Test Blu-ray / Khartoum, réalisé par Basil Dearden

KHARTOUM réalisé par Basil Dearden, disponible en Édition Mediabook Collector Blu-ray + DVD le 1er octobre 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Charlton Heston, Laurence Olivier, Richard Johnson, Ralph Richardson, Alexander Knox, Johnny Sekka, Michael Hordern, Zia Mohyeddin, Marne Maitland, Nigel Green, Hugh Williams…

Scénario : Robert Ardrey

Photographie : Edward Scaife

Musique : Frank Cordell

Durée : 2h10

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

En 1883, un régiment anglais de 10000 hommes est massacré dans le désert du Soudan par une armée de fanatiques conduite par un leader religieux, le Mahdi. A Londres, le Premier Ministre Gladstone décide d’envoyer au Soudan le général Gordon, un héros national. Celui-ci rejoint Khartoum où se trouvent encore 13000 militaires et civils anglais.

Si l’histoire du cinéma ne l’a pas retenu comme un chef d’oeuvre ou un indispensable du 7e art, Khartoum demeure pourtant un film très prisé par les cinéphiles et les amateurs de grandes fresques. D’ailleurs, il n’est pas exagéré de dire que le film réalisé par Basil Dearden (1911-1971) est peut-être l’un des plus impressionnants jamais projetés sur grand écran, et ce en raison de son tournage en 70mm Ultra Panavision, format exclusif et rare, jusque-là utilisé sur L’Arbre de vie d’Edward Dmytryk (1957), Ben-Hur de William Wyler (1959), Les Révoltés du Bounty de Lewis Milestone (1962), La Conquête de l’Ouest de John Ford, Henry Hathaway et George Marshall (1962), Un monde fou, fou, fou, fou de Stanley Kramer (1963), La Chute de l’empire romain d’Anthony Mann (1964), La Plus grande histoire jamais contée de George Stevens (1965), Sur la piste de la grande caravane de John Sturges (1965) et La Bataille des Ardennes de Ken Annakin (1965). Khartoum sera le dixième et le dernier film à bénéficier de ces prises de vues prestigieuses. Il faudra attendre Les Huit SalopardsThe Hateful Eight de Quentin Tarantino (2015) pour qu’un réalisateur apprivoise de nouveau ce format gargantuesque. Si le 70mm Ultra Panavision convient évidemment à Khartoum pour ses scènes de batailles, le format isole également les personnages lors de leur confrontation, deux représentants, deux « icônes » semblables placées face à face, perdus dans l’immensité du désert, chacun porté par une mission, des idéaux. Si l’on excepte le grimage aujourd’hui plus amusant que déplacé de Laurence Olivier, Khartoum reste un immense divertissement, dépaysant, passionnant, excellemment écrit sur lequel trône l’impérial Charlton Heston.

Soudan, 1883. Un régiment de 10 000 hommes est massacré par l’armée du chef musulman El Mahdi. A Londres, le premier ministre envoie le général Gordon à Khartoum pour assurer la protection des ressortissants britanniques et égyptiens encore sur place. El Mahdi rassemble près de 100 000 hommes autour de la ville…

Rétrospectivement, Khartoum est souvent considéré comme étant le dernier grand film épique des années 1960. Forcément, Lawrence d’Arabie (1962) a fait des émules et très vite certains producteurs y voient là une nouvelle formule à appliquer afin de donner envie aux spectateurs de délaisser leur télévision qui règne en maître désormais dans leurs salons. S’il n’a pas la virtuosité hypnotique du chef d’oeuvre absolu de David Lean, les moyens sont conséquents et se voient à l’écran dans Khartoum, chaque seconde même, du moins sur toutes les séquences tournées en Egypte – la situation politique au Soudan ne permettait pas d’accueillir une équipe de cinéma si conséquente – et en particulier durant les impressionnantes scènes de batailles. La naissance de Khartoum s’est faite doucement. Dans un premier temps, Charlton Heston décline le projet qu’on lui propose après le tournage des 55 Jours de Pékin, désireux de retrouver quelques productions plus modestes. Le producteur Julian Blaustein se tourne alors vers Burt Lancaster, tandis que le britannique Lewis Gilbert est évoqué pour réaliser Khartoum. Les négociations n’aboutissent pas. Charlton Heston est une fois de plus approché. Le comédien finit par accepter, très admiratif devant le scénario de Robert Ardrey, qu’il considérera toute sa vie comme l’un des meilleurs de sa carrière. Pour la mise en scène, c’est finalement le vétéran Basil Dearden qui est engagé, Julian Blaustein préférant ainsi confier les rênes à un technicien confirmé, afin de pouvoir mettre enfin en chantier cette superproduction longtemps espérée. Charlton Heston, qui espérait que Carol Reed prenne les manettes du film, ne gardera pas un bon souvenir de Basil Dearden et n’hésitera pas à en parler dans ses mémoires.

