Test Blu-ray / Le Brave et la Belle, réalisé par Budd Boetticher

LE BRAVE ET LA BELLE (The Magnificent Matador) réalisé par Budd Boetticher, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 mai 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Maureen O’Hara, Anthony Quinn, Manuel Rojas, Richard Denning, Thomas Gomez, Lola Albright, William Ching, Eduardo Noriega…

Scénario : Charles Lang, d’après une histoire originale de Budd Boetticher

Photographie : Lucien Ballard

Musique : Raoul Kraushaar

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Toréador célèbre au Mexique, capable de surmonter sa peur en dépit du mauvais pressentiment d’un grave accident, Luis Santos accepte de suivre le débutant Rafael Reyes pour ses premiers pas dans l’arène. Le secret de sa prémonition, Luis Santos le garde cependant pour lui. Il est de plus en plus attiré par Karen Harrison, une riche américaine, qui paraît fascinée par cet homme qui met sa vie en danger pour le plus grand bonheur de ses aficionados, depuis qu’elle l’a remarqué à Madrid en train de terrasser un impressionnant taureau. Malgré cette passion dévorante, le jour de la corrida, celui de tous les dangers arrive et avec lui son lot de révélations.

C’est par amitié pour Anthony Quinn, que Budd Boetticher (1916-2001) écrit Le Brave et la Belle The Magnificent Matador, voyant qu’en dépit de ses deux Oscars (ceux du meilleur acteur dans un second rôle pour Viva Zapata! et La Vie passionnée de Vincent van Gogh) le comédien peinait à trouver un rôle digne de ce nom et était même quelque peu oublié par les studios. S’il se voit imposer le titre The Magnificent Matador (qu’il jugeait lamentable) par la Twentieth Century-Fox, Budd Boetticher était fier de ce film qui sortait alors Anthony Quinn – avec lequel il avait déjà tourné à trois reprises – de ses personnages habituels, dans lesquels le monde du cinéma semblait vouloir l’enfermer. Ainsi, après La Cité sous la mer City Beneath the Sea, L’Expédition du Fort King Seminole et À l’est de Sumatra East of Sumatra, Anthony Quinn accède au haut de l’affiche grâce à Budd Boetticher (les deux hommes se connaissaient depuis le tournage d’Arènes sanglantesBlood and Sand – 1941 de Rouben Mamoulian, sur lequel le second était conseiller sur la corrida), quasiment au même moment que La Strada de Federico Fellini. Après avoir triomphé dans les seconds rôles, l’acteur devient une star internationale. Dans Le Brave et la Belle, il dévoile une nouvelle facette de son jeu, une sensibilité qu’on lui a rarement demandée d’exprimer, des fêlures, des larmes aussi. Son face-à-face avec la magnifique Maureen O’Hara subjugue et on se prend rapidement d’affection pour ces deux êtres solitaires, auxquels il ne manque pourtant rien ou pas grand-chose pour être heureux, qui n’auraient sans doute jamais dû se rencontrer car ne faisant pas partie du même monde, mais que le destin va pourtant réunir. Et c’est superbe.

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Test Blu-ray / Marcel et monsieur Pagnol, réalisé par Sylvain Chomet

MARCEL ET MONSIEUR PAGNOL réalisé par Sylvain Chomet, disponible en DVD & Blu-ray le 15 mai 2026 chez Wild Side Video.

Acteurs : Laurent Lafitte, Géraldine Pailhas, Thierry Garcia, Anaïs Petit, Vincent Fernandel…

Scénario : Sylvain Chomet, d’après l’essai Confidences de Marcel Pagnol

Photographie : Elric Lefeuvre

Musique : Stefano Bollani

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

À l’apogée de sa gloire, Marcel Pagnol reçoit la commande d’une rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours… En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été lui apparaît soudain. Ses souvenirs resurgissent au fil des mots. Le plus grand conteur de tous les temps devient le héros de sa propre histoire.

