Test Blu-ray / Les Yeux bandés, réalisé par Philip Dunne

LES YEUX BANDÉS (Blindfold) réalisé par Philip Dunne, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 8 décembre 2020 chez Elephant Films.

Acteurs : Rock Hudson, Claudia Cardinale, Jack Warden, Guy Stockwell, Brad Dexter, Anne Seymour, Alejandro Rey, Hari Rhodes…

Scénario : Philip Dunne & W.H. Menger, d’après le roman Blindfold de Lucille Fletcher

Photographie : Joseph MacDonald

Musique : Lalo Schifrin

Durée : 1h42

Année de sortie : 1966

LE FILM

Un éminent psychiatre, le Dr. Snow, suit un scientifique qui souffre de troubles émotionnels. Tous les deux sont kidnappés par une organisation secrète qui cherche à s’accaparer le fruit des recherches du savant.

Si le nom de Philip Dunne (1908-1992) vous dit quelque chose, c’est sûrement pour les films dont il est l’auteur, Le Dernier des MohicansThe Last of the Mohicans (1936) de George B. Seitz, Suez (1938) d’Allan Dwan, Johnny Apollo (1940) de Henry Hathaway, le splendide Qu’elle était verte ma valléeHow Green Was My Valley (1941) de John Ford, le fantastique L’Aventure de madame MuirThe Ghost and Mrs. Muir (1947), La Flibustière des AntillesAnne of the Indies (1951) et Le GauchoWay of a Gaucho (1952) de Jacques Tourneur, et La TuniqueThe Robe (1953) de Henry Koster. Celui-ci passe aussi derrière la caméra en 1955 avec Prince of Players, interprété par Richard Burton. Il réalisera ainsi une dizaine de longs-métrages, dont le plus célèbre demeure assurément 10, rue FrederickTen North Frederick (1958) avec Gary Cooper. Les Yeux bandés Blindfold, qu’il écrit et met en scène en 1965 est son dernier film. Pour cet ultime baroud d’honneur, le cinéaste et son coscénariste W.H. Menger s’inspirent d’un roman de Lucille Fletcher paru en 1960. Philip Dunne en tire une comédie d’espionnage, teinté de film d’aventure et d’action, le tout mâtiné d’une romance entre les deux protagonistes, incarnés par le couple glamour Rock Hudson et Claudia Cardinale. En dépit d’un rythme poussif et d’une intrigue quelque peu tarabiscotée, l’ensemble se suit sans déplaisir, surtout grâce à ses deux stars internationales qui rivalisent de charme et de sensualité.

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Test Blu-ray / Étranges compagnons de lit, réalisé par Melvin Frank

ÉTRANGES COMPAGNONS DE LIT (Strange Bedfellows) réalisé par Melvin Frank, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 8 décembre 2020 chez Elephant Films.

Acteurs : Rock Hudson, Gina Lollobrigida, Gig Young, Edward Judd, Howard St. John, Dave King, Peggy Rea, Joseph Sirola…

Scénario : Melvin Frank & Michael Pertwee

Photographie : Leo Tover

Musique : Leigh Harline

Durée : 1h39

Année de sortie : 1965

LE FILM

Carter Harrison travaille dans une société pétrolière avec succès. Mais sa vie personnelle est plus tumultueuse. Marié à une italienne exubérante et énergique, son couple bat de l’aile et il demande la séparation. Or, pour lui accorder un important poste de direction, sa société exige qu’il puisse donner en Angleterre l’image d’un couple modèle.

