Test Blu-ray / La Fille au bracelet, réalisé par Stéphane Demoustier

LA FILLE AU BRACELET réalisé par Stéphane Demoustier, disponible en DVD et Blu-ray le 29 juillet 2020 chez Le Pacte.

Acteurs : Mélissa Guers, Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Annie Mercier, Anaïs Demoustier, Carlo Ferrante, Pascal-Pierre Garbarini, Paul Aïssaoui-Cuvelier…

Scénario : Stéphane Demoustier d’après le scénario du film Acusada (2018) de Gonzalo Tobal

Photographie : Sylvain Verdet

Musique : Carla Pallone

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie.

C’est le film de procès de l’année. Alors certes 2020 a été quelque peu « chamboulée » dirons-nous, mais tout de même, La Fille au bracelet s’avère l’un des longs métrages les plus passionnants, maîtrisés et troublants que vous pourrez voir cette année. Remarqué avec Terre battue (2014), son premier long métrage, le réalisateur Stéphane Demoustier (né en 1977) s’inspire du scénario d’Acusada, film argentin réalisé en 2018 par Gonzalo Tobal et coécrit avec Ulises Porra, dont il reprend le postulat de départ, tout en se défendant d’avoir vu l’oeuvre originale. La Fille au bracelet est un film placé sous haute tension, dramatique et psychologique, au cours duquel l’empathie du spectateur est quelque peu malmenée pour le personnage principal, formidablement interprété par Mélissa Guers, nouveau visage qui crève l’écran et nouvel espoir du cinéma français, une vraie et intense révélation dont la présence est indiscutable. On en ressort chamboulé, avec un goût amer dans la bouche, lessivé et avec la conviction d’avoir assisté à un grand film.

Le film s’ouvre sur une scène heureuse qui se passe sur une plage de l’Atlantique, en été : une famille de quatre personnes profite de la mer, quand soudain arrivent deux policiers qui emmènent la fille aînée âgée de seize ans, Lise Bataille. Celle-ci est accusée d’avoir poignardé et tué sa meilleure amie, Flora, au lendemain d’une fête donnée par celle-ci dans sa maison. Par la suite, le film se concentre sur le procès en cour d’assises de Lise, qui se tient deux ans plus tard, après deux ans d’instruction que la jeune fille a passés d’abord en prison puis en liberté surveillée, avec un bracelet électronique attaché à une de ses chevilles. Le spectateur ignore si elle est coupable ou innocente, et son opinion est amenée à évoluer au cours du passage des différents témoins à la barre.

Dans Acusada, la jeune fille, seule présumée coupable du meurtre de sa meilleure amie, se retrouvait au centre d’un véritable déchaînement médiatique à quelques jours de son procès. Ce n’est pas le cas dans La Fille au bracelet, dans lequel Stéphane Demoustier se concentre surtout sur les secrets qui font surface, mais aussi sur le quotidien « banal » d’une adolescente au XXIè siècle, où la sexualité débridée et où le sentiment amoureux n’ont jamais été aussi ambigus. Au cours du procès, ces sujets sont abordés frontalement, devant les parents (dont on adopte immédiatement le point de vue), interprétés ici avec force par le couple Roschdy Zem et Chiara Mastroianni, dont les visages fermés dissimulent difficilement le torrent d’émotion qui les submerge. De son côté, l’avocate de la défense (superbe Annie Mercier) tente de résister aux arguments et aux attaques de sa jeune consœur qui se contente de jouer constamment la carte de la moralité.

La Fille au bracelet est à la croisée des genres, à la fois film de procès, thriller et drame social, mais aussi parfois à la limite du documentaire, à tel point que l’on peut souvent penser aux travaux de Raymond Depardon, notamment 10e chambre, instants d’audience. Par son mutisme récurrent, son regard éteint, son immobilité, Lise ne fait rien pour se rendre attachante ou convaincre le jury de son innocence. C’est là tout le génie de Stéphane Demoustier, parvenir à dresser le portrait d’une adolescence livrée à elle-même malgré la présence des parents, qui a sûrement composé son sens personnel des valeurs malgré celles qu’elle s’est vu imposer tout au long de sa vie. Une rébellion passive. Bruno (le père) et Céline (la mère) semblent découvrir leur fille pour la première fois, cette adolescente – désormais majeure – finalement inconnue une fois que celle-ci franchissait le portail de la maison familiale, pour vivre la vie d’une personne de son âge. Ils doivent aussi affronter la pugnace avocate générale, incarnée par Anaïs Demoustier, toujours géniale et dirigée par son frère, qui lui offre un rôle inédit.