Il y a une dizaine d’années, Nicolas Pagnol, petit-fils du grand Marcel et qui s’occupe (merveilleusement bien) du patrimoine de son aïeul, avait contacté le réalisateur Sylvain Chomet (né en 1963), pour un documentaire centré sur cette légendaire figure marseillaise. Un projet qui devait mêler images d’archives et animation. Mais plus à l’aise quand il intègre de véritables images dans un film d’animation, et non pas le contraire, le metteur en scène des Triplettes de Belleville et de L’Illusionniste (premier lauréat du César du meilleur film d’animation), revient finalement à ses premières amours. Ainsi, Sylvain Chomet pouvait laisser libre cours à sa fantaisie pour signer un magnifique biopic entièrement animé. Film biographique donc, mais aussi et surtout remarquable hommage à la vie et à l’oeuvre d’un des plus grands conteurs hexagonaux, Marcel et monsieur Pagnol condense soixante ans d’une folle existence, placée sous le signe de la création, de l’amitié, des amours contrariées aussi, où trône avant tout le souvenir d’une mère, Augustine, emportée par une pneumonie à l’âge de 36 ans, à laquelle il avait promis de devenir célèbre. Outre le plaisir de retrouver l’univers, le trait, l’humour, l’hyper-sensibilité de Sylvain Chomet, on se laisse porter et hypnotiser par ce miracle cinématographique, qui convoque le spectre de Marcel Pagnol, dialogue avec lui, pour nous offrir un très large tour d’horizon d’un de nos plus grands artistes. Passionnant chef d’oeuvre remplit de rires et d’émotions, de décors fantastiques, de personnages hauts en couleur, de tendresse injustement boudé dans les salles à sa sortie avec à peine 200.000 entrées, Marcel et monsieur Pagnol mérite donc une deuxième chance.

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Test Blu-ray / Shelter, réalisé par Ric Roman Waugh

SHELTER réalisé par Ric Roman Waugh, disponible en DVD & Blu-ray le 19 juin 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Jason Statham, Bodhi Rae Breathnach, Michael Shaeffer, Anna Crilly, Bill Nighy, Harriet Walter, Eugenia Caruso, Celine Buckens…

Scénario : Ward Parry

Photographie : Martin Ahlgren

Musique : David Buckley

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Mason vit isolé sur une île écossaise. Après avoir sauvé une jeune fille de l’océan lors d’une terrible tempête, il déclenche une série d’événements qui provoquent une violente attaque dans son refuge…

Il court et distribue encore des mandales le sieur Statham, quand bien même la soixantaine se rapproche de plus en plus pour le comédien britannique ! Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il enchaîne les tournages, mais aussi les succès commerciaux (A Working Man, The Beekeeper, En eaux (très) troubles,Un homme en colère) qui lui permettent de rester dans le « secteur ». Dans Shelter, le bougre prouve qu’il en a encore sérieusement sous le capot (et cela sans se forcer, un comble), mais que prendre de la bouteille lui a sied à merveille. Très charismatique avec sa tronche burinée surmontée d’une barbe poivre et sel, ce qui lui donne un petit air de Philippe Etchebest et fait penser à un épisode dégénéré de Cauchemar en cuisine, Jason Statham trouve l’un de ses meilleurs rôles dans Shelter. On doit cet opus au solide Ric Roman Waugh (en remplacement de l’islandais Baltasar Kormákur, prévu au préalable derrière la caméra), ancien cascadeur de renom (sur Invasion Los Angeles, L’Arme fatale 2, Tango & Cash, Total Recall, Last Action Hero), passé à la mise en scène dans les années 2000 et qui a connu quelques hits au box-office, souvent liés à son complice Gerard Butler (Greenland – Le Dernier refuge, La Chute du Président). La même année que la déconvenue de Greenland : Migration, le réalisateur livrait pour Prime Video le Shelter en question. Parallèlement à la saga Fast & Furious et Expendables (celle-là, il semblerait qu’elle soit enfin terminée), Jason Statham continue toujours de tracer sa route avec un voire deux films par an. Shelter est un très bon cru, un divertissement bad-ass qui a la classe, qui se la pète comme il faut (parce qu’il peut se le permettre aussi), brillamment mis en scène par un Ric Roman Waugh beaucoup plus inspiré que sur la suite (et fin) des aventures de Butler contre les météorites, prenant comme à la bonne époque des films d’action des années 90. On en redemande !

