Test DVD / De toutes mes forces, réalisé par Chad Chenouga

DE TOUTES MES FORCES réalisé par Chad Chenouga, disponible en DVD le 5 septembre 2017 chez Ad Vitam

Acteurs :  Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko, Jisca Kalvanda…

Scénario :  Chad Chenouga, Christine Paillard

Photographie : Thomas Bataille

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer.

De toutes mes forces est le second long métrage de Chad Chenouga, quinze ans après 17, rue Bleue (2001). Réalisateur de nombreux courts-métrages, Chad Chenouga s’inspire ici de sa propre enfance. Né de père inconnu et confié à la DDASS après le décès de sa mère alors qu’il était encore adolescent, le cinéaste (également comédien et animateur d’ateliers dans des prisons et des foyers) avait déjà abordé ce thème dans son premier film. Il reprend ici la trame de sa pièce intitulée La Niaque, jouée au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 2011, replacée à l’époque contemporaine alors que l’histoire originale se déroulait dans un foyer non mixte dans les années 1970. Drame social animé par une sensibilité à fleur de peau, De toutes mes forces révèle un jeune acteur très prometteur, Khaled Alouach. Une voix, un charisme, une force et une fragilité qui l’imposent d’emblée comme l’un des sérieux prétendants au César du meilleur espoir masculin en 2018.

Nassim vient de perdre sa mère qui s’est suicidée. Sa vie de lycéen insouciant bascule. Sa proche famille ne peut pas le prendre chez elle. Il est donc pris en charge par Madame Cousin, qui l’accueille dans son foyer de jeunes. Nassim, bouleversé par la mort de sa mère, ne veut pas s’intégrer au groupe. Il s’enferme dans son chagrin, ses notes dégringolent et il tente de faire le mur pour retrouver sa petite-amie à qui il a caché la vérité. Quand celle-ci l’apprend, elle ne comprend pas l’attitude de Nassim. Soutenu par Madame Cousin, le jeune homme tente de remonter la pente. Chad Chenouga, aidé de sa coscénariste Christine Paillard, suivent le personnage de Nassim à un carrefour décisif de son existence. De rencontre en rencontre, le jeune homme qui voit alors sa vie partir en éclats, doit parvenir à faire le deuil de sa mère (il écoute sans cesse son dernier message laissé sur son répondeur), dépressive, dépendante aux médicaments, cloîtrée dans un appartement aux fenêtres closes, surmonter sa culpabilité (il l’a laissée seule pour partir en week-end avec des amis), tout en prenant des décisions capitales pour son avenir professionnel.

De toutes mes forces est animé d’une énergie contagieuse, d’une rage et même d’une fureur de (sur)vivre qui foudroient du début à la fin, autant par la mise en scène que par la musique électro ou au banjo du compositeur Thylacine. Sans clichés, Chad Chenouga rend attachants Nassim et les personnages secondaires qui gravitent autour de lui comme des électrons, Moussa, Brahim, Zawady (Jisca Kalvanda, vue dans Divines), Kevin, Mina, Ryan (épatants et naturels jeunes comédiens trouvés au terme d’un casting sauvage) qui essayent de comprendre, d’apprivoiser ce monde difficile et qui n’est pas prêt à leur faire de cadeaux. Un combat souvent trop pesant pour ces jeunes personnes, qui ne sont guère armées pour affronter et surmonter leurs peurs et leurs doutes. Ils sont pris en charge par la directrice, Mme Cousin, merveilleusement interprétée par Yolande Moreau, qui doit maintenir la discipline dans son établissement, mais qui ne peut s’empêcher de leur montrer quelques signes d’affection. Les pensionnaires tentent de refermer leurs blessures, mais certaines plaies restent ouvertes et le besoin de communiquer, ou tout au moins de se faire comprendre n’est que plus vital. Si certains y parviennent au moyen de la danse, le groupe peut effrayer et chacun se renferme sur lui-même.

Récit initiatique, portrait sans pathos et même avec un peu d’humour d’un adolescent dont le calme apparent dissimule en réalité un tempérament volcanique, De toutes mes forces est un très beau film, élégant, chaleureux et optimiste. Du cinéma français délicat comme en voit finalement rarement.

LE DVD

Le test du DVD de Toutes mes forces, disponible chez Ad Vitam, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur livre quelques suppléments de très courte durée, mais plutôt plaisants. C’est le cas des scènes coupées (3’30) qui prolongent le quotidien de Nassim dans son foyer, ainsi que la rencontre avec Ryan.

Un petit module de cinq minutes compile quelques entretiens avec le réalisateur et les comédiens, ainsi que des images de tournage, du plateau et de l’avant-première en présence de l’équipe à l’UGC Ciné Cité Bercy suivie de l’avis des spectateurs.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et un bêtisier (2’) où l’on remarque que le titre de travail était encore La Niaque.

L’Image et le son

Quelques petites pertes de la définition sur les scènes sombres et un piqué manquant parfois de mordant sont à déplorer. Néanmoins, ce master demeure fort plaisant et n’a de cesse de flatter les yeux avec une belle restitution de la colorimétrie à la fois chatoyante et froide. Les contrastes sont denses et élégants, la gestion solide, le relief palpable, les détails précis sur les gros plans et les partis pris esthétiques du chef opérateur Thomas Bataille sont bien respectés.

Le mixage français Dolby Digital 5.1 parvient à créer une spatialisation musicale probante. En revanche, les ambiances naturelles viennent souvent à manquer sur les séquences en extérieur et l’ensemble se révèle souvent timide. Le report des voix est solide, la balance frontale fait gentiment son boulot, mais beaucoup de scènes reposent essentiellement sur les enceintes avant. À titre de comparaison, la version Stéréo finit par l’emporter sur la 5.1 du point de vue fluidité et homogénéité des voix avec les effets et la musique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Ad Vitam / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / On s’est fait doubler !, réalisé par Nicolas Ramade

ON S’EST FAIT DOUBLER ! réalisé par Nicolas Ramade

Acteurs :  Sylvain Urban, Laure Maloisel, Aude Lanciaux, Jean-David Stepler, Xavier Ameller, Frédéric Zolfanelli, Marcus, Jean-Michel Fouque, Aurore Sellier, Jules Dousset, Otis Ngoi, Emmanuel Bonami, Jean-Gilles Barbier et les voix de Maik Darah, Patrick Poivey, Richard Darbois, Jean-Pierre Moulin, Brigitte Lecordier, Pierre Hatet, Virginie Ledieu, Thieryr Desroses, Odile Schmitt, Bernard Tiphaine, Daniel Beretta, Céline Montsarrat, Patrick Béthune, Christophe Lemoine, Benoît Allemane, Georges Caudron

Scénario :  Nicolas Ramade

Photographie : Sophie Ardisson

Musique : Julien Pichard

Durée : 0h24

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Un jour, Marc et Léa, deux amis, se mettent à parler avec des voix très différentes. Marc se retrouve avec la voix de Bruce Willis, Léa avec celle de Whoopi Goldberg. Convaincus de ne pas être les seules personnes touchées par ce phénomène, ils décident de partir à la recherche de leurs semblables. Cette enquête les amènera à rencontrer les gens les plus étranges qu’ils aient jamais vus !

« Tiens, mais je la connais cette voix-là ! », « Ah t’as reconnu c’est la voix de… », « J’adore cette voix ! », « Bah zut alors, c’est pas sa voix habituelle ! », « J’ai été bercé avec cette voix toute mon enfance ! », « Je ne pourrais jamais regarder ce film autrement qu’en version française ». Qui n’a jamais prononcé ces mots ? On a tous en chacun de nous un programme télévisé, un film, une série qui nous accompagne depuis toujours et plus particulièrement une voix française, à moins d’être bilingue ou d’avoir été forcé de visionner un film en version originale ! On s’est fait doubler !, écrit et réalisé par Nicolas Ramade est un essai doublé d’un hommage à celles et ceux qui ont contribué à nous forger notre imaginaire, les comédiens spécialisés dans le doublage.

En 24 minutes et en partant d’un postulat simple, mais malin, Nicolas Ramade convoque seize de nos plus grands comédiens dont les voix font partie de notre culture cinématographique. Des timbres reconnaissables entre mille qui nous ont fait rire, peur, pleurer, qui ont contribué à nous faire aimer le cinéma. Avec le concours d’acteurs présents à l’image, Sylvain Urban, Laure Maloisel, Aude Lanciaux, Jean-David Stepler, Xavier Ameller, Frédéric Zolfanelli, Marcus, Jean-Michel Fouque, Aurore Sellier, Jules Dousset, Otis Ngoi, Emmanuel Bonami et Jean-Gilles Barbier, les voix mythiques s’invitent et s’incrustent, s’échappent et s’affolent dans une fantaisie où les références TV et ciné s’enchaînent. Parallèlement, un jeu s’instaure avec les spectateurs qui s’amusent à celui qui reconnaîtra la voix en premier. C’est une citation, une reconstitution ou tout simplement une intonation qui renvoie systématiquement et presque inconsciemment à la culture populaire et qui fait battre le coeur en même temps qu’elle renvoie à un souvenir personnel.

