Test DVD / Une nuit, réalisé par Alex Lutz

UNE NUIT réalisé par Alex Lutz, disponible en DVD le 8 novembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Karin Viard, Alex Lutz, Jérôme Pouly, Noémie De Lattre, Kenza Fortas, Nicole Calfan, Marco Luraschi, Fanny Gutking…

Scénario : Alex Lutz, Karin Viard & Hadrien Bichet

Photographie : Éponine Momenceau

Musique : Vincent Blanchard

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Paris, métro bondé, un soir comme les autres.
Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite, le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un photomaton.
La nuit, désormais, leur appartient.
Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

En dépit de l’échec public de son second long-métrage comme réalisateur, avec seulement 175.000 entrées, mais porté par une critique élogieuse, Alex Lutz s’était vu décerner en 2018 le César du meilleur acteur pour Guy. Ce très beau film sur un chanteur populaire en fin de carrière était on ne peut plus prometteur et on attendait le retour d’Alex Lutz derrière la caméra. « Et là, c’est le drame » comme dirait l’autre. Une nuit, écrit, interprété et produit par le comédien/metteur en scène avec Karin Viard, est une véritable catastrophe industrielle, une compilation de tous les tics possibles et imaginables du cinéma d’auteur français, un amoncellement de clichés, aussi bien sur le fond que sur la forme. Rien, absolument rien ne fonctionne dans Une nuit et ce dès la toute première scène, celle de l’altercation dans le métro entre un homme et une femme, qui après s’être engueulés devant tout le monde, se mettent à baiser dans une cabine de photomaton, avant de se mettre à parler de tout, de la vie, de l’alchimie entre les êtres humains, du temps qui passe…Cela se voudrait spontané, mais aucune réplique ne tombe juste, tout y est boursouflé, pédant, crétin et surtout irritant. Attention, Karin Viard et Alex Lutz ne sont pas mauvais, bien sûr que non, c’est juste que les personnages semblent constamment déconnectés des réalités et que leurs sujets de conversation n’ont aucun intérêt et paraissent avoir été créés par une intelligence artificielle à laquelle on aurait demandé de créer des dialogues Kamoulox. On ne sait pas si Alex Lutz avait des choses à régler après l’engouement de la profession pour Guy et l’obtention du Saint Graal aux Césars (surtout quand on avait en face Denis Ménochet pour Jusqu’à la garde, Gilles Lellouche pour Pupille et Romain Duris pour Nos batailles), toujours est-il qu’Une nuit fait penser à un énorme ego-trip pensé pour et uniquement ses deux têtes d’affiche. Circulez, y’a rien à voir !

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Test Blu-ray / L’Enquête est close – Circle of Danger, réalisé par Jacques Tourneur

L’ENQUÊTE EST CLOSE (Circle of Danger), réalisé par Jacques Tourneur, disponible en combo Blu-ray/DVD le 27 septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Ray Milland, Patricia Roc, Marius Goring, Hugh Sinclair, Naunton Wayne, Edward Rigby, Marjorie Fielding, John Bailey…

Scénario : Philip MacDonald

Photographie : Oswald Morris

Musique : Robert Farnon

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1953

LE FILM

À la fin de la seconde guerre mondiale, Clay Douglas, citoyen américain, enquête sur la mort de son jeune frère, Hank, tué d’une balle alors qu’il combattait aux côtés des forces britanniques. Pour Clay, le tir ne venait pas des lignes allemandes mais bien du commando dont Hank était membre. Du Pays de Galles à l’Angleterre en passant par l’Écosse, Clay tente de retrouver la trace des membres survivants pour comprendre ce qui a pu se passer.

