Test Blu-ray / Les Cent Cavaliers, réalisé par Vittorio Cottafavi

LES CENT CAVALIERS (I Cento cavalieri) réalisé par Vittorio Cottafavi, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 3 novembre 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Mark Damon, Antonella Lualdi, Rafael Alonso, Manuel Gallardo, Wolfgang Preiss, Hans Nielsen, Barbara Frey, Gastone Moschin…

Scénario : Vittorio Cottafavi, José María Otero, Giorgio Prosperi & Enrico Ribulsi

Photographie : Francisco Marín

Musique : Antonio Pérez Olea

Durée : 1h50

Année de sortie : 1964

LE FILM

En l’an 1000, alors que les Maures sont installés en Espagne, un petit village isolé de Castille voit arriver un cheikh et cent cavaliers. Ceux-ci demandent asile mais deviennent rapidement des occupants tyranniques. La résistance s’installe…

Essentiellement connu des cinéphiles, le réalisateur Vittorio Cottafavi (1914-1998) n’a jamais vraiment eu les honneurs de la critique et reste trop souvent oublié quand on évoque les maîtres et artisans du cinéaste italien. Cependant, depuis quelques années, le metteur en scène et ancien assistant de Vittorio De Sica sur Les Enfants nous regardentI bambini ci guardano (1949), connaît un regain d’intérêt, y compris dans nos contrées où la Cinémathèque Française avait d’ailleurs programmé une rétrospective de ses œuvres en juillet 2017. S’il ne date que de 1964, Les Cent CavaliersI Cento cavalieri, que certains connaissent également sous le titre Le Fils du Cid est son dernier long-métrage réalisé pour le cinéma. Pourquoi ? Parce-que le film, grosse production hispano-germano-italienne n’a pas rencontré le succès espéré dans les salles à sa sortie. Devant cette déception, le cinéaste se tournera ensuite vers la télévision où il n’arrêtera jamais de tourner pendant vingt ans. Pourtant, Les Cent Cavaliers demeure un immense divertissement à la beauté souvent renversante, un parfait chaînon manquant entre le cinéma d’auteur et le cinéma d’exploitation, qui mélange les genres avec une virtuosité confondante, puisque I Cento cavalieri est à la fois un film d’aventure et d’action, un drame historique, une histoire d’amour, avec un humour très présent, voire burlesque et qui n’hésite pas à briser le quatrième mur avec le personnage du peintre qui s’adresse directement au spectateur dès la première séquence. Il est temps de réhabiliter Vittorio Cottafavi et de se pencher sur sa filmographie extrêmement généreuse et intelligente.

L’an 1000 après Jésus-Christ. Alors que les Maures se sont installés en Espagne, un cheikh, Abdelgalbon, et ses cent cavaliers demandent asile dans un petit village isolé et tranquille de Castille en échange de cadeaux offerts au maire. Mais, rapidement, ils deviennent des occupants tyranniques après avoir fait croire au vol d’un chargement de blé, détourné par eux-mêmes, et après avoir tué le gouverneur de la région. Les habitants sont terrorisés, le village est pillé et la répression s’installe. La résistance s’organise autour du brave et charismatique Fernando, un jeune marchand et enfant d’un ancien combattant des Maures, le tueur de Maures Don Gonzalo. Le père et le fils s’allient pour protéger les villageois et se débarrasser des Maures.

Nous n’aurons pas l’outrecuidante ambition de vous faire un rappel historique ou quelques analyses en profondeur des éléments qui correspondent ou non aux faits réels dans Les Cent Cavaliers. D’une part parce que nous ne sommes pas professeurs d’histoire ou d’autre part nous n’étions pas forcément les élèves les plus assidus au moment où on nous expliquait qui étaient les Maures ou la signification de la Reconquista. Si vous désirez en savoir plus, allez donc faire un tour sur Wikimachin. Toujours est-il que vous n’aurez pas besoin de connaître ce sujet sur le bout des doigts pour appréhender et surtout pour apprécier Les Cent Cavaliers. C’est là toute l’intelligence de Vittorio Cottafavi, faire confiance à celle des spectateurs, même ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ces évènement ou qui les auraient oubliés, tout en signant une œuvre lisible, au propos jamais hermétique, et qui s’adresse à tous. Considéré comme un « homme de culture, d’esprit et de convictions », Vittorio Cottafavi s’investit corps et âme dans ce sublime long-métrage, dans lequel on retrouve tout son talent déjà remarqué à travers ses péplums, La Révolte des gladiateursLa Rivolta dei gladiatori (1958), MessalineMessalina Venere imperatrice (1960), Les Légions de Cléopâtre Le Legioni di Cleopatra (1960), La Vengeance d’HerculeLa Vendetta di Ercole (1960), Les Vierges de RomeLe Vergini di Roma (1961) et Hercule à la conquête de l’AtlantideErcole alla conquista di Atlantide (1961).

Au-delà de son caractère hautement divertissant, I Cento cavalieri se double d’une réussite plastique irréprochable avec la magnifique photographie de Francisco Marín, mythique chef opérateur d’Un pistolet pour Ringo Una pistola per Ringo et Le Retour de Ringo Il ritorno di Ringo (1965) de Duccio Tessari, ainsi que Superargo contre DiabolikusSuperargo contro Diabolikus (1966) de Nick Nostro, une utilisation magistrale du cadre large, des costumes soignés et des décors grandioses. Solide directeur d’acteurs, Vittorio Cottafavi s’entoure de comédiens venus d’horizons divers, Mark Damon (La Chute de la maison UsherHouse of Usher de Roger Corman), la magnifique Antonella Lualdi (Le Manteau Il cappotto d’Alberto Lattuada, Les Garçons La Notte brava de Mauro Bolognini), Gastone Moschin (Hold-up à la milanaiseAudace colpo dei soliti ignoti de Nanni Loy, Ces messieurs dames Signore & signori de Pietro Germi), Wolfgang Preiss (Le Moulin des supplicesIl Mulino delle donne di pietra de Giorgio Ferroni, Dr Mabuse dans six films) et l’hilarant Arnoldo Foà (Concino Concini dans Le Capitan d’André Hunebelle), tous absolument brillants. N’oublions pas la musique d’Antonio Pérez Olea, qui appuie le caractère épique des Cent Cavaliers.

