
LES CRACKS réalisé par Alex Joffé, disponible en DVD & Blu-ray le 19 mai 2026 chez M6 Vidéo.
Acteurs : Bourvil, Robert Hirsch, Gianni Bonagura, Monique Tarbès, Michel de Ré, Edmond Beauchamp, Anne Jolivet, Jacques Arbez…
Scénario : Gabriel Arout, Pierre Lévy-Corti & Alex Joffé
Photographie : Jean Bourgoin
Musique : Georges Delerue
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 1968
LE FILM
Au début du XXème siècle, Jules Auguste Duroc, artisan de formation et bricoleur à ses heures perdues, invente une bicyclette révolutionnaire. C’est son beau-frère Lucien Médard qui doit l’expérimenter lors de la course cycliste Paris-San Remo. Un concours de circonstances pousse Duroc à prendre la fuite sur son engin. Il se retrouve sur la ligne de départ de la célèbre course. Les événements vont prendre une tournure que les deux compères n’avaient pas imaginée…

Au fil de ces chroniques, nous avons souvent parlé de la longue et fructueuse collaboration entre Bourvil et le réalisateur Alex Joffé, à savoir six longs-métrages, qui s’étendent des Hussards (1955) aux Cracks (1968, qui sera aussi l’ultime long-métrage du cinéaste) et qui totalisent près de quinze millions d’entrées. Une des associations les plus fructueuses de toute l’illustre carrière du comédien. Si leur plus grand succès demeure le magnifique Fortunat (1960) avec 3,3 millions de spectateurs, leur opus qui arrive sur la seconde marche de leur podium en commun reste Les Cracks, qui a frôlé la barre des 3 millions. C’est malheureusement sur le tournage de ce film, que suite à un accident de vélo, Bourvil, après une hospitalisation, se voit diagnostiquer la maladie de Kahler, cancer qui allait l’emporter deux ans plus tard à l’âge de 53 ans. Mais pour l’heure, Les Cracks est comme Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (leur troisième film, méconnu), une comédie quasi-expérimentale (le prologue de cinq minutes façon cinéma muet est formidable), presque inclassable, survoltée, qui enchaîne les gags visuels de façon ininterrompue pendant un peu d’une heure et demi. Le montage quelque peu frénétique peut d’ailleurs étonner, ainsi que l’hystérie collective qui pourra fatiguer plus d’un spectateur. On ne pourra pas reprocher à Bourvil d’y aller à fond, même si, une fois n’est pas coutume, celui-ci se fait littéralement voler la vedette par son partenaire, le grand et souvent oublié Robert Hirsch. Ce dernier avait déjà tourné avec Alex Joffé dans Pas question le samedi, dans lequel il campait pas moins de treize rôles. Dans Les Cracks, il interprète Maître Charles Mulot, huissier de justice, lancé à la poursuite de Jules Auguste Duroc et qui fera tout pour lui mettre le grappin dessus. Extrêmement souple, pour ne pas dire gymnaste, Robert Hirsch livre une prestation digne des plus grands burlesques, multipliant les prouesses physiques complètement dingues, à l’instar d’un grand écart réalisé entre les deux wagons d’un train. La rencontre entre les deux montres est explosive et Les Cracks s’avère un divertissement frappadingue, mené à cent à l’heure sur roues boyaux, amusant à (re)découvrir.


Au tout début du vingtième siècle en région parisienne, un inventeur nommé Jules-Auguste Duroc met toutes ses économies dans un vélo révolutionnaire, doté de plusieurs fonctionnalités jusqu’alors inédites, comme la roue libre permettant de cesser de pédaler notamment dans les descentes. Malgré ses multiples efforts pour trouver un investisseur ou une banque pour financer son brevet et la production industrielle de ses cycles, il se retrouve dans une situation personnelle critique. Criblé de dettes, il se voit de plus harcelé par un féroce huissier ne cessant de vouloir saisir son invention. Duroc n’a plus qu’un espoir, faire remarquer son engin dans une compétition cycliste internationale. Sa seule chance repose sur la toute prochaine compétition franco-italienne reliant par étapes, la capitale française à San-Remo en Italie. Son beau-frère, le trentenaire Lucien Médard est choisi pour tester la nouvelle bicyclette. Mais sans autre issue pour fuir l’huissier tenace, Duroc se retrouve sous la tour Eiffel, lieu du départ de l’épreuve. Se retrouvant au milieu du peloton, l’inventeur se retrouve dès lors propulsé dans la course, malgré sa cinquantaine passée. Heureusement, son invention se révèle extrêmement efficace et il commence à remporter des succès au cours de plusieurs étapes. Son épouse tente à plusieurs reprises tantôt de le décourager puis de le soutenir, face aux tricheries et autres méfaits du méchant huissier, lequel ne va pas tarder à investir lui-même dans l’affaire tout en voulant saboter leurs vélos ou droguer les compétiteurs.