Du cinéaste franco-américain Jacques Tourneur, on connaît surtout Cat People (La Féline, 1942), Vaudou (I walked with a zombie, 1943) ou encore The Leopard Man (1943), emblèmes flamboyants du cinéma fantastique de l’âge d’or. Nettement moins ses films policiers, genre auquel Circle of danger semble appartenir. En apparence seulement. Car sous les oripeaux formels d’une enquête classique, voilà en réalité une comédie romantique qui ne dit pas son nom. C’est bien là la principale surprise d’un film qui nous en ménage une autre, et de taille, dans ses ultimes minutes. De fait, le protagoniste interprété par Ray Milland va au cours de son investigation en terres britanniques, faire la rencontre d’une illustratrice écossaise, Elspeth (Patricia Roc). Bien davantage que les membres du commando dont Clay remonte progressivement la piste, la jeune femme devient le pivot du récit, lequel prend une tournure sentimentale totalement décalée. Ce qui intéresse ici Jacques Tourneur, est donc autant l’évolution de l’enquête que la relation entre Clay et Elspeth, marquée par une série de rendez-vous manqués plutôt cocasse. Mais dans la résolution du meurtre comme dans les prémices de l’histoire d’amour, Jacques Tourneur déroule un seul et même fil rouge : la thématique du temps. Clay passe ainsi une bonne partie du sien à demander l’heure à ses interlocuteurs pour s’assurer de ne pas arriver en retard à ses rendez-vous avec Elspeth (le seul ressort comique du film consistant à le faire invariablement échouer). Entre l’obsession de la vérité et la liaison naissante, l’incompatibilité est manifeste et l’urgence signifiée : Tourneur filme explicitement les montres, les horloges et les injonctions verbales à l’empressement (tel personnage somme Clay de se dépêcher s’il ne veut pas rater son train, un autre lui demande d’abréger leur discussion car il manque de temps, Elspeth semble avoir toujours un pays d’avance sur Clay lors de leurs déplacements simultanés). Confère également cette scène magnifique où le couple en devenir se tient sur une falaise face à la mer, en réalité – trucage typique de l’époque – la photo en trompe-l’oeil d’un paysage écossais où rien, à part les acteurs, ne bouge. Ni les nuages ni les vagues. Et soudain… le silence. Tourneur utilise ici de façon très consciente l’artificialité de son décor non seulement à des fins techniques, mais aussi au profit de ce qu’il raconte : littéralement, il suspend le temps et invite les deux personnages (et le spectateur) au sursis.

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Test Blu-ray / Farang, réalisé par Xavier Gens

FARANG réalisé par Xavier Gens, disponible en DVD & Blu-ray le 8 novembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Nassim Lyes, Loryn Nounay, Olivier Gourmet, Chananticha Tang-Kwa, Vithaya Pansringarm, Sahajak Boonthanakit, Yothin Udomsanti, Boonsong Nakphoo…

Scénario : Xavier Gens, Magali Rossitto, Stéphane Cabel & Guillaume Lemans

Photographie : Gilles Porte

Musique : Jean-Pierre Taïeb

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Sam est un détenu exemplaire. À quelques mois de sa sortie de prison, il prépare assidûment sa réinsertion. Lors d’une permission, son passé le rattrape et un accident ne lui laisse qu’un seul choix : la fuite. Cinq ans plus tard, il a refait sa vie en Thaïlande, où il a fondé la famille dont il a toujours rêvé. Mais Narong, le parrain local, l’oblige à plonger à nouveau dans la délinquance. Quand Sam veut tout arrêter, Narong s’attaque à sa famille… Sam va traverser la Thaïlande pour se venger de son bourreau.