A la fin du film, le mystère demeure quant à l’identité de l’assassin. Si certains détails troublants nous font penser que Lise serait bel et bien coupable du meurtre de Flora, qui était aussi son amante occasionnelle, mais peut-on parler vraiment d’amour dans ce cas ou d’emprise, le réalisateur laisse la liberté au spectateur de se faire son propre avis sur la question. Le verdict peut en laisser perplexe certains, en convaincre d’autres, être rejeté par une poignée, toujours est-il que La Fille au bracelet ne laisse certainement pas indifférent puisque le spectateur se retrouve lui-même dans la position du juré durant 95 minutes, sans rien savoir de plus sur l’affaire que ce qui est exposé par la Cour. Stéphane Demoustier ne divulgue rien d’autre, et surtout pas un nouveau rebondissement qui pourrait complètement innocenter l’accusée, quand il s’immisce au sein de la famille Bataille, puisque là aussi Lise demeure hermétique, insondable, mystérieuse, insaisissable, presque indifférente à tout ce qui se passe autour d’elle ou à ce qui est divulgué sur sa vie privée.

La Fille au bracelet est un grand, énigmatique et magistral film qui dans sa thématique, notamment quand le fossé des générations est mis en évidence, se rapproche d’un chef d’oeuvre absolu du cinéma français, La Vérité (1960) d’Henri-Georges Clouzot. Ce qui n’est pas le plus mince des compliments.

LE BLU-RAY

La Fille au bracelet est disponible en DVD et en Blu-ray chez Le Pacte, qui commence à détenir l’un des plus beaux catalogues de films contemporains. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Comme très souvent chez Le Pacte, le film s’accompagne d’une interview du réalisateur (28’). Stéphane Demoustier revient point par point et de façon passionnante sur son parcours, sur ses œuvres précédentes, sur la genèse de La Fille au bracelet (inspiré par le film Acusada, dont nous parlons dans la critique), les thèmes (connaît-on ses propres enfants ?), les partis pris (adopter ici le point de vue des parents, contrairement à Acusada), le processus d’écriture, les personnages, le casting (dont la découverte de Mélissa Guers via une annonce publiée sur Facebook), ses intentions, la direction d’acteurs, les conditions de tournage, l’atmosphère sonore et la musique de Carla Pallone, et bien d’autres éléments. Un entretien à ne pas manquer.

S’ensuivent 17 minutes de scènes coupées, disponibles avec le commentaire audio de Stéphane Demoustier et du monteur Damien Maestraggi en option. Toutes très intéressantes, ces séquences laissées sur le banc de montage valent le coup d’oeil, notamment pour y découvrir deux nouvelles interventions au fil du procès, ou bien une conversation entre Bruno et Diego.

L’interactivité se clôt sur les essais en vidéo de Mélissa Guers (4’), ainsi que sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Si le rendu n’est pas optimal en raison d’une définition moins ciselée sur les nombreuses scènes en intérieur (au tribunal notamment), le master HD au format 1080p de La Fille au bracelet ne manque pas d’attraits… La clarté est bienvenue, la colorimétrie chatoyante, et le piqué affûté sur toutes les séquences en extérieur. Remarqué ces dernières années pour ses superbes photographies de Deux automnes trois hivers (2013) et Marie et les naufragés (2016) de Sébastien Betbeder, le chef opérateur Sylvain Verdet voit ses partis pris esthétiques savamment respectés. Les gros plans fourmillent de détails, les contrastes affichent une constante solidité et l’encodage AVC consolide l’ensemble.

Nous trouvons ici une piste française DTS-HD Master Audio 5.1. Disons le d’emblée, le soutien des latérales est anecdotique pour un film de cet acabit. Les enceintes arrière servent essentiellement à spatialiser la musique du film et quelques ambiances naturelles. Les dialogues et la balance frontale jouissent d’une large ouverture, et parviennent à instaurer un confort acoustique suffisant. La Stéréo est également très bonne et contentera largement ceux qui ne seraient équipés uniquement que sur la scène avant. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Le Pacte / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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