Test Blu-ray / Les Enfants vont bien, réalisé par Nathan Ambrosioni

LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Victor Seguin

Musique : Alexandre de La Baume

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.

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Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel

TKT réalisé par Solange Cicurel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Lanna de Palmaert, Émilie Dequenne, Stéphane De Groodt, Sonia Bekam, Lisa Du Pré, Lily Dupont, Tania Garbarski, Nlandu Lubansu, Kassim Meesters…

Scénario : Solange Cicurel

Photographie : Son Doan

Musique : Remy Lebbos

Durée : 1h19

Année de sortie : 2024

LE FILM

Alors qu’Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les « T’inquiète » de leur fille, ils auraient dû s’inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d’Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale. Étrangement, Emma est pleinement consciente du monde qui l’entoure mais incapable de communiquer avec lui. Pour comprendre ce qui se passe, Emma doit enquêter sur son passé et démêler le mystère entourant sa soudaine hospitalisation. Petit à petit, elle va être confrontée à la dure réalité de ce qui lui est arrivé.

Après le percutant Un monde de Laura Wandel (L’Intérêt d’Adam), le foudroyant Después de Lucía de Michel Franco et le bouleversant Marion, 13 ans pour toujours de Bourlem Guerdjou (d’après l’affaire Marion Fraisse), TKT, troisième long-métrage de Solange Cicurel, traite à son tour du harcèlement scolaire. En fait, il faudrait presque démarrer par le carton final qui indique que près d’un quart des adolescents ont été victimes au moins une fois de harcèlement scolaire, une des causes principales du suicide des jeunes et la seconde cause de décès chez les 15-24 ans. Là-dessus, la réalisatrice belge, récompensée en 2018 par le Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire, livre un objet que l’on pourrait qualifier de scolaire, didactique, sage dans sa mise en scène, mais qui fonctionne et interpelle. Évidemment, TKT (ou « T’inquiète » pour les anciens et les jeunes-vieux de 40-50 ans, ici leitmotiv d’Emma, pour rassurer ses proches) ne peut laisser indifférent avec un tel sujet. Si la réalisation manque de point de vue, le propos n’est pas forcé, mais abordé frontalement, grâce notamment à l’interprétation de Lanna de Palmaert, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui porte formidablement bien le film sur ses épaules. De plus, Solange Cicurel se tourne également vers le film de genre pour illustrer son sujet, puisque le personnage, coincé entre la vie et la mort, s’observe sur son lit d’hôpital, inconsciente, intubée, regarde ses parents à son chevet, avant de revivre des souvenirs qui l’ont mené là où elle est désormais, mais aussi en découvrant certains échanges de ses supposés amis…TKT fait son effet et dissèque cette réaction en chaîne qui conduit à l’inéluctable. De plus, le film, grand succès en Belgique avec plus d’un demi-million d’entrées, est d’autant plus poignant quand on sait qu’il s’agit de l’ultime apparition au cinéma de la regrettée Émilie Dequenne, dont la dernière scène déchire le coeur et l’âme…

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Test DVD / Louise, réalisé par Nicolas Keitel

LOUISE réalisé par Nicolas Keitel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Noémie Lemaitre, Emma Danze, Lina El Arabi, Myriem Akheddiou, Kynan Carmeci…

Scénario : Nicolas Keitel

Photographie : Joachim Philippe

Musique : Superpoze

Durée : 1h43

Année de sortie : 2025

LE FILM

Suite à un incident, la jeune Marion décide de fuguer du domicile familial. Elle démarre alors une nouvelle vie sous une autre identité : Louise. Quinze ans plus tard, Louise retrouve la trace de sa sœur et de sa mère. Petit à petit, elle réapprend à les connaître sans leur dévoiler son identité. Alors qu’elle renoue avec son passé, un dilemme s’impose à elle : rester Louise ou redevenir Marion…

