Test DVD / Aurore, réalisé par Blandine Lenoir

AURORE réalisé par Blandine Lenoir, disponible en DVD et Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Diaphana

Acteurs :   Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot, Sarah Suco, Lou Roy Lecollinet, Philippe Rebbot, Laure Calamy, Marc Citti…

Scénario :  Blandine Lenoir, Jean-Luc Gaget, Benjamin Dupas, Anne-Françoise Brillot, Océane Michel, Agnès Jaoui d’après une histoire originale de Blandine Lenoir

Photographie : Pierre Milon

Musique : Bertrand Belin

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?

Excellente comédienne, notamment vue chez Gaspar Noé (Carne, Seul contre tous), Blandine Lenoir est aussi la réalisatrice de sept courts-métrages, d’Avec Marinette (2000) à L’Amérique de la femme (2015), traitant souvent de l’amitié et de la solidarité entre femmes, du rapport mère-fille et de la sexualité féminine. Ces thèmes sont d’ailleurs au centre de son premier long métrage, Zouzou, sorti en 2014, qui évoquait entre autres la sexualité après 60 ans. Son second film, Aurore, découle de ses œuvres précédentes et s’avère un film-somme de tous les sujets que la réalisatrice avait abordés. Né d’expériences personnelles, notamment l’angoisse d’arriver à la quarantaine et tout simplement la peur universelle de vieillir et du temps qui passe, Aurore est une comédie délicate qui témoigne d’une qualité d’écriture déjà évidente dans les courts-métrages de Blandine Lenoir, notamment Ma Culotte (2005) et L’Amérique de la femme déjà mentionné. Le film offre également un de ses meilleurs rôles à Agnès Jaoui, lumineuse, de tous les plans, attachante, belle, pour ainsi dire caressée par la cinéaste et la photo de Pierre Milon.

Elle incarne Aurore, 50 ans, divorcée, qui apprend cour sur coup qu’elle perd son travail, que sa fille aînée Marina attend un enfant et donc qu’elle va être grand-mère, que sa plus jeune fille Lucie souhaite quitter le domicile familial pour rejoindre son copain, que son ex-mari va se remarier avec une femme plus jeune. Mais le pire pour Aurore, ce sont ces bouffées de chaleur dues à la ménopause. Consciente d’être à un carrefour de sa vie – « Vous êtes en train de passer d’abeille à reine des abeilles » lui dit-on – Aurore va faire le point sur sa propre existence et penser à elle pour la première fois. C’est alors que ressurgit le premier homme de sa vie, Christophe alias Totoche. Sur les conseils de sa meilleure amie Mano, Aurore apprend à accepter et surtout à recevoir les belles choses qui lui arrivent.

Aurore est une comédie en apparence simple, mais qui traite de la vie sentimentale et sexuelle d’une femme de plus de cinquante ans, rarement représentée au cinéma, avec une énergie revigorante et une douceur qui réchauffe le coeur. Le choix d’Agnès Jaoui est aussi malin qu’évident, puisque la comédienne apparue pour la première fois à l’écran dans Le Faucon de Paul Boujenah en 1983 (oui oui, le film où Francis Huster souhaite manger un hamburger), devenue célèbre en 1996 grâce à Cuisine et dépendances de Philippe Muyl qu’elle avait coécrit avec Jean-Pierre Bacri, d’après leur pièce de théâtre, a su traverser les années ou jouant et en profitant de ses nouveaux atouts physiques de femme mûre et plantureuse comme dans Comme un avion de Bruno Podalydès en 2015. Elle est parfaite dans Aurore, drôle et émouvante, féminine et sensuelle, toujours séduisante. La comédienne s’épanouit devant la caméra de Blandine Lenoir dans la peau de ce personnage qui lui va comme un gant. Elle est également solidement épaulée, notamment la toujours pétillante Pascale Arbillot, Thibault de Montalembert, Sarah Suco (la révélation de Discount), Lou Roy-Lecollinet (découverte dans Trous souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin), sans oublier les apparitions des indispensables Samir Guesmi, Marc Citti, Laure Calamy, Florence Muller (la scène de Pôle Emploi est hilarante) et Philippe Rebbot.

Aurore est une comédie lumineuse et optimiste, tendre et spontanée, engagée et pertinente, rythmée par ses répliques soignées et le peps de ses acteurs. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui un feel-good movie.

LE DVD

Le test du DVD d’Aurore, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film.

Après Aurore, précipitez-vous sur les courts-métrages de Blandine Lenoir proposés en guise de suppléments et qui évoquent les thèmes et certains motifs repris dans Zouzou et le second long métrage de la réalisatrice. Ne manquez pas la leçon sur le clitoris par la sublime Laure Calamy dans L’Amérique de la femme.

Ma culotte (2005 – 14’), avec Christine Boisson, Anaïs Demoustier : Claire, la cinquantaine, a très envie de faire l’amour avec ce type qu’elle a ramené chez elle. Depuis le temps qu’elle attend ça, un homme. Comment fait-on déjà ?

Pour de vrai (2006 – 12’), avec Nanou Garcia, Anaïs Demoustier : Une femme de quarante-cinq ans, bouleversée à l’idée de perdre son enfant actuellement dans le coma, erre chez elle, paralysée par son désespoir et son impuissance. Elle est totalement accaparée par sa petite voix intérieure qui répète toujours les mêmes mots d’amour fou pour son enfant endormi, et l’obsession de sa culpabilité de n’avoir pu éviter la chute fatale. Il y a quand même un truc qui cloche dans tout ce désespoir.

L’Amérique de la femme (2014 – 18’), avec Jeanne Ferron, Florence Muller, Laure Calamy, Sarah Grappin : Trois sœurs entre trente-cinq et quarante-cinq ans (Agathe, Lucie et Marie) débarquent chez leur mère, Solange, pour un week-end prolongé à la campagne. La fille d’Agathe, Zouzou, est là depuis une semaine, et d’après Solange, le séjour s’est bien passé. Mais quand les quatre femmes découvrent que la jeune fille de quatorze ans est en train de faire l’amour à l’étage, certainement pour la première fois, c’est la panique.
Qu’est-ce qu’on fait ? On monte les voir ? On les interrompt ?
Un dialogue commence alors autour de la question de l’éducation sexuelle : est-ce qu’Agathe a bien préparé sa fille ? Est-ce qu’elle a su mettre les mots ?

Finissez par le très bon entretien de Blandine Lenoir (18’) réalisé en juin 2017. La cinéaste revient sur la genèse d’Aurore, né d’observations sur ses amies et sur elle-même au moment de l’arrivée de la quarantaine et plus particulièrement sur les inégalités entre les hommes et les femmes de 40 voire plus de 50 ans. Son deuxième long métrage est aussi issu de l’envie de parler de la vie amoureuse et sociale d’un personnage féminin de 50 ans, peu représenté au cinéma. Blandine Lenoir évoque ensuite le choix d’Agnès Jaoui (dont elle voulait filmer le corps) pour incarner le rôle principal, mais aussi les autres comédiens qui l’accompagnent depuis de nombreuses années. Les thèmes du film sont longuement analysés et l’ensemble ne manque pas d’anecdotes de tournage.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Seule l’édition DVD a pu être testée. Evidemment, le piqué n’est pas aussi pointu qu’en Blu-ray et la colorimétrie peut avoir tendance à baver quelque peu, mais cette édition SD s’en tire avec les honneurs. Les contrastes sont corrects, les détails plaisants et l’encodage suffisamment solide pour pouvoir faire profiter de la photographie de Pierre Milon (Les Neiges du Kilimandjaro, Au fil d’Ariane). La clarté est appréciable, les teintes chaleureuses et solaires. Notons toutefois quelques baisses de la définition.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, la version Dolby Digital 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. Quelques séquences auraient peut-être mérité d’être un peu plus dynamiques ou les dialogues parfois quelque peu relevés quand la partition s’envole. La piste Stéréo est de fort bon acabit et contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © Eddy Brière / Karé Productions / Diaphana Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Une vie ailleurs, réalisé par Olivier Peyon

UNE VIE AILLEURS réalisé par Olivier Peyon, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez Blaq Out

Acteurs :  Isabelle Carré, Ramzy Bedia, María Dupláa, Dylan Cortes, Virginia Méndez, Lucas Barreiro, Olivier Ruidavet, Flavio Quintana…

Scénario :  Olivier Peyon, Cécilia Rouaud, Patricia Mortagne

Photographie : Alexis Kavyrchine

Musique : Nicolas Kuhn

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

C’est en Uruguay que Sylvie retrouve enfin la trace de son fils, enlevé il y a quatre ans par son ex-mari. Avec l’aide précieuse de Mehdi, elle part le récupérer mais arrivés là-bas, rien ne se passe comme prévu : l’enfant, élevé par sa grand-mère et sa tante, semble heureux et épanoui. Sylvie réalise alors que Felipe a grandi sans elle et que sa vie est désormais ailleurs.