C’est du brutal comme dirait l’autre. Xavier Gens revient en forme avec Farang, son septième long-métrage, thriller d’action très violent, sanglant, pour ne pas dire gore dans certaines séquences, qui s’impose d’ores et déjà comme l’un des indispensables de l’année 2023. Après avoir bossé sur plusieurs épisodes de la série Gangs of London, créée par Gareth Evans, le réalisateur qui nous avait déjà récemment captivé avec son formidable Cold Skin et bien fait marrer avec son unique comédie Budapest, déploie une sacrée maturité de mise en scène, nourrie de sa collaboration avec le cinéaste de The Raid et de sa suite. Car Farang est on peut le dire « un putain de bon film d’action », très contemporain dans sa forme, avec cependant un montage toujours lisible et percutant, mais qui renvoie aussi au genre des années 1980-90, le cinéma HK bien sûr, mais également celui de Jean-Claude Van Damme et consorts que les spectateurs allaient voir pour se rincer le cerveau. Magistralement réalisé, mené sans aucun temps mort pendant 1h40, Farang révèle aussi et surtout un comédien au charisme magnétique et exceptionnel dans les scènes de bastons (on se souviendra longtemps de l’époustouflante et immersive scène de l’ascenseur), Nassim Lyes, vu dans le sensible 16 ans de Philippe Lioret (mais aussi dans le navrant Kandisha du tandem Maury/Bustillo, mais mieux vaut oublier), qui avait démarré au cinéma en 2011 dans le méconnu Mineurs 27 de Tristan Aurouet, aux côtés de Jean-Hugues Anglade et Gilles Lellouche. Si celui-ci aura aussi bossé avec Nicolas Boukhrief (Made in France) et Olivier Marchal (Overdose), il lui aura fallu attendre l’âge de 35 ans pour se voir proposer enfin un rôle à la mesure de ses capacités physiques, tout en dévoilant une large palette. Ses scènes face à l’imposant Olivier Gourmet sont sans doute les meilleures. Nassim Lyes porte solidement le film sur ses épaules et les fans d’action sauront accueillir Farang comme il se doit, après un passage timide dans les salles françaises où il n’aura attirer que 170.000 spectateurs. Depuis, le bouche-à-oreille fait carton plein et Farang jouit d’une seconde vie hautement méritée.

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Test Blu-ray / Charlie et ses deux nénettes, réalisé par Joël Séria

CHARLIE ET SES DEUX NÉNETTES réalisé par Joël Séria, disponible en Blu-ray le 6 septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Serge Sauvion, Jeanne Goupil, Nathalie Drivet, Jean-Pierre Marielle, André Lacombe, Jean Le Gall, Jean Mauvais, Annie Savarin…

Scénario : Joël Séria

Photographie : Marcel Combes

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

A la porte d’un bureau de placement, Charlie, 39 ans, fait la connaissance de Guislaine et de Josyane, deux jeunes cousines de 20 ans, coiffeuse pour l’une et vendeuse au chômage pour l’autre. Charlie, qui vit de petits boulots, les invite à boire quelque chose et se laisse aller aux confidences. Plus tard, elles le poussent à reprendre son activité : faire les marchés. S’ensuit une virée sur les routes de France…

Changement de registre complet pour Joël Séria (né en 1936), qui trois ans après Mais ne nous délivrez pas du mal revient derrière la caméra pour une petite chronique légère et insouciante intitulée Charlie et ses deux nénettes, toujours interprétée par celle qui allait devenir son épouse, Jeanne Goupil. Elle donne cette fois la réplique à Nathalie Drivet, qui avait été pressentie pour jouer dans le premier long-métrage du réalisateur et que l’on reverra également plus tard dans les mythiques Galettes de Pont-Aven, ainsi qu’à Serge Sauvion, qui accédait au haut de l’affiche après plus de vingt ans de cinéma. Représentatif de son époque, autrement dit après mai-68, Charlie et ses deux nénettes montre ce qui reste des idéaux des français au début des années 1970, pas grand-chose donc, un an avant l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing. Les cinéphiles apprécieront aussi le film puisqu’il s’agit de la première collaboration entre Joël Séria et Jean-Pierre Marielle, qui se retrouveront à trois reprises pour Les Galettes de Pont-Aven (1975), … Comme la lune (1977) et Les Deux Crocodiles (1987). Une comédie teintée de gravité, ou un drame léger ? Charlie et ses deux nénettes est un peu tout ça et sans doute plus, car mine de rien une certaine mélancolie (mise en relief par le maestro Philippe Sarde) trotte longtemps en tête après et prouve que ses personnages sont aussi attachants que marquants. Et le charme subsiste.

