Test Blu-ray / La Valse de l’empereur, réalisé par Billy Wilder

LA VALSE DE L’EMPEREUR (The Emperor Waltz) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD et Blu-ray le 19 novembre 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Bing Crosby, Joan Fontaine, Roland Culver, Lucile Watson, Richard Haydn, Harold Vermilyea, Sig Ruman, Julia Dean, Bert Prival…

Scénario : Charles Brackett, Billy Wilder

Photographie : George Barnes

Musique : Victor Young

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Virgil Smith, voyageur de commerce, parcourt les routes d’Autriche en compagnie de son chien Buttons. Il espère y vendre des phonographes, et aimerait compter l’Empereur François-Joseph parmi ses clients. Le hasard met sur son chemin la comtesse Johanna von Stulzenberg, dont le caniche mord Buttons. Smith exige des excuses, qui lui sont refusées…

La Valse de l’empereurThe Emperor Waltz est comme qui dirait le vilain petit canard dans la filmographie de Billy Wilder. Renié par le réalisateur et son coscénariste Charles Brackett, le film apparaît après Death Mills, documentaire sur la découverte des camps de concentration nazis par les Alliés en 1945, où la famille de Billy Wilder a été exterminée, et Le Poison, drame psychologique prenant et difficile, réaliste et viscéral sur l’alcoolisme, sorti la même année. Comme s’il avait cherché malgré lui à s’échapper dans un univers diamétralement opposé, on le retrouve aux manettes d’une comédie-musicale qui prend la forme d’une opérette viennoise. Enorme meringue aux couleurs étincelantes (le premier film en couleur du réalisateur), La Valse de l’empereur a beau être parfois marqué par quelques touches ironiques et cyniques emblématiques de son auteur, il n’en demeure pas moins franchement anecdotique dans la carrière du maître. Mais le spectacle est bel et bien assuré.

Virgil Smith, voyageur de commerce accompagné de son chien bâtard Buttons voudrait bien vendre des phonographes à la cour de l’empereur d’Autriche François-Joseph. Parallèlement la comtesse Johanna Von Stulzenberg est sollicitée par l’Empereur afin que son caniche royal Shéhérazade s’accouple avec un des mâles de son chenil. Alors qu’elle sort de l’entrevue, Shéhérazade est attaquée par Buttons, lequel se fait mordre à la patte. Smith poursuit la comtesse afin d’exiger des excuses qui lui seront refusées. Smith suit la cour jusqu’au Tyrol où a lieu un nouvel incident entre les deux chiens.

Etrange cette histoire d’amour mise en parallèle avec celle des chiens…On voit bien où Billy Wilder et Charles Brackett veulent en venir, mais cette histoire de « races » qui ne sont pas compatibles et qui pourtant enfreignent le code vont finalement trouver une issue. Pour « guérir » la chienne de l’histoire, il faudra mettre Shéhérazade de nouveau en présence du bâtard. Ce parallèle quelque peu maladroit est au centre de La Valse de l’empereur. Immense star des studios Paramount, le crooner Bing Crosby enchaîne jusqu’à cinq films par an et sera d’ailleurs récompensé par un Oscar en 1944 pour La Route semée d’étoiles de Leo McCarey. Charisme lisse, balai bien placé, il arbore ici le costume du tyrolien du Juste Prix pour ensuite yodler dans les magnifiques paysages canadiens, qui font office des Alpes où le récit est supposé se dérouler. Il s’en sort finalement assez bien et parvient à rendre son personnage attachant. Sa partenaire, la magnifique Joan Fontaine, ajoute un nouveau grand réalisateur à son palmarès après George Stevens (Gunga Din), George Cukor (Femmes), Alfred Hitchcock (Rebecca, Soupçons) et Max Ophüls (Lettre d’une inconnue). Très élégante, la comédienne arbore ici de splendides costumes signés Edith Head (nommée aux Oscars pour ce film) et prouve qu’elle pouvait se fondre avec aisance dans n’importe quel genre.