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Test Blu-ray / Le Voleur de crimes, réalisé par Nadine Trintignant

LE VOLEUR DE CRIMES réalisé par Nadine Trintignant, disponible en Blu-ray le 3 juin 2026 chez Inser and Cut Production Collection L’Oeil du témoin N° 4.

Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Florinda Bolkan, Robert Hossein, Giorgia Moll, Bernadette Lafont, Serge Marquand, Lucienne Hamon, Antoine Ouvrier…

Scénario : Nadine Trintignant

Photographie : Pierre Willemin

Musique : Jack Arel

Durée : 1h30

Date de diffusion initiale : 1969

LE FILM

Jean Girod est un homme ordinaire, marié et sans histoires, qui s’ennuie dans cette France de l’après 68. Au hasard d’une déambulation, il est témoin du suicide d’une jeune femme. Fasciné par cette mort violente, il décide d’envoyer des lettres anonymes pour revendiquer le « meurtre » et, sous cette nouvelle identité, menace d’en commettre d’autres. Les médias relaient ses affabulations. À la faveur de ce jeu de dupes, le « voleur de crimes » délaisse peu à peu sa vie terne et sombre dans une forme de folie.

Ancienne monteuse et assistante chez Jules Dassin (Du rififi chez les hommes), Sacha Guitry (Si Paris nous était conté), Jean-Pierre Melville (Léon Morin, prêtre), Michel Boisrond (Une parisienne), Jacques Doniol-Valcroze (Le Coeur battant) et Jean-Luc Godard (Le Petit Soldat), Nadine Trintignant (née en 1934), passe derrière la caméra en 1965 avec le court-métrage Fragilité, ton nom est femme. Elle y dirige déjà son époux, Jean-Louis Trintignant, comme elle le fera deux ans plus tard en passant le cap du long-métrage Mon amour, mon amour, qui se retrouve en compétition officielle du Festival de Cannes 1967. 1969, Nadine Trintignant coproduit, écrit et met en scène Le Voleur de crimes, thriller psychologique, mais aussi drame existentiel. Le film peut également se voir comme un essai sur le jeu de Jean-Louis Trintignant lui-même, une radiographie d’un comédien dans l’exercice de ses fonctions, où l’on sent une réalisatrice fascinée par la matière brute qu’elle a entre les mains et devant son objectif. Partageant sa carrière entre l’Italie (Le Fanfaron, En cinquième vitesse, La Mort a pondu un œuf, Le Grand silence, L’Amour à cheval) et la France (Pleins feux sur l’assassin, Le Combat dans l’île, Compartiment tueurs, Un homme et une femme), l’acteur protéiforme, à l’aube de ses quarante ans, crée un nouveau personnage. Celui-ci se caractérise par un visage fermé, qui contraste avec un regard brillant reflétant un bouillonnement mental et intérieur, un chamboulement, un trauma, une dépression, un ennui. Dans Le Voleur de crimes, le protagoniste Jean Girod est arrivé au point de rupture, à tel point que pour se sentir encore « en vie » il se fait passer pour un criminel, dans l’espoir de devenir un homme traqué, de redevenir un être vivant. Quasiment de toutes les scènes, pour ne pas dire de tous les plans, Jean-Louis Trintignant pulvérise l’écran de sa présence, de son charisme, de son talent. Sa prestation magnétique subjugue, le sujet foudroie, son ambiance glace les sangs. Voilà une des plus grandes découvertes de l’année 2026 !

