Test Blu-ray / L’Ambassadeur, réalisé par J. Lee Thompson

CHANTAGE EN ISRAËL : L’AMBASSADEUR (The Ambassador) réalisé par J. Lee Thompson, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 1er mars 2022 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Robert Mitchum, Ellen Burstyn, Rock Hudson, Fabio Testi, Donald Pleasence, Chelli Goldenberg, Michal Bat-Adam, Ori Levy.…

Scénario : Ronald M. Cohen & Max Jack, d’après le roman Fifty-Two Pickup d’Elmore Leonard

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Dov Seltzer

Durée : 1h32

Date de sortie initiale: 1984

LE FILM

Années 80. Avec l’aide de son conseiller, un ambassadeur américain en Israël tente d’instaurer la paix en Palestine au moyen de méthodes non conventionnelles alors que sa femme entame une liaison avec un responsable de l’OLP. Ses efforts sont contrariés à chaque étape. Tentative d’assassinat, chantages se multiplient. Les intérêts en cause deviennent des enjeux majeurs.

Plus fort que Chuck Norris, Robert Mitchum à la Cannon est capable de résoudre le conflit israélo-palestinien. Ouais. A 67 ans, le comédien se fait rare sur les écrans au début des années 1980. Après Nightkill de Ted Post, dans lequel il donne la réplique à la superbe Jaclyn Smith, puis That Championship Season de Jason Miller, où il est très bien entouré (Bruce Dern, Stacy Keach, Martin Sheen et Paul Sorvino sont de la partie), « Mitch » signe avec la Cannon et tient le haut de l’affiche d’un thriller politique, d’espionnage et d’action intitulé Chantage en Israël – The Ambassador, ou L’Ambassadeur. L’introduction donne le ton sur le caractère « sérieux » de l’entreprise. « Le Moyen-Orient est un baril de poudre prêt à exploser. Un assemblage de conflits religieux et de factions politiques. Le PLO, l’Organisation de Libération de la Palestine a juré de ne jamais reconnaître le droit à l’existence d’Israël et de se battre jusqu’à la création d’un pays pour les palestiniens. Le PLO voudrait parlementer. Un groupe dissident, Saïka, le groupe terroriste le plus violent répand la terreur en Israël et dans les pays arabes, afin d’empêcher tout rapprochement et pourparler de paix. En Israël, deux courants opposés. Les modérés, prêts à négocier avec le PLO, et les extrémistes de l’ultra-droite qui refuse l’idée d’un État palestinien. Le Mossad est l’agence de renseignement du gouvernement d’Israël. Au milieu de ce conflit, un homme, L’Ambassadeur ! ». Ça va chauffer ! Et Robert Mitchum a beau avoir du mal à marcher parfois, rien ne l’arrêtera, même pas l’infidélité de son épouse (Ellen Burstyn, qui nous gratifie d’un superbe topless à plus de 50 ans) dont certains essayent pourtant de tirer profit. Il est comme ça Bob avec sa petite bedaine gonflée de whisky et ses yeux de Droopy, toujours furieusement charismatique, nonchalant et le rictus moqueur ! Réalisé par J. Lee Thompson, L’Ambassadeur ressemble à un long épisode de série TV, dont la naïveté est confondante et tire le film vers la comédie involontaire, mais qui n’en demeure pas moins extrêmement divertissante. Enfin, il s’agit aussi et surtout de l’ultime apparition au cinéma du grand Rock Hudson, 58 ans (et qui en avait encore sacrément sous le capot), déjà malade du SIDA, qui allait l’emporter l’année suivante.

