Test Blu-ray / Tintin et les oranges bleues, réalisé par Philippe Condroyer

TINTIN ET LES ORANGES BLEUES réalisé par Philippe Condroyer, disponible en Édition Collector – Boîtier Mediabook chez LCJ Editions

Acteurs : Jean-Pierre Talbot, Jean Bouise, Félix Fernandez, Jenny Orléans, Max Elloy, Franky François, André Marié, Pedro Mari Sánchez, Ángel Álvarez…

Scénario : André Barret, Philippe Condroyer, Rémo Forlani, René Goscinny d’après les personnages d’Hergé

Photographie : Jean Badal

Musique : Antoine Duhamel

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

À la suite d’un appel qu’il a lancé à la télévision sur le problème de la faim dans le monde, le professeur Tournesol reçoit d’un savant espagnol une mystérieuse orange bleue…

Suite au triomphe de Tintin et le Mystère de La Toison d’or, toute l’équipe se réunit à nouveau pour de nouvelles aventures cinématographiques du reporter créé par Hergé. Enfin toute pas vraiment. Si Jean-Pierre Talbot est heureusement de retour dans le costume de Tintin, Jean Bouise remplace Georges Wilson dans celui du Capitaine Haddock. Co-production oblige, Félix Fernández remplace Georges Loriot dans la peau du Professeur Tournesol. Changement de réalisateur également avec Jean-Jacques Vierne qui laisse ici sa place à son confrère Philippe Condroyer (1927-2017). Si le charme opère une fois de plus dans Tintin et les oranges bleues, le film apparaît néanmoins moins réussi que le premier volet. Cela n’est aucunement imputable aux comédiens, excellents et qui prennent un évident plaisir à se donner la réplique, mais plutôt en raison d’une mise en scène qui apparaît aujourd’hui bien paresseuse avec un aspect téléfilm auquel il manque le souffle qui faisait la réussite de Tintin et le Mystère de La Toison d’or.

Le professeur Tournesol lance un vibrant appel en faveur de la lutte contre la faim dans le monde. Peu de temps après, il reçoit en provenance de Valence une orange bleue, fluorescente. Le fruit lui a été envoyé par le professeur Zalamea, un biologiste espagnol réputé, qui pense avoir trouvé là le moyen de bouleverser la production d’agrumes dans le monde. La nuit suivante, l’orange est subtilisée. Inquiet, Tournesol décide de partir pour Valence. Tintin, Milou et le capitaine Haddock l’accompagnent. Lorsqu’ils arrivent à la résidence de Zalamea, le savant a disparu. Seul son frère est là pour les accueillir. Puis c’est au tour de Tournesol de disparaître mystérieusement…

Malgré l’immense succès commercial de Tintin et le Mystère de La Toison d’or, Tintin et les oranges bleues apparaît étonnamment moins ambitieux. Comme pour la première aventure « live » réalisée par Jean-Jacques Vierne, ce second opus n’est pas l’adaptation d’un album original, mais un récit inédit pour lequel Hergé a donné sa bénédiction et également conçu l’affiche du film. Si Philippe Condroyer avait su mettre en valeur ses merveilleux décors et donner à son long métrage un aspect BD filmée qui participait grandement à la réussite de La Toison d’or, on ne peut pas en dire autant pour Philippe Condroyer. Réalisateur d’un court métrage et de deux documentaires, le réalisateur se retrouve aux manettes de cette production d’envergure. Le budget paraît moindre et le metteur en scène n’a guère de profondeur de champ à exploiter. La plupart du temps, la caméra reste focalisée sur les comédiens qui font leur numéro, mais contrairement à La Toison d’or, leur environnement n’existe pour ainsi dire jamais, y compris lors des scènes espagnoles.

Tintin et les oranges bleues est un épisode quelque peu étouffant et Philippe Condroyer peine à lui insuffler un rythme. L’intrigue plan-plan souffre de raccourcis et d’intérêt. Heureusement, Jean-Pierre Talbot est une fois de plus remarquable dans le rôle-titre. Pleinement empathique, bondissant et charismatique, le comédien campe un merveilleux Tintin, tout droit sorti des cases de la BD d’Hergé, formidable dans ses cascades et les scènes d’action. Immense acteur, Jean Bouise s’amuse en arborant la casquette d’Archibald Haddock. On ne l’a d’ailleurs jamais revu aussi truculent et explosif. Plus malingre que Georges Wilson, il apporte une touche plus sensible et fragile au personnage, une autre facette bienvenue et très appréciable. Les moments les plus drôles lui reviennent. Notons également l’apparition de Bianca Castafiore, interprétée par Jenny Orléans, que l’on croirait elle aussi évadée de la bande-dessinée au détour d’une séquence très amusante qui rappelle un épisode de L’Affaire Tournesol.

