Test DVD / Reprise en main, réalisé par Gilles Perret

REPRISE EN MAIN réalisé par Gilles Perret, disponible en DVD le 21 février 2023 chez Jour2Fête.

Acteurs : Pierre Deladonchamps, Laetitia Dosch, Grégory Montel, Finnegan Oldfield, Vincent Deniard, Marie Denarnaud, Samuel Churin, Yannick Choirat…

Scénario : Gilles Perret, Raphaëlle Desplechin, Marion Richoux & Claude Le Pape, d’après une histoire originale de Gilles Perret

Photographie : Eva Sehet

Musique : Léon Rousseau

Durée : 1h43

Année de sortie : 2022

LE FILM

En Haute-Savoie, une usine de décolletage vieillissante est sur le point d’être rachetée par un fonds de pension anglo-saxon. Pour éviter ce rachat, Cédric, employé dans l’usine, propose à deux de ses amis de créer leur propre fonds d’investissement et de racheter l’usine, incognito.

Fils d’ouvrier militant à la CGT, Gilles Perret (né en 1968) est tout d’abord ingénieur en électronique. La vie le fait bifurquer vers le cinéma, le documentaire plus précisément. Concerné par les questions socio-économiques, le réalisateur élargit petit à petit son champ de vision, premièrement centré sur la Haute-Savoie, puis à plus large échelle. De Ma mondialisation (2006) à Walter, retour en résistance (2008), en passant par Les Jours heureux (2013), J’veux du soleil (2019), et bien d’autres, Gilles Perret (parfois en collaboration avec François Ruffin) s’intéresse aux entrepreneurs, à la lutte militante, au mouvement des Gilets jaunes, à la précarité d’auxiliaires de vie sociale, d’accompagnants d’élèves en situation de handicap, de femmes de ménage…avec la même passion, une rage doublée d’une immense sensibilité. En 2012, il signe De mémoire d’ouvriers, son troisième film sorti en salle, dans lequel il s’interroge sur ce que sont devenus « ceux de l’usine » au fil du vingtième siècle. Dix ans plus tard, il revient à ce monde qu’il connaît par coeur, mais pour la première fois par l’intermédiaire de la fiction. Ce long-métrage, c’est Reprise en main, coécrit avec sa compagne Marion Richoux, Raphaëlle Desplechin (le sublime Nos batailles de Guillaume Senez) et le talentueux Claude Le Pape (la série Hippocrate, Petit paysan, Les Combattants), qui s’inspire d’anecdotes personnelles de Gilles Perret et de témoignages recueillis tout au long de sa vie. La comparaison avec le cinéma de Stéphane Brizé, mais aussi et surtout de Ken Loach pourrait être facile, pourtant elle est inévitable, tant Reprise en main suit comme qui dirait le même cahier des charges, sans pour autant tomber dans la copie carbone. Remarquable film, solidement charpenté, passionnant, même quand les dialogues « techniques » pourraient sembler hermétiques, Reprise en main repose sur un casting exceptionnel auquel on donnerait volontiers une récompense collégiale. Du cinéma de haute qualité, un vrai coup de/au coeur.

Comme son père avant lui, Cédric travaille dans une entreprise de mécanique de précision en Haute-Savoie. L’usine doit être de nouveau cédée à un fonds d’investissement. Epuisés d’avoir à dépendre de spéculateurs cyniques, Cédric et ses amis d’enfance tentent l’impossible : racheter l’usine en se faisant passer pour des financiers !

L’histoire est dramatique, pourtant Reprise en main n’est en aucun cas dénué d’humour et même d’une certaine légèreté. Ceci grâce à une écriture ciselée, l’excellence des dialogues, jamais caricaturaux, toujours justes, et par la virtuosité d’une distribution menée par l’impérial Pierre Deladonchamps. Depuis sa révélation dans L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie (César du meilleur espoir masculin), l’acteur n’aura eu de cesse de tracer son sillon, discrètement, mais sûrement au sein du cinéma français, chez Philippe Lioret (Le Fils de Jean), André Téchiné (Nos années folles), Christophe Honoré (Plaire, aimer et courir vite), Andréa Bescond et Éric Métayer (Les Chatouilles) et désormais chez Gilles Perret, pour lequel il sert pour ainsi dire d’alter ego. Il est suprêmement épaulé par la superbe Laetitia Dosch (Les Apparences, Nos batailles), le précieux Grégory Montel (Chère Léa, Les Parfums, L’Heure de la sortie), Vincent Deniard (la série Les Bracelets rouges, Un peuple et son roi), Finnegan Oldfield (Marvin ou la belle éducation, Nocturama), Samuel Churin (La Terre des hommes), sans oublier les trop rares Marie Denarnaud (T’aime de Patrick Sébastien, Une histoire banale d’Audrey Estrougo) et Sophie Cattani (Je suis heureux que ma mère soit vivante, Tomboy). Du beau monde réuni pour un vrai film collectif, un terme qui sied à merveille au cinéma de Gilles Perret.