Nicolas Ramade a pu bénéficier du soutien et de la participation des grands noms qui ont fait l’âge d’or du doublage dans les années 1980-1990 :

Patrick Poivey : voix de Bruce Willis, Tom Cruise, Don Johnson, Mickey Rourke, Jeff Daniels…


Maik Darah : voix de Whoopi Goldberg Courteney Cox (dans Friends), Queen Latifah, Angela Bassett, Madonna, Pam Grier…


Richard Darbois : voix d’Harrison Ford, du génie dans Aladdin et de Buzz l’Eclair dans Toy Story, Danny Glover, Richard Gere, Dan Aykroyd, Jeff Goldblum, William Hurt, Patrick Swayze, Sylvester Stallone, Liam Neeson, Arnold Schwarzenegger, Bill Murray…

Bernard Tiphaine : voix de Christopher Walken, Chuck Norris, Donald Sutherland, James Caan, Jeremy Irons, Warren Beatty, Harvey Keitel…

Brigitte Lecordier : voix de San Goku enfant dans Dragon Ball…

Patrick Bethune : voix de Russell Crowe, Brendan Gleeson, Kiefer Sutherland…

Virginie Ledieu : voix de Meg Ryan et la princesse Saori dans Les Chevaliers du Zodiaque…

Daniel Beretta : voix d’Arnold Schwarzenegger

Christophe Lemoine : voix de Jack Black, Cartman dans South Park et de Sean Astin dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux…

Céline Monsarrat : voix de Julia Roberts, Courteney Cox (tétralogie Scream) et de Bulma dans Dragon Ball

Jean-Pierre Moulin : Voix de Jack Nicholson et d’Anthony Hopkins…

Thierry Desroses : voix de Samuel L. Jackson, Wesley Snipes, Cuba Gooding Jr…

Benoît Allemane : voix de Morgan Freeman…

Pierre Hatet : voix de Christopher Lloyd…

George Caudron : voix de David Duchovny, John Hannah…

Odile Schmitt : voix d’Eva Longoria et de Tao dans Les Mystérieuses Cités d’Or…

Tous ces immenses comédiens ont donc répondu présents et de façon bénévole pour le film de Nicolas Ramade, qui a également profité du soutien d’une campagne de crowdfunding. On s’est fait doubler ! certes, mais aucunement blouser par ce court-métrage qui propose une formidable récréation en compagnie de comédiens déjantés et déchaînés à l’écran, ainsi que des voix légendaires qui font partie de notre quotidien.

LE DVD

Le DVD d’On s’est fait doubler ! repose dans un boîtier Slim au visuel soigné et attractif, qui met en avant à la fois le casting vocal et les noms des deux interprètes principaux. Le menu principal est fixe et muet.

Le film s’accompagne de quelques suppléments à ne pas manquer.

On commence par l’interview du casting vocal (24’). A tour de rôle, les comédiens reviennent sur leurs débuts dans le doublage, comme Richard Darbois à 11 ans pour La Mélodie du bonheur, Virginie Ledieu pour le personnage de Falbala sur Astérix et la Surprise de César, Jean-Pierre Moulin pour Jack Nicholson sur Vol au-dessus d’un nid de coucou. Certains indiquent quel film ou quel acteur ils ont préféré doubler (ou qu’ils auraient aimé doubler) et se souviennent avec émotion de leur rencontre avec celle ou celui qu’ils « accompagnent » de film en film.

Le making of du doublage (9’) permet de plus apprécier le travail de ces monstres à la barre, durant leur représentation.

Un petit module de 5’30 présente également l’envers du décor avec quelques répétitions des acteurs avec le réalisateur Nicolas Ramade. Nous trouvons également quelques images de tournage et des scènes ratées comme un petit bêtisier.

L’Image et le son

Voilà un beau petit master aux couleurs lumineuses, au piqué incisif et aux contrastes soignés. La copie est évidemment très propre, le cadre soigné et cette copie nous permet même d’apprécier la photo riche et élégante de Sophie Ardisson.

Même chose avec le mixage Dolby Digital 5.1 qui installe une vraie petite spatialisation avec des effets naturels sur les latérales (dans le café, dans les bureaux), des voix solidement plantées sur la centrale (ou sur les arrières avec les voix de Benoît Allemane et Pierre Hatet) et des ambiances annexes sur les frontales. Même le caisson de basses fait parler de lui à quelques reprises, tandis que la musique originale de Julien Pichard est systématiquement délivrée par l’ensemble des enceintes.

Et pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir On s’est fait doubler !, le court-métrage de Nicolas Ramade est disponible sur Youtube https://www.youtube.com/watch?v=cYeVRbX2hhM&feature=youtu.be

Crédits images : © TRANSKOM 2017/ Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Bates Motel, réalisé par Richard Rothstein

BATES MOTEL réalisé par Richard Rothstein, disponible en DVD le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Bud Cort, Lori Petty, Moses Gunn, Gregg Henry, Jason Bateman, Khrystyne Haje, Kerrie Keane, Robert Picardo…

Scénario :  Richard Rothstein

Photographie : Bill Butler

Musique : J. Peter Robinson

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1987

LE DVD

Alex West a été le compagnon de chambrée et d’infortune de Norman Bates à l’asile de fous pendant près de 20 ans. A la mort de ce dernier, Alex hérite du sinistre, et désormais délabré, Bates Motel. Avec l’aide de Willie, une adolescente sans attaches, il décide de rouvrir l’hôtel. Mais bien vite l’étrange refait surface…

En 1987, sous la houlette d’Universal, le scénariste et réalisateur Richard Rothstein (producteur de la série Le Voyageur et créateur d’Universal Soldier en 1992) écrit et met en scène Bates Motel, un téléfilm supposé devenir le pilote d’une série télévisée évidemment basée sur le chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock, Psychose (1960). Le principe est d’éluder Psychose 2, grand succès de l’année 1983 qui montrait un Norman Bates guéri retourner au Bates Motel, ainsi que Psychose 3, suite directe réalisée et interprétée par Anthony Perkins lui-même quatre ans plus tard, qui se solde cette fois par un échec commercial grave. Pour la série envisagée Bates Motel, le personnage de Norman Bates n’est plus au centre du récit, même s’il sert de point de départ.

En 1960, suite à son procès, le tueur en série Norman Bates est envoyé dans un asile psychiatrique. Là, il fait la connaissance du jeune Alex, interné pour avoir tué son beau-père qui le maltraitait. Norman tient vite un rôle de père de substitution pour Alex qui lui voue une véritable admiration. Au décès de Bates et conformément à son testament, Alex hérite du motel familial, lieu où ont été perpétrés les crimes de Norman, laissé à l’abandon depuis l’arrestation de l’ancien propriétaire. Avec l’aide de Willie, une jeune femme en fugue, il décide de remettre la propriété sur pied, et part habiter (avec sous le bras l’urne funéraire contenant les cendres de Norman) dans l’ancienne maison de la famille Bates. Tandis qu’Alex s’installe et s’adapte à la vie, des événements étranges se produisent.

La diffusion de ce téléfilm en juillet 1987 sur NBC a été suivie de critiques incendiaires, y compris de la part d’Anthony Perkins, qui avait refusé d’y apparaître, laissant la place à sa doublure Kurt Paul pour le prologue. Ajoutez à cela des audiences catastrophiques et il n’en fallait pas plus pour que la série meurt dans l’oeuf. Soyons honnêtes, nous étions loin d’imaginer un tel téléfilm nanardesque, interminable et qui s’apparente dans sa dernière partie à un épisode de Scooby-Doo ! Après une introduction en N&B qui montre Norman Bates à la sortie de son procès se diriger vers l’asile d’aliénés où il finira sa vie (exit Psychose 2 et Psychose 3 donc), l’histoire se focalise sur le personnage d’Alex interprété par l’étrange Bud Cort. Découvert dans M.A.S.H. de Robert Altman en 1970, il tient le rôle-titre dans le célèbre Harold et Maude d’Hal Ashby réalisé l’année suivante. Prometteur, nommé pour les prix les plus prestigieux du cinéma et même honoré à la Cinémathèque française à l’âge de 25 ans, il est victime d’un très grave accident de voiture en 1979. Tous ses membres sont brisés et son visage défiguré. C’est le début de la fin pour le comédien de 31 ans, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. A l’instar de Montgomery Clift, Bud Cort connaît de très nombreuses opérations de chirurgie réparatrices et plastiques, ainsi que des séances multiples de rééducation. Entre un procès perdu et les studios qui l’oublient rapidement, Bud Cort tente de reprendre sa carrière en main, sans succès. En 1987, il est relativement confiant dans le projet Bates Motel qui pourrait lui assurer un rôle récurrent à la télévision. Il va très vite déchanter.