Comédien star des studios Universal, Rock Hudson entame les années 1960 avec le western El PerdidoThe Last Sunset de Robert Aldrich. Mais contrairement aux années 1950 durant lesquelles il s’était surtout brillamment illustré dans le mélodrame, en particulier avec ses fructueuses collaborations avec Douglas Sirk, c’est dans la comédie (romantique la plupart du temps) qu’il connaîtra ses plus grands succès alors qu’il approche la quarantaine. Il enchaînera ainsi Un pyjama pour deuxLover Come Back, avec Doris Day et de Delbert Mann, Le Sport favori de l’hommeMan’s Favorite Sport ? d’Howard Hawks et Ne m’envoyez pas de fleursSend Me No Flowers, encore avec Doris Day, mais cette fois réalisé par Norman Jewison. En 1961, Robert Mulligan réuni Rock Hudson et Gina Lollobrigida dans Le Rendez-vous de septembreCome September, dans lequel le couple fait preuve d’une réelle alchimie et participera bien évidemment au succès du film. Quatre ans plus tard, les voici de nouveau réunis à l’écran par Melvin Frank dans Étranges compagnons de litStrange Bedfellows. S’il s’agit rétrospectivement d’un film mineur dans leurs carrières rétrospectives, Rock Hudson et Gina Lollobrigida assurent le spectacle du début à la fin et semblent prendre un plaisir contagieux à se donner à réplique, à se chamailler, à se séparer pour ensuite mieux se retrouver et apportent le souffle nécessaire à une mise en scène plan-plan et une intrigue qui part dans toutes les directions. Étranges compagnons de lit est une comédie qui ne manque pas de charme, mais qui ne vaut que pour ses deux comédiens principaux, beaux comme des Dieux et bourrés de talent.

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Test Blu-ray / Le Sport favori de l’homme, réalisé par Howard Hawks

LE SPORT FAVORI DE L’HOMME (Man’s Favorite Sport ?) réalisé par Howard Hawks, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 8 décembre 2020 chez Elephant Films.

Acteurs : Rock Hudson, Paula Prentiss, Maria Perschy, Charlene Holt, John McGiver, Roscoe Karns, James Westerfield, Norman Alden…

Scénario : John Fenton Murray & Steve McNeil, d’après la nouvelle “The Girl Who Almost Got Away” de Pat Frank

Photographie : Russell Harlan

Musique : Henry Mancini

Durée : 2h

Année de sortie : 1964

LE FILM

Si Roger Willoughby a écrit un excellent livre sur la pêche, personne ne se doute qu’il n’aime pas du tout ce sport, et encore moins les poissons. Pourtant, une publiciste va l’inscrire dans un concours de pêche où il va bien devoir gagner pour sauver la face…

Rétrospectivement, Le Sport favori de l’homme Man’s Favorite Sport ? est le préantépénultième, autrement dit l’avant-avant-avant-dernier long-métrage du grand Howard Hawks (1896-1977), qui ne devait réaliser par la suite que le méconnu Ligne rouge 7000Red Line 7000 (1965) avec James Caan en pilote automobile, ainsi que les deux déclinaisons de son chef d’oeuvre Rio Bravo (1959), à savoir El Dorado (1966) et Rio Lobo (1970) avec John Wayne. Deux ans après Hatari ! (1962) qui mettait à l’honneur la chasse, le cinéaste utilise un autre sport comme vecteur, la pêche, pour se pencher sur les rapports entre les hommes et les femmes dans Le Sport favori de l’homme. La pêche, ce « sport favori » éponyme en version française, n’est pas plus celle du poisson que celle de l’homme ou de la femme devenant la proie ou le prédateur de l’autre. Certes, il y a bien un concours de pêche dans Man’s Favorite Sport ? (le point d’interrogation indique d’ailleurs le questionnement sur la nature de l’activité physique en question), mais le spectateur assiste avant tout au jeu de séduction savamment orchestré par maître Hawks entre Rock Hudson et la sublimissime Paula Prentiss, dont la dynamique, le charisme, le talent et la sensualité renvoient à ceux de Katharine Hepburn et de Cary Grant dans L’Impossible Monsieur BébéBringing up Baby plus de 25 ans auparavant, dont il reprend même quelques motifs et quiproquos. C’est dire l’immense réussite du Sport favori de l’homme, qui détonne quelque peu dans l’univers de la comédie hollywoodienne du moment et qui renvoie pour ainsi dire dix ans en arrière, mais avec laquelle Howard Hawks, 68 ans au moment du tournage, démontrait à quel point il en avait encore sous le capot, surtout lorsqu’il s’agit de mettre à mal la gent masculine et de mettre en valeur l’imposture généralisée de la société.