Remarqué en 2007 avec son premier long métrage Les Petites vacances, interprété par Bernadette Lafont et Claude Brasseur, Olivier Peyon a tout d’abord suivi des études de sciences économiques, avant de devenir assistant de production pour le cinéma. Après un passage au CNC, il réalise quatre courts métrages, Promis, juré (1996), Jingle Bells (1997), Claquage après étirements (2000) et A tes amours (2001). A côté de ses activités de metteur en scène et de scénariste, Olivier Peyon traduit également en français plus d’une centaine de films anglophones, dont les œuvres des frères Coen, Danny Boyle, Stephen Frears, Ken Loach, Spike Jonze et bien d’autres. Egalement documentariste, Olivier Peyon signe ensuite deux documentaires pour l’émission Empreintes, diffusée sur France 5, le premier consacré à Élisabeth Badinter, le second à Michel Onfray. Vient ensuite la consécration critique et publique avec son long métrage documentaire Comment j’ai détesté les maths. Après avoir attiré 76.000 spectateurs dans les salles, le film est ensuite nommé aux César en 2014 dans la catégorie meilleur documentaire. Avec Une vie ailleurs, Olivier Peyon revient à la fiction et offre à Isabelle Carré son meilleur et son plus beau rôle depuis longtemps.

Depuis quatre ans, Sylvie se bat pour retrouver son fils, enlevé par son ex-mari. Elle vient de retrouver sa trace en Uruguay, où Felipe, le petit garçon, vit avec sa tante et sa grand-mère. Sylvie demande à Medhi, assistant social ému par sa peine, de lui ramener son fils. Sur place, Medhi rencontre la famille et se rend vite compte que Felipe est aimé et mène une existence heureuse. Medhi finit par renoncer, au grand désespoir de Sylvie, qui s’était imaginée de belles retrouvailles. Elle se rend sur place, bien décidée à prendre Felipe dans ses bras et à le ramener en France. Tourné à Montevideo et Florida en Uruguay, Une vie ailleurs crée un sentiment d’urgence dès les premières séquences. Avec cette mise en scène heurtée, on comprend très vite les sentiments qui animent le personnage de Sylvie, merveilleusement incarné par l’intense Isabelle Carré, et Medhi, qui démontre une fois de plus à quel point le drame sied bien à Ramzy Bédia comme dans Vandal de Hélier Cisterne sorti en 2013. Olivier Peyon parvient d’emblée à déstabiliser le spectateur en le plongeant dans un pays qu’il ne connaît pas et par ailleurs rarement filmé, l’Uruguay, tout en l’impliquant dans une quête à laquelle il est tout d’abord difficile d’adhérer.

Puis, la réalisation trouve un équilibre qui permet aux deux personnages principaux de réaliser ce pourquoi ils sont venus. Medhi et Sylvie sont alors séparés. Ils se dévoilent chacun de leur côté, vont à la rencontre de certaines personnes, partagés entre tendresse et violence. Ecrit, mis en scène et interprété avec une sensibilité à fleur de peau, Une vie ailleurs se dévoile par strates avec des sentiments tout d’abord intériorisés, qui vont ensuite submerger les personnages. Formidable directeur d’acteurs, Olivier Peyon entoure ses deux têtes d’affiche – qui s’étaient déjà croisées sur Des vents contraires de Jalil Lespert – d’excellents comédiens, parmi lesquels se distingue notamment l’argentine Maria Dupláa, qui interprète Maria, la tante de Felipe, qui illumine l’écran. Sur la forme, le cinéaste capture l’essence, la langue, le parfum et les couleurs d’un pays, qui contrastent avec une histoire d’amour contrariée, celle d’une mère pour son fils, la première étant bien décidée à récupérer ses droits sur le second, même s’il lui faut pour cela l’enlever à l’amour d’une tante, qui l’a élevé comme son propre fils, et d’une grand-mère.

Une vie ailleurs agrippe son audience du début à la fin pour l’emmener dans un tourbillon d’émotions à la fois profondes et contradictoires propres à la maternité, en évitant tout pathos. On en ressort à la fois étourdi, apaisé et ravi.

LE DVD

Le DVD d’Une vie ailleurs, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est fixe et musical.

Pas grand-chose à se mettre sous la dent en guise de suppléments. Néanmoins, ces sept séquences coupées au montage (22’30) méritent l’attention du spectateur. D’une part parce qu’elles sont très réussies, d’autre part parce que la première scène Llamadas (6’) et la dernière La danse d’Isabelle (2’) combinent à la fois les images du film avec celles du tournage. Un carton indique que tous les dimanche soirs dans chaque quartier de Montevideo, les habitants se réunissent dans la rue pour répéter, afin de participer aux Llamadas, le carnaval uruguayen, à base de percussions. Il s’agit ici du premier jour de tournage et de la première scène tournée en février 2016. Le carnaval venant juste de se terminer, tout le quartier de Jacinto a accepté de ressortir leurs instruments pour le film, pendant qu’Isabelle Carré et Lucas Barreiro interprètent leurs personnages. La Danse d’Isabelle n’est pas véritablement une scène coupée puisqu’on y voit la comédienne danser au rythme des percussions. En revanche, les cinq autres séquences sont bel et bien des séquences abandonnées (l’arrivée de Sylvie et Medhi à la douane, la rencontre de Medhi avec le Consul de France, la recherche d’un bateau qui pourrait emmener Sylvie et son fils en Argentine) ou allongées, à l’instar de la communion et du match de foot des enfants.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Une vie ailleurs, mais cela n’est pas trop grave puisque le DVD concocté par Blaq Out s’avère de fort bon acabit. La copie est très propre et claire, avec un cadre large qui fourmille de détails. La photo d’Alexis Kavyrchine (Les Petites vacances, Vincent n’a pas d’écailles, Je ne suis pas un salaud) fait la part belle aux teintes chatoyantes, ambrées et solaires, avec de fabuleux dégradés de bleus, de rouges et de jaunes, les contrastes sont denses et le piqué joliment acéré. L’encodage est solide, y compris sur les premières séquences qui reflètent l’agitation de Sylvie. Seul bémol au niveau des scènes nocturnes, moins précises que le reste. Sinon, la profondeur de champ permet d’apprécier les magnifiques paysages et ce DVD demeure très beau.

Au rayon acoustique, il va sans dire que la piste Dolby Digital 5.1 est à privilégier. Les enceintes sont mises à contribution avec des frontales qui délivrent des effets précis et immersifs, des dialogues clairs et précis sur la centrale, des latérales qui distillent quelques atmosphères palpables. Les ambiances annexes en extérieur apportent également leur lot de satisfaction. La piste 2.0 est tout aussi dense et excellente. A noter la présence de sous-titres disponibles pour les spectateurs sourds et malentendants.

Test DVD / Pris de court, réalisé par Emmanuelle Cuau

PRIS DE COURT réalisé par Emmanuelle Cuau, disponible en DVD le 22 août 2017 chez Ad Vitam

Acteurs : Virginie Efira, Gilbert Melki, Marilyne Canto, Renan Prévot, Jean-Baptiste Blanc, Zacharie Chasseriaud…

Scénario : Raphaëlle Valbrune, Emmanuelle Cuau, Eric Barbier, Lise Bismuth-Vayssières

Photographie : Sabine Lancelin

Musique : Alexandre Lecluyse

Durée : 1h22

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Nathalie est joaillière et vient de s’installer à Paris pour un nouveau travail avec ses deux fils. Mais la direction de la bijouterie change soudainement d’avis et lui annonce que le poste ne sera pas pour elle. Nathalie veut protéger ses enfants et décide de ne rien leur dire. De ce mensonge vont naître d’autres mensonges de part et d’autre part.

