Test Blu-ray / Le Poison, réalisé par Billy Wider

LE POISON (The Lost Weekend) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD et Blu-ray le 1er octobre 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Ray Milland, Jane Wyman, Phillip Terry, Howard Da Silva, Doris Dowling, Frank Faylen, Mary Young, Anita Sharp-Bolster…

Scénario : Billy Wilder, Charles Brackett d’après le roman de Charles R. Jackson

Photographie : John F. Seitz

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1945

LE FILM

Incapable d’écrire une ligne depuis des années, l’écrivain Don Birman noie son chagrin dans la boisson. Il doit partir en week-end avec son frère Wick et sa fiancée. Mais la perspective de passer quelques jours sans une goutte d’alcool lui est insupportable…

Le PoisonThe Lost Weekend n’est que le quatrième long métrage de Billy Wilder, après Mauvaise graine (1934), réalisé en France avec Danielle Darrieux, Uniformes et jupons courts (1942), Les Cinq Secrets du désert (1943) et l’immense Assurance sur la mort (1944). En 1945, le cinéaste met en scène un court-métrage Death Mills, pour le compte de la U.S. Army Signal Corps, un documentaire sur la découverte des camps de concentration nazis par les Alliés à la fin de la guerre. La même année sort aux Etats-Unis Le Poison, d’après le roman The Lost Weekend écrit en 1944 par Charles R. Jackson. Tout d’abord peu confiant en raison des catastrophiques projections test durant lesquelles les spectateurs ont rejeté le film en masse, le cinéaste est finalement rassuré devant l’engouement de la critique et du box-office qui s’affole. The Lost Weekend n’est pas une comédie et ne possède pas ce ton grinçant qui fera la marque de fabrique de son auteur dans les années à venir, mais il s’agit bel et bien d’un drame psychologique prenant et difficile, réaliste et viscéral sur l’alcoolisme. Billy Wilder est le premier à aborder ce sujet comme une maladie et offre au comédien britannique Ray Milland (1907-1986) l’un des plus grands rôles de sa vie.

Don Birnam, incapable de percer malgré des débuts d’écrivain prometteur alors qu’il était étudiant, s’est enfermé dans l’alcool. Voilà dix jours, cependant, qu’il n’a pas touché à une goutte d’alcool et il semble sur la bonne voie. S’arrangeant pour ne pas passer le week-end à la campagne avec son frère qui l’entretient financièrement et moralement et sa petite amie, il se retrouve seul et repense à son passé souvent gâché par la bouteille. Mais il replonge et cherche par tous les moyens de l’argent pour sa consommation en tentant de mettre en gage sa machine à écrire, en volant de l’argent dans le sac à main d’une dame dans un restaurant, en mendiant de l’argent à une connaissance et un verre à un barman. Cette descente aux enfers l’emmène, après une chute, à l’hôpital où se trouvent d’autres alcooliques.

Charles Brackett et Billy Wilder collaborent depuis La Huitième Femme de Barbe-Bleue (1938) et Ninotchka (1939), deux films réalisés par Ernst Lubitsch. Une association qui perdurera sur six longs métrages de Billy Wilder, d’Uniformes et jupons courts à Boulevard du crépuscule. Dans Le Poison, les deux hommes souhaitent montrer que la dépendance pour l’alcool est tout sauf amusant. Loin des pantalonnades de W.C. Fields dont l’addiction faisait rire les spectateurs et remplissait les salles du monde entier, The Lost Weekend dévoile l’emprise, la déchéance et le combat au quotidien d’un homme qui lutte contre ses démons, mais qui se retrouve très vite aspiré dans une spirale infernale. L’alcoolisme, un sujet inédit et tabou, selon Billy Wilder et Charles Brackett (également producteur), ce sont ces petits cercles humides (« mes petits cercles vicieux » dixit Birman) qui se multiplient sur le comptoir et qui représentent les verres ingurgités par Don Birman. Une transition qui en dit long sur le désespoir de Birman, qui noie littéralement son mal-être dans l’alcool.

Avec une précision d’horloger qui a fait sa réputation, Le Poison témoigne du souci du détail de Billy Wilder et de son coscénariste. A la limite du documentaire et malgré une exposition un peu longue et bavarde, The Lost Weekend dévoile dès le premier flashback et frontalement les diverses étapes du mal qui ronge son protagoniste principal, brisé de l’intérieur, ainsi que les ruses et les astuces pour trouver l’argent nécessaire afin de faire une descente au bar du coin ou chez le caviste prêt à vendre son alcool le plus minable qui trouvera toujours preneur. Une autodestruction dont le réalisme aura atteint le coeur et les esprits des spectateurs du monde entier qui réserveront un accueil triomphal au film de Billy Wilder.