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Test Blu-ray / L’Esprit de la ruche, réalisé par Víctor Erice

L’ESPRIT DE LA RUCHE (El Espíritu de la colmena) réalisé par Víctor Erice, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 12 mai 2026 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Fernando Fernán Gómez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Tellería, Ketty de la Cámara, Estanis González, José Villasante, Laly Soldevila…

Scénario : Víctor Erice & Ángel Fernández Santos

Photographie : Luis Cuadrado

Musique : Luis de Pablo

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

En 1940, à la fin de la guerre civile, après avoir vu et avoir été traumatisée par le film Frankenstein, une fillette sensible vivant dans un petit village espagnol dérive dans son propre monde imaginaire… Sur fond de dictature franquiste, le voyage initiatique d’une enfant qui va ouvrir les yeux sur le monde. L’un des plus grands films sur l’enfance.

L’Esprit de la ruche (1973) est en quelque sorte le grand frère siamois de Cría Cuervos (1976) de Carlos Saura, dont le dénominateur commun (en plus de son producteur Elias Querejeta) est d’être interprété par l’intense et impressionnante Ana Torrent (née en 1966). Immense chef d’oeuvre qui n’a eu de cesse de faire de nombreux émules, à l’instar du somptueux Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, El Espíritu de la colmena est une expérience cinématographique à part entière. À travers une épure extrême et l’incarnation quasi-surréaliste de sa petite comédienne, Victor Erice filme le malaise et les frustrations de l’Espagne meurtrie par la dictature franquiste. Le spectateur ne doit pas être rebuté par les longueurs, les ellipses qui composent le film et l’apparente froideur de l’ensemble. Il ne tient qu’à lui de se laisser porter par l’immense poésie du film, de voir au-delà des silences et du regard d’Ana pour y décrypter une critique virulente du régime en place. L’Esprit de la ruche est le film catalyseur d’un cinéma contestataire et engagé où allait s’engouffrer alors de nombreux cinéastes.

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Test DVD / Une enfance allemande – Île d’Amrum, 1945, réalisé par Fatih Akin

UNE ENFANCE ALLEMANDE – ÎLE D’AMRUM (Amrum) réalisé par Fatih Akin, disponible en DVD le 5 mai 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger, Matthias Schweighöfer, Hark Bohm, Kian Köppke, Detlev Buck, Lisa Hagmeister…

Scénario : Fatih Akin & Hark Bohm

Photographie : Karl Walter Lindenlaub

Durée : 1h30

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alors que la Seconde Guerre mondiale s’apprête à prendre fin, les habitants d’un petit village de l’île d’Amrum au Nord de l’Allemagne, survivent au rythme des marées. D’une famille de baleiniers, le jeune Nanning travaille au champ et participe à la pêche aux phoques pour aider sa famille. Un jour sa mère tombe en dépression et Nanning se met en recherche des aliments pour offrir à celle-ci une tartine de pain blanc garnie de beurre et de miel…

À la base, Fatih Akin ne devait pas réaliser Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945, ou tout simplement Amrum en version originale. S’il avait eu l’idée originale et s’il devait uniquement produire le film, le cinéaste germano-turc devait confier le projet à Hark Bohm. Un sujet évidemment personnel quand on apprend que Amrum raconte en réalité les véritables souvenirs de ce dernier, professeur de cinéma, ami et mentor de Fatih Akin. Très âgé et par ailleurs déjà malade, Hark Bohm (décédé en novembre 2025 à l’âge de 86 ans), préfère finalement laisser son ancien élève mettre en scène le scénario qu’ils ont coécrit. Alors évidemment, nous sommes loin des œuvres précédentes du cinéaste de Julie en juillet, Solino, Head-On, Soul Kitchen, In the Fade, Golden Glove (on ne s’en est jamais remis de celui-là), mais l’auteur met toute sa sensibilité et son regard au service de cette belle et émouvante histoire. Magistralement photographié par Karl Walter Lindenlaub, chef opérateur sur Moon 44, Universal Soldier, Stargate, la porte des étoiles et Independence Day de Roland Emmerich, Rob Roy de Michael Caton-Jones, Hantise de Jan de Bont et Black Book de Paul Verhoeven, Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 peut se voir comme un conte, un récit initiatique filmé à hauteur des yeux de son jeune héros. Aux portes de l’adolescence, il observe un monde en train de s’écrouler (celui de ses parents) et voit un autre en train d’émerger de ces décombres (celui qu’il arpentera désormais) qui s’ouvre devant lui à travers l’immensité du ciel et de la mer du Nord. Et c’est très beau.