Le récit du film est donc centré sur le siège de Khartoum, en 1885, durant la guerre des Mahdistes au Soudan. Un chef musulman, le Mahdi (« l’Attendu ») lance une insurrection contre l’occupant égyptien et son allié britannique. Le Premier Ministre britannique Gladstone envoie le général Gordon, surnommé Gordon Pacha, à Khartoum pour assurer la protection des ressortissants britanniques encore présents. Charlton Heston a très vite incarné de grandes figures historiques ou tirées du théâtre et de la littérature. En 1966, l’acteur aura déjà interprété Marc Antoine, le président Andrew Jackson (à deux reprises d’ailleurs), Buffalo Bill, William Clark, Moïse, Jean le Baptiste et Michel-Ange. Il ajoute à son vestiaire – déjà chargé – le costume de Gordon Pacha, officier idéaliste, célèbre pour sa bravoure et sa témérité, prêt à mourir pour défendre ses valeurs et n’ayant peur que d’une chose, l’échec. Charlton Heston est ici parfait, phénoménal, débordant de charisme et d’élégance, mais aussi de sensibilité, parvenant à restituer les doutes, les espoirs et le caractère bouillonnant de son personnage. Un héros national atypique, insoumis, anticonformiste, qui avait mené l’armée de l’empereur de Chine à la victoire, désigné par l’Angleterre pour exécuter une mission délicate. Car il est toujours préférable que les torts soient imputés à un seul homme en cas d’échec. Gordon Pacha, patriote d’une vanité sans bornes, mégalomaniaque, accepte cette proposition et devient gouverneur général du Soudan. Il ne sait pas encore qu’il y laissera la vie.

Face à Charlton Heston, il fallait un acteur de taille pour incarner le Mahdi. Ce sera Laurence Olivier, qui venait d’interpréter Othello au théâtre. S’il était grimé en africain sur scène, le comédien shakespearien récidive ici pour se mettre dans la peau du « guide attendu », le « dirigeant élu de Dieu ». Certes, beaucoup de dents grinceront encore aujourd’hui devant le maquillage quelque peu outrancier de l’acteur. Mais cela n’évince en rien sa remarquable performance et ses quelques scènes avec Charlton Heston, filmées par Basil Dearden – qui avait laissé celles de batailles à la seconde équipe – apportent leur lot d’émotions et participent à la très grande réussite de Khartoum. C’est d’ailleurs le moment pour évoquer les remarquables dialogues signés Robert Ardrey (1908-1980), également paléoanthropologue, qui sonnent comme de véritables coups de canons. Pourtant, Basil Dearden voyait ce format ultra-large comme un véritable handicap, ce qui ne se ressent absolument pas à l’écran.

Construit en deux actes, avec une Ouverture et un Entracte, Khartoum renvoie aux grands films de l’âge d’or hollywoodien, même s’il n’a connu qu’un succès relatif sur le sol de l’Oncle Sam, où cette histoire n’intéressait pour ainsi dire pas grand monde (et encore moins les histoires de défaites), tout en étant très bien accueilli en Europe. Par son gigantisme, son sens du spectaculaire, ses milliers de figurants, sa sublime photographie, la composition inspirée de Frank Cordell, son intrigue politique, la psychologie fouillée de ses personnages et son casting, Khartoum reste un film chéri et à juste titre par les passionnés de cinéma.

LE MEDIABOOK

A l’instar de sa sublime édition des Vikings en décembre 2018, Rimini Editions frappe fort une fois de plus avec un magnifique travail éditorial. Khartoum est enfin proposé en Édition Mediabook Collector Blu-ray + DVD !!! Et quel objet magnifique ! Mention spéciale au livre Khartoum, le dernier rempart, livre conséquent et érudit de 100 pages, coréalisé une fois de plus par Rimini Editions et La Plume. Ont collaboré à ce livre Jean-François Baillon, Stéphane Chevalier et Christophe Chavdia. Le premier propose un article sur le réalisateur Basil Dearden, le second passe en revue les films prenant pour thème l’empire britannique et évoque le contexte historique de Khartoum, tandis que le troisième revient plus précisément sur le film qui nous intéresse ici. De multiples informations, des photographies à foison, des analyses pertinentes et pointues, on en prend plein les yeux tout en apprenant constamment. Le menu principal est animé et musical. Une édition digne de cette épopée cinématographique.