Quand il tourne Les Cracks, un « vélodrame » pas triste du tout, Bourvil sort des deux triomphes successifs du Corniaud (11,7 millions d’entrées) et de La Grande Vadrouille (17,2 millions). L’acteur passe allègrement, et avec le même succès, de la comédie (La Cuisine au beurre, 6,4 millions de spectateurs) au drame (Les Grandes Gueules, 3,6 millions), tout en multipliant les tournages avec parfois quatre voire cinq films par an. Il allait commencer à ralentir le rythme, et pour cause…Mais dans Les Cracks, Bourvil redouble d’énergie, donne de sa personne sur son vélo et déambule dans les somptueux paysages de la campagne française.


Les Cracks est un film « à part » dans la carrière de Bourvil, dans le sens où il ne ressemble pas à ce qu’il fait d’habitude, où il fait partie intégrante d’un concept, tout comme ses petits camarades de jeu. Outre Robert Hirsch, bondissant, tombant, se relevant, chutant encore, on notera aussi la participation de l’excellente Monique Tarbès (vue dans Le Magnifique de Philippe de Broca), géniale dans le rôle de Delphine Duroc, épouse de l’ingénieux inventeur endetté, qui suit la caravane avec un triporteur, transportant l’huissier coriace. La première partie est plus convaincante, jusqu’à ce que Duroc soit débarrassé de la menace de saisie et signe le contrat qui le lie désormais à Mulot, devenu son directeur sportif. Les quiproquos deviennent plus redondants, même si la séquence du train demeure un vrai morceau de bravoure, aussi fantaisiste qu’impressionnant, tout comme celle où Duroc dévale les pentes (cascades d’Yvan Chiffre) qui mènent à San Remo.


Les Cracks apparaît finalement comme le chaînon manquant entre Les Fous du volant (avec Satanas et Diabolo), La Grande Course autour du monde – The Great Race de Blake Edwards et Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines – Those Magnificent Men in their Flying Machines, or How I Flew from London to Paris in 25 Hours and 11 Minutes de Ken Annakin. On ressort exténué, mais conquis par cette course-poursuite incessante, dont l’ambition, tant sur le fond que sur la forme, manque cruellement dans la comédie française contemporaine.


LE BLU-RAY
Déjà proposé en DVD par M6 Vidéo – SNC en 2007, Les Cracks fait son retour chez l’éditeur, pour la première fois en Haute-Définition. Contrairement à la première édition, la jaquette du Blu-ray arbore un visuel proche de la célèbre affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

M6 Vidéo s’est débarrassé de deux des trois documentaires présents sur le DVD de 2007 et ne restitue que celui donnant la parole à Jean-Paul Brouchon (20’45). Journaliste et historien, décédé en 2011, grande voix de France Info qui avait couvert le Tour de France plus de quarante fois, légende de la Grande Boucle, Jean-Paul Brouchon s’attardait ici sur la vingtaine d’anecdotes liées à l’histoire du cyclisme, reconstituées dans Les Cracks. Ce module met ainsi en relief le long travail de recherches des scénaristes, qui souhaitaient retracer une partie de l’histoire du « cycle ». L’intervenant apporte sa pierre à l’édifice en donnant moult informations sur l’histoire du vélocifère ou vélocipède, la draisienne, la création de la pédale, le Grand bi, les premières courses, la création du Tour de France…les amateurs apprécieront !

L’Image et le son
Il y a vraiment peu de choses à reprocher à ce joli Blu-ray (au format 1080p). S’il fallait chipoter, nous dirons que les séquences en intérieur sont toutes moins définies et que le piqué s’en trouve par conséquent amoindri. Force est de constater que la propreté est convaincante (divers points blancs et rayures subsistent, mais rien de méchant), la palette chromatique est élégante, la stabilité de mise, les contrastes soignés, le grain bien géré et les partis-pris esthétiques signés Jean Bourgoin sont excellemment restitués. Le relief sur les séquences en extérieur est inédit, bref, une jolie redécouverte.

Le mixage français Mono instaure un confort acoustique suffisant. À part un rendu un peu plat sur certaines scènes, les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. En revanche, point de piste Audiodescription, ni de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.


Crédits images : © M6 Vidéo / SNC / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