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Test Blu-ray / Le Convoi, réalisé par Sam Peckinpah

LE CONVOI (Convoy) réalisé par Sam Peckinpah, disponible en Blu-ray le 1er septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Kris Kristofferson, Ali MacGraw, Ernest Borgnine, Burt Young, Madge Sinclair, Franklyn Ajaye, Brian Davies, Seymour Cassel, Cassie Yates…

Scénario : Bill L. Norton

Photographie : Harry Stradling Jr.

Musique : Chip Davis

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Rubber Duck est rejoint par ses anciens collègues camionneurs dans un mouvement contestataire contre le shérif Wallace qui agit comme un véritable tyran. Leur convoi parcourt les routes du Nouveau-Mexique jusqu’au moment où les forces de l’ordre les arrêtent en les empêchant de poursuivre. L’affaire commence alors à se médiatiser…

C’est l’avant-dernier opus d’un cinéaste dont le nom donne des frissons aux cinéphiles. Le Convoi Convoy est en effet le treizième long-métrage de Sam Peckinpah, mais aussi son plus grand succès commercial à travers le monde, malgré des critiques plus que mitigées à sa sortie. S’il est toujours aujourd’hui considéré comme mineur dans la filmographie du maître, Le Convoi n’en reste pas moins un sacré tour de force et demeure l’un des derniers témoignages du Nouvel Hollywood, comme si la dépouille de ce courant avait été ranimée une ultime fois, pour renouer avec l’aura d’oeuvres comme Macadam à deux voies Two-Lane Blacktop de Monte Hellman et surtout de Point limite zéro Vanishing Point de Richard C. Sarafian, auxquels Sam Peckinpah aurait greffé la légèreté de Cours après moi shérif Smokey and the Bandit de Hal Needham, gros carton de l’année précédente. Il en résulte un spectacle haut de gamme, un road movie où les gros bahuts suivraient la ligne blanche séparant l’asphalte, avec d’un côté le quotidien sclérosé et corseté, et de l’autre le désir inné de liberté. À ce titre, Kris Kristofferson est impeccable dans la peau du leader malgré-lui du mouvement improvisé de cette folle échappée, où prenant le volant pour échapper à la prison après une bagarre qui a mal tourné, celui-ci se retrouve à la tête d’un convoi de camions (mais pas que) qui commence à s’étaler sur le ruban goudronné et interminable. Ou quand Sam Peckinpah remplace ses canassons par des camions cylindrés pour parcourir le Nouveau-Mexique. Un pur et grand divertissement.

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Test Blu-ray / Coup de foudre, réalisé par Diane Kurys

COUP DE FOUDRE réalisé par Diane Kurys, disponible en DVD et Blu-ray le 1er septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Miou-Miou, Isabelle Huppert, Guy Marchand, Jean-Pierre Bacri, Robin Renucci, Patrick Bauchau, Jacques Alric, Jacqueline Doyen, Saga Blanchard, Guillaume Le Guellec, Christine Pascal…

Scénario : Diane Kurys & Alain Le Henry

Photographie : Bernard Lutic

Musique : Luis Bacalov

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lena, jeune juive, se marie à un français pour échapper à la déportation. Madeleine, elle, est mariée à un homme qu’elle n’aime plus. Quand les deux femmes se rencontrent quelques années après la fin du conflit, une amitié ardente naît entre elles, une relation si dévorante qu’elle met en péril leur vie respective.