Il est toujours intéressant, pour ne pas dire passionnant, de voir de nouveaux réalisateurs émerger et surtout passer le cap du long-métrage. C’est cette fois au tour de Nicolas Keitel, remarqué avec son court-métrage Le Bon Copain (avec l’excellente Maud Wyler), qui a tourné dans les festivals en 2018. Voici Louise, drame psychologique, récit initiatique et avant tout aventure romanesque qui rappelle parfois le cinéma d’André Téchiné. Ce qui frappe avant tout dans Louise, c’est la beauté hypnotique et l’immense talent de ses trois comédiennes principales, Diane Rouxel, Cécile de France et Salomé Dewaels, qui auraient bien mérité un prix d’interprétation collectif. De l’aveu du metteur en scène, l’histoire est née d’une image, « Celle de deux petites filles recroquevillées dans un escalier, qui entendent leur mère se faire battre », suite à quoi le reste du parcours de Marion s’est déroulé simplement comme on le fait avec le fil d’une pelote de laine. Ne vous attendez pas à un film dit réaliste, Nicolas Keitel n’a pas peur d’y aller à fond dans le mélodrame et évite justement – c’est parfois limite, mais ça passe – le pathos. On peut aussi tiquer sur la trop grande présence de la musique, même si très soignée là aussi, de Superpoze. La (très) grande attraction du film demeure Diane Rouxel, révélée en 2014 dans The Smell of Us de Larry Clark. Nous avons déjà dit tout le bien que l’on pensait de la comédienne au regard laser, qui nous avait déjà subjugué dans La Terre des hommes de Naël Marandin et Le Soleil de trop près, réalisé par Brieuc Carnaille. Astre discret et pourtant l’un des plus lumineux du cinéma français aujourd’hui, Diane Rouxel pulvérise l’écran une fois de plus dans Louise. Assurément, elle trouve ici l’un de ses plus beaux rôles et rien que pour cela, le premier long-métrage de Nicolas Keitel mérite qu’on s’y attarde.

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Test Blu-ray / Dossier 137, réalisé par Dominik Moll

DOSSIER 137 réalisé par Dominik Moll, disponible en DVD & Blu-ray le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Jonathan Turnbull, Stanislas Merhar, Pascal Sangla, Claire Bodson, Julien Lilti…

Scénario : Gilles Marchand & Dominik Moll

Photographie : Patrick Ghiringhelli

Musique : Olivier Marguerit

Durée : 1h51

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Trois ans après le triomphe remporté par La Nuit du 12, 550.000 entrées et sept César, dont celui du meilleur film, Dominik Moll fait son retour et continue dans la même veine, à savoir celle du polar réaliste, mais non dépourvu de romanesque. La PJ de Grenoble est cette fois remplacée par l’Inspection Générale de la Police Nationale et l’immersion est totale. Dominik Moll coécrit là encore le scénario avec l’excellent Gilles Marchand (lui-même solide metteur en scène de Qui a tué Bambi ?, L’Autre monde et Dans la forêt) et les deux hommes, pour leur sixième collaboration, atteignent les sommets. Dossier 137 est un thriller passionnant, hypnotique, qui emporte le spectateur dans un monde peu aimable, ou plutôt peu aimé, car considéré comme « traître », celui des Boeuf-carottes (« Parce que quand ils t’attrapent, ils te laissent mitonner à p’tit feu » expliquait René dans Les Ripoux), qui se retrouvent face à leurs collègues, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au cours d’une action qui a mal tourné. Le problème, c’est que malgré les preuves en vidéo, qui accablent, chacun détient sa vérité, son point de vue, d’autant plus que les accusés étaient sur le terrain et avaient un angle, des arguments, le devoir d’agir. Dossier 137, au-delà d’être un extraordinaire exercice de style, c’est aussi un écrin pour une comédienne exceptionnelle, qui depuis dix ans avec Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’est métamorphosée, comme si ce rôle lui avait permis de réaliser sa chrysalide. Ainsi, sept années après ce chef d’oeuvre instantané, Léa Drucker devait être à nouveau récompensée par le César de la meilleure actrice pour Dossier 137. Son discours, l’un des plus beaux de cette cérémonie, résume tout « En tournant ce film, j’ai pu comprendre de façon plus intime ce qui se joue dans cette zone de tension entre l’institution policière et les citoyens. Et à la difficulté du maintien de l’ordre. La vérité qui est parfois étouffée, et surtout la négation du statut des victimes. Nous sommes dans une période où la vérité est malmenée, où elle est abîmée. Très fragilisée. Où la profusion d’images et d’informations ne nous permettent pas toujours d’y voir clair. Je réalise plus que jamais combien le cinéma et les films nous offrent une respiration nécessaire, un temps pour vivre l’expérience de l’intérieur, pour adopter le point de vue de l’autre. Où la complexité peut exister, et où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective ». Dossier 137 ne juge pas, il montre, il écoute, donne à réfléchir, prend le temps de disséquer les rapports humains, le dialogue, ou l’incommunicabilité. Tout cela en deux heures, 120 minutes de grand spectacle, car Dossier 137 est aussi et avant tout – cela a souvent été oublié à sa sortie – un divertissement. Un film d’auteur, une attraction, un documentaire, un mélodrame, une étude sociologique, politique. C’est somptueux.