Malheureusement, Les Cent Cavaliers connaît un échec cuisant en décembre 1964. Vittorio Cottafavi, dégoûté et ayant déjà de nombreuses expériences avec la petite lucarne, préférera s’y consacrer entièrement par la suite, où il fera les belles heures de la télévision en proposant des téléfilms historiques à succès comme Antonio e Cleopatra, Il processo di Santa Teresa del bambino Gesù, Cristóbal Colón, Cromwell: Ritratto di un dittatore, Napoleone a Sant’Elena et bien d’autres. Une fin de carrière qui n’est pas sans rappeler celle de Roberto Rossellini, qui à travers des opus comme Blaise Pascal, Augustin d’Hippone, L’Âge de Cosme de Médicis et René Descartes utilisait ce médium pour transmettre la connaissance et participer à l’éducation de ses concitoyens, à l’instar de Vittorio Cottafavi, qui restait également persuadé que l’engagement d’un réalisateur était de se mettre au service de la communauté et que cette action passait avant tout par le divertissement. Les Cent Cavaliers en est un parfait exemple.

L’ÉDITION COLLECTOR BLU-RAY + DVD + LIVRE

Après Le Chevalier du château maudit dont nous vous parlions il y a peu, Artus Films ajoute un nouveau titre à sa collection Chevalerie avec Les Cent Cavaliers, à travers une superbe édition collector Blu-ray + DVD + Livre limitée à 1000 exemplaires. Les deux disques reposent dans un Slim Digipack très élégamment illustré, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet, dans lequel vous trouverez aussi un remarquable livret de 60 pages, rédigé par François Amy de la Bretèque et Philippe Conrad, intitulé Les Cent Cavaliers : une histoire de la Reconquista, qui contient un portrait du réalisateur Vittorio Cottafavi, une critique du film qui nous intéresse aujourd’hui, ainsi qu’un retour sur la conquête musulmane de l’Occident, sur l’Espagne sous la domination almoravide et almohade, ainsi que sur la Reconquista dans l’histoire ibérique. Le menu principal du Blu-ray est fixe et musical.

Outre une formidable bande-annonce du film (d’une durée de cinq minutes) durant laquelle les acteurs s’adressent aux spectateurs sur le plateau, ainsi qu’un Diaporama de photos et d’affiches d’exploitation, l’éditeur propose une intervention de François Amy de la Bretèque (35’40). Si vous avez déjà lu le livret avant de visionner ce bonus, alors l’ensemble vous paraîtra sensiblement redondant, puisque le professeur émérite d’études cinématographiques, responsable éditorial de la revue Archives, mais aussi historien du cinéma et historien des représentations reprend peu ou prou les mêmes arguments ici. Auteur de nombreux articles et livres, notamment de L’Imaginaire médiéval dans le cinéma occidental (Paris, Champion, 2004) et Le Moyen Âge au cinéma, Panorama historique et artistique (Armand Colin 2015), François Amy de la Bretèque aborde longuement le fond et la forme de ce film « signé d’un des petits maîtres du cinéma italien qu’il faut redécouvrir et qui mérite une réhabilitation ». Il rend tout d’abord hommage aux artisans du cinéma d’exploitation transalpin, qui passaient allègrement du péplum au film policier, en passant par le fantastique, l’horreur et l’érotisme. Un grand cinéma populaire qui « n’hésitait pas à inclure quelques réflexions psychanalytiques et philosophiques », qui remplissait les salles, loué par une partie de la critique française, en particulier Bertrand Tavernier. Puis, l’invité d’Artus Films parle du metteur en scène Vittorio Cottafavi et passe en revue sa carrière, avant d’analyser Les Cent Cavaliers avec pertinence, de la genèse du film aux conditions de tournage, sans oublier le casting, le traitement des personnages et la mise en scène de cette interprétation fantaisiste de l’histoire de l’Espagne médiévale.

L’Image et le son

Les Cent Cavaliers est enfin présenté dans son format original TechniScope 2.35 (compatible 16/9) et redonne au Technicolor son prestige d’antan, ainsi que son montage intégral. Les teintes ocres, brunes, bleues, rouges, mauves retrouvent une vraie vivacité, la copie est propre, immaculée même, le piqué est étonnant et les détails abondent aux quatre coin du cadre large. Signalons que lors de la bataille finale, le film passe dans un N&B teinté sépia, donc il ne s’agit pas d’un problème technique, mais bel et bien d’une volonté artistique. La texture argentique est très bien gérée et en dehors de légers fourmillements, ce master 2K restauré participe entièrement à la redécouverte de cette œuvre désormais culte de Vittorio Cottafavi.

Qui dit version intégrale, dit forcément doublage français incomplet ! Si vous avez fait le choix de visionner le film dans la langue de Molière, les séquences réintégrées passent directement en VOSTF. Le confort acoustique est assuré. Mais privilégiez tout de même la version originale, plus naturelle, dynamique et mieux équilibrée au niveau des effets et de la musique d’Antonio Pérez Olea.

Crédits images : © Artus Films / MOVIETIME SRL – Rome – Italy. All Rights reserved / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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