Outre Diabolo menthe, son premier long-métrage, lauréat du prix Louis-Delluc et triomphe dans les salles avec plus de 3 millions d’entrées, Diane Kurys a également puisé dans son propre passé pour écrire Coup de foudre, son troisième film et sans doute son plus grand succès à travers le monde. Avec ses quatre nominations aux César en 1984 et son Grand prix de la critique internationale au Festival du Cinéma de San Sebastian, Coup de foudre, qui avait aussi représenté la France pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère (qui ira finalement à Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman) réunit deux immenses comédiennes, Miou-Miou et Isabelle Huppert. Si elles ne se sont pas entendues sur le plateau, l’alchimie à l’écran est étincelante et celles-ci rayonnent de grâce, de sensualité et de beauté. Histoire d’amitié, mais pas que (mais cela ne se disait pas dans les années 1950, ni même ne s’imaginait), inspirée par celle que la mère de Diane Kurys entretenait avec sa meilleure amie, qui durera jusqu’au décès de la seconde, Coup de foudre est un drame doux-amer, merveilleusement mis en scène et interprété, y compris par Guy Marchand et Jean-Pierre Bacri, dans deux rôles complexes et nullement sacrifiés, tout aussi importants dans le récit que les personnages de Lena et Madeleine. Du grand cinéma français.

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Test DVD / Wire Room, réalisé par Matt Eskandari

WIRE ROOM réalisé par Matt Eskandari, disponible en DVD le 16 août 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Kevin Dillon, Bruce Willis, Oliver Trevena, Texas Battle, AMbert Townsend, Cameron Douglas, Shelby Cobb, Faith Stowers…

Scénario : Brandon Stiefer

Photographie : Will Barratt

Musique : Rhyan D’Errico & Jared Forman

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

L’agent fédéral Justin Rosav intègre la salle des écoutes du FBI, centre de commandement qui espionne les criminels dangereux grâce à des caméras et des micros planqués dans leurs QG. Sous la supervision de Shane Mueller, il est chargé de surveiller Eddie Flynn, trafiquant d’armes soupçonné d’avoir à sa solde toute une tripotée de policiers corrompus. Pendant son service, Justin voit des hommes armés entrer dans la maison du trafiquant. Tentant vainement d’alerter Shane, l’agent prend la responsabilité d’appeler Eddie pour l’aider à survivre à l’assaut qui se prépare.

L’idée était pourtant bonne : un agent fédéral tentant d’assister à distance un criminel pris pour cible dans sa maison, voilà qui promettait quelques bonnes scènes de suspense, des échanges de tirs savamment bourrins, de la punchline mascu à foison dont Olivier Marchal lui-même n’oserait pas rêver. On se contentera de fantasmer sur le film que n’importe quel réalisateur un peu concerné aurait pu tirer d’un tel postulat. Car en l’état, Wire Room est une pure catastrophe de la première à la dernière minute. Les responsables de ce carnage : absolument tout le monde. Passons d’emblée sur les raisons qui ont poussé Matt Eskandari à commencer son film par un flash forward nous en dévoilant la fin – lui-même ne sait probablement pas pourquoi il a fait ça. La mise en scène anémique, le montage foireux, la photographie épouvantable, l’étalonnage inexistant, l’écriture ridicule, les personnages caractérisés à la truelle… C’est bien simple, rien ne va. Le film, tourné sur deux lieux en une semaine (et qui a manifestement nécessité une heure de post-production), exhibe des effets numériques pitoyables. Les impacts de balles, la fumée s’échappant de la fenêtre, tout est d’une laideur absolue, au même titre que la musique, jouée sur un radio-cassette dont Eskandari a perdu le mode d’emploi. A ce jour, il n’a toujours pas trouvé le bouton « stop ».

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Test Blu-ray / Les Cruels, réalisé par Sergio Corbucci

LES CRUELS (I Crudeli) réalisé par Sergio Corbucci, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 23 août 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Joseph Cotten, Norma Bengell, Al Mulock, Aldo Sambrell, Julián Mateos, Ángel Aranda…

Scénario : Ugo Liberatore & José Gutiérrez Maesso, d’après une histoire originale d’Ugo Liberatore, Albert Band & Virgil C. Gerlach

Photographie : Enzo Barboni

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

La guerre de Sécession est finie. Les Nordistes l’ont gagnée, mais dans le camp adverse, Jonas, un ex-gradé, n’accepte pas la défaite. En compagnie de ses trois fils et d’une femme jouant le rôle d’une veuve, ils attaquent une diligence ennemie, mettent la main sur plusieurs poignées de dollars et décident d’utiliser le magot, bien planqué dans un cercueil, pour reformer une armée de Confédérés et prendre leur revanche.

