Test Blu-ray / Queimada, réalisé par Gillo Pontecorvo

QUEIMADA réalisé par Gillo Pontecorvo, disponible en édition 2 DVD ou 2 Blu-ray + Livret le 21 septembre 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : Marlon Brando, Evaristo Márquez, Renato Salvatori, Dana Ghia, Valeria Ferran Wanani, Giampiero Albertini, Carlo Palmucci, Norman Hill…

Scénario : Franco Solinas & Giorgio Arlorio

Photographie : Marcello Gatti & Giuseppe Ruzzolini

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h50 (version courte) et 2h10 (version longue)

Année de sortie : 1969

LE FILM

Au début du XIXe siècle, Sir William Walker débarque à Queimada, une île des Antilles. Officiellement, il est là pour son plaisir. En réalité, il a été chargé par le gouvernement britannique de mettre fin au monopole commercial du royaume ibérique. Il manipule habilement un Noir, José Dolores, et un métis, Teddy, qu’il persuade pas à pas d’instaurer un gouvernement libre. Les indigènes croient faire leur révolution. Teddy devient gouverneur de l’île et signe avec l’Angleterre un traité avantageux. Dix ans plus tard, Walker est de retour. Mais sa nouvelle mission est d’un tout autre ordre…

Pour la plupart des cinéphiles, Gillo Pontecorvo (1919-2006) est surtout le réalisateur de La Bataille d’Alger La Battaglia di Algeri (1966), phénoménale reconstitution de l’action policière de l’armée française survenue en 1957, qui avait opposé la 10e division parachutiste de l’Armée française aux indépendantistes algériens du Front de libération nationale. Auréolé du Lion d’or au Festival de Venise, le cinéaste voit sa renommée exploser à travers le monde, même si l’exploitation de son film demeure difficile voire interdite, comme c’est le cas en France jusqu’en 2004. Trois ans plus tard, il revient avec Queimada, interprété par Marlon Brando, qui à l’instar de La Bataille d’Alger, fera grincer quelques dents. Dans ce qui sera son avant-dernier long-métrage, le metteur en scène fustige la colonisation et l’exploitation des peuples, de leurs terres et bien sûr de leurs richesses, par les grandes puissances du monde. Ou comment l’Angleterre va créer un monstre révolutionnaire aux Antilles, afin de renverser le Portugal alors en place, dans le but de s’approprier le marché du sucre, sous couvert de redonner sa liberté à la population locale. Queimada est un chef d’oeuvre absolu, viscéral, intelligent, passionnant et divertissant, qui rappelle souvent le Mandingo de Richard Fleischer, récemment réhabilité. Il est temps aujourd’hui que le cinéma de Gillo Pontecorvo connaisse le même engouement.

En 1844, l’Amirauté britannique envoie Sir William Walker (Marlon Brando), un agent provocateur, sur l’île fictive de Queimada, une colonie portugaise dans les Petites Antilles, peuplée de 200.000 habitants, dont 5000 blancs. Le gouvernement britannique cherche à ouvrir l’île à l’exploitation économique par la société Antilles Royal Sugar Company. La tâche de Walker est d’organiser un soulèvement des esclaves africains contre le régime portugais, que le gouvernement britannique a l’intention de remplacer par un gouvernement dominé par des planteurs blancs malléables. Quand il arrive à Queimada, Walker se lie d’amitié avec José Dolores (Evaristo Márquez), qu’il incite à diriger la rébellion des esclaves. La rébellion de Dolores réussit et Walker organise l’assassinat du gouverneur portugais lors d’un coup d’État. Walker établit un régime redevable à la Compagnie royale du sucre des Antilles, dirigé par le révolutionnaire idéaliste mais faible Teddy Sanchez (Renato Salvatori). Walker convainc Dolores de reconnaître le nouveau régime et de rendre ses armes, en échange de l’abolition de l’esclavage. Sa mission réussie, il part en Indochine. En 1848, Dolores, dégoûtée par la collaboration avec la Compagnie royale du sucre des Antilles, mène un deuxième soulèvement visant à expulser la Compagnie de Quiemada. Après six ans de lutte, en 1854, la Compagnie renvoie Walker à Queimada avec le consentement de l’Amirauté, le chargeant de réprimer la révolte et de pacifier l’île. Irrité de l’exploitation de Queimada par la société, le président Sanchez se montre cette fois peu coopératif.