Voilà dix ans que nous attendions impatiemment le retour de la réalisatrice Emmanuelle Cuau derrière la caméra après son second long métrage et coup de maître Très bien, merci, sorti en avril 2007. Venue de l’IDHEC, elle signe son premier film en 1995, Circuit Carole, avec Bulle Ogier et Laurence Côte. Elle est également l’auteure du scénario de Secret défense de Jacques Rivette (1998) et met en scène quelques épisodes de séries télévisées (Combats de femme, Pepe Carvalho) avant de reprendre la caméra pour Très bien, merci. En 2017, Pris de court est donc son troisième long métrage et c’est encore une fois une grande réussite.

Emmanuelle Cuau coécrit le scénario avec Raphaëlle Desplechin (Tournée), Lise Bismuth et surtout l’excellent Eric Barbier, auteur et réalisateur de deux brillants polars, Le Serpent (2006) et Le Dernier diamant (2014). Dans Pris de court, on retrouve cette rigueur propre au thriller et présente dans les deux films d’Eric Barbier, alliée à la structure en engrenages déjà présente dans Très bien, merci. Emmanuelle Cuau fait basculer le drame familial vers le film à suspense, et n’hésite pas à jouer la carte du romanesque. Nathalie, joaillière, veuve, quitte le Canada avec ses deux fils pour s’installer à Paris. Elle vient en effet de se voir proposer un poste intéressant. Mais, à la dernière minute, les bijoutiers pour lesquels elle doit travailler lui annoncent que le poste n’est plus pour elle. Nathalie, qui vient de trouver un logement et d’inscrire ses fils à l’école, est désespérée. Pour protéger ses enfants, elle décide de ne rien leur dire et cherche un emploi de remplacement. Elle trouve alors du travail dans une brasserie. Bientôt, Paul, son fils aîné découvre qu’elle leur a menti. De son côté, il commence à se livrer à quelques larcins au profit de Fred, un truand du quartier. Paul est pris également dans une spirale et sa famille en vient à être menacée. Nathalie décide de prendre les choses en main pour les sortir de ces ennuis.

Nathalie est interprétée par la désormais incontournable Virginie Efira. Décidément, la carrière de la comédienne a connu une sacrée accélération depuis Caprice d’Emmanuel Mouret, puisqu’elle aura enchaîné avec Victoria de Justine Triet et Elle de Paul Verhoeven, avec qui elle se prépare d’ailleurs à tourner à nouveau, cette fois en tant qu’actrice principale. A l’instar de Gilbert Melki dans Très bien, merci, présent également au générique de Pris de court, le personnage de Virginie Efira se retrouve entraîné dans une succession d’événements peu banals, mais bien que dépassée par ce qui lui arrive, Nathalie va tenter de garder la tête haute et de s’en sortir. Emmanuelle Cuau présente son film comme un thriller familial. Le mélange des genres peut tout d’abord être étonnant et même décontenancer les spectateurs, toujours est-il que cela fonctionne parfaitement. L’étau se resserre sur les personnages, la tension est permanente et repose sur des situations auxquelles on croit pouvoir échapper et qui ne nous concernent pas, mais qui finissent par arriver au sein d’une famille monoparentale (les deux jeunes acteurs sont très bons par ailleurs) et qui espérait un nouveau départ.

La prestation de Virginie Efira est aussi formidable qu’élégante, à l’image du film, et nous sommes également ravis de voir à ses côtés la trop rare et talentueuse Marilyne Canto. Pris de court est une œuvre épurée, dépouillée même, vive et dynamique, qui va droit à l’essentiel grâce aux ellipses, sans jamais s’appesantir sur le malaise des personnages, mais qui au contraire se concentre sur leur contre-attaque en emportant ainsi les spectateurs dans un courant jusqu’à son dénouement inattendu.

LE DVD

Le DVD de Pris de court, disponible chez Ad Vitam, repose dans un boîtier classique transparent. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément, si ce n’est la bande-annonce. Vraiment dommage.

L’Image et le son

Malgré l’engouement critique, il semble qu’Ad Vitam n’ait pas jugé bon de sortir Pris de court en Blu-ray. Il faudra donc se contenter de cette édition standard, mais heureusement la qualité est là. Les couleurs sont bien loties, entre chaud et froid, le piqué est suffisamment affûté, la clarté de mise sur toutes les séquences en extérieur et les contrastes élégants. Les détails ne manquent pas aux quatre coins du cadre, les noirs sont denses. On aurait vraiment aimé une édition HD !

Le mixage Dolby Digital 5.1 déçoit par son manque d’envergure et de peps, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. S’il n’y a pas grand-chose à redire sur la balance frontale, ce mixage ne parvient pas vraiment à créer une véritable spatialisation. Les enceintes latérales ne servent finalement qu’à mettre en relief les quelques ambiances naturelles de la ville. Bon point en revanche pour la version Stéréo, dynamique à souhait. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Ad Vitam / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Magnus, réalisé par Benjamin Ree

MAGNUS réalisé par Benjamin Ree, disponible en DVD le 5 septembre 2017 chez Pretty Pictures

Acteurs : Magnus Carlsen, Garry Kasparov, Viswanathan Anand…

Scénario : Linn-Jeanethe Kyed, Benjamin Ree

Photographie : Øyvind Asbjørnsen, Magnus Flåto, Vanchinathan Murugesan, Benjamin Ree

Musique : Uno Helmersson

Durée : 1h15

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

En 2004, à l’âge de 13 ans, Magnus Carlsen décide qu’il deviendra champion du monde d’échecs. A mesure qu’il s’épanouit, le jeune prodige gravit les échelons du classement international, au prix de sacrifices personnels, mais aussi grâce au soutien de ses amis, et d’une famille très impliquée dans sa carrière.

Il fallait bien un film-documentaire rétrospectif pour raconter le destin du norvégien Magnus Carlsen, connu sous le nom du Mozart des échecs. Tout simplement et sobrement intitulé Magnus, le documentaire réalisé par son compatriote Benjamin Ree se penche sur ce véritable phénomène national devenu mondial, en compilant des archives personnelles provenant de la famille de Magnus, avec des images provenant de compétitions internationales, ainsi que de très rares interventions de la famille de l’intéressé et de Magnus lui-même. Des photos et films de vacances sur lesquels Magnus est montré comme un enfant « à part », dans son monde, perdu dans ses pensées, à l’écart, jusqu’à sa découverte des chiffres et la révélation des échecs grâce à son père, le film s’intéresse à l’un des êtres les plus extraordinaires de ces vingt dernières années.

Loin de tout académisme, Magnus est souvent filmé comme un véritable match de boxe. Entre les dernières réflexions quelques minutes avant « l’entrée sur le ring », jusqu’à l’escorte avec son père (omniprésent, tout comme sa famille qui n’est jamais bien loin) et de ses conseillers jusque devant la table où repose l’échiquier sur lequel reposeront toutes les attentions, Magnus est devenu en quelques années le plus grand de sa catégorie à l’instar d’un sportif qui aurait remporté toutes les médailles jusqu’au Saint Graal espéré. Né le 30 novembre 1990, Magnus Carlsen évolue devant l’écran à travers une mosaïque d’images revenant sur chaque étape décisive de sa vie. Ainsi, le petit garçon effacé de 1994, qui se tient loin de ses sœurs devient par la magie du montage une petite vedette dans sa catégorie, puis continue son chemin jusqu’à devenir grand maître international, numéro un mondial au classement Elo et champion du monde en titre. Au-delà de sa dimension documentaire, Magnus se suit comme une histoire sur une personnalité hors-du-commun.