Sergio Corbucci, c’est un peu le Nathalie Rihouet du western. Après avoir vautré Django dans la boue (1966) et avant de jeter Trintignant dans la neige (Le grand silence, 1968), il expose ses protagonistes au cagnard et à la poussière, au gré d’un road movie en diligence où la pluie tombe parfois et les hommes, souvent. Coincé entre deux chefs-d’oeuvres, Les Cruels est l’un des grands oubliés de la (très longue) filmographie de Corbucci. A sa sortie, le film n’attire pas les foules, loin de là. En France, il n’est même pas exploité – il faudra attendre une discrète édition DVD en 2008 pour enfin le découvrir. Mais s’il n’atteint jamais le quart de la somptuosité de Django et Le Grand silence, force est de constater, à la faveur de sa réhabilitation dans la collection Make my day ! de StudioCanal, qu’il ne méritait pas un tel destin.

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Test DVD / Je verrai toujours vos visages, réalisé par Jeanne Herry

JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES réalisé par Jeanne Herry, disponible en DVD et Blu-ray le 6 septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leïla Bekhti, Élodie Bouchez, Suliane Brahim, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Jean-Pierre Darroussin, Fred Testot, Denis Podalydès, Birane Ba…

Scénario : Jeanne Herry

Photographie : Nicolas Loir

Musique : Pascal Sangla

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Nassim, Issa, et Thomas, condamnés pour vols avec violence, Grégoire, Nawelle et Sabine, victimes de homejacking, de braquages et de vol à l’arraché, mais aussi Chloé, victime de viols incestueux, s’engagent tous dans des mesures de Justice Restaurative. Sur leur parcours, il y a de la colère et de l’espoir, des silences et des mots, des alliances et des déchirements, des prises de conscience et de la confiance retrouvée… Et au bout du chemin, parfois, la réparation…

S’il était possible de décerner un César collectif pour l’ensemble du casting d’un long-métrage, on le remettrait immédiatement à celui de Je verrai toujours vos visages, le troisième film de Jeanne Herry, qui avait signé un premier coup d’essai et petit coup de maître avec Elle l’adore en 2014 et qui avait confirmé quatre ans plus tard tous les espoirs basés sur son talent avec Pupille. Suite à ces deux succès au box-office, avec près d’un demi-million d’entrées pour le premier et 850.000 pour le second, on attendait de pied ferme le retour de la réalisatrice. Avec Je verrai toujours vos visages, elle touche au sublime et même au chef d’oeuvre. Rien à redire, tout est absolument parfait, de la prestation des comédiens, en passant par le scénario, les dialogues, la photographie de Nicolas Loir (Le Nouveau de Rudi Rosenberg, Seuls de David Moreau, Novembre de Cédric Jimenez). Ce drame psychologique atteint le coeur, l’âme et même le corps entier. Bien sûr, il est évident que Je verrai toujours vos visages s’adressera personnellement à chaque spectateur, selon son vécu et son expérience, mais au-delà de son sujet passionnant, il s’agit ni plus ni moins d’une vraie leçon de cinéma. On en ressort bouleversés, à bout de souffle, secoués, mais aussi étonnamment gonflés à bloc pour affronter l’adversité, ses démons et son propre futur. Assurément LE film de 2023.