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Test Blu-ray / Stalag 17, réalisé par Billy Wilder

STALAG 17 réalisé par Billy Wilder, disponible en Blu-ray + DVD + Livret le 3 juin 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Richard Erdman, Peter Graves, Neville Brand…

Scénario : Billy Wilder & Edwin Blum, d’après la pièce de théâtre de Donald Bevan & Edmund Trzinski

Photographie : Ernest Laszlo

Musique : Franz Waxman

Durée : 1h56

Année de sortie : 1953

LE FILM

Durant la Deuxième Guerre mondiale dans le Stalag 17, deux prisonniers tentent de s’évader mais sont abattus. De plus, les Allemands découvrent l’existence du tunnel où tous les prisonniers devaient s’évader. Il y a donc un traître parmi les détenus… Sefton, un officier magouilleur et adepte du marché noir, est soupçonné.

Après l’échec commercial cuisant du Gouffre aux chimères Ace in the Hole ou The Big Carnival, Billy Wilder est à la recherche d’un nouveau projet pour se refaire au box-office. C’est alors qu’il tombe sous le charme de la pièce Stalag 17 de Donald Bevan et Edmund Trzcinski (anciens prisonniers de guerre au Stalag 17B, qui s’inspirent de leur vécu), qui triomphe à Broadway, où elle sera jouée près de 500 fois sans interruption. Déjà refusée à plusieurs reprises par la Paramount, cette création est finalement imposée au studio par le cinéaste, qui s’empresse de l’adapter personnellement avec l’aide d’Edwin Blum (Rendez-vous avec une ombre de Joseph Pevney). De leur travail, essentiellement imputable à Billy Wilder, il ne restera pour ainsi dire rien ou pas grand-chose de la pièce originale. À peine huit ans après la fin des hostilités, le réalisateur se permet de rire en racontant un épisode méconnu de la Deuxième Guerre mondiale. La voix d’un narrateur bègue (trouble étant apparu que ce soldat se soit planté, avant d’être capturé en emprisonné) donne le ton en disant « Je suis las des films de guerre où l’on ne voit qu’aviateurs au combat, hommes-grenouilles aux Philippines, alors qu’on n’a jamais rien fait sur les prisonniers de guerre ! ». C’est désormais chose faite et Stalag 17 demeure et restera LA référence d’un sous-genre à part entière aux côtés de La Grande évasion de John Sturges et Le Pont de la rivière Kwai de David Lean. Cinq ans après La Scandaleuse de Berlin A Foreign Affair, Billy Wilder revient donc au conflit armé, mais s’empare d’un microscope, pour observer avec son œil d’entomologiste, un camp de prisonniers planté quelque part sur le Danube, constitué de 40.000 détenus, américains, russes, polonais et tchèques, dont 630 aviateurs venus du pays de l’Oncle Sam. Il questionne ainsi l’individu, la somme d’êtres humains qui créent un tandem, un trio, puis un groupe, tout en s’interrogeant de la place de chacun au sein de cette communauté. Stalag 17 est une véritable œuvre chorale, où chaque prisonnier s’apparenterait à un instrument spécifique qui jouerait sa partition personnelle au sein d’un orchestre. Une seule fausse note suffirait à désaccorder, à déséquilibrer l’ensemble alors bien soudé au départ. Quand une brebis galeuse paraît fricoter avec l’ennemi, c’est tout le camp qui est menacé…Immense succès populaire à sa sortie, qui a aidé Billy Wilder à éponger ses dettes contractées suite au bide du Gouffre aux chimères, Stalag 17 a même réussi à débarquer aux Oscars et valu à sa tête d’affiche William Holden, la statuette dorée du meilleur acteur.