Bercé par de nombreux films de genre, le cinéphile pourra trouver une dimension quasi-fantastique au personnage principal, doté d’une mémoire qui dépasse l’entendement à l’instar du challenge relevé par Magnus en 2013. Invité par la prestigieuse université d’Harvard, Magnus Carlsen, les yeux bandés, doit affronter dix des meilleurs avocats joueurs d’échecs au monde. Ainsi, il doit mémoriser la position de 320 pièces et déplacements, tout en calculant dix coups et contre-attaques par échiquier. Pari relevé, Magnus remporte ses dix victoires. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui sont abordés au fil de ce documentaire, où les défaites ne sont pas oubliées, ainsi que les moments où Magnus perd pied et craque sous la pression.

Dix ans auparavant, en 2004, Magnus, s’installe calmement et attend son adversaire qui n’est autre que Garry Kasparov. Si l’enfant est éliminé dès le premier tour, ce n’est pas sans mal et le champion du monde et d’échecs connaît quelques sueurs froides, largement relayées dans les médias. Désormais, le jeune Magnus Carlsen est observé dans le monde entier et devient grand maître à l’âge de 13 ans. Il faudra attendre 2013 après être devenu le champion du tournoi des candidats de Londres et le nouveau prétendant au titre de champion du monde, pour que Magnus affronte l’indien Viswanathan Anand et atteigne l’objectif qu’il s’était fixé depuis sa plus tendre enfance.

A l’écran, le petit garçon s’affirme et devient un homme, semble s’apaiser à mesure qu’il prend son envol. Magnus est un documentaire remarquable, un récit initiatique doublé d’un document sportif et même sociologique. Court (75 minutes montre en main sur plus de 500 heures filmées en dix ans), mais dense et passionnant du début à la fin.

LE DVD

Nous devons la sortie en DVD de Magnus à l’éditeur/distributeur Pretty Pictures. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur noire. La jaquette est attractive, le menu principal animé et musical.

L’éditeur ne vient pas les mains vides. Le premier supplément est une interview cool et décontractée du réalisateur Benjamin Ree (12’) réalisée en Norvège pour annoncer la sortie du film au cinéma, notamment pour la Première au Festival de Tribeca. L’invité en dit un peu plus sur sa rencontre avec Magnus Carlsen, la genèse du projet, ses intentions et l’évolution de Magnus au fil des années passées à ses côtés.

Si vous faites partie des 600 millions de joueurs d’échecs dans le monde, alors vous vous dirigerez sur le second supplément puisque Magnus Carlsen y donne quelques leçons pour aider ceux qui voudraient débuter, ou pour conseiller ceux qui souhaiteraient se perfectionner (21’).

L’Image et le son

Difficile de juger une image comme celle de Magnus puisque le film est un collage de différentes sources vidéo analogiques et numériques. Dans l’ensemble, la copie est très propre, nette, les contrastes affirmés. La gestion du piqué est aléatoire et dépend des conditions de prises de vues.

Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un excellent confort acoustique. La musique est constamment spatialisée, les effets latéraux naturels et convaincants (applaudissements, ambiances avant et après les divers championnats), les voix bien délivrées par la centrale et les frontales en grande forme. La Stéréo conviendra aisément à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français sont imposés.

Crédits images : © Pretty Pictures / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Chiens, à vous de créver !, réalisé par Frank Wisbar

CHIENS, À VOUS DE CREVER ! (Hunde, wollt ihr ewig leben) réalisé par Frank Wisbar, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Joachim Hansen, Peter Carsten, Wolfgang Preiss, Horst Frank, Wilhelm Borchert, Carl Lange, Richard Münch, Günter Pfitzmann…

Scénario : Frank Wisbar, Frank Dimen, Fritz Wöss, Heinz Schröter

Photographie : Helmuth Ashley

Musique : Herbert Windt

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Octobre 1942. Le général Friedrich Paulus qui commande la 6ème Armée obéit aveuglement à Hitler qui exige, coûte qui coûte, qu’il tienne Stalingrad et résiste par tous les moyens à l’encerclement des troupes soviétiques. Dans les rangs allemands, les soldats privés d’armes et de vivres commencent à prendre conscience de la folie mégalomane du Führer. Parmi eux, le lieutenant Wisse, le sergent Böse, le caporal Krämer et un aumônier, redécouvrent des valeurs humaines que la guerre avait annihilé.

Hormis le film soviétique Stalingradskaja Bitva (The Battle of Stalingrad) réalisé en 1949 de Vladimir Petrov, restauré il y a une dizaine d’années par l’International Historique Films, Chiens, à vous de crever ! – Hunde, wollt ihr ewig leben ! de Frank Wisbar est le premier long métrage allemand à parler de la débâcle allemande lors de la bataille de Stalingrad. De son vrai nom Frank Wysbar (1899-1967), le cinéaste né à Tilsit alors en Prusse-Orientale livre un très grand film de guerre malheureusement et injustement oublié aujourd’hui. Il est donc grand temps de réhabiliter Chiens, à vous de crever ! qui aborde frontalement et avec objectivité l’une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, qui a opposé l’armée soviétique à l’armée allemande de juillet 1942 à février 1943.

Le film adopte le point de vue de l’armée allemande et montre comment les soldats et leurs supérieurs ont été tout simplement abandonnés par Adolf Hitler, qui promettait alors de les ravitailler en nourriture, en armes et en hommes. L’histoire s’attache à une poignée de personnages livrés à eux-mêmes, affamés, démunis, rongés par le froid (on brûle les photos encadrées du Führer pour se réchauffer) et la maladie, tandis que les cadavres s’amoncellent sur leur chemin, avant de se retrouver encerclés dans la ville de Stalingrad alors à feu et à sang. Dès la première séquence, Frank Wisbar montre une armée triomphante qui défile sous les yeux brillants du Führer, tandis qu’une voix-off vient couper court à cette parade en commentant des images du front dévasté, des soldats allemands morts au combat : « Jusqu’à ce que la neige et le vent recouvrent les cadavres et fassent oublier l’entrée triomphale. Le soldat mort n’a que faire de l’issue victorieuse ou non de la guerre ». Sur un montage percutant et fluide, Chiens, à vous de crever ! intègre d’incroyables et impressionnants stockshots, parfois très difficiles et violents, qui rend compte des tensions et des divisions au sein de la 6e armée envoyée sur le front de l’Est.

Avec des moyens plutôt conséquents, Frank Wisbar rend compte de la situation sur le front qui n’a de cesse de se dégrader (un soldat allemand meurt toutes les 7 secondes), tandis que les russes mieux équipés, resserrent leurs unités jusqu’à étouffer littéralement leurs adversaires. Adolf Hitler apparaît de dos principalement, tandis que sa voix exprime clairement son désintérêt pour ces hommes qui seraient très vite remplacés s’ils devaient tous tomber. De leur côté, Goebbels déclare déjà la victoire allemande sur Stalingrad et Göring s’époumone à la radio pour célébrer le dixième anniversaire de la prise du pouvoir. Jusqu’à la reddition des troupes allemandes après plus de six mois de combats, plus de 800.000 pertes soviétiques (civils et soldats) et 400 000 militaires allemands, roumains, italiens, hongrois et croates.

S’il démarre comme un documentaire, Chiens, à vous de crever ! s’avère un film maîtrisé et épatant, aussi passionnant sur le fond que sur la forme, porté par de remarquables comédiens et qui s’avère un témoignage sans concession ni faux héroïsme, qui colle au plus près de la vérité. C’est le cas de la séquence où durant une courte trêve demandée entre les deux armées afin d’aller récupérer leurs soldats décédés sur le front, un officier allemand trouve un piano dans les décombres recouvertes de neige et commence à jouer une sonate de Beethoven.

Sorti en France en 1960, le film de Frank Wisbar attire plus d’1,2 million de spectateurs dans les salles, et se voit récompenser par de nombreux prix en Allemagne, dont le meilleur réalisateur et le Deuxième meilleur film aux Prix du film allemand. Il faudra attendre 1989 et le film russe Stalingrad de Youri Ozerov pour que le cinéma s’intéresse à nouveau à cet épisode clé de la Seconde Guerre mondiale.