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Test 4K UHD / La Femme de ménage, réalisé par Paul Feig

LA FEMME DE MÉNAGE (The Housemaid) réalisé par Paul Feig, disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra HD le 24 avril 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Michele Morrone, Elizabeth Perkins, Arabella Olivia Clark, Megan Ferguson, Ellen Tamaki…

Scénario : Rebecca Sonnenshine, d’après le roman de Freida McFadden

Photographie : John Schwartzman

Musique : Theodore Shapiro

Durée : 2h11

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Millie est prête à tout pour trouver un travail, y compris à mentir sur son CV. Elle parvient à se faire embaucher comme femme de ménage chez les Winchester, une riche famille d’une banlieue pavillonnaire. Mais Nina, la mère de famille, semble elle aussi avoir ses secrets. Entre sautes d’humeur à tendances schizophrènes et soupçon de liaison de son mari avec sa femme de ménage, c’est bientôt un duel implacable qui se joue entre les deux femmes…

Alors elle est là, l’adaptation d’un des derniers phénomènes survenus dans les librairies du monde entier. Et comme bien souvent, on se rappelle des déversements de fiel survenus il y a vingt ans à la sortie de Da Vinci Code de Ron Howard, transposition du roman de Dan Brown, la sortie de La Femme de ménage version long-métrage s’est accompagnée de critiques on ne peut plus mitigées, pour ne pas dire très mauvaises. Et comme d’habitude, cela n’a pas empêché les spectateurs de se rendre dans les salles, pour se faire leurs propres avis. Résultat des courses, le film de Paul Feig a été un triomphe mondial, surtout en France, avec 4,5 millions d’entrées. S’il y aurait beaucoup de choses à redire sur la qualité du livre de Freida McFadden (oui, l’auteur de ces mots l’a lu, pour compléter cet avis), on ne peut nier que l’effet page-turner fonctionne à plein régime et c’est tant mieux si celles et ceux qui ne lisent pas beaucoup habituellement ont pu et su y trouver beaucoup de plaisir. Car on a déjà lu bien pire que La Femme de ménage (traduit en 45 langues), quand bien même l’ensemble fait penser à un best-seller conçu par intelligence artificielle comme un autre « évènement », la trilogie Fifty Shades of Grey. Le constat est indéniable, le premier volume se serait vendu en France à 2,5 millions d’exemplaires, tandis que la saga (quatre opus) culmine à ce jour plus de sept millions de livres dispersés aux quatre coins de l’Hexagone. Aux États-Unis, ce sont plus de dix millions de romans vendus. Autant dire que la transposition était attendue et avait une chance de fracasser le box-office. Et c’est ce qui s’est passé. Produit pour 35 millions de dollars, La Femme de ménage en a rapporté près de 130 millions sur le sol américain, 270 millions dans le reste du monde. La France est le troisième pays où le film a le plus amassé de billets verts, ce qui est raccord avec les ventes du livre. C’est donc à Paul Feig (Mes meilleures amies, Les Flingueuses, Spy) que LionsGate a confié les rênes de The Housemaid, qu’il coproduit également aux côtés de ses deux têtes d’affiches féminines, Sydney Sweeney et Amanda Seyfried. Forcément, quelques changements (plus que des trahisons) ont été réalisés pour cette version long-métrage, notamment en ce qui concerne la représentation de la fameuse chambre de Millie, tandis que Nina, personnage bien « enrobé » dans le livre, apparaît ici sous les courbes sculpturales de la belle et diaphane Amanda. On se laisse porter par ce thriller domestique, genre qui avait quelque peu disparu de la circulation, auquel Paul Feig apporte son élégance habituelle, mais surtout une ironie et une esthétique papier glacé tirée tout droit d’un roman photo, déjà à l’oeuvre sur l’excellent L’ombre d’EmilyA Simple Favor. Le metteur en scène semble prendre beaucoup de plaisir à jouer avec les codes du genre, tandis que les deux stars blondes s’en donnent à coeur joie dans ce face-à-face tordu teinté d’humour noir. En attendant désormais la suite, avec toujours Sydney Sweeney qui sera cette fois confrontée à Kirsten Dunst, prévue au cinéma en décembre 2027.