Alors oui, si l’on compare La Valse de l’empereur avec le reste de la filmographie de Billy Wilder, le film peut paraître « hors-série ». Pourtant, prise indépendamment, cette guimauve acidulée est franchement sympathique. Même si conspué par le cinéaste, la mise en scène est extrêmement soignée, les décors superbes, le Technicolor flamboyant (George Barnes à la photo) et l’on peut également reconnaître la griffe de Billy Wilder à travers la truculence des seconds rôles (Richard Haydn, irrésistible François-Joseph) et des répliques quelque peu vachardes. Alors certes le réalisateur semble suivre le cahier des charges propre aux comédies musicales de l’époque, tout en répondant aux exigences de Bing Crosby. Cependant, Billy Wilder n’est pas homme à s’effacer et certaines séquences sont typiques de son univers, de sa sensibilité, de son génie, de son ton féroce.

Il faut donc prendre La Valse de l’empereur pour ce qu’il est. Une récréation, un repos forcé après les atrocités ayant touché le monde entier, comme si Billy Wilder avait eu besoin de cela pour ensuite repartir sur les chapeaux de roue. C’est d’ailleurs ce qu’il fera dès son film suivant, La Scandaleuse de BerlinA Foreign Affair, dans lequel il abordera frontalement son époque, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en retrouvant immédiatement ses dialogues cocasses et tordants, à travers une comédie tendre, politiquement incorrecte, mélancolique et cynique sur l’amour, l’affrontement des sexes, tout en critiquant le puritanisme hypocrite, le mensonge, les faux-semblants, avec un ton insolent et même parfois grivois. Ce que nous n’aurions peut-être pas eu s’il n’y avait pas eu cet interlude nécessaire représenté par La Valse de l’empereur.

LE BLU-RAY

La Valse de l’empereur est le septième film de Billy Wilder à bénéficier d’une édition en haute-définition chez Rimini Edition. Cette comédie-musicale rejoint ainsi La Grande combine, Embrasse moi, idiot, Irma la douce, Un, deux, trois, La Garçonnière, Témoin à charge et Le Poison ! La jaquette est typique de la collection, glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Comme pour les autres titres, cette édition contient un livret de 24 pages rédigé par Marc Toullec, très bien illustré et qui revient sur la genèse, le tournage et la sortie de La Valse de l’empereur.

Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge) partagent et échangent sur La Valse de l’empereur (32’). Désormais très complices, les deux journalistes se renvoient habilement la balle et réalisent une excellente présentation du film de Billy Wilder. Forcément, étant un film mineur de son auteur, les deux invités de Rimini Editions ont ici moins de choses à dire. Ce qui n’empêche pas de passer un très bon moment en leur compagnie.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

La Valse de l’empereur est un festival de couleurs. La forme stylistique du film est impressionnante. La restauration, visiblement ancienne, est flatteuse, bien que divers points et tâches subsistent, surtout sur les scènes chantées. Grâce à cette élévation HD, le Technicolor retrouvent un nouvel éclat, avec une gamme disparate de vert et de bleu pastel. Les contrastes et le piqué ne sont peut-être pas aussi pointus comme nous l’espérions, mais le codec AVC consolide l’ensemble avec suffisamment d’ardeur. Le grain original est respecté, la stabilité est fort plaisante et certains détails, inédits, s’avèrent impressionnants. On en prend plein les yeux !

Privilégiez la version originale aux sous-titres français non imposés (sauf sur les chansons), avec ses voix plus claires et ses effets plus nets et aérés. En français, les voix des comédiens se révèlent plus sourdes et s’accompagnent parfois de légers craquements. Dans les deux cas, la musique est dynamique et exploite au maximum les possibilités des pistes LPCM Mono.

Crédits images : © Rimini Editions / Universal Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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