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Test Blu-ray / Les Échos du passé, réalisé par Mascha Schilinski

LES ÉCHOS DU PASSÉ (In die Sonne schauen) réalisé par Mascha Schilinski, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mai 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Susanne Wuest, Luise Heyer, Lea Drinda, Florian Geißelmann, Gode Benedix…

Scénario : Mascha Schilinski & Louise Peter

Photographie : Fabian Gamper

Musique : Michael Fiedler, Eike Hosenfeld, Jakob Hüffell

Durée : 2h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Mais…mais…D’où sort ce film ? De quel cerveau est sorti ce long-métrage sobrement intitulé en français Les Échos du passé ou In die Sonne schauen en version originale, qui signifie en allemand En regardant le soleil ? À la barre, une femme, une réalisatrice, Mascha Schilinski, qui a remporté le Prix du jury ex aequo avec Sirāt d’Óliver Laxe au festival de Cannes en 2025, avant de représenter l’Allemagne aux Oscars dans la catégorie Meilleur film international. Drame dit historique, Les Échos du passé nous fait perdre tous nos repères. Pour son deuxième film, huit ans après Die Tochter (encore inédit dans nos contrées), la cinéaste se penche sur la mémoire des murs, ceux d’une ferme isolée dans l’Altmark, qui voit se succéder plusieurs générations, où certains, certaines plutôt, paraissent ressentir ce qui s’est déroulé dans le passé. Les drames silencieux, les non-dits familiaux, les cicatrices jamais refermées, s’inscrivent dans la pierre, dans les meubles, dans les photographies. Alors qu’elles parcourent leur propre présent, les traces du passé se révèlent à ces quatre protagonistes. Dans cette merveille visuelle, chaque scène, pour ne pas dire chaque plan fait penser à un tableau, magnifiquement photographié par Fabian Gamper, collaborateur fidèle de Mascha Schilinski, dont le travail renvoie à celui de certains peintres (on pense à James Abbott McNeill Whistler), même si ce sont surtout les clichés de la photographe américaine Francesca Woodman qui auraient servi de référence. Notamment en ce qui concerne la position des corps (flous) dans des lieux insolites et souvent inhabités, qui rappellent une présence spectrale. Les Échos du passé est une véritable expérience de cinéma, mais pas que. C’est une expérience sensorielle totale, qui demande beaucoup d’attention de la part du spectateur, qui lui demande beaucoup de patience, un investissement, mais aussi de se détendre, de se laisser aller aux images, mais aussi au son (immense travail acoustique). Cet engagement sera alors récompensé, peut-être pas pour tout le monde ceci dit, car Les Échos du passé s’adresse tout de même en priorité aux cinéphiles pointus, mais le résultat est sans appel, le film devant lequel vous allez peut-être poser les yeux ne ressemble à aucun autre. C’est déjà en soi un miracle, un événement. Et donc cela est rare et largement conseillé.

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Test Blu-ray / Father Mother Sister Brother, réalisé par Jim Jarmusch

FATHER MOTHER SISTER BROTHER réalisé par Jim Jarmusch, disponible en DVD & Blu-ray le 2 juin 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Sarah Greene, Indya Moore…

Scénario : Jim Jarmusch

Photographie : Frederick Elmes & Yorick Le Saux

Musique : Annika Henderson & Jim Jarmusch

Durée : 1h46

Année de sortie : 2025

LE FILM

Trois histoires. Un frère et une sœur rendent visitent à leur père, dont ils se demandent comment il vit. Une mère accueille comme d’habitude, une fois par an, ses deux filles, aux caractères très différents. Un frère et un sœur, jumeaux, reviennent dans la maison de leurs parents, décédés…