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Test Blu-ray / She’s So Lovely, réalisé par Nick Cassavetes

SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…

Scénario : John Cassavetes

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Joseph Vitarelli

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1997

LE FILM

Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.

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Test Blu-ray / Les Mauvais coups, réalisé par François Leterrier

LES MAUVAIS COUPS réalisé par François Leterrier, disponible en Édition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Simone Signoret, Reginald Kernan, Alexandra Stewart, Marcello Pagliero, Serge Rousseau, Nicole Chollet, Marcelle Ranson-Hervé, José Luis de Vilallonga…

Scénario : François Leterrier & Roger Vailland, d’après le roman Les Mauvais coups de Roger Vailland

Photographie : Jean Badal

Musique : Maurice Leroux

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de la course automobile suite au décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Roberte se noie dans l’alcool pendant qu’il va chasser dans la campagne bourguignonne. Dans le village, l’arrivée d’une jeune et jolie institutrice, Hélène, va mettre à bas leur couple.

Célèbre pour ses comédies sorties dans les années 1980, Je vais craquer, Les Babas-cool, Le garde du corps et Tranches de vie, le réalisateur François Leterrier (1929-2020), mythique Lieutenant Fontaine pour Robert Bresson dans Un condamné à mort s’est échappé, ancien assistant de Louis Malle (sur Ascenseur pour l’échafaud et Les Amants), mais aussi de Marc et Yves Allégret, fait ses débuts derrière la caméra dès 1961 avec Les Mauvais coups. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette adaptation du second roman éponyme de Roger Vailland, publié en 1948, s’avère loin des gaudrioles auxquelles il nous habituera plus tard. Ce drame foncièrement sombre et pessimiste est un projet ambitieux pour Simone Signoret, tout juste auréolée du triomphe international des Chemins de la haute villeRoom at the Top de Jack Clayton, qui a valu le National Board of Review, l’Oscar, le BAFTA et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Adua et ses compagnes d’Antonio Pietrangeli n’a pas connu le succès espéré et la comédienne espère bien se refaire en revenant tourner en France, ce qu’elle n’avait pas fait réellement depuis Les Diaboliques en 1955, puisque les prises de vue des Sorcières de Salem de Raymond Rouleau avaient été principalement réalisées en Allemagne. Loin d’être un projet accessible, Les Mauvais coups est la transposition du livre de Roger Vailland, imprégné du vécu de son auteur et plus principalement de sa rupture brutale et violente avec sa première femme Andrée Blayette. Il ne faut assurément pas visionner Les Mauvais coups si l’on est en bad mood, car l’ambiance y est mortifère et pesante, l’humour totalement absent et l’issue tragique inévitable. Simone Signoret règne sur la distribution, même si la jeune et débutante Alexandra Stewart tire son épingle du jeu par sa beauté froide et mystérieuse, qui illumine cette campagne pluvieuse et boueuse. Il s’agit d’une véritable (re)découverte, d’autant plus que le film a nous semble-t-il été très peu diffusé à la télévision.