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Test Blu-ray / Ne dites jamais adieu, réalisé par Jerry Hopper

NE DITES JAMAIS ADIEU (Never Say Goodbye) réalisé par Jerry Hopper, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 8 décembre 2020 chez Elephant Films.

Acteurs : Rock Hudson, Cornell Borchers, George Sanders, Shelley Fabares, Ray Collins, David Janssen, Helen Wallace, John Wengraf…

Scénario : Charles Hoffman, d’après la pièce de Luigi Pirandello et le scénario de Notre cher amour (This Love of Ours) par Bruce Manning, John D. Klorer et Leonard Lee

Photographie : Maury Gertsman

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h36

Année de sortie : 1956

LE FILM

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un brillant chirurgien est séparé de sa femme après une dispute, et emmène sa fille. La croyant morte, ils seront en fait séparés par le rideau de fer pendant de longues années. Il la retrouve et entreprend de renouer avec elle une vie commune bien difficile.

Aucun doute, nous sommes en plein mélodrame hollywoodien des années 1950, mais point de Douglas Sirk derrière la caméra (quoique…mais nous y reviendrons), le maître en la matière, mais un réalisateur méconnu, Jerry Hopper (1907-1988) à qui l’on doit notamment Le Triomphe de Buffalo BillPony Express (1953) avec Charlton Heston et Rhonda Fleming. La cinquantaine se profilant à l’horizon, le réalisateur met les bouchées doubles et parvient à livrer quatre films en 1955, Le Fleuve de la dernière chanceSmoke Signal avec Piper Laurie, La Guerre privée du major BensonThe Private War of Major Benson, une fois de plus avec Charlton Heston, La Jungle des hommesThe Square Jungle avec Tony Curtis, et Son seul amour One Desire avec Rock Hudson. Ce dernier, multipliant les tournages, vient tout juste de retrouver Douglas Sirk pour le merveilleux Tout ce que le ciel permet All That Heaven Allows, quand il s’associe à nouveau avec Jerry Hopper pour Ne dites jamais adieu Never Say Goodbye, d’après la pièce Comme avant, mieux qu’avant de Luigi Pirandello et le scénario de Notre cher amourThis Love of Ours (1945) de William Dieterle, dont il s’agit ni plus ni moins du remake. En fait, Douglas Sirk avait démarré le tournage de Ne dites jamais adieu (on lui doit quelques scènes avec George Sanders), avant d’être remplacé par Jerry Hopper. Il n’est donc pas étonnant de retrouver à l’affiche de ce film la comédienne et chanteuse allemande Cornell Borchers, révélée en 1950 dans La Ville écarteléeThe Big Lift de George Seaton et qui venait alors de signer un contrat avec Universal. Ne dites jamais adieu lorgne évidemment sur les récents succès de Douglas Sirk et l’on ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser au Secret magnifique Magnificent Obsession, même si l’alchimie entre les comédiens ne peut égaler celle de Rock Hudson et Jane Wyman. Cornell Borchers, quelque peu rigide, manque de charisme et certaines de séquences dramatiques paraissent forcées. Si sa prestation s’avère correcte malgré tout, nous n’avons souvent d’yeux que pour Rock Hudson, impeccable, élégant et à fleur de peau. Si Ne dites jamais adieu n’est pas tombé dans l’oubli le plus total, c’est assurément grâce à cet immense comédien.

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Test Blu-ray / La Légende de l’épée magique, réalisé par Nathan Juran

LA LÉGENDE DE L’ÉPÉE MAGIQUE (The Golden Blade) réalisé par Nathan Juran, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 8 décembre 2020 chez Elephant Films.

