
LA RAGAZZA (La Ragazza di Bube) réalisé par Luigi Comencini, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 28 avril 2026 chez Tamasa Distribution.
Acteurs : Claudia Cardinale, George Chakiris, Marc Michel, Dany París, Monique Vita, Carla Calò, Emilio Esposito…
Scénario : Luigi Comencini & Marcello Fondato, d’après le roman de Carlo Cassola
Photographie : Gianni Di Venanzo
Musique : Carlo Rustichelli
Durée : 1h47
Date de sortie initiale : 1964
LE FILM
En 1945, en Toscane, Mara fait la connaissance de Bube, un partisan qui vient rendre visite à son père. Ils tombent amoureux et se fiancent mais ne peuvent se voir qu’épisodiquement. Bube qui a tué un brigadier et son fils est contraint de s’enfuir à l’étranger. Le temps passe et Mara rencontre Stefano qui un jour lui demande de l’épouser. Elle hésite puis apprend que Bube vient d’être expulsé de son pays d’accueil et arrêté à la frontière.

Placé entre l’exceptionnel Le Commissaire – Il Commissario et plusieurs films à sketches (Pour trois nuits d’amour, Ma femme et Les Poupées), La Ragazza ou La Ragazza du Bube en version originale, rend compte du caractère à la fois romantique et engagé du réalisateur Luigi Comencini (1916-2007). Si l’on devait rapprocher ce film d’un autre opus du cinéaste, ce serait indéniablement Un vrai crime d’amour – Delitto d’amore (1974), plus méconnu certes, mais qui contient pour ainsi dire les mêmes éléments. La Ragazza est ni plus ni moins l’un des plus beaux, l’un des plus grands, l’un des films plus personnels de Luigi Comencini. Le réalisateur découvre le roman éponyme de Carlo Cassola, prix Strega en 1960 et en tombe littéralement amoureux, au point d’en acheter lui-même les droits. Forcément éloigné de ses comédies habituelles, y compris de ses « études de moeurs » qui l’ont rendu célèbre (les deux premiers volets de Pain, Amour, Maris en liberté, Les Surprises de l’amour, À cheval sur le tigre), le metteur en scène a également souvent montré un côté sombre, voire désespéré de l’âme humaine (La Traite des blanches), quitte à mélanger humour et gravité pour que le message « passe » auprès du public, comme un autre de ses chefs d’oeuvre, La Grande pagaille – Tutti a casa (1960). Mais avec La Ragazza, coécrit avec Marcello Fondato (Histoire d’aimer, Attention on va s’fâcher…, Les Complexés) il désire aborder pleinement et au premier degré une histoire d’amour teintée de politique et donc liée à l’Histoire de son pays au moment de la Libération. Raison pour laquelle les financiers ont été quelque peu frileux et ont dans un premier temps rejeté le projet de Luigi Comencini, qui réussira tout de même à monter financièrement son film grâce à Franco Cristaldi. Le producteur de Mario Monicelli (Un héros de notre temps, Le Pigeon, Les Camarades), Luchino Visconti (Nuits blanches), Francesco Rosi (Le Défi, Salvatore Giuliano) permet au maestro de concrétiser La Ragazza, qui connaîtra un immense succès dans le monde entier, avec notamment près de cinq millions d’entrées en Italie et offre à Claudia Cardinale l’un des rôles les plus emblématiques de son illustre carrière. Capolavoro.



Dans la campagne toscane de l’après-Seconde Guerre mondiale, Mara, une jeune paysanne de seize ans, tombe amoureuse de Bube, un partisan de dix-neuf ans. Impliqué dans un double meurtre, il est contraint de se cacher et de fuir l’Italie. Déterminée à attendre son bien-aimé, Mara s’installe en ville où elle rencontre Stefano. Une complicité naît entre eux, qui lui redonne le sourire sans qu’elle puisse oublier Bube, dont elle est sans nouvelles depuis des mois. Les sentiments de Stefano pour Mara sont sincères et elle est sur le point de les partager lorsque son père lui annonce l’arrestation de Bube à la frontière et l’invite à lui rendre visite en prison. Désabusé et éprouvé par sa fuite et sa condamnation imminente, Bube ne laisse pas Mara indifférente. Elle doit alors prendre une décision.


