Test DVD / Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir, réalisé par Alberto Sordi

TANT QU’IL Y A DE LA GUERRE, IL Y A DE L’ESPOIR (Finché c’è guerra c’è speranza) réalisé par Alberto Sordi, disponible en DVD le 12 septembre 2017 chez ESC Editions

Acteurs :  Alberto Sordi, Silvia Monti, Alessandro Cutolo, Matilde Costa Giuffrida, Marcello Di Falco, Mauro Firmani, Eliana De Santis, Fernando Daviddi, Edoardo Faieta…

Scénario :  Alberto Sordi, Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi d’après une histoire originale d’Alberto Sordi

Photographie : Sergio D’Offizi

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h58

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Un homme d’affaires essuie le mépris de sa femme et de ses enfants lorsque ceux-ci découvrent qu’il est marchand d’armes.

Immense star en Italie, peut-être la plus grande de toute l’histoire du cinéma transalpin, adulé par les spectateurs, encore plus que les autres piliers Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et autres monstres, Alberto Sordi (1920-2003) a non seulement fait les grandes heures de la comédie italienne, mais il a également été metteur en scène d’une quinzaine de longs métrages et deux segments de films à sketches. De Fumo di Londra (1966) à Incontri Proibiti (1998), Alberto Sordi est passé durant plus de trente ans derrière la caméra pour s’investir plus personnellement dans certaines œuvres qui lui tenaient plus à coeur. C’est le cas du méconnu et pourtant irrésistible Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoirFinché c’è guerra c’è speranza.

Dans cette sixième réalisation, Alberto Sordi interprète Pietro Chiocca, ancien commerçant milanais de pompes hydrauliques, reconverti dans un commerce plus lucratif, celui des armes à feu. Il parcourt les pays du Tiers Monde, déchirés par les guerres civiles. Grâce à ses affaires, sa famille, déjà aisée et habitant en centre-ville, peut enfin s’installer dans une luxueuse villa avec jardin, comblant ainsi sa femme à laquelle il ne refuse rien. Tout semble aller pour le mieux jusqu’à ce qu’un journaliste qui lui avait procuré le contact pour la vente d’armes à un mouvement de libération national dans l’état africain de la Guinée-Bissau, ne dénonce les agissements de Chiocca. Loin de se reposer sur ses lauriers, Alberto Sordi n’aura de cesse de se renouveler de film en film, à l’instar du sensationnel Détenu en attente de jugement de Nanni Loy (1971). Quarante ans avant Lord of War d’Andrew Niccol, même si dans un autre registre, Alberto Sordi s’attaquait donc aux profiteurs de guerre.

Essentiellement tourné au Sénégal avec quelques séquences en français dans le texte, Finché c’è guerra c’è speranza est un vrai bijou de la comédie italienne, centrée sur un individu sans aucune morale ni aucun scrupule, qui exploite les tensions et les conflits en Afrique afin d’y vendre toutes les armes possibles et imaginables. Alberto Sordi apporte son empathie habituelle à ce personnage ignoble, espérant qu’une guerre soit votée au détriment du financement de l’agriculture, pour ensuite proposer quelques échantillons (grenades, balles explosives) bien rangés dans sa valise. Et quand un concurrent marche sur ses plates-bandes, Chiocca ne recule devant rien pour épater les leaders prêts à lui acheter tout son arsenal, surtout qu’il a une famille à nourrir et que sa femme et ses enfants sont les premiers à dépenser l’argent dont ils ne se préoccupent pas de la provenance.

Charge féroce et impitoyable où tout le monde en prend pour son grade, où les institutions et les gouvernements de chaque pays s’avèrent autant corrompues qu’hypocrites, Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir démontre comme son titre l’indique qu’il y aura toujours des individus qui s’en mettront plein les poches, tant qu’il y aura des états à renverser et des guerres de religion.

LE DVD

Le DVD de Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Alberto Sordi. Le verso montre tous les titres déjà disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné.

Cette collection, bientôt entièrement chroniquée dans nos colonnes, a été éditée dans les bacs en trois vagues. La première en mars 2017 avec Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague au mois de juin avec Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). La dernière en septembre avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

Nous retrouvons un Stéphane Roux très inspiré pour la présentation de Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir (14’). Après une belle introduction d’Alberto Sordi comédien (peut-être le plus populaire de tous les temps en Italie), l’historien du cinéma se penche sur la carrière méconnue d’Alberto Sordi réalisateur, en indiquant quelques-unes de ses mises en scène et pourquoi l’acteur avait décidé de passer également derrière la caméra. Stéphane Roux en vient au film qui nous intéresse en mentionnant les difficultés du tournage au Sénégal, le travail des scénaristes et le très grand succès dans les salles italiennes.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

C’est là que le bât blesse comme pour Belfagor le magnifique et Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ?. On ne peut pas vraiment parler de définition ici puisque le master est constellé de scories, de points, de tâches et semble parasité par un voile grumeleux du début à la fin. La gestion des contrastes est totalement absente, les couleurs sont délavées, l’image tremble. Cette copie semble provenir d’un autre temps et aucun effort de restauration n’a semble-t-il été réalisé. C’est ici un dilemme pour les cinéphiles puisqu’il s’agit de la seule opportunité de découvrir Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir.

Point de restauration pour les deux pistes proposées. La version française est étonnamment la plus dynamique ne serait-ce qu’au niveau de la délivrance des dialogues, plus clairs et moins étouffés qu’en français, malgré un bruit de fond chronique. Les ambiances sont soigneusement restituées sur les deux pistes. L’incontournable musique de Piero Piccioni est quant à elle parfaitement restituée. Dans les deux cas, n’hésitez pas à monter le volume, même si un souffle persiste, afin de bénéficier au mieux des échanges entre les personnages. Les sous-titres français – qui se contentent de retranscrire les dialogues français et non de traduire les véritables dialogues – sont imposés sur la version originale. Notons également que l’éditeur n’a toujours pas réglé les problèmes au niveau des retranscriptions des « oe » (« cur » à la place de « coeur », « ufs » à la place de « oeufs ») !

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / ESC Conseils / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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