Acteurs : Rock Hudson, Piper Laurie, Gene Evans, George Macready, Kathleen Hughes, Steven Geray, Edgar Barrier, Alice Kelley…

Scénario : John Rich

Photographie : Maury Gertsman

Musique : Irving Gertz & Herman Stein

Durée : 1h21

Année de sortie : 1953

LE FILM

Le grand et beau Harun, prince de Bassora, arrive à Bagdad pour venger la mort de son père. Il fait la découverte d’une mystérieuse épée magique qui lui est rapidement dérobée par le grand Vizir et son fils. Alors que le Calife est assassiné par les deux hommes, un tournoi est organisé pour obtenir les faveurs de la princesse…

C’est un film que l’on pourrait situer à la croisée d’Ali Baba et les Quarante Voleurs (1954) de Jacques Becker, Aladdin (1992) des studios Disney et la bande dessinée Iznogoud de René Goscinny et Jean Tabary. La Légende de l’épée magiqueThe Golden Blade est un digne représentant du divertissement hollywoodien des années 1950, qui proposait aux spectateurs du monde entier de s’évader pendant 80 ou 90 minutes, à travers de superbes décors en carton-pâte, des costumes scintillants, des comédiens sublimes, le tout avec si possible une petite touche exotique. Nous ne sommes pas déçus sur tous les points, y compris ce dernier puisque l’action se déroule au Moyen-Orient, d’où le fond de teint appuyé des acteurs et cette musique arabisante de Irving Gertz et Herman Stein, qui semble avoir grandement inspiré le légendaire Nuits d’Arabie du Aladdin de John Musker et Ron Clements. Comme son titre français l’indique, La Légende de l’épée magique est un conte qui aurait pu sortir des 1001 Nuits, mais que l’on doit finalement à l’imagination de John Rich, également réalisateur et qui connaîtra un triomphe avec son film Boeing Boeing (1965) d’après la pièce éponyme de Marc Camoletti. Un an après le merveilleux Qui donc a vu ma belle ? Has Anybody Seen My Gal ? de Douglas Sirk, la divine Piper Laurie et le magnifique Rock Hudson se retrouvent à l’écran. Leur complicité, leur sensualité et leur alchimie, ainsi que la fraîcheur de leur jeu font le sel de The Golden Blade, par ailleurs très bien mis en scène par l’excellent Nathan Juran (À des millions de kilomètres de la Terre, Les Premiers hommes dans la Lune), grand artisan et expert de la série B. La Légende de l’épée magique conserve un charme rétro inaltérable.

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Test Blu-ray / El Perdido, réalisé par Robert Aldrich

EL PERDIDO (The Last Sunset) réalisé par Robert Aldrich, disponible en combo Blu-ray+DVD le 17 février 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Rock Hudson, Kirk Douglas, Dorothy Malone, Joseph Cotten, Carol Lynley, Neville Brand…

Scénario : Dalton Trumbo d’après le roman de Howard Rigsby

Photographie : Ernest Laszlo

Musique : Ernest Gold

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Alors qu’elle engage son gigantesque troupeau vers le Texas, la famille Breckenridge reçoit la visite de Brendan O’Malley, un aventurier que le shérif Stribling poursuit pour le meurtre de son beau-frère. Si les deux hommes pactisent le temps de convoyer les bêtes, les embûches se multiplient sur le parcours, naturelles comme une tempête de sable, guerrières comme l’attaque d’indiens rebelles. La tension monte encore lorsque O’Malley séduit la jeune Missy Breckenridge…

Robert Aldrich sort de Trahison à AthènesThe Angry Hills (1959), “un film décevant, non parce qu’il n’est pas bon, mais parce qu’il aurait pu être bon” dixit le réalisateur. Ce dernier décide de revenir au western (et aux Etats-Unis), en acceptant de mettre en scène El Perdido, titre « français » de The Last Sunset, écrit par Dalton Trumbo, alors inscrit sur la tristement célèbre liste noire de Hollywood et exilé au Mexique. Juste avant d’être rayé de cette liste en 1960, le scénariste adapte donc un roman de Howard Rigsby. Seulement voilà, Kirk Douglas, tête d’affiche du film est également producteur exécutif d’El Perdido (via sa société Bryna Films) et les relations avec Robert Aldrich seront houleuses sur le plateau. Par ailleurs, le comédien reprendra le montage à son avantage en post-production, laissant un goût d’inachevé pour tout le monde. Pourtant, à l’écran et en dehors de quelques critiques professionnels, le résultat est on ne peut plus honorable et El Perdido demeure un excellent divertissement, dans lequel Kirk Douglas et Rock Hudson rivalisent de charisme et de talent.