LE DVD

Chiens, à vous de crever ! intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation de Chiens, à vous de crever ! par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

La restauration est impressionnante ! Movinside a pu mettre la main sur un master qui permet de (re)découvrir Chiens, à vous de crever ! dans de très bonnes conditions. Certes, les stockshots n’ont évidemment pas été restaurés et détonnent avec les images filmées par Frank Wisbar, mais la copie s’avère propre, stable, les contrastes sont bien gérés, les noirs sont denses et certaines séquences s’avèrent lumineuses. Quelques points blancs et rayures verticales ont pu échapper au nettoyage, mais dans l’ensemble l’image est de fort bon acabit.

La version originale est proposée dans son intégralité avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré. Une piste française est également au programme, un peu plus sourde, mais qui ne démérite pas.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Baby Phone, réalisé par Olivier Casas

BABY PHONE réalisé par Olivier Casas, disponible en DVD le 12 juillet 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : Medi Sadoun, Anne Marivin, Pascal Demolon, Lannick Gautry, Michel Jonasz, Marie-Christine Adam, Barbara Schulz…

Scénario : Olivier Casas, Serge Lamadie, Audrey Lanj

Photographie : Sylvain Rodriguez

Musique : Laurent Aknin

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Au détour d’un dîner, les révélations faites à travers le baby-phone d’une chambre d’enfant vont créer un véritable cataclysme au sein d’une famille et d’un groupe d’amis…

A l’origine de Baby Phone il y a un court-métrage du même nom réalisé par Olivier Casas en 2014, qui reprend exactement le même point de départ. Si l’idée était séduisante et convenait parfaitement à un format court, on ne peut vraiment pas en dire autant pour la version long métrage qui ne fonctionne pas du tout et ce dès les premières minutes. Autant le dire d’emblée, Baby Phone est une catastrophe sur le fond comme sur la forme. Ben est marié Charlotte, avec qui il vient d’avoir une petite fille. Jeune compositeur en mal de reconnaissance, il décide de demander à leur ami d’enfance, manager d’une chanteuse très connue, de devenir le parrain de leur fille, dans l’espoir de dynamiser sa carrière. Pour le convaincre de venir chez eux, lors d’un dîner de famille, et réunir le quatuor d’amis qu’ils formaient à l’époque, il fait croire que son père est sur le point de mourir. De quiproquos en malentendus, la soirée se transforme vite en cauchemar pour Ben. Jusqu’au point de non-retour, quand le futur parrain et l’autre vieux pote se rendent dans la chambre du bébé et entament une série de mauvaises blagues. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le baby phone est branché dans le salon et que tout le monde profite de leur conversation.

Si les comédiens font le boulot, en particulier Medi Sadoun (très sobre), Pascal Demolon (agité, comme d’habitude) et Michel Jonasz (qui détient les meilleures scènes), ils sont tous au service d’une mécanique qui tourne à vide et sont malheureusement peu aidés par des dialogues d’une platitude confondante avec un pauvre « Elle a fait caca ? » récurrent. Ils valent tellement mieux que ça ! Les décors, le rythme, le montage, la mise en scène sont franchement atroces et on a très vite de la peine de voir ces acteurs, que l’on aime habituellement, se débattre comme ils le peuvent pour faire exister ces personnages sans aucune consistance. Par ailleurs, le pitch n’a rien de bien nouveau et la mixture finale s’apparente à une salade composée d’Un air de famille de Cédric Klapisch, de Cuisine et dépendances de Philippe Muyl, du Prénom d’Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte, mais aussi sur le méconnu et sympathique Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi. En effet, dans ce dernier, à la suite d’une mauvaise manipulation téléphonique, un couple entendait aussi ce que leurs amis pensaient réellement d’eux. Rien de nouveau dans Baby phone donc, qui se contente d’enchaîner les scènes sans enjeux et de façon répétitive. De plus, Baby Phone n’est pas vraiment une comédie, on esquisse à peine deux sourires, mais instaure un véritable malaise, d’une part en raison de son ratage technique, mais également par ses situations qui n’ont rien de drôles.

Olivier Casas, réalisateur, producteur et scénariste, racle les fonds de tiroir pour étendre son film sur 81 minutes (génériques compris) avec ses sept personnages enfermés dans un appartement. L’émotion est poussive (la chanson finale), artificielle, tandis que l’histoire se clôt de façon gratuite et bien trop facile après une succession de saynètes empilées à la va comme je te pousse. Mauvaise pièce de boulevard filmée, Baby phone compile donc toutes les tares du cinéma français dans ce qu’il peut faire de pire et l’on se demande parfois comment des projets aussi paresseux sur le papier et aussi pauvres techniquement réussissent encore à voir le jour. Très embarrassant.

LE DVD

Le test du DVD de Baby Phone, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur une musique guillerette et ne reflète pas du tout le film.

Chose étonnante pour un petit film de cet acabit, nous trouvons un commentaire audio du réalisateur Olivier Casas accompagné pour l’occasion de l’excellent Pascal Demolon. Si la complicité entre les deux hommes, visiblement amis, est évidente, on ne peut pas dire que ce commentaire vole bien haut et l’intérêt demeure très limité. Ce n’est pas que le commentaire soit désagréable, mais les deux intervenants paraissent eux-mêmes conscients de ne pas avoir grand-chose à dire sur le tournage de Baby Phone. On y évoque parfois le casting et les conditions des prises de vues, la musique, le court-métrage à l’origine de Baby Phone (déjà avec Pascal Demolon et Marie-Christine Adam) et on apprend que le comédien a fumé beaucoup de cigares et mangé beaucoup de quiches pour les besoins du tournage. Rien de passionnant donc.

Le making of (18’) est plutôt sympathique. Olivier Casas et sa compagne Audrey Lanj (tous les deux scénaristes) reviennent sur la genèse de Baby Phone, les comédiens présentent les personnages et l’histoire, tandis que des images dévoilent l’envers du décor. Dommage que le film ne soit pas à la hauteur des propos intelligents, des compliments tenus ici par les acteurs et de la rigueur apparente du réalisateur.

S’ensuivent trois scènes coupées (5’) qui n’apportent évidemment rien à l’ensemble, si ce n’est une fin alternative plutôt pas mal et qui aurait pu être gardée tant elle se révèle bien plus réussie et mise en scène par rapport à celle finalement gardée au montage final.

L’Image et le son

Ce master offre des conditions de visionnage banales et sans esbroufe. La colorimétrie est plutôt bien agencée, mais la définition demeure passable, même sur les quelques plans rapprochés. La clarté est de mise, les contrastes corrects, cependant le piqué manque de précision et certaines séquences apparaissent plus ternes que d’autres et s’accompagnent de moirages ainsi que de saccades.

Baby Phone n’est pas un film à effets et le mixage Dolby Digital 5.1 assure le service minimum. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des très rares séquences en extérieur s’accompagne inévitablement d’ambiances naturelles. Il en est de même pour la musique systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes. Les voix sont solidement délivrées par la centrale. La piste Stéréo saura contenter ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Pas de sous-titres pour les spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © La Belle Company / M6 Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Chiens sont lâchés, réalisé par Falk Harnack

LES CHIENS SONT LÂCHÉS (Unruhige Nacht) réalisé par Falk Harnack, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Bernhard Wicki, Ulla Jacobsson, Hansjörg Felmy, Anneli Sauli, Erik Schumann, Werner Hinz, Richard Münch…

Scénario : Horst Budjuhn, Albrecht Goes

Photographie : Friedl Behn-Grund

Musique : Hans-Martin Majewski

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

En Russie, pendant la Deuxième Guerre mondiale, un pasteur est désigné pour assister un soldat condamné à mort pour désertion. Ce soldat est un très jeune homme, presque encore un adolescent, tendre, doux et buté… Il doit être exécuté le lendemain matin. Le pasteur, en possession du dossier de Boranovski, compte passer la nuit à l’étudier, ignorant encore qu’il ne sera pas seul dans sa chambre d’auberge : un jeune capitaine. Von Arnim, doit la partager avec lui. Celui-ci lui dit qu’il vient d’être désigné pour Stalingrad, d’où on ne revient pas, et qu’il a demandé à sa fiancée, infirmière, de venir passer avec lui cette nuit-là, qui sera bien vraisemblablement leur première et aussi leur dernière nuit…

Grand succès du box-office allemand, Les Chiens sont lâchés – Unruhige Nacht est l’oeuvre du réalisateur Falk Harnack (1913-1991), qui fut très actif dans la résistance allemande durant la période nazie. Il est issu d’une famille de savants, d’artistes et de scientifiques, dont plusieurs ont payé de leur vie leur résistance antinazie. En 1943, il déserte pour rejoindre la Grèce où il s’allie au Greek People’s Liberation Army, avant de cofonder plus tard et de diriger le « comité antifasciste pour une Allemagne libre ». Les Chiens sont lâchés, réalisé en 1958, est symbolique de son combat et de son cinéma. Poignant, ce drame de guerre est une véritable révélation. Falk Harnack met en scène une poignée de soldats allemands, plongés en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale, au cours de la bataille de Stalingrad. Un pasteur militaire parcourt le dossier d’un soldat allemand condamné à mort pour désertion après être tombé amoureux d’une jeune ukrainienne.