Le DVD ne contient que deux suppléments, à savoir la bande-annonce et surtout l’interview de Sheldon Hall, historien du cinéma (26’). C’est ici que vous apprendrez tout ce qu’il faut savoir sur la genèse, la production, le tournage et la sortie de Khartoum. Sans interruption et sur un rythme dynamique, Sheldon Hall passe en revue le casting du film, les véritables figures historiques, l’interprétation des deux têtes d’affiche, le tournage en 70 Ultra Panavision, les conditions de prises de vues, l’accueil de Khartoum aux Etats-Unis et en Europe, tout en donnant son propre avis sur la mise en scène qu’il juge décevante, où Basil Dearden ne parvient pas à apporter une touche personnelle.

Sur le Blu-ray, nous trouvons les deux modules suivants :

Khartoum, un duel shakespearien (33’) : Jean-François Rauger (directeur de la programmation de la Cinémathèque Française) et Jean-François Baillon (professeur des Universités à Bordeaux-Montaigne, spécialiste du cinéma britannique) échangent sur Khartoum de Basil Dearden, en s’attardant notamment sur l’interprétation de Charlton Heston et Laurence Olivier. Forcément, quelques éléments font écho avec ce qui a été entendu précédemment dans la présentation de Sheldon Hall, mais les propos se complètent bien et l’ensemble demeure évidemment pertinent. Le fond et la forme se croisent, pour le plus grand plaisir des cinéphiles toujours avides d’apprendre de nouveaux éléments sur les coulisses du 7e art.

Le Goût de l’Histoire (30’30) : Ne manquez pas cette rencontre intimiste avec Fraser Heston, fils de Charlton Heston, qui dresse un portrait sensible de celui qu’il appelle toujours « Papa ». Fraser Heston revient sur l’amour de son père pour l’Histoire, sur ses multiples recherches littéraires réalisées pour nourrir et préparer ses personnages. Cela a été le cas pour Khartoum, dont Charlton Heston était tombé littéralement amoureux du scénario. Fraser Heston partage quelques anecdotes de tournage, évoque le réalisateur Basil Dearden (« qui n’était pas le meilleur choix pour ce film ») et le scénariste Robert Ardrey, dont Charlton Heston admirait les ouvrages d’anthropologie. Enfin, Fraser Heston aborde la sortie de Khartoum au cinéma et le fait qu’il soit lui-même devenu scénariste, producteur, puis réalisateur en mettant en scène le téléfilm L’Ile au trésor (1990) avec son père dans le rôle de “Long” John Silver, mais aussi Oliver Reed, Christopher Lee et le jeune Christian Bale. On lui doit également Le Bazaar de l’épouvante, adaptation du roman Bazaar de Stephen King, sorti en 1993.

Nous retrouvons cette fois encore la bande-annonce.

L’Image et le son

Khartoum faisait partie des titres les plus attendus en Haute Définition et tous les espoirs sont comblés. Les amoureux du Super Panavision 70mm vont être aux anges. L’édition en Blu-ray du film de Basil Dearden est un véritable feu d’artifice pour les yeux. Ce qui frappe d’emblée, c’est la richesse extraordinaire de la colorimétrie, ses teintes chatoyantes, la densité et le maintien affermi des contrastes et des noirs, la clarté aveuglante des séquences extérieures diurnes, le relief et la profondeur de champ abyssale notable dès les premiers plans qui présentent le contexte et les lieux de l’action. Les détails abondent au premier comme aux arrière-plans, le piqué est véritablement tranchant. Ce transfert immaculé porté par une épatante compression AVC et le lifting numérique a encore fait des miracles tout en respectant les partis-pris esthétiques d’origine, ainsi que la texture argentique.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage LPCM 2.0. Dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et dynamique, le confort est indéniable, et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si la composition de Frank Cordell est plus atténuée en français. Sans surprise, au jeu des comparaisons, la piste anglaise s’avère plus naturelle et harmonieuse.. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière (excellent doublage), aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © MGM / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr



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