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Test Blu-ray / The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart

THE CHRONOLOGY OF WATER réalisé par Kristen Stewart, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi, Tom Sturridge, Charlie Carrick, Michael Epp, Earl Cave, Jeremy Ang Jones…

Scénario : Kristen Stewart & Andy Mingo, d’après le roman autobiographique « La Mécanique des fluides » (« The Chronology of Water : A Memoir ») de Lidia Yuknavitch

Photographie : Corey C. Waters

Musique : Paris Hurley

Durée : 2h08

Année de sortie : 2025

LE FILM

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Il fallait bien que ça arrive un jour…On sentait que ça la démangeait d’ailleurs. Kristen Stewart passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage. Après quelques clips et divers courts, elle se lance définitivement avec The Chronology of Water, adaptation du livre autobiographique La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Si l’on ne doute pas un seul instant du caractère personnel de ce coup d’essai, force est d’admettre que ce film compile tous les clichés, toutes les tares, tous les poncifs du cinéma indépendant américain. Kristen Stewart a déjà traversé un quart de siècle de cinéma et pioche un peu chez tout le beau monde qu’elle a pu côtoyer. Malheureusement, The Chronology of Water s’avère au final un gloubi-boulga indigeste, qui fait penser à du sous Terrence Malick, plus dans la période soporifique du bonhomme (À la merveille, Knight of Cups) que dans la première partie de la carrière du bonhomme. En partant d’un roman jugé à la base inadaptable, Kristen Stewart se prend les pieds dans le tapis, livre un manifeste bourré de tics formels que l’on croirait provenir d’une exposition vidéo arty destinée aux bobos du Marais. Il faut véritablement s’armer de patience (euphémisme) pour aller au bout de cette exténuante entreprise (d’autant plus que cela dure plus de deux heures) et même l’interprétation pourtant habitée de l’excellente Imogen Poots (même si on a du mal à croire que la donzelle a 17 ans au début du film) tape rapidement sur le système. Faussement punk et rebelle, Kristen Stewart, bien intégrée dans l’industrie du septième art, livre un caillou – et non pas un pavé – dans la mare et se révèle par exemple à mille lieues du Livre de Jérémie d’Asia Argento, auquel on pense souvent. Il s’agit ni plus ni moins de cinéma aseptisé, qui voudrait s’affranchir des conventions et parler d’un sujet grave, mais qui anéantit son message par trop de manières éculées, risibles et surtout insupportables à visionner.

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Test Blu-ray / 30 minutes de sursis, réalisé par Sydney Pollack

30 MINUTES DE SURSIS (The Slender Thread) réalisé par Sydney Pollack, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Sidney Poitier, Anne Bancroft, Telly Savalas, Steven Hill, Edward Asner, Paul Newlan, H. M. Wynant, Robert F. Hoy, Greg Jarvis…

Scénario : Stirling Silliphant, d’après un article de Shana Alexander

Photographie : Loyal Griggs

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Étudiant en psychologie, Alan est bénévole dans un centre d’appels d’urgence. Ce jour-là, au bout du fil, il y a Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Aidé d’un psychiatre et d’un inspecteur de police, Alan n’a que peu de temps pour localiser et sauver sa correspondante.