Rien à redire sur l’aspect technique du film. La musique d’Antoine Duhamel est entraînante, la photo de Jean Badal très colorée, les costumes réussis. Seule l’histoire déçoit dans Tintin et les oranges bleues. Sans doute pour cette raison que le public a moins répondu présent lors de sa sortie au cinéma en Noël 1964, puisque le film aura attiré 1,7 million de spectateurs dans les salles françaises, soit deux fois moins que La Toison d’or trois ans auparavant. Ce qui n’a pas empêché Tintin et les oranges bleues de devenir un film culte, mais qui a sans doute tué dans l’oeuf un troisième épisode qui devait se dérouler en Inde.

LE MEDIABOOK

Tintin et les oranges bleues a tout d’abord été édité en DVD par LCJ Editions en 2003. L’éditeur a ensuite sorti le film de Philippe Condroyer en Blu-ray en 2008, à l’unité et en coffret, dans une version non restaurée, qui ne respectait pas le format original et qui plus est victime d’un défaut de fabrication en raison d’une résine défectueuse. Qu’à cela ne tienne, LCJ Editions n’allait pas laisser s’échapper un des titres phares de son catalogue et revient en octobre 2018 avec l’un de ses plus beaux objets : une Édition Collector – Boîtier Mediabook regroupant les deux films « live » de Tintin avec Jean-Pierre Talbot, restaurés et remasterisés en Haute-Définition 4K ! Autant vous dire que le travail est magnifique, mais nous vous en disons plus dans la rubrique « Image et Son ». Toujours est-il que ce Mediabook comprenant les deux Blu-ray (existe aussi en coffret DVD) comblera de joie les aficionados de Tintin et le Mystère de la Toison d’or et Tintin et les oranges bleues. Les deux disques sont solidement renfermés dans le Mediabook aux couleurs pétillantes, et nous noterons le soin apporté au très beau livret de 35 pages, rempli de photographies de production, d’affiches (dont celle des Oranges bleues dessinée par Hergé) et d’articles consacrés à Tintin, Hergé, la genèse des deux films et quelques propos sur les personnages. Les collectionneurs seront également ravis d’apprendre que ce Mediabook renferme également un morceau de pellicule issu d’une véritable copie d’exploitation en salles de Tintin et le Mystère de la Toison d’or, morceau évidemment unique pour chaque exemplaire de cette édition collector.

L’interactivité est la même sur les deux disques.

Quelle joie de retrouver Jean-Pierre Talbot dans une interview réalisée en 2018 à l’occasion de la sortie de cette nouvelle édition ! 45 minutes passées avec l’inoubliable Tintin et le Mystère de la Toison d’or et des Oranges bleues, qui, s’il n’arbore plus la houpette, conserve encore et toujours son grand sourire et son regard malicieux. Né en 1943, l’ancien moniteur de sport, instituteur et directeur d’école revient sur l’une des grandes aventures de sa vie en répondant aux questions d’Henry-Jean Servat, confortablement installé dans son jardin. Jean-Pierre Talbot évoque ainsi sa « rencontre » avec Tintin dans sa jeunesse, sur la genèse de La Toison d’or, sur sa rencontre par hasard avec la fille d’un ami d’Hergé qui lui demande s’il serait prêt à faire des essais pour incarner Tintin à l’écran. Du haut de ses 17 ans, le jeune moniteur de sport accepte avec amusement et se prête au jeu. La suite appartient à l’histoire et Jean-Pierre Talbot la raconte si bien que nous ne saurons que trop vous conseiller de visionner ce formidable module qui ne manque pas d’anecdotes de tournage des deux films, ainsi que sur la préparation du comédien (6 mois) qui s’est immédiatement fondu dans le personnage, pour le plus grand bonheur des spectateurs et d’Hergé en personne.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce de Tintin et le Mystère de La Toison d’or.

L’Image et le son

Le scan 2K de Tintin et les oranges bleues a été réalisé par le laboratoire Mikros Image. Et le résultat est fa-bu-leux ! Une restauration complète ! Le grain argentique a heureusement été préservé et demeure flatteur tout du long. Le gros point fort de ces nouveaux masters HD reste la colorimétrie, étincelante, qui fait la part belle aux teintes chatoyantes. Ajoutez à cela un relief inattendu, un piqué naturel et acéré, des détails à foison. Avec tout cela, on oubliait presque de parler de la propreté de la copie ! C’est bien simple, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique. Tout y est lumineux. Hormis divers décrochages sur les fondus enchaînés, c’est un sans-faute et les tintinophiles vont être aux anges.

Le mixage DTS-HD Master Audio Dual Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © L.C.J. Editions & Productions / Alliance de production Cinématographique / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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