
UN SIMPLE ACCIDENT (Yek tasadef sadeh) réalisé par Jafar Panahi, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2026 chez Memento Distribution.
Acteurs : Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh…
Scénario : Jafar Panahi
Photographie : Amin Jafari
Durée : 1h43
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
En panne après avoir heurté au volant un animal, un homme est aidé par Omid et Vahid. Entendant sa voix et sa claudication, Vahid panique. Le lendemain, il l’enlève, l’emmène dans le désert avec son van, creuse une tombe, puis observe sa prothèse : il identifie “Eghbal la Guibole” qui le tortura en prison. L’homme proteste si fort que Vahid doute. Il l’enferme dans son van et va demander à Salar, un ami intellectuel, son avis. Épouvanté, Salar l’aiguille vers Shiva, photographe de mariage qu’il trouve en séance avec un couple, Goli et Ali. Or, Goli et Shiva furent aussi les victimes d’Eghbal. Elles doutent ; ils filent voir Hamid, malgré les réserves d’Ali. Hamid tâte la prothèse : c’est leur bourreau.

Bien sûr que la Palme d’or attribuée à Un simple accident, onzième long-métrage de Jafar Panahi (né en 1960) est un geste politique, même si personnellement, on l’aurait plutôt attribué à Valeur sentimentale de Joachim Trier. Mais après tout, l’art est politique et le film qui nous intéresse aujourd’hui n’a pas démérité ce prix prestigieux, qui participera d’ailleurs à son exploitation plus large à travers le monde et donc à faire résonner son message dans les coins les plus reculés. Le « pitch » est rapide. Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe. Là-dessus, Jafar Panahi jongle avec les genres et ce en dépit des conditions drastiques des prises de vues, puisque son film a été, une fois de plus, réalisé clandestinement. Raison pour laquelle, comme pour Taxi Téhéran, beaucoup de scènes se déroulent dans le véhicule principal, ici un van qui peut contenir tous les personnages que le destin a réunis autour d’un seul homme, celui qui les torturait. On pense à Incendies (2010) de Denis Villeneuve, inspiré de la pièce de théâtre éponyme de Wajdi Mouawad, sauf que le cinéaste n’hésite pas à placer, contre toute attente, un peu d’humour ici et là, soupapes nécessaires face à un sujet ô combien difficile et anxiogène. Avec Un simple accident, qui rappelle parfois La Jeune fille et la mort – Death and the Maiden (1994) de Roman Polanski, Jafar Panahi montre que la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais un plat qui ne se mange pas, que l’homme, même celui qui a connu la pire violence, sera toujours capable de résilience et trouvera les forces d’affronter la barbarie.



En rejoignant de nuit, avec sa femme enceinte et sa petite fille, sa maison à la campagne, un automobiliste écrase un chien. La voiture tombe en panne et il s’arrête devant un garage. Là, Vahid, un mécanicien automobile, croit reconnaître en cet automobiliste Eghbal « la Guibole », au son de sa prothèse de jambe qui grince, l’un de ses anciens tortionnaires alors qu’il était détenu par les autorités iraniennes. Après l’avoir suivi pour voir où il habite, le lendemain, Vahid assomme l’homme qu’il soupçonne d’être Eghbal, l’enlève et l’emmène dans le désert avec le projet de l’enterrer vivant. Pendant l’accomplissement de son plan, il commence à douter de la culpabilité de l’homme qui crie n’avoir jamais travaillé dans une prison et n’avoir perdu sa jambe que l’année précédente. Or, pendant sa détention, Vahid a toujours été interrogé les yeux bandés. Il sort l’homme du trou, le charge dans sa camionnette et retourne à Téhéran pour prendre l’avis de Salar, un libraire. Celui-ci renvoie Vahid vers Shiva qu’il retrouve en train de faire des photographies de mariage pour son amie Golrokh et son fiancé Ali. Shiva et Golrokh furent aussi emprisonnées et torturées en même temps que Vahid. Le jeune couple et la photographe montent dans la camionnette et vont chercher Hamid, l’ex-compagnon de Shiva, lui aussi ancienne victime d’Eghbal et qui en a gardé un comportement très violent. Ils retournent dans le désert. Mais les quatre anciens détenus du tortionnaire sont partagés sur le sort qui doit lui être réservé, d’autant plus que l’homme continue farouchement à nier être Eghbal.