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Test DVD / Qui donc a vu ma belle ?, réalisé par Douglas Sirk

QUI DONC A VU MA BELLE ? (Has Anybody Seen My Gal ?) réalisé par Douglas Sirk, disponible le 28 janvier 2020 en DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Piper Laurie, Rock Hudson, Charles Coburn, Gigi Perreau, Lynn Bari, William Reynolds, Larry Gates, Skip Homeier, Paul Harvey, Paul McVey, Gloria Holden, Frank Ferguson, Forrest Lewis…

Scénario : Joseph Hoffman d’après une histoire originale d’Eleanor H. Porter

Photographie : Clifford Stine

Musique : Herman Stein

Durée : 1h25

Année de sortie : 1952

LE FILM

Fin des années 1920. Âgé, Samuel Fulton se trouve sans héritier pour sa fortune colossale. Il décide de laisser tout ce qu’il possède aux enfants d’Harriet, son premier amour, qui avait refusé sa demande en mariage quand il était jeune, le jugeant trop pauvre. Mais celui-ci souhaite d’abord tester Harriet et sa famille : il se fait alors passer pour un artiste excentrique et s’installe chez eux…

En 1952, Douglas Sirk ne se repose pas sur ses lauriers et sa nouvelle comédie Qui donc a vu ma belle ?, toujours pour le compte des studios Universal, sort sur les écrans américains moins d’un mois après No Room for the Groom. Mettant en scène une nouvelle fois la pimpante Piper Laurie, il signe sa première collaboration avec le comédien Rock Hudson. Le générique change du tout au tout, le cinéaste allemand est désormais passé à la couleur, plus exactement au Technicolor (sublime photo de Clifford Stine), avec virtuosité. Le ton y est plus dramatique et acerbe que pour No room for the groom, même si le côté conte de fées de la première partie n’en donne pas l’air. Le cinéaste allemand ne l’a jamais nié, la comédie lui a servi de tremplin pour développer la face cachée de l’American Dream, pour critiquer les valeurs familiales de la bourgeoisie américaine et l’ambition.

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Test Blu-ray / Les Affameurs, réalisé par Anthony Mann

LES AFFAMEURS (Bend of the River) réalisé par Anthony Mann, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 19 mars 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : James Stewart, Arthur Kennedy, Julie Adams, Rock Hudson, Lori Nelson, Jay C. Flippen, Chubby Johnson, Stepin Fetchit, Harry Morgan, Howard Petrie…

Scénario : Borden Chase d’après le roman Bend of the Snake de Bill Gulick

Photographie : Irving Glassberg

Musique : Hans J. Salter

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Deux hommes au passé trouble, Glyn McLyntock et son ami Emerson Cole, escortent la longue marche d’un convoi de pionniers. Arrivés à Portland, les fermiers achètent des vivres et du bétail que Hendricks, un négociant de la ville, promet d’envoyer avant l’automne. Les mois passent et la livraison se fait attendre. McLyntock alors retourne à Portland avec Baile, le chef du convoi. Ils découvrent une ville en proie à la fièvre de l’or. Hendricks, qui prospère en spéculant sur ce qu’il vend aux prospecteurs, refuse de livrer la marchandise. Cole et McLyntock s’en emparent de force. Mais les vivres suscitent la convoitise de tous…

Les AffameursBend of the River (1952) est le second des cinq westerns qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart après Winchester 73Winchester ’73 (1950) et avant L’Appât – The Naked Spur (1953), Je suis un aventurierThe Far Country (1954) et L’Homme de la plaineThe Man from Laramie (1955). Entre deux westerns, les deux fidèles collaborateurs auront même le temps d’emballer en 1953 un film d’aventure, Le Port des passionsThunder Bay et un biopic sur le musicien Glenn Miller intitulé Romance inachevéeThe Glenn Miller Story. Sans oublier le drame de guerre Strategic Air Command. C’est donc une affaire qui roule entre le réalisateur et le comédien. Les Affameurs, western très librement adapté du roman de Bill Gulick (paru en 1950 et dont les droits avaient été achetés par James Stewart lui-même) par Borden Chase (scénariste de La Rivière rouge d’Howard Hawks et plus tard de Vera Cruz de Robert Aldrich), demeure une des références du genre.