L’aumônier Brunner est interprété par le grand acteur allemand Bernhard Wicki, vu dans La Nuit de Michelangelo Antonioni et Paris, Texas de Wim Wenders. Il est également réalisateur et on lui doit entre autres les parties allemandes du Jour le plus long ou bien encore le célèbre film Le Pont, mis en scène en 1959. Dans Les Chiens sont lâchés, sa prestation tout en colère rentrée et immense délicatesse foudroie le spectateur. Son empathie et son amour pour ce jeune homme prénommé Fedor Boranovski (Hansjörg Felmy), dont le recours en grâce a été rejeté une dernière fois, sont traités avec finesse et intelligence. Malgré l’apparente austérité des décors et la sécheresse du montage, la mise en scène est très inspirée (très beaux mouvements de caméra) et l’émotion affleure progressivement, au fur et à mesure que le pasteur découvre l’histoire de celui qu’il doit informer de son exécution, en essayant de lui apporter une tranquillité d’esprit. L’aumônier arrive sur place en fin d’après-midi et découvre que Boranovski, accusé d’avoir déserté (plus de 200.000 jeunes soldats allemands avaient déserté) en ayant profité de la confusion d’une attaque aérienne, doit se faire fusiller le lendemain matin à l’aube.

Durant la nuit, alors qu’il partage sa chambre avec un capitaine sur le point d’être envoyé sur le champ de bataille à Stalingrad et sa fiancée Melanie, Brunner découvre l’histoire de Boranovski. Falk Harnack use alors de récents flashbacks qui dressent le portrait d’un jeune homme qui n’inspirait qu’à vivre comme n’importe quel être humain, qui a rencontré l’amour auprès d’une jeune mère et veuve ukrainienne. Un petit homme moustachu à frange en a décidé autrement. Par ailleurs, ce dernier apparaît seulement en fond sonore pendant un discours, comme si sa présence, ou plutôt son omniprésence était tellement devenue banale qu’on ne faisait même plus attention à lui. Tandis qu’il s’époumone sur la victoire qu’il sent « imminente », les soldats vaquent à leurs occupations, laissant ce chien aboyer dans le vide. Falk Harnack livre un film pacifiste, antimilitariste et antinazi, fortement engagé, beau et très attachant.

LE DVD

Les Chiens sont lâchés intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues (version originale avec ou sans sous-titres français) avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation des Chiens sont lâchés par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

Movinside propose Les Chiens sont lâchés dans son format original 1.33 (4/3). Le grain original a été lissé quasiment entièrement, la copie a subi un certain dépoussiérage, même si des rayures verticales, points noirs, tâches et raccords de montages demeurent visibles. L’image est stable, divers moirages sont constatés, notamment sur les galons des officiers, sans oublier les décrochages sur les fondus enchaînés. Le N&B est lumineux, la gestion des contrastes équilibrée. Malgré les défauts énumérés, découvrir le film de Falk Harnack est une chance inespérée et nous ne pouvons que saluer l’éditeur pour cette ambitieuse sortie dans les bacs.

Seule la version originale est proposée avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / 40 fusils manquent à l’appel, réalisé par William Witney

40 FUSILS MANQUENT À L’APPEL (40 Guns to Apache Pass) réalisé par William Witney, disponible en DVD le 18 juillet 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Audie Murphy, Michael Burns, Kenneth Tobey, Laraine Stephens, Robert Brubaker, Michael Blodgett, Michael Keep…

Scénario : Willard W. Willingham, Mary Willingham

Photographie : Jacques R. Marquette

Musique : Richard LaSalle

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1868. Cochise et ses guerriers apaches sont sur le sentier de la guerre, décidés à éliminer les Blancs. L’armée doit défendre les colons mais le capitaine Coburn doit récupérer une cargaison de fusils – quarante – volés par des soldats déserteurs. Ceux-ci, dirigés par le caporal Bodine veulent les vendre aux Apaches…

Avant d’être acteur, Audie Leon Murphy (1925-1971) fut l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Bardé de toutes les médailles militaires internationales existantes, il est notamment connu pour avoir stoppé et bloqué seul pendant une heure l’assaut d’une troupe allemande en janvier 1945 dans la poche de Colmar. Ayant participé aux campagnes d’Italie et de France, sa maîtrise des armes est remarquée par quelques producteurs qui souhaitent alors surfer sur sa notoriété. Il entame alors une carrière à la télévision et au cinéma et joua dans une quarantaine de longs métrages, y compris dans l’adaptation cinématographique de son autobiographie L’Enfer des hommes – To Hell and Back, réalisé par Jesse Hibbs en 1955, dans lequel il interprète son propre rôle. Audie Murphy reste surtout connu par les amateurs de westerns, genre dans lequel il s’est ensuite principalement illustré. Citons quelques titres : La Parole est au Colt (1966), Représailles en Arizona (1965), La Fureur des Apaches (1964), La Patrouille de la violence (1964), Les Cavaliers de l’enfer (1961), Le Diable dans la peau (1960), Le Fort de la dernière chance (1957).

A l’époque de 40 fusils manquent à l’appel, 40 Guns to Apache Pass, réalisé par William Witney en 1966, le western américain est en fin de vie, John Ford et Raoul Walsh viennent d’ailleurs de signer leur dernier film du genre deux ans auparavant, alors qu’en Europe, le genre bat son plein avec Sergio Leone qui met une touche finale à sa trilogie du Dollars avec Le Bon, La Brute et le Truand. Rétrospectivement, 40 fusils manquent à l’appel apparaît comme un dernier baroud d’honneur pour Audie Murphy, qui tourne alors la même année El Texican de Lesley Selander. C’est son adieu au western, avant de faire une dernière apparition dans Qui tire le premier ? de Budd Boetticher, dans lequel il interprète Jesse James. Audie Murphy sera victime d’un accident d’avion en 1971, il allait avoir 46 ans.

40 fusils manquent à l’appel est un western qui se déroule en 1868, peu après la fin de la guerre de Sécession sur le territoire de l’Arizona , le chef apache Cochise et sa bande de guerriers menacent d’entrer en guerre. Le capitaine Bruce Coburn est envoyé avec un détachement dans la région afin de faire le tour des fermes isolées et de ramener les colons et leurs familles au fort avant qu’ils ne soient massacrés par les apaches. Mais certaines fermes sont très éloignées et la route est longue pour en revenir, d’autant que certains colons n’acceptent pas facilement de tout abandonner aux mains des indiens. Afin de faire face à leurs ennemis, les soldats attendent une cargaison de fusils. Mais la livraison tourne mal. Coburn demande à être accompagné de dix volontaires pour aller récupérer les 40 carabines à répétition sur le territoire des Apaches. Mais les plans du capitaine sont contrecarrés par un de ses hommes, le caporal Bodine, qui entraîne plusieurs soldats dans son sillage afin de marchander avec les indiens. Foncièrement patriotique (le drapeau flotte bien au vent) et donnant aux indiens le mauvais rôle en faisant d’eux des guerriers sanguinaires qui souhaitent empêcher l’oncle Sam de s’étendre sur leur territoire, 40 fusils manquent à l’appel n’est sûrement pas un western inoubliable qui s’attache à la vérité historique, mais qui arrange les faits à sa sauce avec les grands héros américains d’un côté et les très méchants indiens de l’autre. Néanmoins, cela ne l’empêche pas d’être bien divertissant et agréable, grâce au jeu solide d’Audie Murphy, charismatique et attachant, tenant le film sur ses épaules bardées de galons.