C’est l’histoire d’un amour fort, unique, celui qui remplit de force et de courage, celui de Mara pour Bube, pour qui elle restera fidèle, qu’elle attendra jusqu’au bout, renonçant ainsi à un avenir avec Stefano. Luigi Comencini n’a pas peur du romanesque et par sa virtuosité évite tout pathos, tout en livrant un merveilleux portrait de femme, une romance contrariée par les événements, ainsi qu’une radiographie de l’Italie d’après-guerre. Tout cela en près de 110 minutes, sans aucun temps mort. Mais La Ragazza c’est aussi la première fois que l’on entend (en italien) la véritable voix de Claudia Cardinale, son timbre cassé et sensuel reconnaissable entre tous. La comédienne, apparue dans Le Pigeon – I Soliti ignoti de Mario Monicelli, vue ensuite chez Pietro Germi (Meurtre à l’italienne –Un maledetto imbroglio), Hymne à « la Cardinale », Nanni Loy (Hold-up à la milanaise – Audace colpo dei soliti ignoti, la suite du Pigeon), Valerio Zurlini (le splendide La Fille à la valise – La Ragazza con la valigia), Luchino Visconti (Rocco et ses frères, Le Guépard) et Mauro Bolognini (Le Bel Antonio, Le Mauvais chemin), se voit alors ouvrir les portes du cinéma mondial. En France (Cartouche), comme aux États-Unis (Le Plus Grand Cirque du monde, Les Yeux bandés, La Panthère Rose) et donc évidemment en Italie, toute la planète s’arrache la magnifique Claudia.


Luigi Comencini la transforme à l’écran, lui fait porter les cheveux courts, la filme sous tous les angles et fait d’elle l’égale d’une Sophia Loren, autre actrice qui comme l’indiquait Claude Sautet pour Romy Schneider, était « la somme de toutes les femmes ». Dans La Ragazza di Bube, elle est comme qui dirait un diamant brut, dont la pureté va se retrouver confrontée à l’effervescence de l’Italie, prise entre deux feux en juillet 1944. Malgré tout ce qui va arriver dans son existence, Mara, qui ne sait ni lire ni écrire, est pourtant très intelligente, comprend tout ce qui se passe autour d’elle, écoute, se fait sa propre opinion, découvre (elle n’était jamais allée à la ville, ni au restaurant par exemple), mais demeure campée sur ses positions, reste digne et tient ses promesses, en sacrifiant sa vie pour celle qu’elle aime.


Outre Claudia Cardinale, de toutes les scènes, pour ne pas dire de tous les plans, extraordinairement photographiée par Gianni Di Venanzo (Main basse sur la ville, La loi c’est la loi) et par ailleurs récompensée pour la première fois par le Ruban d’argent de la meilleure actrice (attribuée par le Syndicat national des journalistes cinématographiques italiens), ses deux partenaires sont aussi bien mis en valeur. George Chakiris (qui sortait de West Side Story) et le franco-suisse Marc Michel (Le Trou de Jacques Becker, Lola de Jacques Demy) incarnent respectivement le fiancé et le prétendant de Mara. Si le premier est impeccable dans la peau de celui qui deviendra finalement le seul et unique amour de Mara, le second n’a rien à lui envier et apporte une vraie mélancolie au rôle de Stefano. Le dernier face-à-face entre ce dernier et Mara est peut-être l’une des plus belles scènes de toute la filmographie de Luigi Comencini.


L’Histoire coule dans les veines de La Ragazza, de juillet 1944 à 1953 environ, le temps pour le cinéaste de s’intéresser à la réorganisation (chaotique) de son pays, ainsi qu’au référendum de juin 1946 favorable à la République. C’est à ce moment-là que Mara apprend que Bube est incarcéré et probablement condamné à être emprisonné pour meurtre politique.