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Test DVD / Pour l’honneur, réalisé par Philippe Guillard

POUR L’HONNEUR réalisé par Philippe Guillard, disponible en DVD le 6 septembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Olivier Marchal, Olivia Bonamy, Mathieu Madénian, Solène Hébert, Camille Aguilar, Tom Villa, Saabo Balde, Sâm Mirhosseini…

Scénario : Philippe Guillard & Eric Fourniols

Photographie : Denis Rouden

Musique : Gisèle Gérard-Tolini

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Trocpont-sur-Vézère et Tourtour-les-Bains, deux petits villages du Sud de la France, se livrent depuis toujours une impitoyable guerre de clocher. Symbolisée par un redoutable derby entre les deux équipes de rugby, Trocpont a incontestablement pris l’ascendant mais une arrivée inattendue de demandeurs d’asile va changer la donne et bouleverser la vie de ces deux villages.

Il persiste le bougre ! Depuis le joli succès dans les salles de son premier long-métrage, Le Fils à Jo (2011) qui avait attiré plus d’1,2 millions de spectateurs, Philippe Guillard, ancien joueur de rugby (« un sport de brutes pratiqué par des coeurs tendres ») reconverti dans le cinéma, a signé trois autres films, On voulait tout casser (2015), Papi Sitter (2020) et J’adore ce que vous faites (2022), qui se sont tous méchamment vautrés au box-office. Rebelote avec Pour l’honneur, qui n’aura pas dépassé la barre des 175.000 entrées et pour cause…N’y allons pas par quatre chemins, il s’agit ni plus ni moins d’un des pires films de l’année 2023. Rien, absolument rien ne fonctionne, le casting, l’alchimie entre les « comédiens », la mise en scène, l’humour, le message, tout y est catastrophique. En martelant son discours sur la fraternité et l’entraide avec la délicatesse et l’humilité d’un Jean Messiha qui annonçait son départ de Reconquête après l’annonce des résultats du premier tour en 2022, Pour l’honneur se prend les pieds dans le tapis dès la première scène, celle de la réunion du village où les idéologies s’opposent, autrement dit les deux extrêmes. D’un côté, la tenancière d’un bar-hôtel, qui ouvrira son établissement à une poignée de migrants (avec lesquels ils chanteront Je l’aime à mourir de Francis Cabrel, qui a d’ailleurs signé la chanson de la bande originale) venus de Côte d’Ivoire, du Mali, d’Afghanistan, du Congo, de Syrie…et de l’autre un type d’origine allemande (évidemment) qui voit d’un mauvais œil cette installation forcée. Comment résumer la situation…Dans la France profonde, on n’aime pas les noirs et les arabes, même si on nous dit que « le noir ça déteint pas ». Dans toute la France profonde ? Noooon ! Quelque part près de Brive, une brave hôtelière ouvre ses portes à une dizaine de migrants…et si parmi eux il y avait des possibles recrues pour intégrer leur équipe locale de rugby ??? Hein ??? Mais c’était sans compter le dénommé Gantzer, qui avec son nom nazi déteste ce qui a la peau bronzée ! Ces gens là gênent…surtout que l’usine qui fait vivre la région est spécialisée dans le jambon, ce n’est sûrement pas avec eux que leur chiffre d’affaire va croître ! Non mais alors ma bonne dame ! Je vous remets un gros rouge qui tâche ? Philippe Guillard, c’est un peu un sous-Christophe Barratier, qui a probablement la musique de la publicité pour les saucisses Herta (« ne passons pas à côté des choses simples ») comme sonnerie de téléphone, qui écoute un best-of de Sandrine Rousseau sur YouTube, qui met des pouces en bas sur les vidéos de Charlotte d’Ornellas sur le même réseau, qui a sorti le rouleau de Sopalin devant la cérémonie d’ouverture de la coupe du monde de rugby et qui est venu trop vite quand Jean Dujardin a montré ses miches (de pain). C’était le bon temps aurait chanté Francis Kuntz de Groland. En l’état, Pour l’honneur est une horreur absolue, tant sur le fond que sur la forme, jusqu’à l’affiche où les personnages paraissent, comme le dirait Orson Welles, se foutre de notre gueule. À vos risques et périls…

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