Ray Milland, très investi, aura perdu plusieurs kilos et parviendra même à duper les passants dans les rues de New York, où Billy Wilder effectuera quelques prises de vue en dissimulant sa caméra. Ceux qui reconnaîtront le comédien seront surpris de constater un homme au costume froissé, suant, fatigué, exténué, visiblement bien éméché et sans doute à la recherche d’un rade qui pourrait bien lui donner quelques gouttes d’un breuvage empoisonné. Le comédien est exceptionnel, à la fois attachant et pathétique, n’hésitant pas à se montrer sous des aspects peu flatteurs, afin de montrer l’évolution de son personnage, conscient de son état (un miroir lui renvoie d’ailleurs souvent son reflet), mais victime de ses pulsions et de son assuétude, jusqu’à l’inévitable et impressionnant delirium tremens qui a pu inspirer Jean-Pierre Melville pour celui vécu par le personnage d’Yves Montand dans Le Cercle rouge. Une séquence où comme le reste du film résonne la composition au thérémine de Miklós Rózsa, qui renvoie à l’esprit perturbé et embrumé par l’alcool du personnage principal. S’il y a espoir à la fin, surtout grâce au soutien et à l’amour d’Helen (magnifique Jane Wyman), rien n’indique que Birman ne replongera pas dans les abîmes fermentés…Le happy-end n’est donc que ponctuel et apparence.

Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, un comédien, ici Ray Milland, obtient le Prix d’interprétation au Festival de Cannes ainsi que l’Oscar du meilleur acteur. Le Poison est récompensé par le Grand Prix International du Film sur la Croisette, ainsi que par l’Oscar du meilleur film, celui du meilleur réalisateur et celui du meilleur scénario adapté.

LE BLU-RAY

Quelle belle collection ! Billy Wilder et Rimini Edition, septième ! Enfin une édition digne de ce nom pour Le PoisonThe Lost Weekend, désormais disponible chez Rimini en DVD et Blu-ray. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné liseré bleu. Le menu principal est animé et musical. Cette édition comprend également un livret de 28 pages écrit par Marc Toullec.

Le duo Mathieu Macheret (Le Monde) et Frédéric Mercier (Transfuge) est de retour pour notre plus grand plaisir ! Durant près de cinquante minutes, les deux journalistes et critiques proposent une présentation et une analyse pertinente du Poison. Face à face, les deux intervenants croisent le fond et la forme du film de Billy Wilder, en le replaçant tout d’abord dans la carrière du maître. Puis, les analyses des deux confrères se complètent parfaitement, l’un et l’autre rebondissant sur les arguments avancés, sans aucun temps mort. La genèse du film, l’écriture du scénario, l’adaptation du roman de Charles R. Jackson, les thèmes explorés, les partis pris (notamment lors du delirium tremens), les intentions, le casting, la psychologie des personnages principaux et bien d’autres sujets sont abordés avec une passion contagieuse !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le transfert HD (1080p, AVC) répond à toutes les exigences même si tout n’est pas parfait. Le N&B affiche une nouvelle jeunesse, les blancs sont lumineux et les noirs rutilants, le piqué n’a jamais été aussi affiné mais quelques séquences liées à la photo vaporeuse du chef opérateur John F. Seitz (Les Aventures d’Huckleberry Finn, Tueur à gages, Assurance sur la mort), apparaissent beaucoup plus douces et lisses. La définition n’est pas optimale, le grain tend à s’accentuer sur les scènes sombres ou lors des fondus enchaînés (quelques effets de pompage comme lors du delirium), les gros plans manquent parfois de détails, cependant la profondeur est plaisante. La propreté est aléatoire, avec certaines bobines qui demeurent abîmées et marquées par quelques points et rayures verticales. L’image est globalement positive, stable et les contrastes soignés.

Les mixages anglais et français sont proposés en DTS-HD Dual Mono. La piste anglaise est souvent exemplaire et limpide, contrairement à la version française originale qui s’accompagne d’un léger souffle. Nous disons « originale » pour la VF car l’éditeur joint une seconde piste française, atroce, récente, qui se focalise uniquement sur les voix (au volume élevé), au détriment de tous les effets annexes. Il s’agit ici d’un doublage plus « contemporain », qui dénature complètement les partis pris originaux. Sur la première VF, le niveau des dialogues est parfois hasardeux, certains échanges sont un peu pincés et le mixage manque souvent d’harmonie. La version originale est évidemment à privilégier. C’est entre autres l’option acoustique la plus confortable avec un report des voix et des effets sonores plus solides. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Universal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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