D’origine autrichienne et allemande, de son vrai nom Emil Anton Bundsmann, Anthony Mann (1906-1967) est l’un des plus grands réalisateurs américains de l’histoire du cinéma, spécialisé notamment dans le western, à l’instar de ses confrères Howard Hawks, Henry Hathaway et John Ford. Ancien comédien, régisseur de théâtre, il fonde une troupe de théâtre dans les années 1930 où officie également un certain James Stewart. Il commence dans le cinéma en supervisant les essais des acteurs et actrices pour le compte de la Selznick International Pictures. Puis, c’est aux côtés de Preston Sturges qu’il fait ses premiers pas en tant qu’assistant à la Paramount, avant de passer lui-même derrière la caméra en 1942 avec Dr. Broadway. Il se fait la main sur quelques séries B, en passant d’un genre à l’autre. Mais c’est en 1950 qu’il connaît son premier grand succès avec La Porte du diable.

Anthony Mann, parvient à mettre en scène un film progressiste en jouant avec la censure, même si l’industrie hollywoodienne est alors menacée par la fameuse chasse aux sorcières. Oeuvre engagée, le metteur en scène y prend ouvertement la défense des indiens. Sans cesse oublié et évincé au profit de La Flèche brisée, film également pro-indien de Delmer Daves, La Porte du diable demeure un chef d’oeuvre du genre, noir (certains cadrages sont dignes d’un thriller), âpre, pessimiste sur la condition humaine, magnifiquement réalisé et photographié. Il entame son association avec James Stewart, alors que le western est un genre en complète mutation.

Dans Les Affameurs, point de « sensationnalisme » ni véritablement d’action, à part dans la toute dernière partie à travers un affrontement où cela canarde beaucoup dans des paysages entre neige et nature boisée, souvent noyés dans la poussière. Les Affameursest avant tout un drame humaniste porté par des acteurs exceptionnels qui campent des personnages complexes et très attachants, comme souvent chez Anthony Mann en quête de rachat et de reconnaissance d’eux-mêmes.

James Stewart est Glyn McLyntock. Cet homme mène un convoi de pionniers en 1846 dans les montagnes de l’Oregon pour y coloniser les territoires vierges, cultiver des terres et bâtir une ville. Alors qu’il part en éclaireur, McLyntock tombe sur une scène de pendaison et sauve Emerson Cole (troublant Arthur Kennedy) accusé du vol d’un cheval. Cole reconnaît rapidement que McLyntock est l’un des plus célèbres pillards de la frontière du Missouri. C’est à l’occasion d’une attaque d’indiens que McLyntock se révèle d’un sang-froid et d’une adresse aussi inouïe que suspecte. Au cours de l’attaque, Laura Baile (ravissante Julie Adams, L’Étrange Créature du lac noir de Jack Arnold), la fille de Jeremy Baile (Jay C. Flippen et sa tronche légendaire), le responsable du convoi, est blessée. Cole et McLyntock conviennent d’escorter la caravane ensemble jusqu’à Portland. Ils se lient d’amitié mais avec une prudente et étrange retenue. Arrivés à Portland, Jeremy Baile et les colons affrètent un bateau à vapeur. Ils achètent de la nourriture qui doit leur être livrée pour le début septembre, avant les neiges, auprès du négociant local Hendricks. La fille de Baile est soignée par le capitaine du bateau à vapeur et restera pour sa convalescence à Portland. Cole reste également à Portland. Une fois arrivés dans la vallée, les colons développent leur ville. Mais mi-octobre, alors que les premières neiges sont sur le point de tomber, la nourriture achetée pour 5 000 dollars à Hendricks n’est toujours pas livrée. McLyntock et Baile retournent à Portland. Ils trouvent la ville transformée par la ruée vers l’or. Les biens alimentaires ont été frappés par l’inflation. Avec l’aide du capitaine Mello, McLyntock et Baile chargent le bateau à vapeur des biens que les colons avaient achetés au négociant. McLyntock va trouver Hendricks, devenu cupide, qui ne veut pas livrer les provisions dues. Grâce à l’intervention de Cole et de son protégé Trey Wilson (Rock Hudson, 27 ans, dans l’une de ses premières apparitions au cinéma), McLyntock échappe aux hommes de main d’Hendrick. Hendricks part à la poursuite de McLyntock afin de récupérer les biens.

