Test DVD / Ondine, réalisé par Christian Petzold

ONDINE (Undine) réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 6 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz, Anne Ratte-Polle, Rafael Stachowiak, José Barros, Julia Franz Richter…

Scénario : Christian Petzold, d’après la nouvelle Ondine s’en va de Ingeborg Bachmann

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h26

Année de sortie : 2020

LE FILM

Ondine est une diplômée en histoire qui travaille comme guide à Berlin. Son amant la quitte pour une autre femme. Immédiatement après la rupture, elle rencontre Christoph dont elle tombe amoureuse. Tous les deux passent des moments merveilleux ensemble jusqu’à ce que Christoph se rende compte que Ondine fuit quelque chose. Il commence alors à se sentir trahi…

Avec Ondine, le réalisateur et chef de file du nouveau cinéma d’auteur allemand Christian Petzold (né en 1960) propose un portrait de femme porté par la magnifique Paula Beer, qui signe après Transit, sa seconde collaboration avec le metteur en scène de Yella, Jerichow, Barbara et Phoenix. Oeuvre romanesque, épurée, mêlant à la fois le feu des sentiments et l’apparence glacée des personnages, Ondine s’inspire du conte éponyme de Friedrich de La Motte-Fouqué, (1811), mais surtout de sa réappropriation par la poétesse, nouvelliste et romancière autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973) dans Ondine s’en va, écrit du point de vue du personnage, en plaçant son histoire dans un Berlin contemporain. La photo du chef opérateur Hans Fromm, fidèle collaborateur de Christian Petzold, fait la part belle aux teintes solaires et bleutées, dans un désir de rendre la ville comme un paysage enfermé dans un aquarium, où Paula Beer, telle Ava Gardner dans le merveilleux Pandora (1950) d’Albert Lewin, est filmée comme une sirène à la beauté ensorcelante. Comme dans la plupart des oeuvres précédentes de Christian Petzold, une histoire d’amour contrariée sert une fois de plus de fil conducteur. Les sentiments chez le cinéaste ne s’expriment habituellement qu’à travers les regards, les intentions et les non-dits. Dans Ondine, l’amour explose à travers la passion du personnage principal et de Christoph, interprété par le magnétique Franz Rogowski (Happy End de Michael Haeneke), qui retrouve ici sa partenaire de Transit. Tout irait pour le mieux dans cette histoire sentimentale, si un battement de coeur qui s’est un peu emballé de façon inattendue, n’entraînait pas la suspicion et la méfiance, thèmes déjà abordés par le metteur en scène dans Yella, Jerichow et Barbara. Récompensée par l’Ours d’Argent au Festival de Berlin, Paula Beer, qui succède ainsi à la sublime Nina Hoss comme muse de Christian Petzold, livre une fantastique et éblouissante performance.

Berlin centre-ville, de nos jours. Undine Wibeau (Paula Beer), conférencière free-lance en histoire de l’urbanisme de Berlin, travaille au Sénat de Berlin pour l’accueil des visiteurs. La jeune femme a une relation difficile avec Johannes (Jacob Matschenz), qui veut mettre fin à leur relation. Lors d’un court rendez-vous au café proche de la salle des maquettes où elle opère, Undine somme Johannes de l’attendre trente minutes, le temps d’une présentation, faute de quoi elle sera obligée de le tuer. Elle est en effet soumise à une malédiction : elle doit tuer l’homme qui l’a trahie, puis retourner à l’eau, d’où elle est venue. Lorsqu’elle revient, le café est vide. Vient à sa rencontre un jeune homme qui a assisté à sa mini-conférence, qui se présente comme scaphandrier et plongeur industriel, et lui propose un café. Leur rencontre imprévue les perturbe et entraîne la casse du grand aquarium qui ornait le bar, qui contenait entre autres une statuette de scaphandrier, que Christoph offre à la jeune femme. Trempés, mais ravis, les deux tombent instantanément amoureux l’un de l’autre et entament une relation passionnée. Un jour qu’elle se promène avec Christoph dans Berlin, Ondine croise Johannes, qui ne semble pas très heureux au sein de son nouveau couple. Johannes la contacte ensuite, désireux de reprendre leur relation. Christoph l’apprend, lui demande des explications au téléphone, et ils se disputent. Le lendemain, Ondine se précipite vers le lac où il travaille, et apprend qu’il a été victime d’un grave accident.