A la fin des années 1960, la carrière de Marlon Brando bat de l’aile. La Comtesse de Hong-Kong A Countess From Hong Kong de Charlie Chaplin et Reflets dans un œil d’or Reflections In A Golden Eye de John Huston ont tous les deux été de gros échecs. Pourtant, le comédien ne désire pas se tourner vers un « succès facile » pour se refaire une santé au box-office et refuse même Butch Cassidy and the Sundance Kid de George Roy Hill, ainsi que The Arrangement d’Elia Kazan, qu’il aurait pu retrouver quinze ans après Sur les quais On The Waterfront, tout en déclinant aussi un des rôles principaux de La Fille de Ryan de David Lean. Au lieu de cela, on le retrouve en haut de l’affiche de Queimada de Gillo Pontecorvo, dont il se prend de passion pour le sujet qui s’accorde avec son propre engagement et son combat pour les droits civiques. Si le tournage s’est très mal passé entre les deux hommes, au caractère bien trempé et perfectionnistes jusqu’au bout des ongles, il en résulte un film spectaculaire.

Venu du documentaire, le réalisateur plonge les spectateurs au milieu du XIXè siècle, une immersion immédiate avec une caméra souvent portée qui s’immisce au milieu de la foule, tandis que débarque sur Queimada Sir William Walker, un dandy aventurier au service de la Couronne britannique, qui va bouleverser cette île portugaise des Antilles. Sa mission : organiser le soulèvement des esclaves pour créer un État indépendant qui privilégierait le commerce du sucre avec Londres. Il s’adjoint les services de Jose Dolores, un docker noir, et de Teddy Sanchez, un bourgeois ambitieux. Si l’on restera quelque peu sceptique quant au maquillage outrancier de Renato Salvatori transformé en métisse avec beaucoup de fond de teint, cela n’empêche pas l’acteur italien d’être impeccable en homme de paille, une marionnette manipulée par de multiples mains ambitieuses. Le colombien Evaristo Márquez s’en sort très bien pour sa première incursion au cinéma. Même si cette production n’a pas été de tout repos pour lui, puisqu’il avait besoin de plusieurs dizaines de prises pour réussir une scène, le comédien, solidement dirigé par Gillo Pontecorvo, est charismatique et intense dans son face-à-face avec Marlon Brando. Mais bien sûr, ce dernier crève l’écran une fois de plus, au point qu’on ne peut que l’admirer et de le trouver fascinant, même quand il ne fait rien ou donne l’air de ne rien faire. La magie opère dès que le monstre hollywoodien apparaît, observant l’île principale du film à la longue vue, prêt à mettre en œuvre le plan qu’il s’est fixé, qui ira bien au-delà de ses espérances, au point de lui échapper. En dépit de son échec, Marlon Brando n’aura jamais cessé de déclarer que Queimada restera le film qu’il a préféré faire, car parabole à peine dissimulée de la guerre du Viêt Nam, alors en cours.

Ancien journaliste de profession et membre du Parti communiste italien dans les années 1940, Gillo Pontecorvo n’a eu de cesse de se réclamer du marxisme. Ainsi, après l’univers concentrationnaire décrit dans son film Kapò (1960), nommé à l’Oscar du meilleur film étranger en 1961, puis La Bataille d’Alger, le cinéaste s’attaque à nouveau au colonialisme avec Queimada. Merveilleusement mis en scène, essentiellement dans les superbes décors naturels à Carthagène, cette superproduction historique au scénario brillant, sortie sous le titre Burn ! sur le sol de l’oncle Sam a trop rapidement disparu des radars. Puis, Queimada a petit à petit été redécouvert, grâce notamment à la partition du maestro Ennio Morricone. Ce drame de guerre dont beaucoup de cinéphiles parlaient, certains évoquant d’ailleurs une version italienne plus longue de près de vingt minutes, a longtemps été fantasmé, avant d’apparaître enfin en DVD et Blu-ray en 2021. Un vrai trésor pour les passionnés du septième art.

LE BLU-RAY

C’est un événement, Queimada est enfin disponible en DVD et en Blu-ray dans nos contrées ! Rimini Editions livre ce bijou en Double DVD ou Double Blu-ray, le premier disque comprenant la version courte d’1h50, ainsi que les suppléments, le second (à la sérigraphie identique) proposant la version longue italienne. Vous trouverez aussi un passionnant livret de 24 pages écrit par Stéphane Chevalier pour La Plume, dans lequel le journaliste réalise un gros plan sur la vie et l’oeuvre de Gillo Pontecorvo. Il revient également sur ce qui l’a mené à Queimada, sur la production et le tournage du film, sur Marlon Brando, la musique d’Ennio Morricone et la sortie du film au cinéma. Les disques reposent un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est un entretien avec le scénariste Giorgio Arlorio (39’). Disparu en juillet 2019, l’auteur du Jour le plus court Il giorno più corto (1963) de Sergio Corbucci, du Zorro (1975) de Duccio Tessari et de Cent jours à Palerme Cento giorni a Palermo (1984) de Giuseppe Ferrara revenait sur Queimada, qu’il a coécrit avec Franco Solinas (mort en 1982). Cette rencontre est quelque peu décousue, part dans tous les sens et en toute honnêteté on peine parfois à comprendre ce que Giorgio Arlorio nous dit, surtout quand il commence à parler d’un sujet, pour bifurquer finalement sur autre chose, sans finalement approfondir ses arguments. Néanmoins, on apprend que Queimada a découlé de la sortie et du retentissement de La Bataille d’Alger (sur lequel le scénariste revient en long en large durant près de la moitié du supplément), que le film se déroulait à l’origine dans une colonie espagnole appelée Quemada, qui signifie « brûlée », remplacée en fin de compte par une colonie portugaise – Queimada donc – après que le gouvernement espagnol ait trouvé le récit insultant. Les conditions de tournage sont aussi abordées.

Le deuxième entretien se passe en compagnie du monteur Mario Morra (23’). Né en 1936, ce dernier, qui a travaillé avec les plus grands (Giuseppe Tornatore, Valerio Zurlini, Aldo Lado…) partage ses souvenirs liés à sa rencontre (sur le film Kapò en 1960) et ses diverses collaborations avec Gillo Pontecorvo. Cette fois encore, La Bataille d’Alger est très largement évoqué au fil de ce bonus, avant d’en arriver à Queimada. Mario Morra revient entre autres sur les parti-pris et les intentions du réalisateur, sur la musique d’Ennio Morricone et les conditions de tournage, indiquant par exemple que pour une scène en apparence simple, Gillo Pontecorvo l’avait fait refaire 46 fois à Marlon Brando afin d’obtenir l’expression souhaitée. La sortie du film, la suite de la carrière du cinéaste, ainsi qu’un projet avorté avec Richard Dreyfuss sont aussi inscrits au programme.

Le dernier module est une interview de Gillo Pontecorvo, réalisée en français à l’occasion de la sortie de Queimada en Belgique (5’). Très sympathique et souriant, le cinéaste parle de son métier « enthousiasmant » et qu’il aime profondément, explique qu’il a refusé beaucoup de films depuis Queimada, avant de revenir sur les problèmes rencontrés sur le tournage avec Marlon Brando, qui l’aurait traité de dictateur sur le plateau, même si celui-ci lui avait fait part de son désir de retravailler avec lui sur un projet qui aurait eu comme sujet la condition de vie des Indiens d’Amérique.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce américaine de Queimada, alias Burn !.

L’Image et le son

Les deux montages présentent le film dans un master quelque peu fatigué. La propreté n’est pas remise en cause, mais les couleurs ne sont pas bien éclatantes. La définition est correcte, la texture argentique préservée et bien gérée, le piqué affûté et les détails plus qu’appréciables (notamment les gros plans sur les visages ruisselant de sueur), mais cette copie HD pèche par une palette chromatique fanée et des contrastes somme toute aléatoires. A signaler que Queimada avait connu une restauration complète en 2016 par la Cineteca Nazionale en coopération avec la Cineteca di Bologna et Luce Cinecittà. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

La version longue est seulement disponible en italien sous-titré français. Difficile d’apprécier le jeu de Marlon Brando dans ces conditions, surtout que l’ensemble manque de clarté et s’accompagne d’un ronronnement lancinant, même si découvrir Queimada dans cette version est très largement recommandé. L’autre version, également en DTS HD Master Audio Mono 2.0, en anglais, comme en français, instaure un bon confort acoustique. La piste anglaise s’en sort évidemment mieux.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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