Test Blu-ray / Farinelli : Il Castrato, réalisé par Gérard Corbiau

FARINELLI : IL CASTRATO réalisé par Gérard Corbiau, disponible en DVD et Blu-ray le 5 mars 2020 chez BQHL Editions.

Acteurs : Stefano Dionisi, Enrico Lo Verso, Elsa Zylberstein, Caroline Cellier, Marianne Basler, Jacques Boudet, Jeroen Krabbe…

Scénario : Andrée Corbiau, Gérard Corbiau, Marcel Beaulieu

Photographie : Walther van den Ende

Musique : Riccardo Broschi

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1994

LE FILM

Naples, début du XVIIIe siècle. Pour que son jeune frère Carlo conserve sa voix cristalline au-delà de l’enfance, Riccardo Broschi parvient, sous prétexte d’un accident, à le priver de sa virilité. Désormais castrat, Carlo Broschi devient Farinelli, un chanteur lyrique dont la célébrité s’étend jusqu’en Angleterre. Si, en donnant de la voix dans un petit théâtre, il le sauve de la faillite, il s’attire aussi la convoitise du grand compositeur Haendel qui, en lui révélant la vérité sur la nature de son don, l’éloigne de son frère…

C’est un film culte. Farinelli : Il Castrato est le long métrage le plus célèbre du réalisateur belge Gérard Corbiau (né en 1941), également metteur en scène du Maître de musique (1988), de L’Année de l’éveil (1991) et du Roi danse (2000). Si les années n’ont pas été très douces avec le film, surtout en raison d’un doublage français calamiteux et d’un playback souvent approximatif, Farinelli : Il Castrato demeure une œuvre très soignée sur la forme avec notamment des costumes flamboyants et des décors sublimes. Récompensé par le Golden Globe 1995 du meilleur film en langue étrangère et nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, Farinelli : Il Castrato vaut essentiellement le coup d’oeil aujourd’hui pour l’originalité de son récit, troublant, et l’interprétation sensuelle et sensible d’Elsa Zylberstein.

Stefano Dionisi incarne Carlo Broschi, alias Farinelli, probablement le rôle de sa vie. Revu depuis dans La Trêve (1997) de Francesco Rosi, La Fin de l’innocence sexuelle (1999) de Mike Figgis, Les Enfants du siècle (1999) de Diane Kurys et Le Sang des innocents (2001) de Dario Argento, le comédien âgé ici de 28 ans possède une vraie présence à l’écran et s’en tire bien dans les scènes dramatiques. Seulement voilà, plutôt que de laisser exprimer ses personnages dans la langue de Dante, le cinéaste a privilégié une post-synchronisation française « avec l’accent italien » très prononcé, qui dénature totalement le jeu de ses acteurs. Du coup, pas mal de séquences peuvent prêter à rire. Dommage, car les moyens se voient et même si le scénario prend énormément de libertés avec les faits réels, l’histoire se suit très bien du début à la fin, même chez les spectateurs qui ne s’intéresseraient pas forcément à la grande musique ou à l’opéra. Bon point également aux seconds rôles dont Enrico Lo Verso (connu pour avoir joué Marius dans Les Misérables de Josée Dayan), qui interprète Riccardo Broschi, le frère de Farinelli, celui qui a créé un monstre et qui voit sa créature lui échapper.

On pourra aussi reprocher au film d’être non seulement très romancé, mais aussi de trop jouer la carte du romanesque justement, ce qui entraîne pas mal de scènes qu’on pourrait qualifier d’ampoulées, une emphase assez pesante, qui joue parfois avec les nerfs. Ces maladresses n’entravent cependant en rien l’attachement que l’on peut avoir pour Farinelli : Il Castrato, surtout pour ses personnages, anges et démons, toujours entre deux eaux, prêts à tout pour le succès et surtout pour entrer dans les livres d’histoire.

Dans son film, Gérard Corbiau filme le Castrat comme une vraie rock star, qui déchaîne les passions et provoque d’immenses émotions, surtout auprès des femmes, qui s’évanouissent ou qui jouissent littéralement en écoutant la voix – créée en mixant celles du contreténor Derek Lee Ragin et de la soprano colorature Ewa Malas-Godlewska – de Farinelli. On pourra aussi critiquer le fait que le cinéaste s’appesantisse parfois trop sur les relations sexuelles partagées des frères (élément dramatique qui relève totalement de la fiction, comme le rôle de Riccardo Broschi quant à l’origine de la castration de son frère), comme un Cerbère à deux têtes, deux êtres qui ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre, jusqu’à la rupture inattendue.

Grand passionné de musique, sujet qui lui avaient déjà inspiré moult téléfilms et documentaires, ainsi que son premier long métrage, Gérard Corbiau était tout indiqué pour dresser le portrait du fascinant Carlo Maria Michele Angelo Broschi, tâche dont il s’acquitte avec élégance et une passion contagieuse qui en dépit de ses faiblesses mentionnées a connu un succès mondial.

LE BLU-RAY

Plus de dix ans après une première édition en Blu-ray chez TF1 Vidéo, Farinelli : Il Castrato fait son comeback en HD chez BQHL Editions, en reprenant exactement les mêmes suppléments. Le menu principal est animé et musical.

Le premier bonus, de taille, est le documentaire intitulé Nostalgie d’une voix perdue (50’). La voix du castrat Carlo Broschi dit Farinelli, né à Naples en 1705, dépassait trois octaves. Réalisé à l’occasion du tournage par Gérard Corbiau de l’histoire de cet être exceptionnel, ce document permet de découvrir comment, en associant les voix d’un homme et d’une femme, des techniciens ont fait naître un timbre qui jusqu’alors n’appartenait qu’à la légende. Derek Lee Ragin et Eva Mallas Godlewska ont accepté l’impensable pour des chanteurs. Pour recréer la voix surhumaine que l’on attribuait à Farinelli, l’ingénieur du son Jean-Claude Gaberel, s’est servi des aigus de la soprano et des graves du falsettiste. Après sept mois d’un travail minutieux sur les ordinateurs de l’IRCAM, est née la première voix au monde reconstituée non synthétique. Le résultat est troublant : les prouesses vocales du castrat considéré comme le plus grand chanteur de son siècle nous parviennent comme dans un rêve vieux de deux siècles (Mario Fanfani). Un module également constitué d’images de tournage.

Le second supplément (23′) est constitué d’entretiens avec le réalisateur Gérard Corbiau, la productrice Véra Berlmont et du conseiller musical Marc David, qui reviennent principalement sur la création de la voix de Farinelli, largement abordée dans le module précédent. Gérard Corbiau indique qu’il avait tout d’abord pensé réaliser un documentaire sur ce sujet, avant de finalement se lancer dans l’écriture d’un long métrage qui aura nécessité près de trois années de travail en collaboration avec son épouse Andrée Corbiau. Les thèmes du film, son montage financier, le casting et son triomphe international sont aussi abordés.

L’Image et le son

Changement de crèmerie pour Farinelli : Il Castrato, mais il semble que nous nous trouvions face au même master HD édité chez TF1 Vidéo en 2009. S’il y a eu divers changements ou révisions, cela ne se voit pas. L’image reste souvent très belle, éclatante par moments, le relief très appréciable sur les décors et les détails ne manquent pas sur les costumes. Evidemment, ce Blu-ray a déjà pris quelques rides, les standards changent vite dans ce domaine c’est vrai, mais le confort de visionnage est élégant, après une première partie pourtant passable et moins définie. Rien à redire sur la propreté de la copie et sa stabilité, c’est du bon boulot, tout comme la restitution du grain argentique original, même s’il paraît de temps en temps trop lissé. Même chose concernant les couleurs du directeur de la photographie Walther van den Ende (Toto le héros, Le Huitième jour), très fraîches et lumineuses.

Là où le bât blesse, c’est que nous perdons la Haute-Définition au niveau du son. Exit la piste DTS-HD Master Audio, BQHL propose seulement de visionner le film en version française DTS 5.1 ou Dolby Digital 5.1 ! Si cela peut passer en Edition Standard, c’est un peu plus embêtant en Blu-ray où l’on pouvait espérer une piste qui vaille le coup. Il faudra donc se contenter de ces deux options acoustiques qui font ce qu’elles peuvent, surtout la DTS 5.1 qui sans surprise l’emporte sur la DD 5.1. Les séquences musicales sont évidemment les mieux loties, mais en dehors de cela, le doublage français que nous avons déjà évoqué manque cruellement d’intelligibilité. On pourra aussi reprocher l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © BQHL Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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