Test Blu-ray / The Card Player, réalisé par Dario Argento

THE CARD PLAYER (Il Cartaio) réalisé par Dario Argento, disponible en Édition Blu-ray + Livret le 31 janvier 2024 chez Extralucid Films.

Acteurs : Stefania Rocca, Liam Cunningham, Claudio Santamaria, Antonio Cantafora, Fiore Argento, Silvio Muccino, Adalberto Maria Merli, Cosimo Fusco, Mia Benedetta…

Scénario : Dario Argento & Franco Ferrini

Photographie : Benoît Debie

Musique : Claudio Simonetti

Durée : 1h44

Année de sortie : 2004

LE FILM

Un tueur en série pousse la police à jouer à un jeu dangereux : si elle perd la partie de poker engagée avec lui, une nouvelle victime sera assassinée en direct sur le net. Anna, une jeune policière, va pénétrer dans le monde terrifiant du Card Player.

Il avait tout d’abord pensé donner suite aux aventures d’Anna Manni, interprétée par Asia Argento dans Le Syndrome de Stendhal, l’un de ses derniers succès en date. Mais Dario Argento doit revoir sa copie et sa fille, résidant aux États-Unis en vue d’y tourner son second long-métrage comme réalisatrice, se lance dans un nouveau projet. L’émergence d’internet dans les foyers, des chat rooms, des jeux en ligne et donc des nouvelles technologies lui inspirent The Card Player aka Il Cartaio en version originale. Échec critique et public cinglant à sa sortie, ce thriller à première vue sage et plus sobre si on le compare avec ce que le cinéaste avait fait précédemment, demeure étonnamment peu aimable, ironique et ne s’embarrasse pas d’effets superflus, pour aller droit à l’essentiel, autrement dit donner des sueurs froides aussi bien à ses personnages qu’aux spectateurs. Si forcément The Card Player n’a pas bien vieilli sur la forme qui fait désormais penser à un téléfilm TF1, on se dit finalement que l’ami Dario a sans doute contribué à donner un nouveau souffle au thriller contemporain, puisqu’il correspond encore et toujours aux canons en vigueur. Certes, Il Cartaio n’a rien d’inoubliable, mais cet opus n’en reste pas moins efficace, divertissant et marqué par d’indéniables éclairs de génie.

La policière romaine Anna Mari (et non pas Anna Manni comme l’avait envisagé Dario Argento donc) reçoit un courriel dans lequel un inconnu la met au défi de participer à une partie de poker en ligne. L’enjeu est la vie d’une touriste britannique enlevée. Si l’inconnu gagne, il la tue. Pour illustrer sa demande, il transmet l’image de sa victime avec une webcam. Le patron d’Anna refuse de jouer à un tel jeu. La jeune Britannique meurt alors. John Brennan, un ancien policier originaire du pays de la défunte, qui travaille désormais à l’ambassade, apprend le meurtre et reprend l’affaire avec Anna. Peu de temps après, le meurtrier se présente avec une nouvelle victime. Cette fois, la police se laisse prendre au jeu de poker. Le collègue d’Anna, Carlo Sturni, perd cependant et la deuxième fille meurt également. Les informaticiens tentent en vain de retrouver la trace du criminel sur Internet et John examine les vidéos à la recherche d’indices sur l’endroit où se trouve le meurtrier. Lorsque ce dernier se présente pour une troisième partie, Anna et John viennent de découvrir dans une salle d’arcade un adolescent, Remo, qui joue au poker avec beaucoup de succès. Ils l’engagent pour la partie suivante.

Quoi que l’on pense du tournant pris par la carrière de Dario Argento à la fin des années 1990, le metteur en scène de L’Oiseau au plumage de cristal, Suspiria, Les Frissons de l’angoisse et Phenomena a toujours été observateur du monde en mutation dans lequel il évoluait. Il Cartaio use donc du nouveau moyen de communication, internet, même si le sujet avait déjà été abordé près de dix ans auparavant par Irwin Winkler dans Traque sur internet The Net, qui au passage a d’ailleurs plutôt bien vieilli, dans lequel Sandra Bullock, tout juste sortie de Speed, perdait jusqu’à son identité à cause de cyberterroristes. Comme toujours, ce qui a pris beaucoup de rides dans The Card Player est sa représentation technologique et informatique. Mais en dehors de cela, ce qui ajoute un certain charme rétro, l’histoire coécrite par Dario Argento et Franco Ferrini (Arrivederci amore, ciao, Le Sang des innocents, Sanctuaire) reste généreuse en rebondissements.