Sydney Pollack (1934-2008) doit en quelque sorte les débuts de sa carrière à Burt Lancaster (1913-1994). Ce dernier, ayant décelé le potentiel chez ce jeune réalisateur en herbe lors du tournage du Temps du châtiment de John Frankenheimer (1961), sur lequel Pollack travaillait en tant qu’assistant, l’a encouragé et a recommandé son talent à plusieurs personnes influentes des studios. Son apprentissage débute principalement à la télévision, où il enregistre de nombreux épisodes de diverses séries (Bob Hope Presents the Chrysler Theatre, Haute tension, Ben Casey, The Law and Mr. Jones, Shotgun Slade). Il signe son premier long-métrage en 1965, 30 minutes de sursisThe Slender Thread. Le film s’inspire d’un article de Shana Alexander, « Decision to Die », paru dans le magazine Life et relatant un fait réel. Devant le caractère insolite de ce reportage, la Paramount Pictures avait très vite acquis les droits d’adaptation. Le scénario est écrit par le légendaire Stirling Silliphant (Poursuites dans la nuit – Nightfall de Jacques Tourneur, The Lineup de Don Siegel, Le Village des damnés Village of the Damned de Wolf Rilla). Initialement conçu comme un synopsis de 100 pages pour la Metro-Goldwyn-Mayer, le projet fut refusé par le studio en raison de divergences artistiques. Le président de la production chez Paramount, Howard W. Koch, acquit alors le synopsis et décide de confier le premier rôle à Sidney Poitier (1927-2022). L’acteur auréolé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour La Chaîne The Defiant Ones à la Berlinale de 1958, par le BAFTA du meilleur acteur étranger pour le même film, mais aussi par un autre Ours d’argent pour Le Lys des champs- Lilies of the Field de Ralph Nelson, et enfin par le Golden Globe et l’Oscar du meilleur acteur a le vent en poupe, avec tout ce que cela représente également pour les droits civiques. Ils sont nombreux les réalisateurs à vouloir faire tourner Sidney Poitier et ce même avant que celui-ci soit recouvert de prix. Se sont ainsi succédé Joseph L. Mankiewicz, Budd Boetticher, Richard Brooks, Martin Ritt, Raoul Walsh, Otto Preminger, Jack Cardiff…Pour un début de C.V., il y a pire…Contrairement à la plupart de ses précédents personnages, où la couleur de sa peau était souvent évoquée, rien de tout cela dans 30 minutes de sursis. Il incarne ici un étudiant, intelligent, sensible, qui ne subit aucune remarque raciste, surtout que son interlocutrice principale ne sait rien de son identité. À travers ce personnage, Sydney Pollack et Stirling Silliphant font évidemment passer le message qu’Alan est mis sur un pied d’égalité, sans distinction. Brillant, remarquable exercice de style, The Slender Thread prend aux tripes du début à la fin, ne laisse aucun moment de répit, ni aux protagonistes, ni aux spectateurs, à travers une intrigue menée quasiment en temps réel. Le réalisateur montre ce qu’il a dans le ventre et ce dès l’extraordinaire ouverture, qui dévoile Seattle vue du ciel, la caméra se rapprochant petit à petit du sol, pour se focaliser sur une femme, dont le regard semble perdu. Nous apprendrons qui est cette personne un peu plus tard, par le biais d’une conversation téléphonique et via quelques flashbacks…Alors, amis cinéphiles, arrêtez tout et ruez-vous sur ce coup d’essai et véritable coup de maître signé par l’un des cinéastes les plus importants des années 1970-80 !

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Test Blu-ray / Siège, réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell

SIÈGE (Self-Defense) réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Tom Nardini, Brenda Bazinet, Daryl Haney, Terry-David Després, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox, Jeff Pustil…

Scénario : Paul Donovan, d’après une histoire originale de Paul Vautour

Photographie : Les Kriszan

Musique : Peter Jermyn & Drew King

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’une grève de la police, un groupuscule tente d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax (Nouvelle-Écosse). Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement, et le leader du groupe décide d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel…

C’est l’histoire d’un petit film réalisé en deux semaines avec de l’huile de coude, du système D et de vraies armes. Siège ou Self Defense en version originale est coréalisé par le couple Paul Donovan et Maura O’Connell. Le point de départ est une véritable grève de la police – le film s’ouvre d’ailleurs sur les vraies images d’actualités de l’époque – survenue à Halifax en 1981, qui aura impliqué près de 200 agents et duré plus de cinquante jours. Il s’agissait de la première grève de la police de la ville. Suite à cet événement, les deux jeunes metteurs en scène et scénaristes imaginent, et ce bien avant la saga American Nightmare, ce qu’une ville pourrait devenir sans la présence des forces de l’ordre. Là-dessus, les deux réalisateurs s’inspirent visiblement d’AssautAssault on Precinct 13 (1976) de John Carpenter, et donc par extension de Rio Bravo de Howard Hawks, pour livrer un thriller urbain violent, radical, sec, épuré, brutal, maladroit aussi bien évidemment et ce en raison d’un budget qu’on imagine anémique, mais qui s’en sort haut la main. Siège est un vrai film d’exploitation, qui en a sous le capot, même si Paul Donovan ne confirmera jamais vraiment par la suite. Avec son unité de lieu (principalement un immeuble, deux appartements voisins), de temps (une nuit) et d’action (deux clans opposés), Siège parvient à retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes et certaines scènes, notamment le premier acte se déroulant dans le bar gay, étonnent par leur dureté et leur sadisme, d’autant plus qu’il n’y a aucune tête connue dans cette distribution, ce qui ajoute un réalisme à l’entreprise. Si le rythme est sans doute un peu lent et que les dialogues laissent souvent à désirer, Siège n’a pas volé son statut de petit classique et même d’oeuvre culte auprès des aficionados de films de genre.

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