauche-droite savamment équilibrée. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Diaphana / Claude Pocobene / Les Films de Jeanne La Filmerie France 3 Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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