Du cinéma social donc, pas le moins du monde semi-documentaire, mais élégamment mis en scène, joliment photographié par Eva Sehet, qui ne laisse pas les spectateurs sur le bas-côté quand le récit rend compte du jargon des deux côtés de la barrière quand le groupe d’amis tente d’entraver le rachat de leur usine en plongeant malgré-eux dans le monde impitoyable du capitalisme. Savamment rythmé, Reprise en main ne lâche jamais ses protagonistes, le réalisateur les filme comme les héros d’un thriller économique tendu et pourtant toujours parcouru d’une vraie chaleur humaine, une empathie nullement forcée.

Reprise en main prend alors des allures de feel good movie, même si le final, en apparence triomphant pour Cédric et ses potes/collaborateurs, peut laisser perplexe quant à la suite des événements, puisque s’ils ont réussi à sauver leur entreprise, ils ne seront jamais financiers. Mais on préfère penser que tout se passera bien pour eux, ils l’ont bien mérité et nous ont fait passer un très grand moment de cinéma.

LE DVD

Avec près de 100.000 entrées en octobre 2022, Reprise en main débarque en DVD chez Jour2Fête. Un très beau Slim Digipack, comprenant évidemment la galette sobrement sérigraphiée, mais aussi un livret d’accompagnement doublé de l’affiche du film, sur lequel on trouve une interview de Gilles Perret, une filmographie sélective, l’explication du LBO (leveraged buy-out, ou le rachat avec effet de levier est un montage financier permettant le rachat d’une entreprise en ayant recours à beaucoup d’endettement) et un encart sur les agriculteurs-horlogers. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

L’éditeur nous donne l’occasion d’écouter l’intervention de Gilles Perret et de Marion Richoux (coscénariste, directrice artistique et compagne du réalisateur), suite à la première projection publique de Reprise en main aux 38è rencontres du Cinéma de Gindou en août 2022 (36’). Un bon et long moment durant lequel on en apprend beaucoup sur le parcours de Gilles Perret, sur ce qui l’a conduit à réaliser des documentaires engagés et bien évidemment sur ce qui l’a poussé à mettre en scène sa première œuvre de fiction, Reprise en main. Le plus gros de ce module demeure d’ailleurs centré sur le film qui nous intéresse aujourd’hui où là aussi, Gilles Perret et Marion Richoux parlent de l’écriture et de l’évolution du scénario, de ce qui a nourri l’histoire, du casting, du rapport aux spectateurs et des conditions de tournage.

L’autre bonus est une petite interview de Gilles Perret faite par Pierre Deladonchamps (4’). Quelques redites forcément avec des éléments entendus dans le supplément précédent (la carrière dans le documentaire du réalisateur, les thèmes du film, les conditions de tournage…).

L’Image et le son

Si le rendu n’est pas optimal en raison d’une définition moins ciselée sur les scènes en intérieur, le master SD de Reprise en main ne manque pas d’attraits… La clarté est bienvenue, la colorimétrie chatoyante, et le piqué affûté sur toutes les séquences en extérieur. La directrice de la photographie Eva Sehet voit ses partis pris esthétiques savamment respectés via un DVD de haute volée. Le cadre fourmille de détails, les contrastes affichent une constante solidité et l’encodage emballe solidement l’ensemble. Quelques moirages, mais rien de bien méchant.

Reprise en main repose essentiellement sur les dialogues. La piste Dolby Digital 5.1 distille les voix des comédiens avec efficacité, tandis que les latérales s’occupent de la musique du film. Une spatialisation concrète, immersive et efficace . Une version Stéréo, ainsi qu’une piste Audiodescription, des sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Jour2Fête / ELZEVIRFILMS / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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