Bates Motel est un téléfilm pauvrement écrit, sinistre dans sa mise en scène et au rythme lent. Si Bud Cort promène son charisme particulier en écarquillant continuellement les yeux, il est malgré tout attachant. Il donne la réplique à la piquante Lori Petty, vue dernièrement dans la série Orange Is the New Black (Lolly), qui fait ici ses débuts devant la caméra et dont le film le plus célèbre demeure Point Break – Extrême limite de Kathryn Bigelow (1991) dans lequel elle interprète Tyler. Le surjeu nerveux de la comédienne agace plus qu’autre chose, mais rajoute au côté nanar de l’entreprise. Il ne se passe pas grand-chose dans Bates Motel, que l’on pourrait considérer comme un spin-off au film original. Si revoir le motel en question et surtout la célèbre maison des Bates fait toujours son petit effet, l’histoire fait du surplace et il faut vraiment attendre le dernier quart d’heure pour que les enjeux du téléfilm (et donc de la série) soient enfin exposés, avec notamment l’apparition du jeune Jason Bateman.

En faisant de ce lieu maudit une sorte de brèche entre deux mondes (en gros des fantômes apparaissent), l’intention était plutôt originale, mais l’approche reste bien trop paresseuse. Bates Motel reste malgré tout une vraie curiosité teintée d’humour noire. Par la suite, Anthony Perkins reviendra une dernière fois dans la peau de Norman Bates dans Psychose 4, téléfilm préquelle réalisé par Mick Garris en 1990. Outre le remake plan par plan (ou presque) de Psychose par Gus Van Sant en 1998, le Bates Motel renaîtra vraiment de ses cendres à travers une série éponyme, cinq saisons réalisées de 2013 à 2017, centrée sur la jeunesse tourmentée du jeune Norman Bates auprès de sa mère Norma, avec Freddie Highmore et Vera Farmiga.

LE DVD

Le DVD de Bates Motel, disponible chez Movinside, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est très élégante et attractive. Cette collection « Trésors du fantastique », est dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Comme bonus, Marc Toullec présente Bates Motel (8’). Installé dans son canapé, de biais, le regard scotché à un texte qu’il a l’air de découvrir en même temps qu’il le récite comme une dictée, le journaliste peine à éveiller l’attention. Ce supplément donne vraiment la sensation qu’il a été réalisé dans l’urgence, sans aucun moyen (mention à la musique diffusée en boucle à côté de Toullec), au montage médiocre (que de coupes) et au procédé fatiguant. Marc Toullec bafouille, raconte parfois l’histoire, se reprend et échoue à donner un semblant de naturel à sa lecture. L’interactivité propose aussi le teaser original.

L’Image et le son

L’image ne peut cacher la facture télévisuelle de Bates Motel. Des points blancs, scratchs, griffures et tâches montrent que la restauration n’est pas récente, le N&B du prologue paraît bleuté et métallique. Les couleurs semblent fanées et brunâtres, la définition reste moyenne, l’image est floue et des moirages s’invitent à la partie. Ne cherchons pas de gestion des contrastes ici, elle est inexistante, tout comme le piqué émoussé. Le master est brut, marqué par ses trente ans d’âge et seule la stabilité est de rigueur ici.

Bien que le film ait été exploité en France en VHS sous l’égide de CIC Vidéo, nous ne trouvons pas de version française sur cette édition DVD. Le mixage anglais Dolby Digital 2.0 Mono instaure un bon confort acoustique avec des dialogues délivrés avec efficacité et clarté. La propreté est de mise, sans aucun souffle et les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © UNIVERSAL CITY STUDIOS.INC. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / L’Arme fatale – Saison 1

L’ARME FATALE (Lethal Weapon) – Saison 1, disponible en DVD et Blu-ray le 27 septembre 2017 chez Warner Bros.

Acteurs :  Damon Wayans, Clayne Crawford, Keesha Sharp, Kevin Rahm, Michelle Mitchenor, Johnathan Fernandez, Jordana Brewster…

Histoire originale :  Matthew Miller, créateur de la série d’après le scénario de Shane Black pour le film L’Arme fatale (1987)

Durée : 18 épisodes de 42 minutes

Date de sortie initiale : 2016

LA SÉRIE

Veuf depuis la mort tragique de son épouse enceinte, Martin Riggs, flic texan et ancien de la Marine, prend un nouveau départ à Los Angeles. Il devient le co-équipier du détective Roger Murtaugh, lequel a récemment subi une crise cardiaque « bénigne » et doit à tout prix éviter les situations de stress. Un duo de choc qui risque de faire des étincelles. Entre l’un prudent et l’autre trop imprévisible, l’association provoque quelques étincelles…

Franchement, on ne misait pas un kopeck sur cette série qui se permettait de se servir allègrement dans le patrimoine cinématographique, autrement dit de reprendre le titre, le postulat de départ et bien sûr les personnages cultes – créés par Shane Black – de la tétralogie L’Arme fatale de Richard Donner. Quatre buddy-movies sortis en 1987, 1989, 1992 et 1998, qui ont rapporté au total près d’un milliard de dollars dans le monde et attiré 11,5 millions de spectateurs dans les salles françaises. Pari risqué pour le producteur et créateur Matt Miller, showrunner de la série Chuck, mais pari finalement remporté haut la main puisque cette première saison de L’Arme fatale s’avère un divertissement très enthousiasmant, un cocktail explosif d’action dramatique pimenté d’humour et mené à cent à l’heure, qui revisite la mythique saga cinématographique, tout en la respectant et en lui rendant hommage.

Affecté par une perte tragique, l’ex-Navy Seal Martin Riggs déménage en Californie pour tout recommencer à zéro. Il est associé à Roger Murtaugh, agent du LAPD de retour à son poste après une crise cardiaque qui a failli lui coûter la vie. L’addiction à l’adrénaline de Riggs clashe immédiatement avec l’approche pondérée de Murtaugh, mais dès les premières courses-poursuites, déflagrations, explosions et fusillades invraisemblables mais jubilatoires qui s’enchaînent sans temps mort, chacun des coéquipiers apprend à considérer l’autre à sa juste mesure et surtout, à identifier les valeurs qu’ils partagent. Si seulement Riggs n’était pas aussi tête brûlée ! Le pilote (ainsi que le second épisode) réalisé par le très efficace McG (également producteur exécutif) donne le ton. Les personnages que l’on connaît sont là, certes interprétés par de nouvelles têtes, mais le plaisir d’entendre les noms de Roger Murtaugh et Martin Riggs est indéniable. Riggs et Murtaugh se rencontrent, s’apprivoisent, se cherchent, puis se découvrent enfin. Leur amitié naîtra au fil des épisodes. Tandis que Murtaugh retrouve son boulot après un triple pontage réalisé après un infarctus survenu à l’âge de 50 ans (alors que sa femme venait de mettre au monde leur troisième enfant), Riggs, texan devenu dépressif, alcoolique et suicidaire après la mort de sa femme qui allait accoucher, débarque à Los Angeles suite à une mutation. Il vit dans une caravane installée au bord du Pacifique, mais passe son temps à fixer son flingue. Sa rencontre avec Murtaugh et la famille de ce dernier, l’aidera progressivement à se sortir la tête de l’eau, même si les conditions de la disparition de son épouse demeurent étranges. Il se pourrait bien qu’elle ait été en fait assassiné.

La série L’Arme fatale repose non seulement sur de très bons scénarios qui montrent Los Angeles sous certains angles originaux, mais aussi et surtout sur un excellent casting. C’est surtout le comédien Clayne Crawford, vu dans les séries Jericho, 24 heures chrono et Rectify qui se taille la part du lion en reprenant le rôle de Mel Gibson. Si cela n’était pas une mince affaire et qu’il s’exposait à d’inévitables comparaisons, Clayne Crawford crève littéralement l’écran dans la peau de Martin Riggs. Véritable révélation, capable de faire passer le spectateur du rire aux larmes en un instant, il est assurément LA raison d’être de la série L’Arme fatale et créé son propre personnage, sans jamais chercher à singer son prédécesseur. A ses côtés, Damon Wayans (Ma famille d’abord) s’acquitte également très bien de son rôle, même s’il s’éloigne plus du personnage créé par Danny Glover que son partenaire. L’alchimie est évidente dès le départ, la complicité est de mise comme pour leurs illustres aînés.

Ils sont également bien entourés par Kevin Rahm (Desperate Housewives, Mad Men), Jordana Brewster (la franchise Fast & Furious) dans le rôle de la psy chargée d’évaluer Riggs au fil des épisodes, Keesha Sharp (Girlfriends), Hilarie Burton (Les Frères Scott) et bien d’autres acteurs tout aussi bons qui gravitent autour du noyau central formé par Wayans/Crawford. Au milieu de ces arrestations musclées, de ces trafics de drogue, de prostitution, d’argent, l’émotion n’est pas oubliée et le fil conducteur de ces épisodes bien filmés et à la photo séduisante, le deuil impossible de Riggs pour celle qu’il aimait, ne laisse pas indifférent.

C’est là toute la réussite de cette première saison attachante de L’Arme fatale, qui parvient non seulement à se démarquer du modèle original, mais aussi à proposer une continuité qui s’impose dès l’épisode pilote, adoubé par Shane Black qui a également participé au scénario. Après de très hautes audiences aux Etats-Unis avec entre 6 et 7 millions de téléspectateurs par épisode, la série a été reconduite pour une seconde saison qui a débuté fin septembre 2017.