Vétéran du serial qui avait déjà dirigé Audie Murphy dans La Fureur des Apaches (1964) et Représailles en Arizona (1965), le réalisateur William Witney (1915-2002) fait le boulot et même si son histoire n’a rien à envier à celles que l’on imaginait enfant quand on jouait aux Playmobiles, son film est de bonne tenue, les acteurs sont bons, les décors naturels plaisants et les scènes d’action réussies. En revanche, le film est étrangement parasité par la voix-off inutile d’un narrateur qui ouvre l’histoire comme un conte, à travers l’ouverture d’un livre, et revient de façon chronique, tout au long de ces 90 minutes, sans raison, en paraphrasant le récit comme une piste Audiodescription. Les scénaristes ont-ils pensé que leur histoire était si alambiquée – ce qui n’est évidemment pas le cas – que chaque action méritait d’être expliquée aux spectateurs ? Il semblerait plutôt que cette voix-off ait été utilisée afin de donner un cachet « film sérieux » à une œuvre finalement banale, désuète et sans véritable surprise.

Toujours est-il que 40 fusils manquent à l’appel remplit son contrat et se voit aujourd’hui comme une série B curieuse doublée du chant du cygne d’un genre et de celui d’un comédien qui a su s’inscrire dans la légende.

LE DVD

Le DVD de 40 fusils manquent à l’appel, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas de Bertrand Tavernier à l’horizon pour ce petit western, même si Patrick Brion (7’) et François Guérif (8’) ont répondu à l’appel de leur côté. Les deux intervenants reviennent chacun à leur manière sur la carrière d’Audie Murphy, sur les très grandes libertés – euphémisme – prises avec la véritable histoire, notamment en ce qui concerne Cochise. François Guérif se penche un peu plus sur la dernière apparition en vedette du comédien dans le genre qui a fait de lui une star internationale, tandis que Patrick Brion nous donne une petite leçon sur l’histoire de la Winchester 73. Les qualités comme les défauts (la voix-off idiote et inutile) sont pointés par ces deux experts en la matière.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos constituée d’affiches internationales.

L’Image et le son

Chez Sidonis, même les plus petits westerns sont souvent aussi bien logés que les grands classiques et chefs-d’oeuvre incontestés ! Entièrement restauré en Haute-Définition, le master de 40 fusils manquent à l’appel s’avère lumineux, stable (hormis le générique d’ouverture), d’une propreté jamais démentie et franchement plaisant pour les mirettes. Le cadre 1.33 open matte étonne par son lot de détails, le piqué est pointu, les contrastes sont fermes et les fondus enchaînés n’entraînent pas trop de décrochages. Seule la colorimétrie est parfois un peu délavée sur certaines séquences, mais le fait est que la copie demeure de haute tenue, surtout que le grain original est respecté et très bien géré.

Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est également fort satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / La Maison rouge, réalisé par Delmer Daves

LA MAISON ROUGE (The Red House) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Edward G. Robinson, Lon McCallister, Judith Anderson, Rory Calhoun, Allene Roberts, Julie London, Ona Munson…

Scénario : Delmer Daves d’après le roman de George Agnew Chamberlain

Photographie : Bert Glennon

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Pete vit dans une ferme isolée avec sa sœur Ellen et sa fille adoptive Meg. Les parents de Meg ont disparu il y a quelques années dans des conditions mystérieuses. Il embauche comme aide de ferme Nath, un jeune homme qui tombe bientôt amoureux de Meg. Nath et Meg tentent de savoir quel secret se cache derrière la maison rouge, une demeure enfouie dans la forêt. Mais Pete leur interdit formellement de s’y rendre, en leur expliquant que cette maison est hantée…

La Maison rouge – The Red House (1947) n’est que le cinquième long métrage de Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. Adapté du roman de George Agnew Chamberlain, La Maison rouge demeure méconnu dans la grande filmographie de Delmer Daves qui compte une trentaine de longs métrages réalisés entre 1973 et 1965. Quatre ans après ses débuts derrière la caméra avec Destination Tokyo, Delmer Daves livre un film dramatique teinté de fantastique.

La Maison rouge est une oeuvre à part dans la carrière du réalisateur, même si l’on retrouve ce qui a toujours fait la force de son cinéma, son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine. Remarquablement photographié par Bert Glennon (La Chevauchée fantastique, Sur la piste des Mohawks) qui s’inspire de l’expressionnisme allemand, et souligné par la partition toujours inspirée de Miklós Rózsa (L’Espion noir, Le Voleur de Bagdad, Assurance sur la mort), La Maison rouge plonge le spectateur dans une atmosphère trouble. Le malaise s’installe rapidement après une ouverture pourtant lumineuse, qui présente le décor bucolique et quelques jeunes étudiants qui respirent la jeunesse et l’insouciance. Après ce prologue, nous rencontrons alors Pete Morgan, austère et invalide, qui vit dans une ferme située à l’écart de la ville et bordée d’une épaisse forêt, avec sa soeur Ellen (Judith Anderson, la gouvernante Mrs Denvers de Rebecca d’Alfred Hitchcock) et sa fille adoptive Meg dont les parents ont mystérieusement disparu quinze ans auparavant. Pour l’aider dans les tâches quotidiennes, le vieil homme loue les services d’un aide de ferme, Nath Storm (Lon McCallister), camarade de classe de Meg, et le met vivement en garde de ne pas aller fouiner dans les bois situés aux alentours, et surtout pas aux abords de la maison rouge qu’il prétend maudite. Mais la curiosité du jeune homme est trop forte, et accompagné de Meg, il s’aventure dans les bois pour découvrir quel horrible secret entoure cette maison rouge.

La Maison rouge joue avec les genres pour mieux déstabiliser les spectateurs. Ce drame psychologique et angoissant, mais également thriller sentimental et récit d’émancipation (!) traite à la fois du sentiment de culpabilité, de la folie amoureuse et surtout de la perte de la virginité ainsi que de l’éveil sexuel. Qui a peur du Grand Méchant Loup ? Si l’on devine rapidement ce qui s’est déroulé dans cette forêt interdite quinze ans avant, ce lieu est aussi avant tout une métaphore sur le premier rapport sexuel, un chemin que l’on convoite, que l’on redoute, que l’on souhaite franchir malgré les interdits. C’est ainsi que la douce et innocente Meg, superbe et lumineuse Allene Roberts, qui contraste avec la sulfureuse et plantureuse Tibby (Julie London), la copine de Nath, se sent de plus en plus « attirée » par cette étrange maison rouge, comme si elle « en faisait partie ». Elle décide de s’y rendre et désobéit donc pour la première fois à son père adoptif, Edward G. Robinson qui prouve une fois de plus qu’il reste l’un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma, qui de son côté commence sérieusement à perdre les pédales, en appelant Meg par le prénom Jeannie.

Difficile d’évoquer l’histoire plus longuement sans en révéler davantage. Mieux vaut en savoir le moins possible sur La Maison rouge, drame intense et anxiogène magnifiquement réalisé, écrit et interprété, qui rappelle parfois La Féline et Vaudou de Jacques Tourneur, et qui s’avère un véritable trésor caché pour qui s’intéresse – avec raison – au cinéma de Delmer Daves.

LE DVD

Le DVD de La Maison rouge, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire. La jaquette saura attirer les fans de films noirs et classiques. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Juste avant le film, l’historien du cinéma Christophe Champclaux, fidèle à Rimini Editions, nous propose une introduction très rapide (30 secondes) de La Maison rouge en indiquant notamment que Martin Scorsese en rappelait l’existence dans son Voyage avec à travers le cinéma américain (1995). Christophe Champclaux explique également que le négatif original ayant été perdu, ce film méconnu ne circulait que dans une copie fortement dégradée. Celle proposée par Rimini Editions est un nouveau master Haute-Définition entièrement restauré.

Nous retrouvons l’historien pour un retour plus complet sur le film et sur son réalisateur dans un module de sept minutes. Sur quelques bandes-annonces et photographies, Christophe Champclaux propose une rapide mais pertinente analyse de La Maison rouge, en croisant habilement le fond avec la forme.