L’un des gros atouts du film demeure incontestablement la prestation de la magnifique Stefania Rocca, révélée en 1996 dans l’excellent Nirvana de Gabriele Salvatores, vue par la suite dans Le Talentueux Mr Ripley d’Anthony Minghella et l’étonnant Heaven de Tom Tykwer. La comédienne s’impose sans mal dans The Card Player et le tandem qu’elle forme avec l’irlandais Liam Cunningham (futur Davos Mervault de la série Game of Thrones) est assurément le point fort du film. Si l’on se doute très vite de l’identité du tueur (l’évidence est même instantanée, mais ce n’est pas Patrick Bruel), The Card Player bénéficie également du talent du chef opérateur belge Benoît Debie, remarqué par Dario Argento pour son boulot sur Irréversible de Gaspar Noé, qu’il avait pu découvrir en exclusivité. Enfin, les cinéphiles reconnaîtront peut-être Adalberto Maria Merli dans le rôle du commissaire, comédien passé à la postérité pour avoir incarné Minos, un autre serial killer, dans Peur sur la ville d’Henri Verneuil.

Il Cartaio ne s’embarrasse pas d’esthétiser la violence, la crasse, la pourriture et le sang. C’est brut de décoffrage, sale, triste, pessimiste. La caméra virevoltante rappelle certaines envolées du réalisateur de Seul contre tous, une pincée d’humour noir saupoudre le tout (le médecin légiste fou), Dario Argento fixe sa caméra sur celles et ceux qui assistent en direct à un assassinat, renvoyant ainsi le spectateur à sa propre condition de voyeur, ayant payé sa place de cinéma pour y voir volontairement un thriller où se font trucider des personnes. Beaucoup plus intéressant et malin qu’il n’y paraît, Il Cartaio vaut donc qu’on y revienne et qu’on l’analyse plus en profondeur.

LE BLU-RAY

Vive Extralucid Films ! On avait envie d’écrire et de même de crier cela devant notre écran, tant l’éditeur ne cesse de nous ravir. Bravo à l’équipe qui en l’espace de quatre années nous a gratifié de plusieurs dizaines de titres de haute qualité et dont vous avez pu découvrir la quasi-intégralité des chroniques correspondantes à travers nos colonnes ! 2024, Extralucid met les bouchées doubles et après Trauma en décembre 2022, sort simultanément quatre autres titres de Dario Argento en édition Blu-ray + Livret, Lunettes noires (2022), Le Sang des innocents (2001), Le Syndrome de Stendhal (1996) et The Card Player (2004). c’est ce dernier qui nous intéresse aujourd’hui, sorti il y a près de vingt piges en DVD chez Sony Pictures, avant d’être réédité en édition Standard chez TF1 Studio en 2008. Depuis, plus aucun signe de vie de The Card Player…jusqu’à présent ! Il Cartaio bénéficie d’un traitement princier. Dans un boîtier Blu-ray classique transparent renfermant la précieuse galette génialement sérigraphiée, la jaquette réversible propose soit le visuel de l’affiche originale d’exploitation, soit celui créé à l’occasion de cette sortie. Le tout est glissé dans un épais fourreau cartonné du plus bel effet, suprêmement élégant, comprenant aussi un livret de 48 pages, reprenant un extrait de Peur, Autobiographie par Dario Argento (Rouge Profond, 2018) – forcément conseillée par l’auteur de ces mots – centré sur The Card Player, un extrait du hors-série Mad Movies : Dario Argento, le maestro du macabre (2022), une critique du film par Jean-Baptiste Herment, merveilleusement illustré par des photos tirées du film et de son tournage. Enfin, le menu principal est animé et musical. Notons que les interviews que nous passons en revue ci-dessous ont toutes été produites par l’éditeur lui-même.