On le voit bien à ce résumé, Les Affameurs est une suite ininterrompue de rebondissements et de retournements de situation. Sur un rythme endiablé, Anthony Mann parvient à capter et surtout à maintenir l’attention du début à la fin, durant 90 minutes où il expose le cadre et les personnages, sans jamais tomber dans les stéréotypes habituels, tout en faisant confiance à l’intelligence du spectateur pour reconstituer le passé du personnage principal auquel on s’attache immédiatement. D’ailleurs, comme dans bon nombre de films d’Anthony Mann, les protagonistes ne sont jamais irréprochables, ni tout à fait des ordures. La balance entre le bien et le mal est autant fragile que constante, à l’instar des deux personnages campés par James Stewart et Arthur Kennedy, qui apparaissent souvent comme le côté pile et face d’une même pièce. Les deux acteurs sont souvent filmés dos à dos, comme si l’un était le double de l’autre. Certains y verront même une fascination ou même un rapport quasi-amoureux dans leur façon de se regarder et de se toucher. Il faudra attendre le troisième acte, pour que l’un se décide à déséquilibrer définitivement la balance, pour les opposer une fois pour toutes.

Avec une science du cadre et une violence contenue qui finit inévitablement par exploser, Anthony Mann est alors en pleine possession de ses moyens et signe un film anthologique dans lequel James Stewart bouffe l’écran et – cavalier émérite – s’investit dans les scènes d’action pour lesquelles il réalise lui-même la plupart des cascades. Le comédien impressionne dans la peau de ce personnage ambigu, apparemment simple convoyeur, qui manie pourtant le pistolet avec dextérité et qui fait mouche à tous les coups. Qui est cet homme ? Pourquoi risque-t-il sa vie pour ces pionniers malgré les menaces qui pèsent sur eux? Anthony Mann entretient le mystère autour de ce Glyn McLyntock dont on ne sait rien ou pas grand-chose et les révélations se font au compte-gouttes.

Oeuvre majeure, Les Affameurs subjugue par son sens inouï du cadre, la beauté des décors naturels de l’Oregon, la mise en scène sans cesse inspirée, tout comme la photo signée par l’immense chef opérateur Irving Glassberg, grand collaborateur de George Sherman. Par ailleurs, Anthony Mann signe ici son premier film en Technicolor.

LE BLU-RAY

Attention, Rimini Editions frappe fort une fois de plus ! Trois mois après sa fabuleuse sortie consacrée aux Vikings de Richard Fleischer, c’est au tour des Affameurs de se voir bichonner par l’éditeur. Le chef d’oeuvre d’Anthony Mann, sorti il y a quinze ans dans une édition DVD obsolète chez Universal Pictures France, réapparaît ici sous la forme d’un magnifique coffret-Digibook composé du DVD, du Blu-ray et du fac-similé du numéro de L’Avant-Scène Cinéma (février 2019) entièrement consacré au film Les Affameurs ! 98 pages qui font évidemment office de supplément à part entière et dont nous vous reparlons plus bas. Un objet très convoité par les passionnés de western et de cinéma en général. N’attendez pas ! Le menu principal est animé et musical.