L’EDITION DVD

La première saison de L’Arme fatale en DVD, disponible chez Warner Bros., se compose de 18 épisodes répartis sur quatre disques placés dans un boîtier classique, glissé dans un surétui cartonné. La liste des épisodes apparaît au verso, tout comme celle des suppléments. Le menu principal est identique sur les quatre DVD, fixe et musical, qui reprend le visuel de la jaquette.

L’épisode pilote est présenté en version longue non censurée. Accrochez-vous bien, ce montage dure exactement 55 secondes de plus par rapport à la version diffusée à la télévision (également disponible sur ce DVD). Les coupes interviennent uniquement au niveau du langage « fleuri » des personnages.

Même chose en ce qui concerne les scènes coupées (26’) dispersées sur les quatre disques, pour les épisodes 1,3,5,8,10,11,15,16,17,18. Hormis une séquence où Riggs regarde son révolver avec envie dans l’épisode pilote et quelques intrigues très secondaires (le capitaine qui souhaite adopter un enfant avec son compagnon) ou quelques flashbacks (Riggs qui demande la main de sa fille à son capitaine), l’ensemble s’avère bien trop anecdotique et reflète simplement les coupes effectuées au montage pour accélérer le rythme.

Le dernier DVD propose un petit module sympathique de 15 minutes, durant lequel le comédien Jonathan Fernandez, qui interprète Scorsese, le médecin légiste dans la série, s’entretient avec les deux producteurs exécutifs Jennifer Gwartz et Matt Miller. Après le succès de la première saison à travers le monde, les deux showrunners visiblement satisfaits du résultat, reviennent sur la genèse du projet et le challenge de s’approprier le mythe de ces quatre films adorés par tous les spectateurs. Comment respecter l’esprit des films originaux ? Comment s’est déroulé le casting ? Comment trouver le binôme et parier sur l’alchimie des deux comédiens principaux ? Les deux producteurs répondent à ces questions, parfois illustrées par des images de tournage, tout en dévoilant quelques références à la saga de Richard Donner, qui auraient pu échapper aux téléspectateurs, comme l’apparition de la maison originale des Murtaugh.

L’interactivité se clôt sur un bêtisier.

L’Image et le son

Voilà un bon service après-vente proposé par Warner. L’éditeur prend soin de la première saison de L’Arme fatale en livrant des épisodes au transfert solide. Les volontés artistiques originales sont respectées, les teintes sont chaudes, ambrées et parfois dorées, le tout soutenu par un encodage de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont bien détaillés (et le sont sûrement encore plus en Haute-Définition), le relief est souvent présent et les détails foisonnent. Hormis quelques légers fléchissements sur les scènes sombres, cette édition DVD en met souvent plein la vue.

Bon…les réfractaires à la version originale devront se contenter d’une simple piste française Dolby Digital 2.0 Stéréo. Dynamique et claire, au doublage soigné, il ne faut pas en demander plus. Privilégiez évidemment la version anglaise Dolby Digital 5.1 à la spatialisation confortable et vive, avec des dialogues saisissants sur la centrale, des effets percutants sur les latérales et des frontales en pleine forme. Le caisson de basses se fait plaisir lors des scènes d’action, de poursuites et de gunfights. Ce n’est certes pas de la HD, mais c’est déjà ça de pris.

Crédits images : © Warner Bros. Entertainment Inc. / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Jours comptés, réalisé par Elio Petri

LES JOURS COMPTÉS (I Giorni contati) réalisé par Elio Petri, disponible en DVD le 5 octobre 2017 chez Tamasa Diffusion

Acteurs :  Salvo Randone, Franco Sportelli, Regina Bianchi, Marcella Valeri, Angela Minervini, Renato Maddalena…

Scénario :  Elio Petri, Tonino Guerra, Carlo Romano

Photographie : Ennio Guarnieri

Musique : Ivan Vandor

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

A plus de cinquante ans, Cesare Conversi a travaillé toute sa vie avec abnégation. Un jour, il voit mourir dans le tram un homme de son âge. Obsédé par l’approche inexorable de la mort, il s’arrête de travailler afin de profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard…

Malgré une Palme d’or remportée en 1972 pour La Classe ouvrière va au paradis, le prix FIPRESCI et le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1970 pour Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, le réalisateur italien Elio Petri (1929-1982) semble avoir été oublié dans le paysage cinématographique, notamment dans son pays. Ce cinéaste brillant, autodidacte, engagé et passionné a d’abord fait ses classes en tant que scénariste avant de se tourner vers le documentaire dans les années 50, puis de se lancer dans la fiction en 1961 avec son premier long métrage L’Assassin, coécrit avec le fidèle Tonino Guerra. Bien que Les Jours comptés – I Giorni contati ait été écrit avant L’Assassin, il s’agit du second film d’Elio Petri. Dédié à son père, ouvrier chaudronnier, affaibli et vieilli prématurément en raison des difficultés de son métier, Elio Petri signe un film – inédit en France – politique et redoutablement pessimiste, contre le travail et son aliénation, qui bouffe littéralement la vie et sur lequel plane l’ombre d’Umberto D. de Vittorio De Sica (1952) et celle des Fraises sauvages d’Ingmar Bergman (1957). Il n’est d’ailleurs pas idiot de penser que Les Jours passés inspirera également à son tour Yves Robert pour son cultissime Alexandre le bienheureux (1968) avec Philippe Noiret qui décide à la mort de sa femme de ne plus travailler et surtout de dormir. Ce qui ne manque pas d’entraîner incompréhension et stupéfaction.

En rentrant du travail, un ouvrier plombier quinquagénaire assiste dans un tramway bondé au décès d’un homme de son âge. Ce drame sert de détonateur à la prise de conscience du temps qu’il lui reste à vivre (« mes jours sont désormais comptés »). Bouleversé, il ressent, plus que jamais, la nécessité de modifier ses habitudes (cela commence par mettre son habit du dimanche en semaine) et décide même de cesser son activité professionnelle afin de profiter de l’existence. Mais, chaque initiative prise dans ce sens ne fait qu’accroître douloureusement son désarroi… Il est, hélas, impossible, à son âge, de changer son destin. Il retourne finalement au travail, lucidement, mais toujours aussi convaincu de l’inutilité de son existence. Et le spectateur suit l’itinéraire de ce personnage bouleversant, magnifiquement interprété par Salvo Randone, acteur fétiche d’Elio Petri qui a quasiment joué dans tous ses films et par ailleurs lauréat du Masque d’argent du meilleur second rôle pour L’Assassin.

Partant d’un point A pour finalement revenir au même point, Cesare va rapidement déchanter. En croisant la route d’anciens amis, d’un vieil amour, d’un artiste et d’une jeune nymphette, l’homme de 53 ans (l’âge auquel est décédé Elio Petri) va se rendre compte qu’il est déjà passé à côté de sa vie et qu’il est déjà trop tard pour pouvoir en profiter. D’une part parce que ses moyens financiers sont bien trop limités et qu’il se retrouve très vite à court d’argent, au point d’envisager de devenir mendiant pour subsister, d’autre part parce qu’il est tout simplement inadapté à l’oisiveté. Cesare n’a essentiellement connu que son travail depuis quarante ans. Il est sympathique avec ses clients, bien portant, il se lève tôt et rentre courbé et fatigué à la fin de la journée. Comme des millions (des milliards) de personnes, Cesare se laisse vivre, jusqu’à ce qu’il soit témoin de ce drame. Non seulement l’homme du tramway est mort tandis qu’il lisait son journal, mais il ressemble également à Cesare. Comme s’il ne parvenait pas à se remettre de ce choc, Cesare semble constamment accompagné, observé par la « Mort ». En voulant finalement la déjouer, la contourner, la remettre à plus tard, Cesare ne fera en fait que mieux l’attirer, annihilant alors ses espoirs d’être heureux et de jouir des plaisirs de la vie.

La vie est passée, en ne laissant que des souvenirs dont plus rien ne subsiste comme lors du retour de Cesare sur les lieux où il a passé ses jeunes années. Dans L’Assassin, Elio Petri critiquait ouvertement et de manière acerbe l’autorité de son pays à l’aube des années ‘60 en présentant une police très autoritaire, omnisciente, obéissant à un état démocrate chrétien désireux de contrôler les esprits et qui ne laisse pas la possibilité à un individu de se défendre. Dans Les Jours passés, l’individu semble se réveiller « de la matrice », mais la machine l’a déjà broyé. Son corps est fatigué, il n’a même pas les ressources pour pouvoir se permettre de manquer le travail plusieurs jours puisque ce qu’il gagne le fait déjà survivre plutôt que vivre. Alors quand une bande d’escrocs lui proposent d’arnaquer l’assurance, il est prêt à se faire casser le bras pour empocher le pactole.

Portrait acide, tragique et psychologique d’un homme asphyxié par le système, seul (veuf et père d’un fils qui ne lui rend visite que quand il a besoin d’argent), oublié du boum économique italien, I Giorni contati foudroie en plein coeur par son propos acide toujours d’actualité et également par la beauté du cadre, de la mise en scène d’Elio Petri et la photo brûlante d’Ennio Guarnieri qui impriment de nombreuses scènes dans les mémoires, comme celle du passage piéton peint de nuit devant le Colisée. Un très grand film psychologique.

LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 16 pages illustré et contenant une note d’intentions d’Elio Petri, un entretien avec le réalisateur réalisé par Jean A. Gili, une mini-bio du cinéaste et sa filmographie. En guise d’interactivité nous trouvons une galerie de photos et d’affiches, ainsi que la bande-annonce 2012 et les filmographies d’Elio Petri et de Salvo Randone. Le menu principal est fixe et musical.

L’Image et le son

La restauration numérique des Jours comptés a été réalisée à partir du meilleur élément disponible aujourd’hui, un marron conservé à la Cineteca di Bologna. L’élément a été numérisé en 2K, puis restauré numériquement. Le directeur de la photographie Ennio Guarnieri (Medée, Le Jardin des Finzi-Contini, Le Grand embouteillage) a supervisé l’étalonnage. La restauration a été effectuée par le Laoboratoire L’Immagine Ritrovata en 2011. Ce nouveau master au format respecté des Jours comptés se révèle extrêmement pointilleux en matière de piqué, de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux), de détails ciselés, de clarté et de relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, la nouvelle profondeur de champ permet d’apprécier la composition des plans d’Elio Petri (les scènes sur la plage sont magnifiques), la photo signée par le grand Ennio Guarnieri retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé.

Comme pour l’image, le son original a été numérisé et restauré numériquement à partir du même élément. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage italien Mono, pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets, même si les voix des comédiens, enregistrées en postsynchronisation, peuvent parfois saturer ou apparaître en léger décalage avec le mouvement des lèvres. La composition d’Ivan Vandor (Tire encore si tu peux) est joliment délivrée.

Crédits images : © Titanus TDR/ Tamasa Diffusion / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Détenu en attente de jugement, réalisé par Nanni Loy

DÉTENU EN ATTENTE DE JUGEMENT (Detenuto in atessa di guidizio) réalisé par Nanni Loy, disponible en DVD le 5 octobre 2017 chez Tamasa Diffusion

Acteurs :  Alberto Sordi, Elga Andersen, Andrea Aureli, Lino Banfi, Antonio Casagrande, Mario Pisu…

Scénario :  Sergio Amidei, Emilio Sanna, Rodolfo Sonego

Photographie : Sergio D’Offizi

Musique : Carlo Rustichelli

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Giuseppe Di Noi est géomètre et vit en Suède depuis sept ans. Il décide de prendre quelques semaines de vacances avec sa femme et ses enfants en Italie, son pays natal. Mais à la frontière, un douanier lui demande de le suivre, pour une simple formalité. À peine entré dans les locaux de la douane, il en ressort menotté et en état d’arrestation sans savoir de quoi on l’accuse. Convaincu que l’erreur sera vite éclaircie, le malheureux est mis en prison, à l’isolement, et aura à subir à un vrai chemin de croix judiciaire…

Quel choc ! Sorti en 1971, Détenu en attente de jugement – Detenuto in attesa di giudizio est sans aucun doute l’un des plus grands films des années 1970. 45 ans après, le film de Giovanni Loi dit Nanni Loy (1925-1995), alors habitué des comédies à l’instar de son Hold-up à la milanaise (1959), la suite du mythique Pigeon de Mario Monicelli et père de la caméra cachée transalpine, n’a rien perdu de sa force et demeure même toujours d’actualité. Dans son premier rôle entièrement dramatique, Alberto Sordi, alors âgé de 50 ans et fêtant ses trente années de carrière consacrées essentiellement à la comédie, livre une prestation époustouflante qui hante encore les esprits bien longtemps après.

Depuis plusieurs années le géomètre Giuseppe Di Noi s’est installé en Suède, où il a épousé une femme suédoise. Père de deux petites filles, il est devenu un professionnel estimé. Après avoir signé un gros contrat, il décide d’emmener sa famille (et leur chien) en vacances en Italie pour une durée de trois semaines. Mais à la frontière italienne, juste après avoir franchi le Tunnel du Mont-Blanc, il est arrêté sans qu’on lui donne la moindre explication. Le cauchemar se prolonge bien au-delà de ce qu’il avait prévu, et il faudra l’acharnement passionné de son épouse et de son avocat pour montrer qu’il s’agit d’une erreur et obtenir la libération de l’innocent.

Ce très grand film, ce chef d’oeuvre qu’est Détenu en attente de jugement repose sur un scénario impitoyable signé Sergio Amidei (Rome ville ouverte, Païsa, Allemagne année zéro) et Rodolfo Sonego (Un héros de notre temps, Il Vedovo, L’Argent de la vieille). Autrement dit un scénariste préoccupé par la situation politique, sociale et économique de son pays, et le second habitué à écrire des rôles sur mesure pour le grand Alberto Sordi, « l’Albertone », le comédien italien le plus populaire de tous les temps. Ce dernier est vraiment fantastique dans le rôle de Giuseppe Di Noi, que l’on pourrait traduire par « comme nous », un individu comme les autres. Le succès et le triomphe d’Alberto Sordi pendant plus de soixante ans s’expliquent par cette empathie immédiate qu’il a toujours su créer, en incarnant l’italien moyen dans lequel les spectateurs se reconnaissaient. Ce « personnage » troque ici son nez rouge pour adopter le fard blanc du clown triste. Cette prestation bouleversante s’est vue récompensée par l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin en 1972, ainsi que le David di Donatello partagé avec Giancarlo Giannini pour Mimi métallo blessé dans son honneur.

Victime du système judiciaire, politique et carcéral d’un pays en roue libre, Giuseppe Di Noi ne saura pas pourquoi il est arrêté, ni pourquoi on lui refuse le droit de se défendre ou tout simplement d’être écouté. Avec une caméra portée qui donne au film une dimension quasi-documentaire, ainsi qu’une photographie froide et aux teintes « immédiates » de Sergio D’Offizi, Nanni Loy plonge autant son personnage principal que les spectateurs dans un cauchemar kafkaïen, qui devient de plus en plus sombre et tortueux. L’humour noir sert de soupapes dans le premier acte, notamment lors de la fouille « en profondeur » du présumé coupable, mais déjà le malaise s’installe, quand Giuseppe doit se mettre à nu, au sens propre comme au figuré, tandis qu’on lui ôte toute dignité. Et le film agit toujours ainsi, en crescendo, en créant une sensation d’étouffement, à mesure que Giuseppe perd pied et espoir, au risque de sombrer dans la folie.

Alors que le personnage est transféré aux quatre coins du pays, en voiture, en train, en bateau, sous les huées des passants, il semble que Giuseppe doive se résoudre à rester emprisonné, dans des conditions de plus en plus dramatiques, déplorables et dangereuses puisqu’il échappe de peu à une tentative de viol collectif. S’il parvient à se sortir de cet enfer, nul doute que cette expérience le marque à vie.

Pamphlet corrosif, engagé et terrifiant sur les conditions aussi ancestrales que caduques des systèmes qui régissent l’Italie, pays obéissant encore à des règles fascistes dans l’unique but de broyer les individus, Détenu en attente de jugement est un triomphe à sa sortie et reste un film à découvrir absolument durant sa vie de cinéphile, d’autant plus qu’il demeurait encore inédit en France jusqu’en 2017.

LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 16 pages illustré et contenant les avis d’Olivier Père, de Justin Kwedi (DVDClassik), de Loïc Blavier (Tortillapolis), ainsi que des bios d’Alberto Sordi et de Nanni Loy, sans oublier la fiche technique du film. En guise d’interactivité nous trouvons une galerie de photos et d’affiches, ainsi que la bande-annonce. Le menu principal est fixe et musical. Petite erreur de la part de l’éditeur qui indique que le film date de 1960…

L’Image et le son

Posséder Détenu en attente de jugement en DVD était inespéré. Le film de Nanni Loy renaît donc de ses cendres chez Tamasa dans une copie – présentée dans son format 1.85 – d’une propreté souvent hallucinante. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, le master est propre, immaculé, stable, les noirs plutôt concis et les contrastes homogènes. Hormis divers moirages et des séquences sombres au grain plus appuyé, le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, le relief et la profondeur de champ sont éloquents, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Sergio D’Offizi (La Longue nuit de l’exorcisme) sont divinement bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable. Une véritable redécouverte, merci Tamasa !

Le confort acoustique est largement assuré par la piste mono d’origine italienne. Seule la version italienne est disponible, mais aucune raison de s’en plaindre. Ce mixage affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable et un bel écrin pour la musique de Carlo Rustichelli. Les effets et les ambiances sont nets. Les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © SNC (Groupe M6) / Compass Movietime TDR / Tamasa /  Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ?, réalisé par Maurizio Liverani

SAIS-TU CE QUE STALINE FAISAIT AUX FEMMES ? (Sai cosa faceva Stalin alle donne ?) réalisé par Maurizio Liverani, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  Helmut Berger, Margaret Lee, Silvia Monti, Benedetto Benedetti, Solveyg D’Assunta, Piero Vida…

Scénario :  Maurizio Liverani, Benedetto Benedetti

Photographie : Marcello Gatti

Musique : Roberto Perpignani

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

A la fin de la dernière guerre, deux jeunes intellectuels communistes partisans, Aldo et Benedetto, arrivent à Rome où ils vont vivre sous la protection d’un important homme politique de gauche. Benedetto, contrairement à Aldo qui s’est engagé politiquement avec sagacité, a choisi le communisme uniquement pour des raisons externes et par snobisme. Persuadé de ressembler à Staline et fasciné par la personnalité du dictateur, Benedetto pousse son admiration jusqu’à en imiter le comportement, les gestes et l’habillement. Lorsque le mythe de Staline s’effondre, Benedetto se trouvera dans une situation de conflit intérieur.