Étonnamment, La Ragazza di Bube est rarement cité quand on évoque la carrière, certes prolifique et éclectique du maître italien et l’on a souvent l’impression que le film doit être sans cesse réhabilité. Les cinéphiles savent qu’il s’agit d’un des trésors les plus inestimables de l’immense Luigi Comencini. Ce sont eux qui se chargeront de faire connaître Mara à ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Ils en tomberont amoureux instantanément et les accompagneront toute leur existence.


LE COMBO BLU-RAY + DVD + LIVRET
Après À cheval sur le tigre édité en octobre 2025, Tamasa revient à Luigi Comencini avec La Ragazza. Notons que l’éditeur propose également au même moment La Belle de Rome – La Bella di Roma (1955) du même cinéaste, sur lequel nous reviendrons très prochainement. La collection Cinéma Italien s’agrandit encore et toujours chez Tamasa, qui récupère ce titre, anciennement édité par Studiocanal il y a près de vingt ans. Ce Combo Blu-ray + DVD prend la forme d’un Digipack à deux volets, qui contient un livret de 16 pages, écrit par Diogo Serafim, qui revient sur la genèse, les conditions de tournage et l’accueil du film, tout en proposant une brillante et pointue analyse. Le menu principal est fixe et musical.

C’est un rendez-vous que nous attendons désormais systématiquement à chaque sortie consacrée au cinéma italien par Tamasa, autrement dit l’intervention d’Aurore Renaut, historienne du cinéma (27’). Dans un premier temps, La Ragazza est replacé dans la carrière de Luigi Comencini (« alors dans une très bonne période créative »), puis sa genèse explorée. La Ragazza di Bube était un projet qui lui tenait particulièrement à coeur et qui contrastait avec ce qu’il avait fait précédemment, au point où le cinéaste aura du mal à le monter financièrement. Le livre de Carlo Cassola, le casting, les intentions du réalisateur (qui cachera longtemps le fait qu’il voyait le film comme une déclaration d’amour à sa femme Giulia), les partis-pris (beaucoup d’ellipses entre autres), l’Histoire croisée avec celle de Mara, la psychologie du personnage principal (« une paysanne très simple, qui n’a pas de formation idéologique, mais qui a l’intelligence de tout comprendre ») sont aussi les points abordés au cours de cette présentation comme toujours passionnante et érudite.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce consacrée aux ressorties au cinéma de plusieurs titres de Luigi Comencini.
L’Image et le son
La Ragazza a été restauré en 2022 par le laboratoire Cinecittà S.p.A., un lifting 4K réalisé à partir du négatif original 35mm, qui arrive désormais en France sous la bannière de Tamasa. Le chef d’oeuvre de Luigi Comencini est présenté dans un transfert irréprochable, avec des contrastes fabuleux une stabilité jamais prise en défaut, une propreté sidérante, des noirs denses, des blancs lumineux, des détails à foison, un piqué tranchant et un grain cinéma respecté. Aucun décrochage constaté sur les fondus enchaînés. Il s’agit probablement d’un des plus beaux Blu-ray sortis chez l’éditeur. Un véritable plaisir pour les yeux.

L’ancienne édition DVD Studiocanal ne proposait que la version française du film de Luigi Comencini. Tamasa corrige le tir. Cette fois, la piste italienne est aussi présente aux côtés du doublage hexagonal. Il semblerait que la copie présentée ici soit intégrale, ce qui expliquerait pourquoi La Ragazza passe en italien STF à deux reprises. La version française est plutôt bonne (avec Claudia Cardinale et Marc Michel se doublent eux-mêmes), propre et claire, mais laisse finalement de côté quelques effets et ambiances annexes. Préférez évidemment la piste italienne, plus dynamique, musicale, équilibrée et détaillée que son homologue. Possibilité de sous-titrer le film en breton, ce qui était déjà arrivé sur certains titres Tamasa.





Crédits images : © Tamasa / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