L’ambassadeur américain en Israël Peter Hacker (Robert Mitchum) et le chef de la sécurité Frank Stevenson (Rock Hudson) sont en route vers un lieu secret dans le désert de Judée pour rencontrer des représentants de l’Organisation de libération de la Palestine. Cela fait partie du plan secret de Hacker pour que les jeunes juifs et musulmans entament un dialogue pacifique. Un hélicoptère israélien armé localise et perturbe la réunion en tirant dessus, faisant plusieurs morts. Hacker et Stevenson survivent et sont appréhendés par l’armée israélienne. Alex Hacker (Ellen Burstyn), la femme solitaire de l’ambassadeur est à Jérusalem où elle rencontre secrètement son amant. Cependant, elle est suivie et leur rendez-vous est filmé par une entité inconnue. Hacker et Stevenson sont emmenés au bureau du ministre israélien de la Défense Eretz (Donald Pleasence) qui les confronte pour ne pas l’avoir informé de la réunion et réitère son opposition aux efforts de paix de Hacker. De retour à l’ambassade américaine, Stevenson prend contact avec un supérieur secret où il exprime ses inquiétudes et souhaite voir la fin de la mission de Hacker en tant qu’ambassadeur. Lors d’une réception diplomatique plus tard dans la nuit, Alex est ivre. Elle part tôt en taxi pour retrouver son amant. Alors qu’elle appelle son mari depuis une cabine téléphonique devant son appartement, une explosion se produit la blessant et tuant plusieurs autres personnes. Hacker et Stevenson retournent à la résidence de l’ambassadeur, ne sachant pas où se trouve Alex. Hacker est appelé par un inconnu lui disant de venir dans une salle de cinéma, seul. Après son arrivée, il entre dans le bâtiment endommagé où le film prouvant l’infidélité de sa femme passe sur un écran de cinéma. Stevenson, qui n’est pas loin derrière, le découvre aussi. Hacker est informé que sa femme est en sécurité et qu’elle se rétablit complètement dans un hôpital. De retour dans son bureau, Hacker est à nouveau contacté. Les conditions sont posées : Si un million de dollars n’est pas versé, le film sera diffusé et une copie privée sera mise à la disposition du président des États-Unis.

Yoram Globus et Menahem Golan sont malins. Détenteurs des droits d’adaptation au cinéma du roman Fifty-Two Pickup d’Elmore Leonard, ils produisent donc en 1984 L’Ambassadeur : Chantage en Israël The Ambassador. Si le casting constitué de Robert Mitchum, Ellen Burstyn, Rock Hudson, Fabio Testi et Donald Pleasence est on ne peut plus attractif, le film s’éloigne totalement du livre. Deux ans plus tard, une nouvelle mouture sera écrite par le scénariste John Steppling (Animal Factory de Steve Buscemi), qui reviendra à la trame du roman original, à tel point qu’Elmore Leonard sera également crédité au scénario, sans avoir participé au film mis en scène par John Frankenheimer. Nous ne comparerons pas les deux versions, car L’Ambassadeur (écrit par Ronald M. Cohen, scénariste d’Un homme fait la loi avec Burt Kennedy et de L’Ultimatum des trois mercenaires de Robert Aldrich) ne peut pas rivaliser avec l’efficacité de la seconde, plus sombre, plus violente et réaliste sans doute. L’opus de Jack Lee Thompson, qui enchaînait alors les « C(ann)oneries » avec Le Justicier de minuit 10 to Midnight et L’Enfer de la violence The Evil That Men Do et avant Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon King Solomon’s Mines, La Loi de Murphy Murphy’s Law, Le Justicier braque les dealers Death Wish 4 : The Crackdown, Le Messager de la mort Messenger of Death, etc, se donne des airs, mais se prend les pieds dans le tapis instantanément, dès qu’il aborde frontalement les enjeux politiques. Finalement, on oublie rapidement le côté surréaliste (on peut même dire quasi-fantastique à ce point-là), pour profiter au mieux de cet enchaînement de scènes d’action brutales et de discours qui n’ont rien à envier à celui de Bill Pullman dans Independence Day de Roland Emmerich.

Les méchants aux mines patibulaires sont filmés en gros plan derrière des grilles, effet renforcé par la musique de Dol Seltzer (Savage Weekend) qui indique, si le spectateur ne l’avait pas compris lui-même, qu’il s’agit d’un terroriste prêt à tout. Pendant ce temps, notre héros Peter Hacker, nouvellement nommé Ambassadeur en Israël, se promène les mains dans les poches de son pantalon relevé jusqu’à la poitrine, tente de ramener la paix au Moyen-Orient par des moyens non conventionnels, tout en esquivant de façon très détendue les attaques voulant le mettre hors d’état de nuire. Heureusement que son garde du corps Frank Stevenson est toujours présent pour lui sauver la mise et surtout pour enquêter au final, Hacker ne faisant pas grand-chose, privilégiant le dialogue comme tout diplomate qui se respecte.