Etrange film que ce Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? – Sai cosa faceva Stalin alle donne ? (1969), premier des deux seuls longs-métrages réalisés par Maurizio Liverani. Totalement inclassable, nawak, fourre-tout, prétentieux et attachant, inracontable, long, bavard, épuisant, une chose est certaine, c’est que cette comédie qui n’en est pas une, mais qui est considérée ainsi, ne laisse pas indifférent. Né en 1928, Maurizio Liverani est journaliste, réalisateur et écrivain, neveu d’Augusto Liverani, ministre des communications de la République de Salò, autrement dit la République sociale italienne dirigée par Benito Mussolini. A l’âge de 16 ans, Maurizio Liverani adhère au Parti Communiste Italien et s’engage dans la Résistance aux côtés du Corpo volontari della libertà durant la Seconde Guerre mondiale. En 1952, il devient journaliste au Paese Sera et se voit confier la page des spectacles, puis des événements culturels. Cela le mène à la critique de cinéma, puis Maurizio Liverani décide d’écrire et de réaliser son premier film, Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ?, inspiré de ses propres souvenirs.

Comme des réminiscences, le récit semble fractionné et les séquences montées sans souci dramaturgique, tandis que certaines images d’archives s’incrustent pour situer le récit dans le temps. Satire sur le conformisme des intellectuels communistes romains, le film vaut essentiellement aujourd’hui pour son aspect expérimental (La Chinoise de Jean-Luc Godard a visiblement inspiré le réalisateur), son portrait de jeunes idéalistes fous ou hédonistes, ainsi que son casting hétéroclite. Ce quasi-opéra comique contre le communisme, animé par une indiscutable mais aussi harassante énergie, qui veut surtout ridiculiser le dogmatisme des militants, est « interprété » par Helmut Berger, au tout début de sa carrière et juste avant d’être dirigé par Luchino Visconti dans Les Damnés, ainsi que par les bombes Margaret Lee (Casanova ’70, Le Tigre se parfume à la dynamite, Les Insatisfaites poupées érotiques du docteur Hitchcock) et Silvia Monti (la Sofia qui prenait une douche sensuelle dans Le Cerveau de Gérard Oury).

Etrange également de retrouver le maestro Ennio Morricone dans ce joyeux bordel sans queue ni tête. Son excellente partition dirigée par Bruno Nicolai apporte un plus non négligeable à cette mixture confuse. Le film n’est pas le succès espéré à sa sortie, le public étant quelque peu décontenancé par l’aspect puzzle-foutraque qu’on lui propose. Maurizio Liverani ne reviendra derrière la caméra qu’en 1975 pour Il Solco di pesca, comédie coquine sans prétention. Depuis, sa carrière se résume à ses activités de journaliste et de réalisateur de documentaires. Pas certain que Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? attirera les cinéphiles contemporains, en dehors des plus déviants et des plus curieux qui tomberaient dessus par hasard, même si ces derniers risquent de perdre patience rapidement devant cet objet filmique incompréhensible.

LE DVD

Le DVD de Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! Le visuel de la jaquette fait penser à un film de la Nazisploitation, ce qui n’est évidemment pas le cas. Le verso montre tous les titres déjà disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné.

Cette collection, désormais entièrement chroniquée dans nos colonnes, a été éditée dans les bacs en trois vagues. La première en mars 2017 avec Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague au mois de juin avec Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). La dernière en septembre avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

Pour ce dernier tour de piste, du moins en ce qui concerne cette collection, Stéphane Roux rame quelque peu pour présenter Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? (9’). L’historien indique rapidement qui est le réalisateur Maurizio Liverani en mentionnant son parcours, et se focalise après sur le casting, en particulier Helmut Berger, ainsi que sur la musique d’Ennio Morricone. Cette introduction est souvent entrecoupée d’extraits du film et nous n’en tirons finalement pas grand-chose.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

Nous ne dirons pas que l’éditeur clôt cette collection en beauté, puisque le master proposé de Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? est probablement le pire de tous. Usée jusqu’à la moelle, sale, constellée de points et de tâches, de rayures verticales, de griffures, de plans flous, de scories diverses et variées, cette copie fait mal aux yeux du début à la fin avec également un gros grain grumeleux et des couleurs fanées. Néanmoins, l’ensemble du film n’est pas pire que le générique en ouverture, presque illisible.

Même chose en ce qui concerne l’acoustique. La piste unique italienne demeure parasitée par un bruit de fond constant et des voix pincées, avec des dialogues tantôt sourds tantôt aigus, ainsi que de nombreuses saturations. N’ayez pas peur des craquements et des grésillements, car ils ne sont pas rares. Les sous-titres français sont imposés sur un lecteur de salon.

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / ESC Conseils/ Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir, réalisé par Alberto Sordi

TANT QU’IL Y A DE LA GUERRE, IL Y A DE L’ESPOIR (Finché c’è guerra c’è speranza) réalisé par Alberto Sordi, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  Alberto Sordi, Silvia Monti, Alessandro Cutolo, Matilde Costa Giuffrida, Marcello Di Falco, Mauro Firmani, Eliana De Santis, Fernando Daviddi, Edoardo Faieta…

Scénario :  Alberto Sordi, Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi d’après une histoire originale d’Alberto Sordi

Photographie : Sergio D’Offizi

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h58

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Un homme d’affaires essuie le mépris de sa femme et de ses enfants lorsque ceux-ci découvrent qu’il est marchand d’armes.

Immense star en Italie, peut-être la plus grande de toute l’histoire du cinéma transalpin, adulé par les spectateurs, encore plus que les autres piliers Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et autres monstres, Alberto Sordi (1920-2003) a non seulement fait les grandes heures de la comédie italienne, mais il a également été metteur en scène d’une quinzaine de longs métrages et deux segments de films à sketches. De Fumo di Londra (1966) à Incontri Proibiti (1998), Alberto Sordi est passé durant plus de trente ans derrière la caméra pour s’investir plus personnellement dans certaines œuvres qui lui tenaient plus à coeur. C’est le cas du méconnu et pourtant irrésistible Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir – Finché c’è guerra c’è speranza.

Dans cette sixième réalisation, Alberto Sordi interprète Pietro Chiocca, ancien commerçant milanais de pompes hydrauliques, reconverti dans un commerce plus lucratif, celui des armes à feu. Il parcourt les pays du Tiers Monde, déchirés par les guerres civiles. Grâce à ses affaires, sa famille, déjà aisée et habitant en centre-ville, peut enfin s’installer dans une luxueuse villa avec jardin, comblant ainsi sa femme à laquelle il ne refuse rien. Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce qu’un journaliste qui lui avait procuré le contact pour la vente d’armes à un mouvement de libération national dans l’état africain de la Guinée-Bissau, ne dénonce les agissements de Chiocca. Loin de se reposer sur ses lauriers, Alberto Sordi n’aura de cesse de se renouveler de film en film, à l’instar du sensationnel Détenu en attente de jugement de Nanni Loy (1971). Quarante ans avant Lord of War d’Andrew Niccol, même si dans un autre registre, Alberto Sordi s’attaquait donc aux profiteurs de guerre.

Essentiellement tourné au Sénégal avec quelques séquences en français dans le texte, Finché c’è guerra c’è speranza est un vrai bijou de la comédie italienne, centrée sur un individu sans aucune morale ni aucun scrupule, qui exploite les tensions et les conflits en Afrique afin d’y vendre toutes les armes possibles et imaginables. Alberto Sordi apporte son empathie habituelle à ce personnage ignoble, espérant qu’une guerre soit votée au détriment du financement de l’agriculture, pour ensuite proposer quelques échantillons (grenades, balles explosives) bien rangés dans sa valise. Et quand un concurrent marche sur ses plates-bandes, Chiocca ne recule devant rien pour épater les leaders prêts à lui acheter tout son arsenal, surtout qu’il a une famille à nourrir et que sa femme et ses enfants sont les premiers à dépenser l’argent dont ils ne se préoccupent pas de la provenance.

Charge féroce et impitoyable où tout le monde en prend pour son grade, où les institutions et les gouvernements de chaque pays s’avèrent autant corrompues qu’hypocrites, Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir démontre comme son titre l’indique qu’il y aura toujours des individus qui s’en mettront plein les poches, tant qu’il y aura des états à renverser et des guerres de religion.

LE DVD

Le DVD de Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Alberto Sordi. Le verso montre tous les titres déjà disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné.