Tiens, revoilà le dandy du cinéma indépendant américain ! Titre qu’il pourrait d’ailleurs partager avec Wes Anderson. Il s’agit bien sûr de Jim Jarmusch (né en 1953), l’auteur d’une multitude de films cultes pour beaucoup de cinéphiles (européens surtout), comme…bah en fait ils le sont quasiment tous devenus, soit instantanément, à l’instar de Down by Law (1986), Dead Man (1995), Ghost Dog : La Voie du samouraï (1999), Broken Flowers (2005, son plus gros carton avec plus d’un million d’entrées chez nous), soit en très peu de temps (Permanent Vacation, Mystery Train, Coffee and Cigarettes, Paterson, Only Lovers Left Alive)…Rares ont été les sorties de pistes pour le réalisateur et l’on pourrait dire qu’en dehors du lénifiant The Limits of Control (2009) et The Dead Don’t Die (2019, même s’il a très bien marché en France), Jim Jarmusch a toujours eu la cote auprès des amateurs de septième art et détient un statut privilégié dans nos contrées, où ses opus sont toujours très bien accueillis par la critique et le public. Cela faisait presque sept ans que nous n’avions plus de nouvelles de Jim Jarmusch. Pour son comeback au cinéma, il passe par la case du film à sketches comme à la grande époque de Mystery Train, de Night on Earth et de Coffee and Cigarettes, tourné entre les États-Unis, l’Irlande et la France. Si Father Mother Sister Brother n’a indubitablement pas la même force, pour ne pas dire la même inspiration que les « monuments » cités plus haut, le charme est indéniable, les comédiens sont tous magnifiques, l’humour sophistiqué fonctionne, tandis que la mélancolie et l’émotion s’invitent au rendez-vous, notamment dans le troisième et dernier segment, qui se déroule à Paris. Les spectateurs ont répondu présents une fois de plus dans l’Hexagone, puisque près de 300.000 spectateurs auront eu la bonne idée d’aller voir Father Mother Sister Brother dans les salles en ce début d’année 2026.

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Test DVD / Les Braises, réalisé par Thomas Kruithof

LES BRAISES réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD le 15 mai 2026 chez Wild Side Video.

Acteurs : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos, Loup Pinard, Justine Lacroix, Katia Crivellari, Amandine Partensky…

Scénario : Thomas Kruithof & Jean-Baptiste Delafon

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Grégoire Auger

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.

Il y a toujours de très bonnes, voire d’excellentes intentions chez le réalisateur Thomas Kruithof et ce depuis son premier long-métrage, La Mécanique de l’ombre sorti en 2017 et même depuis son court-métrage Rétention (2012), œuvre tendue, quasi-documentaire et coup de poing, qui montrait le combat d’une femme qui tentait d’empêcher l’expulsion d’un ukrainien sans papiers d’un centre de rétention. Mais le résultat n’est pas forcément, voire rarement à la hauteur de ses ambitions. Toutefois, Les Braises, son troisième film, est sans conteste son meilleur à ce jour. Ce drame social, qui n’a pas peur du romanesque, offre une fois de plus à Virginie Efira un rôle à la hauteur de son talent. L’histoire du cinéma français retiendra cette incroyable chrysalide survenue il y a dix ans avec Caprice d’Emmanuel Mouret. Depuis, l’ancienne animatrice, qui semblait se chercher en tant qu’actrice, est devenue l’une des plus convoitées, voire la plus demandée et ce sont surtout les réalisatrices qui lui ont offert ses plus beaux personnages, Justine Triet (Victoria, Sibyl), Emmanuelle Cuau (Pris de court), Catherine Corsini (Un amour impossible), Anne Fontaine (Police), Alice Winocour (Revoir Paris, César de la meilleure actrice), Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres), Delphine Deloget (Rien à perdre), Valérie Donzelli (L’Amour et les forêts)…Dans Les Braises, elle s’inscrit définitivement parmi les plus grandes et l’on en vient à la comparer à ses illustres aînées comme Romy Schneider, Annie Girardot, Simone Signoret, en raison de sa capacité à se transformer pour chaque film. Elle est ici une femme du peuple, une ouvrière d’usine, qui à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, se découvre une conscience sociale et décide de s’engager dans le mouvement des Gilets jaunes, tout en découvrant la vie en collectif et la conscience de classe. Une situation qui va prendre trop de place au sein de sa vie personnelle, au point qu’elle va se retrouver en opposition avec son compagnon de vie, petit entrepreneur dans le transport routier, qui tente de son côté de maintenir à flot ce qu’il a créé. Si l’ensemble pâtit d’un manque de rythme et croule sous une musique aussi pesante qu’envahissante, Les Braises demeure un joli film qui reste bien en tête après la projection.

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