Lauréat des plus grands prix internationaux (Lion d’or pour Le Cercle en 2000, Ours d’or pour Taxi Téhéran en 2015), Jafar Panahi obtient donc la Palme d’or pour Un simple accident. Dès ses premiers films, le réalisateur abordait l’absence de liberté dans la société iranienne, la condition des femmes ou des anciens soldats de la guerre avec l’Irak, ce qui lui avait valu d’être censuré et par le gouvernement de la République islamique d’Iran, qui avait interdit ses œuvres. Cela n’était que le début du parcours du combattant pour le cinéaste, dont les films parviennent tout de même à circuler sous le manteau en Iran grâce à des copies DVD, ce qui inspirera d’ailleurs une scène de Taxi Téhéran. Un simple accident a été tourné sans autorisation, en secret et découle de la dernière arrestation en date du cinéaste, en 2022, suite à des propos tenus sur la violence des forces de l’ordre lors d’une manifestation. Tout d’abord condamné à six ans d’emprisonnement, Jafar Panahi entame une grève de la faim pour protester contre les conditions de sa détention, événement relayé dans le monde artistique international. Il est finalement libéré sous caution début 2023, après avoir passé huit mois derrière les barreaux.


C’est là qu’il entame l’écriture, puis tourne Un simple accident dans les rues de Téhéran. Ce thriller dramatique, outre sa mise en scène sèche, à l’os, son montage virtuose signé Amir Etminan (déjà à l’oeuvre sur Aucun ours), repose sur de merveilleux comédiens, dont Vahid Mobasseri et Majid Panahi (neveu du réalisateur), déjà vu précédemment chez Jafar Panahi, ainsi que d’autres acteurs méconnus ou inconnus chez nous, certains non-professionnels, qui sont tous confondants de naturel. Un simple accident dévoile des gens cabossés par la torture et l’humiliation, qui pensaient peut-être pouvoir rendre la monnaie de sa pièce à leur (supposé) ancien tortionnaire, mais la situation est bien plus complexe que ça. Car on ne peut se mettre à la place de celui qui a fait du mal, d’une part parce qu’on ne peut s’improviser bourreau, d’autre part car le temps, même s’il s’agit d’un passé récent, a fait son office et que l’être humain finit par accepter. On n’oublie pas, mais on ne condamne pas et on exécute encore moins, ce que seuls les faibles sont capables de faire.


Alors non, Un simple accident n’est pas un chef d’oeuvre, mais c’est un manifeste, un constat, une fenêtre ouverte sur une partie du monde ignorée par beaucoup. C’est aussi ça le cinéma, permettre de relier les pays du monde et donc les êtres. La Palme d’or signifie que le message a été entendu et que le témoin va être pris en charge, avant de passer dans de nouvelles mains et devant d’autres yeux attentifs.



LE BLU-RAY
Jafar Panahi revient chez Memento Films après Taxi Téhéran et Trois visages. Mais c’est la première fois qu’un de ses longs-métrages est proposé en Blu-ray chez l’éditeur. Le disque HD repose dans un Digipack fin, illustré par le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément sur cette édition.
L’Image et le son
On ne saurait faire mieux. Le cinéaste Jafar Panahi collabore avec le chef opérateur Amin Jafari, avec lequel il avait déjà travaillé sur Aucun ours et Trois visages. Les partis pris esthétiques originaux sont magnifiquement rendus à travers ce Blu-ray d’une folle élégance. Le piqué est affûté, les contrastes fabuleusement riches, les détails sont abondants aux quatre coins du cadre, le relief est omniprésent, les couleurs bigarrées, tandis que le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté, à part peut-être sur les scènes sombres et nocturnes, qu’on imagine plus difficile à tourner en raison des conditions de prises de vues.

Pas de piste française sur ce titre, mais en revanche la version farsi DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle on ne peut plus dynamique, avec une ardente délivrance des ambiances sur les enceintes latérales. Même chose concernant la restitution des dialogues et la balance frontale. Le spectateur est littéralement plongé dans la circulation chargée de Téhéran, la spatialisation reste solide tout du long.




Crédits images : © Memento Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
