Test Blu-ray / Dark Waters, réalisé par Todd Haynes

DARK WATERS réalisé par Todd Haynes, disponible en DVD et Blu-ray le 19 août 2020 chez Le Pacte.

Acteurs : Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Pullman, Bill Camp, Victor Garber, Mare Winningham, William Jackson Harper…

Scénario : Mario Correa, Matthew Michael Carnahan d’après l’article “The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare” de Nathaniel Rich

Photographie : Edward Lachman

Musique : Marcelo Zarvos

Durée : 2h06

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie…

Dès son second long métrage, Safe (1995), Todd Haynes posait les bases de ce que sera son cinéma. Sous ses allures calmes et paisibles, la banlieue américaine bourgeoise renferme des maux, un mal-être. L’existence réglée se résume à choisir la couleur du nouveau canapé, prendre des cours d’aérobic, faire les courses pour son mari ou assister aux réunions tupperware de ses voisines. Jusqu’au jour où le personnage principal contractait une maladie inexpliquée en devenant allergique à l’air respiré. Parabole sur l’épidémie du SIDA, avertissement écologique (les maladies liées aux produits chimiques), drame existentialiste, critique du matérialisme américain et de l’American Way of Life, les niveaux de lecture étaient déjà multiples dans Safe. Près de trente ans après, le cinéaste revient pour ainsi dire au film de genre, puisque Dark Waters s’avère un thriller social percutant, flirtant avec le suspense et le polar. On y retrouve les mêmes intérieurs blancs, froids, vides, cliniques, des décors qui reflètent la vie intérieure des personnages. Les thématiques du cinéma de Todd Haynes sont bel et bien présentes : la monotonie du quotidien avec un avocat qui enchaîne les affaires avec un succès constant et finalement banal, comment assumer sa solitude (ici un homme face à un géant de l’industrie), la peur du regard des autres (ou comment Bilott a su surmonter les pressions), la marginalisation (dans son propre cabinet ou chez lui), et Dark Waters s’impose naturellement dans l’immense filmographie du réalisateur. Foncièrement dérangeant, glaçant, troublant et prenant, ce huitième long métrage de Todd Haynes permet également à l’immense Mark Ruffalo, à l’origine du projet et producteur, de composer l’un des plus beaux personnages de sa carrière, pour lequel il aurait largement mérité d’être récompensé par l’Oscar du meilleur acteur.

En 1999, Robert Bilott est avocat à Cincinnati au sein de l’influent cabinet Taft, Stettinius & Hollister, spécialisé dans la défense des entreprises de l’industrie chimique. Wilbur Tennant, un fermier de Parkersburg en Virginie-Occidentale, prend alors contact avec lui. Le fermier, qui connaît la grand-mère de Robert, l’implore de l’aider : son troupeau de vaches a été décimé et les animaux encore en vie présentent des lourdes séquelles. Son exploitation est située juste à côté du site Dry Run, appartenant à l’entreprise de produits chimiques DuPont. D’abord réticent, Robert Bilott accepte l’affaire, contre l’avis de quasiment tous ses proches. Il va peu à peu découvrir que toute la population locale est touchée. En effet, l’eau est polluée, notamment par la présence de PFOA utilisé pour des produits de la marque Téflon. Durant plusieurs années, il va tout tenter, quitte à mettre de côté sa carrière et sa famille.

Todd Haynes n’est pas le réalisateur le plus prolifique avec près de dix films – sans oublier la fabuleuse minisérie Mildred Pierce avec Kate Winslet et Evan Rachel Wood – en presque 35 ans, mais assurément l’un des plus passionnants. Depuis quelque temps, le cinéaste a accéléré la cadence. Après le merveilleux Carol (2015), tiré du roman The Price of Salt de Patricia Highsmith, et le superbe Musée des merveilles (2017), drame romanesque tiré du roman graphique Black Out (Wonderstruck) de Brian Selznick, publié en 2011, Todd Haynes revient déjà derrière la caméra, avec étonnamment un film de commande puisque le sujet lui a été proposé par le comédien Mark Ruffalo, qui entre deux tournages chez Marvel et pour le cinéma d’auteur, est un fervent défenseur de l’écologie, qui n’hésite pas à publier quelques articles sur le sujet dans différents journaux nationaux. Evidemment, on pense forcément à Erin Brockovich, seule contre tous (2000) de Steven Soderbergh qui a valu son seul Oscar de la meilleure actrice à Julia Roberts, ou bien encore à Préjudice (1998) de Steven Zaillian avec John Travolta, ainsi qu’à Révélations (1999) de Michael Mann avec Al Pacino et Russell Crowe. Dark Waters s’inscrit dans le genre des thrillers paranoïaques des années 1970, grande référence de Todd Haynes et de son fidèle directeur de la photographie Edward Lachman, qui se sont d’ailleurs inspirés du travail du chef opérateur Gordon Willis (Klute, Le Parrain, Les Hommes du président, Annie Hall) au niveau du traitement des couleurs et du cadre.

Sur un scénario de Matthew Michael Carnahan (Jeux de pouvoir, Deepwater) et Mario Correa, d’après l’article The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare de Nathaniel Rich, Dark Waters rend compte à la fois de la complexité de ce scandale sanitaire, qui a entraîné la plus grande étude de santé publique jamais réalisée et qui a remporté le plus grand recours collectif intenté contre une entreprise. Parallèlement, Todd Haynes dresse le portrait d’un homme, Robert Bilott, avocat pugnace en droit des sociétés qui gagnait énormément d’argent en aidant les entreprises chimiques à faire le moins possible pour nettoyer l’environnement, qui va se consacrer pleinement à une affaire inattendue, en défendant cette fois les victimes des méfaits et crimes de ceux qu’il protégeait habituellement. Sur un montage percutant et pourtant discret, sans aucun temps mort sur plus de deux heures de métrage, Todd Haynes plonge son audience dans plus de dix ans d’enquête, de procès, de désillusions, d’espoirs et de peur. Aux côtés de Mark Ruffalo (on le répète époustouflant), Anne Hathaway, Tim Robbins, Bill Pullman et Victor Garber campent admirablement les alliés, les ennemis, les proches, bref les rouages de cette mécanique implacable où les pratiques malhonnêtes des grandes entreprises et qui enfreignent la loi broient les petites gens.

S’il exploite un ton quasi-documentaire (le film a d’ailleurs été tourné dans les véritables bureaux du cabinet Taft), Todd Haynes signe avant tout un sensationnel objet de cinéma. On a d’ailleurs pas vu un film-enquête aussi enthousiasmant et haletant depuis belle lurette, peut-être depuis Spotlight (2015) de Tom McCarthy…avec Mark Rufallo.

LE BLU-RAY

Victime du confinement puisque sorti trois semaines avant son instauration, Dark Waters était pourtant en train d’effectuer une très belle carrière dans les salles françaises avec 300.000 entrées au compteur. Sa sortie en DVD et Blu-ray devrait permettre au film de Todd Haynes de connaître une deuxième vie, ce qu’on lui souhaite de tout coeur. Cette édition HD reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

En ce qui concerne l’interactivité, cette section se compose uniquement d’entretiens, absolument passionnants et indispensables. Todd Haynes (16’30, à l’occasion de la sortie française), Mark Ruffalo (8’), Anne Hathaway (8’), Tim Robbins (11’) et le vrai Rob Billot (14’) répondent peu ou prou aux mêmes questions à savoir comment s’est passée leur arrivée sur le projet, leur découverte du scandale, la genèse du film, les thèmes, le travail avec le réalisateur et/ou les acteurs, les partis pris (retrouver l’atmosphère des films des années 1970), la collaboration avec ceux qui ont vécu et vivent toujours la confrontation avec DuPont, la psychologie des personnages. Ces interviews mettent en relief l’implication de chaque membre de l’équipe, dont le projet a été porté par Mark Ruffalo, également chroniqueur pour The Guardian et The Huffington Post, qui a produit Dark Waters via sa société.

La bande-annonce est aussi proposée.

L’Image et le son

Les volontés artistiques du réalisateur et du chef opérateur Edward Lachman (Recherche Susan désespérément, Virgin Suicides, Loin du paradis) sont heureusement préservées à travers cet élégant master HD. La photographie est habilement retranscrite grâce à un encodage costaud. Le cadre subjugue dès les premiers plans, les couleurs froides et même glacées flattent la rétine, le piqué s’en sort avec les honneurs. Les contrastes sont assurés, les détails ne manquent pas, les blancs sont éblouissants et la profondeur de champ demeure soignée.

Vous pouvez compter sur les deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français pour vous plonger dans l’atmosphère du film. Toutes les enceintes sont sollicitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques ambiances naturelles et effets percutants, sans oublier la magnifique partition de Marcelo Zarvos, excellemment restituée. Le caisson de basses distille également quelques vibrations. Sans surprise, la version originale l’emporte sur la piste française et se révèle plus naturelle et homogène. L’éditeur joint les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Le Pacte / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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