Si tu me quittes, je dois te tuer…

Après son impressionnante relecture du mythe de Pygmalion dans Phoenix, Christian Petzold s’attaque cette fois aux mythes allemands avec Ondine, qui est annoncé comme étant le premier volet d’une trilogie. S’il est parfois marqué par de longues plages de dialogues, à l’instar des séquences d’exposé (quasiment en temps réel) sur l’histoire de Berlin, le cinéaste se rattrape quand il filme les regards enflammés d’amour de ses protagonistes et surtout par son ambiance surnaturelle, dont l’atmosphère rappelle étrangement La Jeune Fille de l’eauLady in the Water de M. Night Shyamalan. Car rattrapée par le mythe ancien, Ondine devra tuer l’homme qu’elle aimait et qui l’a quitté, puis s’en retourner dans les profondeurs aquatiques. On apprend dans le film, lors d’une conférence, que Berlin a en fait été construite sur des marais. Donc, même si ceux-ci ont été asséchés, l’eau demeure omniprésente dans Ondine, en filigrane, comme le passé de la capitale allemande qui a tendance à s’amenuiser progressivement et dont subsistent quelques réminiscences. Pour mieux comprendre le présent, il est indispensable de se plonger dans le passé dit-on souvent, et à ce titre, le spectateur plonge au sens propre comme au figuré dans le mythe, puisque certaines séquences oniriques se déroulent sous l’eau, comme un retour aux sources, dans un liquide amniotique où Christoph passe l’essentiel de la journée, coincé dans son scaphandre, où il est témoin d’apparitions et de signes surprenants.

Le dernier tiers du film joue la carte de l’étrange et de la féerie, sans toutefois donner de véritables explications. Le changement de ton peut paraître étonnant et brutal, mais la magie opère grâce au charisme, à l’investissement, à la sensibilité à fleur de peau, à la sensualité et à l’immense talent de Paula Beer et de Franz Rogowski, dont l’alchimie est réellement frappante. Furieusement romantique, Ondine est aussi irrigué de poésie et de mystère du début à la fin. On en ressort bouleversés, avec une envie d’aimer et de l’être en retour, d’être serré dans les bras de son âme-sœur et d’y demeurer à jamais, au doux son du clapotis de l’eau, où l’on est sûr comme Ondine que l’amour défiera éternellement la fatalité.

A Valérie Drezet.

LE DVD

Ondine arrive dans les bacs français chez Blaq Out. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Même chose pour le menu principal, fixe et musical.

Seule la bande-annonce est disponible comme bonus.

L’Image et le son

Point de Blu-ray pour Ondine, mais Blaq Out livre une édition Standard de très grande classe et même quasiment irréprochable. Ce DVD restitue les couleurs froides de la photo signée Hans Fromm, directeur de la photographie attitré de Christian Petzold, le piqué est acéré, les détails abondants et les contrastes tranchants. La luminosité des scènes diurnes flatte constamment la rétine, le relief est omniprésent.

Passons rapidement sur la version française qui même si elle bénéficie d’une piste Dolby Digital 5.1, se révèle moins naturelle et immersive que la piste allemande. Cette dernière l’emporte sans conteste du point de vue restitution des dialogues, spatialisation et délivrance des ambiances naturelles. Quelques petites basses soulignent allègrement l’ensemble et les silences olympiens donnent le frisson. Les sous-titres français ne sont pas imposés et le changement de langue non verrouillé.

Crédits images : © Blaq Out / Les Films du Losange / ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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