Le premier supplément est une interview inédite de Dario Argento, réalisée pour le Blu-ray Extralucid Films (4’30). Dans la langue de Molière, le cinéaste s’exprime sur ce qui lui a donné l’idée de The Card Player (l’envie de parler des problématiques liées aux nouvelles technologies) et les conditions des prises de vue à Rome (dans sa « périphérie dangereuse » plus précisément). C’est court, mais les fans du maître italien apprécieront.

Place à Jean-Baptiste Thoret, qui est partout, chez tous les éditeurs, mais qui comme d’habitude connaît son sujet sur le bout des doigts et nous a concocté une passionnante présentation et analyse de The Card Player (12’). Sans interruption, le journaliste et par ailleurs réalisateur de Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain (2019), revient point par point sur l’origine du film qui nous intéresse aujourd’hui, sur la place de The Card Player dans la carrière et la filmographie de Dario Argento. Autres points abordés ? Les partis-pris et les intentions du cinéaste (« l’envie de se plonger dans une histoire contemporaine et réelle, en adoptant une forme beaucoup plus naturaliste »), l’évolution de la violence au cinéma, les thèmes (la laideur du monde d’aujourd’hui), l’échec critique et public d’Il Cartaio, ainsi que la fin qui a dû être changée sur la demande des producteurs.

Nous trouvons ensuite une rencontre avec Claudio Simonetti, auteur-compositeur de onze longs-métrages (comme réalisateur ou producteur) de Dario Argento (des Frissons de l’angoisse à Dracula 3D, en passant par Suspiria, Ténèbres…), pionnier de l’italo-disco et bien sûr claviériste du groupe de rock progressif Goblin (qu’il mentionne vers la fin de l’interview). Celui-ci revient à son tour sur son travail pour The Card Player, dont il conserve un très bon souvenir, avant d’évoquer plus précisément son approche musicale pour ce thriller (12’).

Nous sommes heureux de retrouver le directeur de la photographie belge Benoît Debie (17’). Le chef opérateur sur The Card Player, mais également sur Irréversible et Enter the Void de Gaspar Noé, Calvaire et Vinyan de Fabrice Du Welz, Innocence de Lucile Hadzihalilovic, Enfermés dehors d’Albert Dupontel, Spring Breakers d’Harmony Korine, Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders, La Danseuse de Stéphanie Di Giusto aborde la façon dont Dario Argento l’a contacté pour Il Cartaio. Benoît Debie parle ainsi de son travail avec le réalisateur italien, ses intentions, les conditions de tournage à Rome, ainsi que de la première fin tournée (qui se déroulait autour du poker), finalement écartée pour donner naissance à celle que l’on connaît autour du train.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonce, ainsi que sur un making of d’époque (5’30), composé d’images capturées sur le plateau, où l’on peut voir le maestro à l’oeuvre avec ses acteurs et qui s’exprime d’ailleurs sur la raison du pourquoi d’Il Cartaio. L’occasion d’écouter aussi Stefania Rocca parler de son personnage.

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré en 2020 par l’Istituto Luce-Cinecittà à partir du scan 4K du négatif original de The Card Player présente une propreté irréprochable. La copie 1.85 est immaculée et dépourvue de déchets résiduels. Les gammes de couleurs froides prédominent dans le film. Les décors dépouillés sont omniprésents et les personnages se détachent sans mal devant des fonds unis, les gros plans étant bien restitués avec un lot convaincant de détails. Les noirs paraissent concis, le piqué est on ne peut plus convenable, la texture argentique préservée et par ailleurs solidement gérée. Les séquences se déroulant en extérieur sont particulièrement soignées et sortent du lot, le codec AVC consolide l’ensemble, la copie est stable. Voilà un nouvel écrin pour redécouvrir ce film de Dario Argento. Blu-ray au format 1080p.

Les versions italienne et anglaise bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Ces options acoustiques séduisantes permettent à la musique de Claudio Simonetti d’environner le spectateur pour mieux le plonger dans l’atmosphère troublante du film. Les effets latéraux ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité, tandis que le caisson de basses rugit aux moments opportuns. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés et demeurent solides, la balance frontale assurant de son côté le spectacle acoustique, riche et dynamique. La piste française 2.0. se focalise souvent sur les dialogues, mais trouve un équilibre convenable.

Crédits images : © Extralucid Films / Medusa Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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