L’interactivité se clôt sur un montage qui présente l’image avant/après la restauration.

L’Image et le son

La Maison rouge avait bénéficié d’une édition DVD chez Bach Films en 2005. Le master était alors horrible, fait uniquement de scratchs, de rayures, de points et même d’images manquantes avec des sous-titres qui apparaissaient sur un écran noir. Autant dire que Rimini Editions propose une image diamétralement opposée avec ce nouveau master Haute-Définition. On ne s’attendait pas à un rendu aussi lisse pour un film qui fête cette année ses soixante-dix ans. Alors certes, quelques puristes risquent de crier au scandale devant la quasi-absence du grain original mais force est de constater que ce master 1.33 renaît littéralement de ses cendres. La copie est étincelante, stable, les noirs denses côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue, restituant ainsi les contrastes du directeur de la photographie Bert Glennon, sans la patine argentique malheureusement. La restauration a sans doute été trop poussée, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est acceptable. Certes, il faut accepter des noirs bouchés et un aspect quelque peu artificiel, mais ce nouveau master surpasse celui de Bach en tout point, sans aucune commune mesure.

L’éditeur ne propose que la version originale de La Maison rouge. Dynamique, nettoyée, homogène et naturelle, sans souffle parasite, cette piste offre un confort acoustique solide et restitue admirablement la musique de Miklós Rózsa et les effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Russes ne boiront pas de Coca Cola !, réalisé par Luigi Comencini

LES RUSSES NE BOIRONT PAS DE COCA COLA ! (Italian Secret Service) réalisé par Luigi Comencini, disponible en DVD le 27 juin 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Nino Manfredi, Françoise Prévost, Clive Revill, Jean Sobieski, Giampiero Albertini, Alvaro Piccardi, Enzo Andronico, Giorgia Moll…

Scénario : Leonardo Benvenuti, Luigi Comencini, Piero De Bernardi, Massimo Patrizi

Photographie : Armando Nannuzzi

Musique : Fiorenzo Carpi

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Grâce à sa réputation très usurpée d’ex-héros de la résistance antinazie se voit offrir 100 000 dollars pour éliminer Edward Stevens, un espion néo-nazi sur le point de dévoiler la formule du Coca-Cola aux Russes. Mais il est rapidement doublé par d’autres mercenaires cherchant à obtenir la prime.

L’immense Luigi Comencini (1916-2007) fait partie des maestri du cinéma italien. Comme la plupart de ses confrères ès comédies – mais pas seulement – le réalisateur aura alterné films personnels et œuvres de commande avec la même verve et la même inspiration. Le metteur en scène du Commissaire (1962) et de La Ragazza (1963), signe après l’un de ses chefs d’oeuvres L’Incompris (1967) drame intense bouleversant et avant son formidable Casanova, un adolescent à Venise (1969), une comédie loufoque, décalée et méconnue, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola !, Italian Secret Service en version originale. Surfant sur le succès de la saga James Bond créée six ans auparavant, ce film mêle à la fois l’espionnage avec l’humour burlesque qui n’est pas sans rappeler Le Pigeon (1958) de Mario Monicelli avec son équipe de bras cassés plongés malgré-eux dans une histoire extraordinaire.

Natalino est à la recherche d’un travail quand l’ex-capitaine Harrison, qu’il avait sauvé du peloton d’exécution pendant la guerre, lui propose, contre une importante somme d’argent, d’éliminer un jeune et dangereux néo-nazi, Edward Stevens. Natalino accepte «le contrat», fermement décidé par ailleurs à faire exécuter la besogne par un autre. Il cède le travail à un certain Othon lequel sous-traite l’affaire à un avocat un peu louche. Ce dernier en fait autant avec le frère d’un de ses clients. Le scénario de Luigi Comencini coécrit avec ses comparses Leonardo Benvenuti (Mes chers amis, La Fille à la valise), Piero de Bernardi (Il était une fois en Amérique) et Massimo Patrizi (La Traite des blanches) démarre comme un vrai film de guerre et d’espionnage, avant d’enchaîner les quiproquos et rebondissements en tous genres.

Le grand Nino Manfredi (1921-2004) retrouve Luigi Comencini après le succulent A cheval sur le tigre (1961) et signe une formidable prestation entre flegme britannique, slapstick américain et farce italienne. Le comédien est entouré d’une sacrée bande d’acteurs, Giampiero Albertini, Alvaro Piccardi, Enzo Andronico, Loris Bazzocchi et Gastone Moschin, un festival de tronches et de talent, sans oublier le charme de Françoise Prévost. Tout ce beau monde y va à fond dans le seul but de divertir les spectateurs. Cinquante ans après, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! s’avère toujours aussi mordant et drôle, ironique et déphasé. Le film se tient grâce à la rigueur de Luigi Comencini, cinéaste moraliste, qui même dans ses oeuvres mineures et malgré quelques concessions au cinéma commercial, a toujours tenu à dépeindre des univers réalistes et à inscrire ses histoires dans un contexte socio-politique sérieux, tout en dirigeant ses acteurs d’une main de maître et en soignant la forme.

Nino Manfredi trône sur cette bande de joyeux drilles et s’acquitte avec virtuosité des multiples facettes que lui offre le rôle de Natale Tartufato aka Capellone, italien faible, trouillard, en un mot un type banal. Les oubliés du boom économique tentent de profiter comme ils le peuvent du système, quitte à user de méthodes peu scrupuleuses. Le scénario des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! prend ainsi la forme de poupées gigognes, ou un événement entraîne un autre qui lui-même entraîne une nouvelle situation, etc. C’est là tout le génie de Luigi Comencini et de ses scénaristes, ainsi que de ses comédiens dont le jeu branché sur cent mille volts du début à la fin (hilarante) agit comme une véritable bouffée d’air frais et fait toujours le même bonheur des spectateurs aujourd’hui.

LE DVD

Le DVD des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Nino Manfredi. Le verso montre tous les titres déjà ou bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. L’éditeur indique que le film est inédit en France, ce qui est faux, puisque Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! est sorti dix ans après dans nos salles, le 19 novembre 1978 !

Cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle déjà chroniquée dans nos colonnes, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague, celle que nous explorons ici, est sortie au mois de juin et nous trouvons les titres suivants : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

L’intervention de Stéphane Roux sur ce titre demeure complètement anecdotique (6’30). L’historien du cinéma se contente principalement de parler de la carrière Luigi Comencini, de manière brève, alors qu’il y aurait tant à dire. Stéphane Roux indique que Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! n’est pas un très grand film, bien qu’agréable à suivre et qu’un film moyen de Luigi Comencini reste toujours bien au-dessus des autres productions de l’époque. Il en vient ensuite au casting en évoquant le jeu de Nino Manfredi et sa partenaire Françoise Prévost.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

Si la copie s’avère propre et plutôt stable, ce master s’avère complètement usé du point de vue des contrastes et des couleurs. La copie demeure terne du début à la fin, la définition ne trouve jamais d’équilibre, les flous ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire et le piqué est sans cesse émoussé. Le master semble avoir été dégoté dans un tréfonds de catalogue. Seules les poussières ont été éradiquées et rien ne nous permet d’apprécier les partis pris du grand chef opérateur Armando Nannuzzi, illustre directeur de la photographie à qui l’on doit les images inoubliables des Damnés, Mon nom est Personne et Le Bel Antonio. Quant au reste, le cinéphile devra faire preuve de beaucoup d’indulgence.

En italien comme en français, les pistes mono 2.0 s’avèrent plutôt bien nettoyées et offrent des conditions acoustiques suffisantes. Notons l’absence de souffle intempestif, mais la musique apparaît vacillante, les voix demeurent un peu sourdes et les saturations inévitables sur les dialogues plus poussés. Signalons également un problème récurrent chez l’éditeur concernant les sous-titres. Tous les mots comprenant les lettres « œ » ne semblent pas être pris en compte. Ainsi « soeur » apparaît « sur », « coeur » devient « cur », etc…Enfin, la traduction laisse à désirer puisque les sous-titres suivent la version française, qui prend souvent de grandes libertés avec le récit, et non pas les dialogues originaux !

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr