Test Blu-ray / L’Emmurée vivante, réalisé par Lucio Fulci

L’EMMURÉE VIVANTE (Sette note in nero) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Blu-ray depuis le 20 novembre 2020 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Jennifer O’Neill, Gabriele Ferzetti, Marc Porel, Gianni Garko, Ida Galli, Jenny Tamburi, Fabrizio Jovine, Riccardo Parisio Perrotti…

Scénario : Lucio Fulci, Roberto Gianviti & Dardano Sacchetti

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Fabio Frizzi, Franco Bixio & Vince Tempera

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Depuis l’enfance, Virginia Ducci a des prémonitions. Elle sait que l’un des murs de la maison de son mari abrite un cadavre. Avec l’aide d’un spécialiste en paranormal, elle explore la bâtisse en ruines et ne tarde pas à découvrir un squelette d’une femme de 25 ans. Mettre au jour ce terrible secret va s’avérer un geste funeste pour Virginia.

On a tendance à parler de tétralogie de Lucio Fulci quand on évoque Perversion StoryUna sull’altra (1969), Le Venin de la peur Una lucertola con la pelle di donna (1971), La Longue Nuit de l’exorcisme Non si sevizia un paperino (1972) et L’Emmurée vivanteSette note in nero (1977). Si ce dernier n’est pas vraiment un giallo, genre qui vivait alors ses derniers soubresauts, il n’en comporte pas moins quelques motifs semblables et même diverses reprises, à l’instar de ce plan fâcheux d’un corps jeté dans le vide du haut d’une falaise, dont la paroi rocheuse fracasse le visage de la victime (un mannequin complètement raté). Lucio Fulci s’obstine et nous refait le même coup qu’à la fin de La Longue Nuit de l’exorcisme, en ouvrant L’Emmurée vivante par une scène similaire. A côté de ça, en dépit d’éléments inexpliqués qui sont uniquement présents pour instaurer la peur ou le suspense, L’Emmurée vivante demeure probablement l’un des plus grands films du maître italien, qui certes ne possède pas l’aura des trois autres gialli, mais qui n’en reste pas moins un nouveau coup d’éclat où trône l’impériale et la sublime Jennifer O’Neill.

Situé entre le drame On a demandé la main de ma sœurLa Pretora avec la divine Edwige Fenech et le western tardif Selle d’argentSella d’argento, L’Emmurée vivante apparaît à un moment difficile de la vie personnelle de Lucio Fulci, ce qui se ressent dans sa carrière un peu brinquebalante dans les années 1970. S’il n’arrêtera jamais de tourner, le cinéaste semble paumé, passant allègrement du thriller à la comédie-érotique, du film d’horreur au film d’aventures, du western au drame, un peu comme tous ses confrères et compatriotes, qui n’avaient aucun scrupule à suivre les goûts du moment des spectateurs, dans le but unique de faire bouillir la marmite. Mais Lucio Fulci était bien plus qu’un simple faiseur comme l’atteste une fois de plus L’Emmurée vivante.

Le titre français est évidemment explicite, mais on ne peut pas en dire autant du titre italien, Sette note in nero (traduit presque littéralement en anglais, Murder to the Tun of Seven Black Notes), qui surfe sur la mode des titres à base de noms d’animaux ou de couleurs, mais qui renvoie aussi et surtout directement à la magnifique partition musicale de Franco Bixio, Fabio Frizzi et Vince Tempera. Une composition dont le leitmotiv entêtant, tiré de la mélodie d’une montre qui tiendra tient une place très importante dans le dénouement de l’histoire de L’Emmurée vivante, participera à la renommée du film. La musique sera d’ailleurs reprise par Quentin – papier carbone – Tarantino, pour illustrer l’un de ses personnages de Kill Bill vol. I. Outre la beauté de la lumineuse et incandescente photographie du chef opérateur Sergio Salvati (Mon nom est Personne, Les Quatre de l’apocalypse) et un montage au cordeau qui doit souvent composer avec les très (trop ?) nombreux zooms (ici sur le regard magnétique de son actrice principale qui rappelle celui de Monica Vitti), l’une des marques de fabrique du cinéaste, Lucio Fulci s’associe au scénario avec le fidèle Roberto Gianviti (complice du réalisateur depuis Come inguaiammo l’esercito en 1965) et pour la première fois avec Dardano Sacchetti. Ce dernier, l’un des auteurs du Chat à neuf queuesIl gatto a nove code (1971) de Dario Argento, La Baie sanglanteReazione a catena (1971) de Mario Bava et Brigade spécialeRoma a mano armata (1975) d’Umberto Lenzi apporte tout son savoir-faire aux deux autres qui galéraient à essayer d’adapter le roman Terapia mortale de Vieri Razzini, en remaniant totalement l’histoire, tout en s’inspirant finalement de la nouvelle fantastique écrite par Edgar Allan Poe, Le Chat noir.

Lucio Fulci s’empare de tous ces ingrédients, les met dans un shaker et secoue très fort ce cocktail étonnant, à la fois doux grâce à la présence sensuelle de Jennifer O’Neill (Rio Lobo d’Howard Hawks, Un été 42 de Robert Mulligan, L’Innocent de Luchino Visconti, Scanners de David Cronenberg), quasiment de tous les plans, merveilleusement mise en valeur par Lucio Fulci et son directeur de la photographie, et amer dans ce que le film raconte et surtout par son dénouement, qui même s’il peut se deviner longtemps à l’avance, cloue néanmoins le spectateur à son fauteuil jusqu’à la dernière seconde.

Outre Jennifer O’Neill, même si l’on ne peut la quitter des yeux, ses partenaires sont à l’avenant avec notamment l’excellent Marc Porel (Le Clan des Siciliens, La Horse, Un peu de soleil dans l’eau froide) qui enchaînait alors les productions italiennes (Ludwig ou le Crépuscule des dieux, Les Grands Fusils, La Soeur d’Ursula) et que Lucio Fulci avait déjà dirigé dans La Longue Nuit de l’exorcisme, sans oublier les vieux briscards Gabriele Ferzetti (L’Avventura, Il était une fois dans l’Ouest, Au service secret de Sa Majesté) et Gianni Garko, éternel Sartana du western transalpin, qui avait déjà tâter du genre horrifique dans La Nuit des diablesLa notte dei diavoli de Giorgio Ferroni.

On peut parfois s’interroger sur l’agissement de tel ou tel personnage (par exemple lors de la poursuite dans l’église…), mais honnêtement, si l’on devait noter toutes les incohérences présentes dans la plupart des gialli on y serait encore. Alors pourquoi ne pas profiter à fond de ce thriller fantastique concocté par maestro Fulci, qui comme souvent se donne à fond pour divertir et donner quelques frissons aux spectateurs ? L’Emmurée vivante n’a rien perdu de son efficacité et le temps en a même fait – avec raison – un modèle du genre.

LE BLU-RAY

Il y a quinze ans, Neo Publishing avait proposé L’Emmurée vivante en DVD Collector, une édition qui se revend désormais en occasion sur la toile. Et il aura fallu attendre 2020 pour voir le film de Lucio Fulci passer par la case Haute-Définition, sous les couleurs du Chat qui fume. Le disque repose dans un Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné, au visuel toujours attractif. Pour les fans, sachez que cette édition se compose également d’un CD comprenant les meilleures musiques des films de Lucio Fulci (que nous écoutons au moment où nous rédigeons cet article). 17 titres issus du Venin de la peur, de L’Eventreur de New York, La Maison près du cimetière, La Malédiction du pharaon, L’Au-delà, Demonia et Le Porte del silenzio. Le menu principal est animé et musical.

Jean-François Rauger est un habitué du Chat qui fume. Après Terreur sur la lagune, A la recherche du plaisir, Le Couteau de glace et La Longue nuit de l’exorcisme, le directeur de la programmation à la Cinémathèque Française replace L’Emmurée vivante dans la carrière de Lucio Fulci (28’30). Si on pourra reprocher quelque peu à monsieur Rauger de reprendre quasiment les mêmes arguments déjà entendus lors de ses précédentes interventions, nous ne ferons pas la fine bouche, car l’écouter parler du cinéaste italien est toujours un grand plaisir. Vous en saurez donc plus sur la dernière partie de la tétralogie « giallesque » de Lucio Fulci, qui était d’ailleurs le film préféré de son auteur, qui restait un grand fan de ce genre atypique mêlant intrigue policière teintée de fantastique. Les références, les partis pris et les intentions du réalisateur, la (dé)construction du film, la dimension psychologique (rudimentaire) de l’intrigue, les personnages et bien d’autres éléments (y compris l’évolution du cinéma de Lucio Fulci jusqu’à L’Éventreur de New York) sont abordés au cours de ce module.

Dans le segment intitulé Brique sur brique (27’30), le scénariste Dardano Sacchetti, qui a écrit huit films du maître italien, de L’Emmurée vivanteSette note in nero (1977) à 2072, Les mercenaires du futurI guerrieri dell’anno 2072 (1984), revient sans langue de bois sur sa première collaboration avec Lucio Fulci (dont on peut entendre la voix au début du programme). La genèse de L’Emmurée vivante (née de l’adaptation avortée du roman Terapia mortale de Vieri Razzini), le processus d’écriture (« Lucio Fulci n’était pas doué en ce domaine et ne connaissait rien à la littérature horrifique » dit Sacchetti), la situation de l’Italie dans les années 1907 (les fâcheuses Années de plomb) sont évoqués, ainsi que la tentative de remake de L’Emmurée vivante par Quentin Tarantino (toujours lui…), le remake non avoué de Robert Zemeckis (Apparences) et la sortie du film (un flop en Italie). Dardano Sacchetti déclare que le seul reproche à faire au film aujourd’hui serait son côté un peu ancien, mais la mécanique du scénario fonctionne à merveille.

Nous en parlions dans la critique, l’un des éléments inoubliables de L’Emmurée vivante est la musique et plus particulièrement le leitmotiv qui donne son titre au film en version originale. L’éditeur propose un entretien avec le compositeur Fabio Frizzi (24’30), qui revient évidemment sur sa rencontre et ses collaborations avec Franco Bixio et Vince Tempera, sur leur travail avec Lucio Fulci, sur la création du thème de L’Emmurée vivante et sur sa pérennité.

L’interactivité se clôt sur un live réalisé en février 2016, de Fabio Frizzi en compagnie de ses musiciens (7’), où ils jouent – entre autres – le thème principal de L’Emmurée vivante.

Signalons également la présente de la piste musicale isolée, qui conserve aussi étrangement quelques bruitages à l’instar du bruit des pas des personnages.

L’Image et le son

On peut dire que c’est le nec plus ultra de la HD ! Résurrection complète pour L’Emmurée vivante qui bénéficie d’un master entièrement restauré. La photo de Sergio Salvati, claire, luminescente même, a dû donner pas mal de fil à retordre avec ses séquences parfois éthérées, ou au contraire très sombres. Quelques petites poussières demeurent (des points blancs, mais très peu), ainsi que des effets de pompages (dans la première partie) et des fluctuations de la colorimétrie, mais l’ensemble trouve très vite un équilibre et surtout la texture argentique a été préservée. Le générique apparaît très grumeleux et diverses instabilités sont constatées au moment du suicide de la mère de Virginia. Les blancs sont d’une clarté incroyable.

Véritable melting-pot, le casting de L’Emmurée vivante réunit des comédiens venus d’horizons divers et variés, de France, des Etats-Unis et bien sûr d’Italie. C’est un peu le cas des options acoustiques proposées par Le Chat qui fume, puisque le spectateur aura le choix entre trois langues. Néanmoins, L’Emmurée vivante est à visionner en priorité dans la langue de Shakespeare, dans laquelle les scènes de Jennifer O’Neill ont été tournées et qui s’avère non seulement la version la plus naturelle du lot, mais aussi la plus dynamique et la plus riche (dans ses ambiances surtout). La version italienne est malheureusement bien confinée (oui, il faut bannir ce mot), mais pas autant que la piste française, qui semble lointaaaaaine. Les trois pistes sont présentées en DTS HD Master Audio 2.0.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Intramovies / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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