Cette collection, bientôt entièrement chroniquée dans nos colonnes, a été éditée dans les bacs en trois vagues. La première en mars 2017 avec Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague au mois de juin avec Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). La dernière en septembre avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

Nous retrouvons un Stéphane Roux très inspiré pour la présentation de Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir (14’). Après une belle introduction d’Alberto Sordi comédien (peut-être le plus populaire de tous les temps en Italie), l’historien du cinéma se penche sur la carrière méconnue d’Alberto Sordi réalisateur, en indiquant quelques-unes de ses mises en scène et pourquoi l’acteur avait décidé de passer également derrière la caméra. Stéphane Roux en vient au film qui nous intéresse en mentionnant les difficultés du tournage au Sénégal, le travail des scénaristes et le très grand succès dans les salles italiennes.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

C’est là que le bât blesse comme pour Belfagor le magnifique et Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ?. On ne peut pas vraiment parler de définition ici puisque le master est constellé de scories, de points, de tâches et semble parasité par un voile grumeleux du début à la fin. La gestion des contrastes est totalement absente, les couleurs sont délavées, l’image tremble. Cette copie semble provenir d’un autre temps et aucun effort de restauration n’a semble-t-il été réalisé. C’est ici un dilemme pour les cinéphiles puisqu’il s’agit de la seule opportunité de découvrir Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir.

Point de restauration pour les deux pistes proposées. La version française est étonnamment la plus dynamique ne serait-ce qu’au niveau de la délivrance des dialogues, plus clairs et moins étouffés qu’en français, malgré un bruit de fond chronique. Les ambiances sont soigneusement restituées sur les deux pistes. L’incontournable musique de Piero Piccioni est quant à elle parfaitement restituée. Dans les deux cas, n’hésitez pas à monter le volume, même si un souffle persiste, afin de bénéficier au mieux des échanges entre les personnages. Les sous-titres français – qui se contentent de retranscrire les dialogues français et non de traduire les véritables dialogues – sont imposés sur la version originale. Notons également que l’éditeur n’a toujours pas réglé les problèmes au niveau des retranscriptions des « oe » (« cur » à la place de « coeur », « ufs » à la place de « oeufs ») !

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / ESC Conseils / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Belfagor le magnifique, réalisé par Ettore Scola

BELFAGOR LE MAGNIFIQUE (L’Arcidiavolo) réalisé par Ettore Scola, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  Vittorio Gassman, Claudine Auger, Mickey Rooney, Gabriele Ferzetti, Hélène Chanel, Milena Vukotic, Giorgia Moll, Ettore Manni, Liana Orfei, Luigi Vannucchi…

Scénario :  Ettore Scola, Ruggero Maccari

Photographie : Aldo Tonti

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

1486. Le Pape Innocent VIII et Laurent de Médicis décident de signer un traité de paix après huit ans d’hostilité. Cette paix qui règne à Rome et à Florence a trop duré de l’avis du diable. Afin de relancer la guerre, Belzebuth envoie Belfagor. Il se matérialise alors sur terre et accompagné d’un mauvais esprit. Il a dix jours pour faire revenir la guerre. Il va gagner au jeu la vie d’un prince et se substituant à lui, il refuse publiquement le mariage prévu avec la fille d’un Médicis…

Belfagor le magnifique est un petit film d’Ettore Scola (1931-2016), ou plutôt non, c’est une comédie mineure car il n’y a pas vraiment de « petit » film du maître italien. Mais il a bien fallu que le cinéaste se fasse la main derrière la caméra après avoir oeuvré pendant dix ans en tant que scénariste et script doctor auprès de ses maîtres et modèles comme Mauro Bolognini et Dino Risi. Ettore Scola passe à la mise en scène en 1964 avec Parlons femmes, interprété par un Vittorio Gassman qui se multiplie dans près d’une dizaine de personnages. Belfagor le magnifique – L’Arcidiavolo est son troisième long métrage et déjà sa troisième collaboration avec Vittorio Gassman. A l’instar de L’Armée Brancaleone, par ailleurs sorti la même année en 1966, le mythique acteur qui encore six ans auparavant étant cantonné aux rôles de jeune premier et enfermé dans le registre dramatique, porte littéralement Belfagor le magnifique sur ses épaules. Popularisé grâce au Pigeon de Mario Monicelli en 1959, dans lequel Mario Monicelli avait dû le grimer pour le transformer et le rendre ainsi « plus drôle » aux yeux du public, Vittorio Gassman, véritable typhon humain, est sans nul doute la raison d’être de Belfagor le magnifique et la seule véritable attraction de ce film en costumes aujourd’hui.

La conjuration des Pazzi avait exacerbé la rivalité entre les Médicis et l’Église en 1478. Ce n’est qu’après huit ans de guerre, en 1486, que Laurent le Magnifique, « L’Aiguille de la balance italienne », parvint à signer la paix avec Rome. Comme une paix fatale réduit cruellement le flux des âmes damnées, Belzebuth décide d’envoyer l’un de ses princes dans le monde des vivants afin qu’il œuvre à raviver le conflit entre Florence et Rome. Satan jette son dévolu sur Belfagor, archidiable, provocateur des incendies, surintendant des tripots, charmeur de femmes. Accompagné de son serviteur Adramalek, diable roux et cornu, que lui-seul peut voir et entendre, Belfagor a dix jours pour accomplir sa mission. Autant vous dire que Vittorio Gassman se délecte d’un tel personnage ! Si le film demeure bancal et que l’intérêt s’émousse au fil d’un scénario somme toute banal, le comédien bondit, court, grimace, se ramasse et se relève pour mieux repartir, gesticule, crie, séduit, embrasse, émeut avec un tel génie qu’on ne peut qu’adhérer et se laisser embarquer dans son sillage. Parfait, hilarant et très élégant dans la peau de cet « archidiavolo » qui donne son titre au film en version originale, le comédien est accompagné de l’américain Mickey Rooney, qui tente « d’exister » à ses côtés en grimaçant de plus belle, mais il ne peut rien contre le charisme et l’immense talent de la tête d’affiche.

Belfagor le magnifique est aussi l’occasion d’admirer la grâce et la beauté de Claudine Auger. Ancienne première dauphine de Miss Monde en 1958, elle devient ensuite actrice et fait ses débuts dans Christine de Pierre Gaspard-Huit, avec Romy Schneider et Alain Delon. Elle est très vite demandée et passe d’un univers à l’autre, de Jean Cocteau à Marcel Carné, en passant par Robert Parrish, Pierre Etaix et devient même James Bond Girl dans Opération Tonnerre de Terence Young où elle interprète la sensuelle Domino. Il n’est pas étonnant que Belfagor perde la tête pour elle, d’autant plus que Maddalena semble être la seule femme à résister à son pouvoir, lui qui habituellement a juste à regarder ses proies (et à les hypnotiser c’est vrai) pour qu’elles lui tombent dans les bras.

Tourné dans les magnifiques paysages naturels de la Toscane, Belfagor le magnifique vaut pour quelques séquences remarquables, dont une partie de football endiablée, aussi anachronique qu’anthologique, à l’instar de la musique rock psychédélique d’Armando Trovajoli. Ettore Scola et son coscénariste Ruggero Maccari sont suffisamment malins pour relancer la mécanique au moment où elle commence à s’enrayer et le film est en réalité ponctué de moments jubilatoires comme celle de la partie de football évoquée ou bien encore de l’affrontement au milieu des inventions de Leonard de Vinci, dont un prototype de char d’assaut ! Par ailleurs, bien avant le film culte de Michael Lehmann, Hudson Hawk, gentleman et cambrioleur, Vittorio Gassman était probablement le premier comédien à utiliser la machine volante créée par le peintre et inventeur. Une séquence très originale. Si le rythme tend parfois à s’étirer, Belfagor le magnifique comporte son lot de moments qui reflètent autant le talent de son réalisateur que de son acteur principal.

LE DVD

Le DVD de Belfagor le magnifique est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Vittorio Gassman. Le verso montre tous les titres déjà disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. L’éditeur indique que le film est inédit en France, ce qui est faux, puisque Belfagor le magnifique est sorti dans nos salles, le 20 décembre 1978 ! Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné.

Cette collection, bientôt entièrement chroniquée dans nos colonnes, a été éditée dans les bacs en trois vagues. La première en mars 2017 avec Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague au mois de juin avec Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). La dernière en septembre avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

L’intervention de Stéphane Roux sur ce titre demeure complètement anecdotique (9’). L’historien du cinéma se contente d’évoquer les débuts d’Ettore Scola en tant que scénariste puis derrière la caméra. S’il indique quelques éléments liés à la production de Belfagor le magnifique, Stéphane Roux s’égare trop souvent et en vient même à parler de la scène de la cuisine des Tontons flingueurs ou de la réplique finale de Certains l’aiment chaud, pour expliquer (longuement) comment une scène non prévue au scénario, a finalement été tournée pour devenir culte par la suite.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

Aïe, aïe, aïe…Alors…autant le dire tout de suite le master n’a subi aucune restauration et demeure constellé de toutes les scories possibles et imaginables, raccords de montage, points, griffures, etc. En plus de cela, la copie qui semble avoir été dégotée dans un tréfonds de catalogue, s’avère complètement usée du point de vue des contrastes et des couleurs. Terne du début à la fin, l’image est bien trop sombre, la définition ne trouve jamais d’équilibre, les flous ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire et le piqué est sans cesse émoussé. Ne parlons pas des scènes de nuit, où la qualité demeure plus que passable, comme s’il s’agissait d’un transfert d’une VHS en DVD. Le cinéphile devra donc faire preuve de beaucoup d’indulgence.