En ce qui concerne les suppléments vidéo, nous trouvons tout d’abord une conversation (41’) entre les critiques de cinéma Mathieu Macheret (Le Monde) et Bernard Benoliel (directeur de l’action culturelle et éducative à la Cinémathèque française). Si le premier est un maintenant un habitué chez Rimini (y compris chez ESC Editions) et prouve une fois de plus qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il a devant lui un confrère pour lui renvoyer la balle, le second s’en tire excellemment et apporte dans un premier temps moult informations sur Anthony Mann, son parcours, ses débuts au cinéma, ses collaborations avec James Stewart. Puis, les deux critiques échangent sur le film qui nous intéresse en croisant intelligemment le fond et la forme, avec une passion contagieuse. Cette analyse pointue, mais très accessible, replace ainsi Les Affameurs dans la filmographie d’Anthony Mann, mais aussi dans l’ensemble des cinq associations avec le comédien principal. Le casting, les thèmes principaux, le travail sur le cadre, l’importance de la nature, l’influence de John Ford et bien d’autres éléments sont donc abordés au cours de cette présentation évidemment indispensable.

Dirigez-vous immédiatement au supplément suivant. Véritable trésor d’archives, voici une interview audio (vostf) de James Stewart réalisée en 1973 par Joan Bakewell au National Film Theatre (1h14). Dans une salle qu’on imagine bondée et croulant sous les applaudissements, le comédien brasse une grande partie de son immense carrière et répond aux questions de la grande journaliste britannique. A l’heure où son dernier film sorti sur les écrans était Le Rendez-vous des dupes (Fools’ Parade) d’Andrew V. McLaglen, et que ses apparitions au cinéma allaient devenir très rares (il allait tourner encore six longs métrages), James Stewart revient avec un humour dévastateur sur ses collaborations avec Frank Capra (la façon dont le cinéaste lui a vendu La Vie est belle vaut le détour), Alfred Hitchcock (le tournage de La Corde), John Ford, sans oublier bien sûr Anthony Mann. Le mythique acteur s’exprime aussi sur son père, sur ses débuts au théâtre et à Hollywood, sur la représentation de la violence au cinéma et sur son évolution. Si l’écoute se fait sur un montage en boucle de photos tirées des Affameurs, on se délecte de chaque souvenir et de l’esprit vif de la légende hollywoodienne.

Après ces bonus, il est temps désormais de dévorer le numéro de L’Avant-scène Cinéma consacré aux Affameurs. Richement et magnifiquement illustrée, cette revue mensuelle comprend plusieurs dossiers excellemment écrits par Jean-Philippe Guérand, Jean Ollé-Laprune, Pierre-Simon Gutman, Gérard Camy, Jean-Claude Missiaen, mais aussi une revue de presse, des dessins, de la filmographie d’Anthony Mann, de la fiche artistique des Affameurs. Last but nos least, près de 45 pages sont consacrées à la rédaction du découpage plan par plan du film, relevé et traduit par René Marx, avec également les dialogues français et anglais.

L’Image et le son

Le cadre 1.33 (16/9) est évidemment respecté et demeure le point fort de cette édition HD. Sinon le master est assez propre, en dépit de quelques poussières et points encore notables (la restauration a visiblement quelques années) et certains contrastes manquent de densité. La gestion du grain est aléatoire avec des séquences plus ou moins marquées selon la luminosité. Même chose pour les scènes sombres avec des noirs pas aussi concis que nous pouvions l’espérer, tout comme le piqué peu aiguisé. Des effets de pompage sont également constatés (surtout sur les plans sombres) et la colorimétrie s’avère parfois terne, pour ne pas dire fanée avec un stock-shot émoussé. La copie est cependant très stable, certains détails ressortent comme le décor artificiel de nuit avec ses toiles peintes et les textures des costumes. Notons également que les comédiens et certains accessoires semblent parfois entourés par un halo vert caractéristique d’un tournage en Technicolor trichrome. Pas le plus beau master HD proposé par Rimini, mais ce Blu-ray au format 1080p a au moins le mérite d’exister !

Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français non imposés) ou la version française (qui change les noms des personnages…), la restauration est satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, plus axée sur les voix, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options.

Crédits images : © Universal Pictures / Rimini Editions / ESC Distribution / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr