
LA MAIN NOIRE réalisé par Max Pécas, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 6 janvier 2026 chez LCJ Editions & Productions.
Acteurs : Giuseppe Mattei, Janine Reynaud, Anny Nelsen, Chantal Nobel, Jean Topart, Pierre Tissot…
Scénario : Max Pécas & Jean-Pierre Bastid
Photographie : Raymond Lemoigne
Musique : Derry Hall
Durée : 1h34
Date de diffusion initiale : 1968
LE FILM
En Europe, l’Institut scientifique de recherches pour une société nouvelle est en réalité le repaire de Zhan Raur, un Albanais à la tête d’une organisation terroriste mafieuse appelée « La Main Noire ». Sous son aspect débonnaire, Zhan Raur, qui souffre d’une maladie de cœur, est atteint d’un délire de puissance. Alors qu’il attend la visite d’un correspondant inconnu porteur de précieux documents, il ignore que le FBI lui a en réalité substitué un de ses agents, Thomas Asher, qui est chargé de percer les secrets et ramifications de La Main Noire.

Ceux qui se moquent (il y en a encore pas mal) ou qui réduisent Max Pécas (1925-2003) à des films du style On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, Deux Enfoirés à Saint-Tropez, Les Branchés à Saint-Tropez, On n’est pas sorti de l’auberge, Belles, blondes et bronzées et (le meilleur titre) Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu devraient revoir leur copie et fouiner un peu plus la filmographie du réalisateur. Ancien régisseur de théâtre, puis assistant (de Jacques Daroy entre autres), passionné par le cinéma d’Alfred Hitchcock, Max Pécas signe quelques exercices de style à ses débuts en s’inspirant du polar américain. Avant de se tourner vers l’érotisme après mai 68 (Je suis une nymphomane, Je suis frigide… pourquoi ?, Sexuellement vôtre), il fait ses armes dans le film policier de série B à l’instar de La Main noire, qui est déjà teinté de sensualité. Ici, les hormones s’affolent avec la présence au générique de la magnifique Janine Reynaud (1930-2018), qui apparaîtra souvent à l’affiche des films de son époux Michel Lemoine (Les Désaxées, Les Chiennes, Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant), qui crève l’écran et marque le film de sa présence. Les spectateurs avides d’action devront aller voir ailleurs, car il ne se passe pas grand-chose dans La Main noire, qui flirte avec l’Eurospy qui déferlait alors dans les cinémas depuis la première aventure de James Bond six ans auparavant. En fait, Max Pécas tente de donner le change, mais l’ambition ne fait pas tout. L’intrigue tourne vite en rond et surtout l’acteur principal, James Harris aka Giuseppe Mattei, acteur sorti d’on ne sait où (on l’a vu dans Les Cracks aux côtés de Bourvil et dans Les Nuits brûlantes de Linda de Jesús Franco), manque cruellement de charisme. On a du mal à comprendre que la belle Janine tombe en pâmoison devant ce type dont le profil ressemble plutôt à celui d’un plombier des années 1960. Mais bon, c’est sans doute ce que recherchait l’ami Max, qui devait penser qu’on ne soupçonnerait jamais un agent du FBI en regardant ce type. Il avait sûrement raison. Mais tort aussi en même temps, tant son personnage n’est jamais crédible. Cela n’empêche pas le spectateur de s’amuser devant ce divertissement d’un autre temps, dépassé, daté, qui a au moins le mérite de montrer que le cinéma français tentait des choses comme chez les anglo-saxons.



Zhan Raur, hobereau albanais est l’un des chefs de la « Main Noire », association terroriste qui rêve de dominer le monde. Pour parvenir à ce but, établir un ordre nouveau, elle flatte et trahit tour à tour les puissances de l’Est et de l’Ouest. Fasciné par l’ambition nazie, Zhan Raur est un instrument aux mains de l’Organisation. Il assure pour le moment la destruction des cargos neutres qui ravitaillent une petite île des Caraïbes en révolution. Cette action arrange l’Ouest, mais à l’Est, dont Raur est l’allié théorique, on soupçonne l’Albanais de se livrer au trafic d’espions…


Ce qui est sympa avec des synopsis trouvés sur le net, c’est qu’ils donnent des explications à certains éléments qui nous avaient échappé en regardant le film concerné. Là on peut même dire qu’on n’avait rien compris à tout cela, puisque les propos du fameux Zhan Raur (incarné ici par Jean Topart, qui se prend pour Dr No) demeures opaques, même si déclamés avec fièvre. Comme bien souvent, Max Pécas peut compter sur l’aide de son chef opérateur, le talentueux Raymond Lemoigne (Tintin et le Mystère de la Toison d’Or, Fantômas se déchaîne, Le Grand restaurant, Oscar), pour instaurer une ambiance étrange, ce que le film parvient le mieux à faire. D’ailleurs, on ne pourra pas dire non plus que Max Pécas soit un manchot et le réalisateur s’amuse à cadrer « à l’américaine », joue avec les filtres de couleur dans le prologue (un peu plus tard aussi durant le lavage de cerveau) et le montage de Nicole Colombier (qui a fait ses classes chez André Cayatte, Gilles Grangier, Julien Duvivier, il y a pire comme C.V.) est particulièrement réussi et soigné, les décors font leur effet.


C’est juste que cela coince au niveau de l’histoire quelque peu obscure, prétexte à divers affrontements, au lit ou l’arme au poing (parfois les deux) et ce jusqu’à la dernière minute. Outre le cabotinage de génie de Jean Topard et la flamboyance de Janine Reynaud, la belle Anny Nelsen tire son épingle du jeu dans le rôle d’Albane (celle qui a subi un traumatisme et qui a régressé depuis), ainsi qu’une certaine Chantal Bonneau, dans sa première apparition au cinéma et qui sera connue plus tard sous le nom de Chantal Nobel.


Le spectateur devra aussi accepter des dialogues trop « écrits », qui sonnent faux, qui manquent de spontanéité, des placements de produits peu discrets (Cinzano !)…De plus, les scènes avec Alfred Baillou, reconnaissable pour sa petite taille et son dos surmonté d’une bosse proéminente qui l’ont souvent amené à jouer les personnages fourbes, donnent au film un côté nawak, inclassable, flirtant avec la série Z, qui n’est pas pour nous déplaire. Les bonnes idées l’emportent, comme la scène qui dévoile comment se débarrasser de trois types encombrants, qui finiront allonger sous une nouvelle plaque de bitume. Ce qui montre la réussite du film.



LE BLU-RAY
Entre LCJ Éditions & Productions et Max Pécas, c’est une vieille et belle histoire d’amour. Après des titres comme Club privé, Sexuellement vôtre, Je suis une nymphomane, Je suis frigide…pourquoi ? et Les Liaisons particulières, sans compter tous les autres titres uniquement disponibles en DVD, l’éditeur continue de ressortir les opus de ce cher Max en Haute-Définition. C’est aujourd’hui le tour de La Main noire (à ne pas confondre avec le génial film de Richard Thorpe avec Gene Kelly) de passer par la case « bleue », plus de dix ans après sa première édition DVD chez le même éditeur. La jaquette, au visuel soigné, est glissée dans un boîtier classique.

Aucun supplément sur cette édition.
L’Image et le son
Hormis quelques rayures et de petites poussières, ce master HD tient ses promesses. La Main noire n’est sans doute pas le titre de Max Pécas que nous attendions le plus en HD, mais puisque LCJ nous le propose, nous ne ferons pas la fine bouche. La nouvelle copie est entièrement restaurée 2K. Ce Blu-ray renforce les contrastes et le grain argentique est bien géré. L’image est stable, les scènes en extérieur affichent une belle luminosité, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu et des couleurs vives. Des saccades sont notables et de légères pertes de la définition, Mais rien de bien méchant.

Comme pour l’image, le son a visiblement connu un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage 2.0, pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable (mais n’hésitez pas à pousser le volume un peu plus que d’habitude), les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres destinés au public sourd et malentendant sont absents.



Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