Même chose pour les deux pistes proposées. Si la version italienne s’en sort « mieux » que la piste française parasitée par un bruit de fond constant et des voix pincées, les dialogues restent tantôt sourds tantôt aigus, avec de nombreuses saturations. N’ayez pas peur des craquements et des grésillements, car ils ne sont pas rares. Notons également que l’éditeur n’a toujours pas réglé les problèmes au niveau des retranscriptions des « oe » (« ceur » à la place de « coeur »). L’immense Dominique Paturel double Vittorio Gassman.

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / ESC Conseils/ Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Don’t Kill It, réalisé par Mike Mendez

DON’T KILL IT réalisé par Mike Mendez, disponible en DVD le 6 septembre 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs :   Dolph Lundgren, Kristina Klebe, Elissa Dowling, Billy Slaughter, Michael Aaron Milligan, Tara Cardinal…

Scénario :  Dan Berk, Robert Olsen

Photographie : Jan-Michael Losada

Musique : Juliette Beavan,  Sean Beavan

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Un démon antique est accidentellement libéré dans une petite ville dépeuplée du Mississippi. Le seul espoir de survie repose entre les mains d’un chasseur de démons et d’un agent du FBI.

Dolph Lundgren peut encore compter sur la fidélité de nombreux fans, y compris pour ses productions qui sortent directement dans les bacs. C’est le cas ici de Don’t Kill It. Si la carrière du comédien reste aujourd’hui marquée par quelques obscures séries B et Z, Les Maîtres de l’univers, Punisher, Universal Soldier, Au-dessus de la loi, Pentathlon ou encore Johnny Mnemonic, les épisodes de la franchise Expendables – Unité spéciale ont démontré qu’il restait une «  icône  » du genre dans le cinéma d’action. Né le 3 novembre 1957, Dolph Lundgren obtient une maîtrise en chimie après avoir suivi les cours du prestigieux Institut royal de technologie de sa ville natale Stockholm. Le nez plongé dans les livres et se consacrant à de hautes études, il souhaite devenir ingénieur comme son père. À 16 ans, il découvre les arts martiaux, le judo et le karaté, et commence la compétition de haut niveau en 1979, deux ans avant de devenir ceinture noire. Son gabarit et sa taille (1m96) impressionnent. Il participe au deuxième championnat du monde, emmagasine les titres nationaux au début des années 80. C’est alors qu’il rencontre Warren Robertson, professeur d’art dramatique, disciple de l’imminent Lee Strasberg. C’est une révélation, il décide de devenir comédien.

Il fait ainsi sa première apparition en 1985 dans le dernier James Bond de Roger Moore, Dangereusement vôtre. S’il n’est qu’une silhouette derrière Grace Jones, sa compagne d’alors, Lundgren enchaîne les auditions. Il passe celle pour Rambo II (la mission), mais Stallone l’imagine d’emblée pour incarner le rival de Rocky dans le quatrième opus. En 1985, Rocky IV sort sur les écrans et c’est un triomphe international. Acteur-phénomène, il est remarqué par les célèbres Menahem Golan et Yoram Globus, qui lui proposent le premier rôle dans l’adaptation live des Maîtres de l’univers. Le film est un échec critique et commercial, mais les années en ont fait un vrai objet de culte. Dolph Lundgren rebondit aussitôt et se voit offrir le scénario du Scorpion rouge que doit mettre en scène Joseph Zito, porté par les succès de Vendredi 13 – Chapitre 4 : Chapitre final, ainsi que Portés disparus et Invasion U.S.A. avec Chuck Norris. Les années 1990 sourient alors au comédien, mais les années 2000 seront difficiles et comme beaucoup de ses confrères spécialisés dans l’action (dont un certain Steven S à la coupe de cheveux en triangle), il enchaîne les films, la plupart du temps à petit budget, destinés au marché du DVD. Malgré cette période, Dolph Lundgren conserve aujourd’hui toute la sympathie des spectateurs nostalgiques de ce genre de divertissements et se voit souvent inviter par quelques réalisateurs qui ont grandi avec ses films. Il parvient d’ailleurs à tirer profit de ce regain de popularité puisqu’il est dernièrement apparu dans la série Arrow, et qu’il est déjà annoncé au casting d’Aquaman de James Wan et de Creed 2 dans lequel il reprendra son rôle mythique d’Ivan Drago ! Mais le film qui nous intéresse, Don’t Kill It, est une petite production au budget de 3,5 millions de dollars, qui intègre le haut du panier dans les DTV de l’ami Dolph, en l’occurrence une pure série B, une comédie fantastique et d’horreur, souvent gore, qui n’a pas peur du ridicule puisque le grotesque est volontaire.

Un mal très ancien sévit dans une petite ville du Mississippi, passant d’un hôte à un autre à la manière du Témoin du mal de Gregory Hoblit (1998), et semant mort et destruction sur son chemin. Seul espoir de survie, un grisonnant chasseur de démons ayant déjà fait face à cette horreur par le passé. Accompagné d’un agent du FBI réticent (Kristina Klebe), Jebediah doit découvrir comment détruire ce démon qui a la capacité de prendre possession de son tueur. Voilà. En partant sur un principe simple et usé jusqu’à la moelle, Don’t Kill It remplit son contrat et s’avère un film d’action bien bourrin et sanglant, qui repose autant sur la décontraction et le charisme buriné de Dolph Lungren, que sur d’efficaces effets de possession et les carnages qui s’ensuivent à coup de tronçonneuse, de machette et de coups de fusil à pompe.

Bien mieux et emballant que Le Dernier chasseur de sorcières avec Vin « Baboulinet » Diesel et animé par un amour contagieux de la série B, Don’t Kill It est l’oeuvre de Mike Mendez, découvert en 2000 avec Le Couvent et le déjà culte Big Ass Spider ! (2013), monteur, acteur, scénariste, le genre de type qui s’est fait tout seul, qui n’a jamais eu la prétention de révolutionner le cinéma, mais qui s’éclate à en faire et qui souhaite faire plaisir aux spectateurs. Et ça fonctionne ! Le scénario est généreux et ne se prend pas au sérieux une seconde. Dolph Lundgren s’éclate du début à la fin. Vêtu d’un long manteau usé jusqu’à la moelle, de boots et d’un chapeau de cowboy, il arbore des grigris autour du cou et vapote sa pipe électronique. Il est prêt à affronter le mal avec ses pétoires, son lance-filet à air comprimé et ses pièges à loups (oui), mais finalement, son personnage ne fait pas grand-chose à part observer le carnage tandis que le mal passe d’un flic à une grand-mère, en passant par un chasseur, une petite fille, un chien, etc. Son personnage de pistolero, il aurait d’ailleurs été un parfait Roland dans La Tour Sombre, reste cool et intervient finalement quand on le laisse en placer une, s’il n’est pas assommé avant.

Tourné en trois semaines, Don’t Kill It est une réussite dans le genre décomplexé et qui va droit à l’essentiel en à peine 80 minutes grâce à une mise en scène bien tenue, une photographie qui a de la gueule et un montage tonique. Très drôle et attachant, on en vient même à vouloir une suite, d’autant plus que la scène finale promet un affrontement plutôt…mordant.

LE DVD

Le test du DVD de Don’t Kill It, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est légèrement animé et musical. La jaquette reprend le visuel de l’affiche américaine.

Aucun supplément à part la bande-annonce en version française.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour Don’t Kill It, ce qui est d’autant plus dommage que le DVD proposé s’avère très médiocre. Cela faisait d’ailleurs longtemps que nous n’avions pas vu une copie aussi moche à vrai dire. Le premier plan sur la forêt donne le ton avec des couleurs délavées, des pixels à foison, un piqué émoussé, des contrastes aléatoires, des fourmillements, des moirages, tout y passe. On se demande même si le film n’a pas été tourné avec une Smartphone ou un appareil photo. Ceci dit, voir le film dans ces conditions rajoute presque un côté cradingue qui renforce l’aspect série B de Don’t Kill It. Certaines séquences semblent voilées, d’autres se révèlent plus claires et aiguisées.

Sans réelle surprise, la piste DTS 5.1 anglaise se révèle nettement plus homogène, naturelle et dynamique que les deux pistes Dolby Digital 5.1 française et également anglaise disponibles. Sans aucune commune mesure, le spectacle est beaucoup plus fracassant sur la première option acoustique que sur les deux autres, paresseuses, déséquilibrées et qui peinent à instaurer une spatialisation digne de ce nom. La version originale DTS 5.1 n’est pas avare en effets sur les scènes de carnage avec un grand soutien du caisson de basses et des latérales qui délivrent une musique qui risque d’alarmer vos voisins. Les sous-titres français sont de couleur jaune.

Crédits images : © Koch Films / M  Vidéo / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr