Test Blu-ray / Il Gaucho, réalisé par Dino Risi

IL GAUCHO réalisé par Dino Risi, disponible en DVD et Blu-ray le 12 septembre 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  Vittorio Gassman, Amedeo Nazzari, Silvana Pampanini, Nino Manfredi, Maria Grazia Buccella, Annie Gorassini, Nando Angelini…

Scénario :  Dino Risi, Ruggero Maccari, Tullio Pinelli, Ettore Scola

Photographie : Alfio Contini

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Marco Ravicchio, un attaché de presse financier “légèrement” à court d’argent, accompagne une compagnie de production italienne pour un voyage d’affaires en Argentine, afin de présenter un film lors d’un festival. Quand ce n’est pas avec les femmes, il passe le plus clair de son temps, à essayer de gagner un maximum d’argent, soit aux paris, soit en soutirant de l’argent auprès d’un italien expatrié, devenu un riche et prospère industriel…

La carrière du maître Dino Risi a été tellement grandiose, que l’on a de cesse de découvrir des pépites oubliées. C’est le cas avec Il Gaucho, réalisé en 1964, sixième collaboration entre le cinéaste et le comédien Vittorio Gassman, sur les 16 films qu’ils tourneront ensemble, de L’homme aux cent visages (Il mattatore) en 1959 à Valse d’amour en 1990. A peine sortis du chef d’oeuvre Le Fanfaron (1962) et des mythiques Monstres (1963), grisés par le succès et animés par la même énergie, les deux hommes remettent immédiatement le couvert avec Il Gaucho et partent tourner en Argentine. Méconnu, dissimulé derrière des œuvres devenues très populaires, Il Gaucho est pourtant l’une des plus grandes réussites de Dino Risi.

Vittorio Gassman est Marco Ravicchio. Marié et père de famille, il conduit une misérable délégation de cinéastes italiens à un festival à Buenos Aires, ainsi que quelques starlettes. Un italien expatrié, qui a fait sa fortune en Argentine, organise une réception somptueuse pour impressionner cette troupe. Entre mesquinerie et provincialisme, les Italiens découvrent en Argentine un monde qu’ils ne connaissent pas. Comme il se trouve à des milliers de kilomètres de chez lui, Marco décide de prendre du bon temps et espère retrouver un de ses anciens amis, parti faire fortune à Buenos Aires. Sous ses airs clinquants et déambulant dans au milieu des vedettes de cinéma, Marco s’est en réalité endetté et se voit vite rattrapé par sa situation.

On l’a souvent répété, mais Vittorio Gassman est une fois de plus immense dans Il Gaucho où il campe un personnage lâche, prétentieux, cupide, cruel, en un mot humain. Véritable typhon, le comédien virevolte constamment, nous gratifie de son immense sourire et emporte les spectateurs dans ses délires. De là à penser que son jeu inspirera le Belmondo des années 1970 il n’y a qu’un pas. Cependant, et c’est là tout le génie de Dino Risi et de ses coscénaristes, dont l’imminent Ettore Scola, l’énergie et la bonne humeur quotidienne du personnage, dissimulent en réalité la peur de se retrouver démuni ou tout du moins d’avoir des difficultés à joindre les deux bouts. Alors que le film est mené à cent à l’heure, Dino Risi effectue un virage inattendu en plein milieu de son récit, pour se concentrer sur les retrouvailles de Marco avec un ami d’enfance, Stefano, interprété par un autre monstre de la comédie italienne, Nino Manfredi, sublime et poignant, récompensé par le Grolla d’Oro du meilleur acteur en 1965.

Pensant que Stefano a réussi dans les affaires en Argentine, conformément à ses rêves, Marco tombe des nues quand il découvre son ami marié à une femme ingrate et vivant dans un appartement fort modeste, rongé par l’humidité. Stefano, vêtu d’un costume, probablement le seul qu’il possède, froissé et trop grand pour lui, a du mal à jouer bonne figure devant son ami, tandis que Marco, le visage affaissé et le regard triste, ne peut jouer son numéro habituel devant Stefano avec qui il a toujours été honnête. Dino Risi s’interroge alors sur le temps qui passe, sur les désillusions, sur les occasions manquées, sur le sort réservé à ceux qui n’ont pas eu la chance de réussir dans la vie. Une grande mélancolie s’installe durant cette incroyable séquence, la plus belle du film, tandis que Marco montre enfin son véritable visage, loin des paillettes et des mirages du monde du cinéma.

Le film reprend alors sur un ton doux-amer et même si l’humour est toujours aussi présent (un homme qui pourrait bien être Hitler est devenu jardinier, les bimbos qui ne comprennent rien à ce qui se dit ou qui croient voir la ligne de l’Equateur par le hublot), la vraie vie s’est immiscée un temps et tout ce qui est désormais montré dans le monde professionnel de Marco, fait de strass, de champagne, d’hôtels de luxe et de paillettes, est encore plus superficiel qu’au début. Il Gaucho est un film à redécouvrir et à réhabiliter d’urgence.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray d’Il Gaucho est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur noire (contrairement au visuel), lui-même glissé dans un surétui cartonné, se focalise uniquement sur Vittorio Gassman. Le verso montre tous les titres déjà disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage.

Cette collection, bientôt entièrement chroniquée dans nos colonnes, a été éditée dans les bacs en trois vagues. La première en mars 2017 avec Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague au mois de juin avec Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). La dernière en septembre avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

Une fois de plus, nous retrouvons l’historien du cinéma Stéphane Roux pour une présentation d’Il Gaucho (13’). Visiblement très inspiré par ce chef d’oeuvre, notre interlocuteur s’attarde avec une passion contagieuse sur la collaboration du tandem Vittorio Gassman/Dino Risi, sur les personnages du film et explique en le citant qu’Il Gaucho était l’un des meilleurs souvenirs de cinéma du comédien. Stéphane Roux évoque également le succès critique et public du film, les thèmes, la méthode de travail de Dino Risi et d’Ettore Scola, le tout avec quelques anecdotes de tournage intéressantes.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

Mauvais point, le Blu-ray proposé est au format 1080i et ne respecte pas la vitesse de défilement originale de la pellicule, ici plus rapide. Malgré tout, le master HD d’Il Gaucho proposé ici est de fort bonne facture avec notamment une superbe restauration, des contrastes denses, une luminosité plaisante et un grain respecté. Hormis divers décrochages sur les fondus enchaînés, des fourmillements à la 72e minute (la séquence dans l’appartement de Stefano) et des petites déchirures ici et là, le Blu-ray d’Il Gaucho installe un confort de visionnage évident et cette copie qui ne manque pas d’éclat participe à la (re)découverte de ce bijou oublié de Dino Risi.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage italien Stéréo 2.0 aux sous-titres français imposés, pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets, même si les voix des comédiens, enregistrées en postsynchronisation, peuvent parfois saturer ou apparaître en léger décalage avec le mouvement des lèvres.

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / ESC Conseils/ Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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