La Cannon, en quête de crédibilité, s’essaye donc au film à message, avec toute la finesse qui la caractérisait, même si l’ensemble ne prend pas parti, contrairement à Delta Force, coécrit, coproduit et réalisé par Menahem Golan lui-même deux ans plus tard. Du coup, le dernier acte s’en donne à coeur joie, ça défouraille dans tous les sens de façon bien bourrin, avec les éclats de balles filmés en gros plans, ainsi que la douleur et l’agonie des victimes. Le pire, c’est que l’on peut prendre un plaisir régressif et évidemment totalement assumé (ceux qui diront « coupable » devraient commencer à accepter le fait d’aimer des mauvais films) devant ce spectacle efficace.

LE BLU-RAY

Cinq mois après Paiement Cash, autre adaptation du même roman d’Elmore Leonard, L’Ambassadeur débarque lui aussi en DVD et Combo Blu-ray + DVD, également chez Sidonis Calysta, prolongeant ainsi la collection J. Lee Thompson, qui comprend déjà Le Messager de la mort, Le Justicier braque les dealers, La Loi de Murphy, Le Justicier de minuit, Passeur d’hommes, Le Bison Blanc, L’Or de Mackenna et Les Rois du soleil, anthologie qui sera prochainement complétée par Kinjite : Sujet tabou au mois de juin. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur a demandé à Patrick Brion de nous présenter L’Ambassadeur (8’30). Si cela le sort de son registre habituel, l’historien du cinéma s’avère étrangement plus prolixe que dernièrement pour nous parler du film de J. Lee Thompson. Il aborde l’adaptation du roman d’Elmore Leonard, Fifty-Two Pickup, le livre étant complètement trahi et qui servira de nouveau deux ans plus tard pour Paiement Cash de John Frankenheimer, produit cette fois encore par la Cannon. Patrick Brion évoque le casting, la carrière du réalisateur (on apprend que Telly Savalas avait été pressenti pour le rôle finalement tenu au dernier moment par Rock Hudson) et l’histoire « curieuse » du film.

Tous ces arguments, et bien plus d’ailleurs, seront repris et détaillés dans l’intervention suivante, celle du réalisateur, du monteur et scénariste Emmanuel Laborie (18’). On revient ici plus précisément sur le premier projet de transposition du roman d’Elmore Leonard (en 1975, avec Joe Don Baker, sous la direction de Menahem Golan), qui restera finalement dans les tiroirs jusqu’à 1984. Emmanuel Laborie passe en revue l’histoire du livre original et pointe les grandes différences avec le film de J. Lee Thompson, indique que le scénario est « habile et plein de sous-intrigues », dissèque les intentions (de pas prendre position, en montrant les deux parties adverses), passe en revue la carrière du metteur en scène, le casting et l’exploitation du film en VHS dans nos contrées (celui-ci n’est jamais sorti au cinéma).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce américaine et le trailer international de L’Ambassadeur.

L’Image et le son

Le dépoussiérage de ce master HD se révèle plutôt impressionnant. Rien de tel qu’une copie aussi bien restaurée pour apprécier le film à sa juste valeur, une grosse série B. L’apport HD est flagrant sur les séquences en extérieur, la colorimétrie retrouve une nouvelle jeunesse, les ambiances nocturnes sont très belles, la stabilité est de mise et la clarté impressionne sur les scènes diurnes. Si quelques baisses de la définition se font ressentir et que diverses poussières et rayures verticales ont pu échapper au lifting, l’ensemble demeure de fort bonne facture et la texture argentique est bien gérée. Jamais sorti en DVD en France, L’Ambassadeur profite joliment de cet upgrade.

Les pistes française et anglaise bénéficient d’une piste DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux options acoustiques sont du même acabit, dynamiques et ardentes, homogènes au niveau des effets (encore plus efficaces en VF), des dialogues (le doublage est tordant, l’immense Jean-Claude Michel prêtant sa ici sa voix à Robert Mitchum) et la musique. La version originale restitue avec plus de naturel la partition eighties de Dov Seltzer, les scènes de meurtres sont percutantes et la balance frontale très bien équilibrée. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / MGM / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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