Test DVD / La Ronde du crime (The Lineup), réalisé par Don Siegel

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LA RONDE DU CRIME (The Lineup) réalisé par Don Siegel, disponible en DVD le 19 octobre 2016 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Eli Wallach, Robert Keith, Richard Jaeckel, Mary LaRoche, William Leslie, Emile Meyer, Marshall Reed

Scénario : Stirling Silliphant

Photographie : Hal Mohr

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Une bande de trafiquants d’héroïne a trouvé un moyen astucieux de faire passer de la drogue. Ils la cachent dans des objets achetés par des touristes. Lorsque ces derniers reviennent à San Francisco, ils sont pris en filature par plusieurs complices pour récupérer le précieux chargement. Deux de ces hommes, Dancer, un psychopathe extraverti, et Julian, un homme froid et calculateur, doivent reprendre la poudre à trois personnes qui viennent de débarquer, mais la police a découvert la manoeuvre…

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Don Siegel (1912-1991) commence sa carrière cinématographique en 1934 en tant que monteur pour la Warner. Il participe notamment au tournage de Griffes jaunes de John Huston (1943) et Casablanca (1943) de Michael Curtiz. En 1945, il passe derrière la caméra avec deux courts-métrages, Star in the Night et Hitler Lives, tous les deux primés par un Oscar. En 1946, Don Siegel signe son premier long métrage, The Verdict, son premier Film noir. Suivront Ça commence à Vera Cruz (1949), Duel sans merci (1952), Ici brigade criminelle (1954), L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956). En 1958, on lui propose l’adaptation au cinéma de la série télévisée policière The Lineup, qui fait les beaux jours de la chaîne CBS depuis 1954. La série s’arrêtera en 1960 au bout de 200 épisodes. Mais pour l’heure, Don Siegel souhaite s’éloigner quelque peu de la série originale en se focalisant sur deux tueurs à gages. Même chose, il voudrait intituler son film The Chase, en référence à la poursuite finale prévue dans les rues de San Francisco, qui doit être le point d’orgue de l’intrigue. Le producteur Jaime Del Valle est aussi celui de la série originale et refuse puisque cette transposition doit surfer sur le succès déjà bien installé de ce rendez-vous télévisuel. Qu’à cela ne tienne, le scénario est confié à Stirling Silliphant, auteur du formidable Nightfall de Jacques Tourneur en 1956, qui signera ensuite quelques classiques comme Le Village des damnés (1960), Dans la chaleur de la nuit (1967), L’Aventure du Poséidon (1972) et La Tour infernale (1974).

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La Ronde du crimeThe Lineup démarre sur les chapeaux de roues. Sur un montage sec et nerveux, la première minute du film, foudroyante, plonge immédiatement les spectateurs dans l’action. Un taxi démarre en trombe, manque de percuter un camion, renverse un officier de la circulation et termine sa course accidentellement. Le titre apparaît. Nous ne sommes pas là pour rigoler. Les flics arrivent sur les lieux de l’accident. Warner Anderson reprend son rôle du Lieutenant Ben Guthrie pour cette adaptation sur le grand écran, tandis que le personnage de l’Inspecteur Al Quine (Emile Meyer) remplace celui de l’Inspecteur Matt Grebb, créé par Tom Tully dans la série. Les vieux de la vieille, semblant dépasser par les événements, tentent d’en savoir un peu plus. Durant les vingt premières minutes, l’intrigue est solidement posée, avec quelques éléments proches du documentaire, impression renforcée par les prises de vues réalisées dans les rues de San Francisco. C’est alors que les deux tueurs à gages débarquent. Julian (Robert Keith), le plus âgé, ne porte pas d’arme, ne tue pas, et forme son comparse Dancer (Eli Wallach), qui doit visiblement prendre sa relève. Mais Dancer est imprévisible, nerveux, et semble constamment sur le point d’exploser de violence alors difficilement contenue. Ils ont pour mission de récupérer trois chargements de drogue arrivés à San Francisco par l’intermédiaire de mules qui s’ignorent, en l’occurrence des passagers qui ont transporté sans le savoir quelques grammes d’héroïne. Un travail d’enfant selon Julian, même si Dancer, stressé, semble perdre patience, d’autant plus que la mission doit être remplie avant 16h05 le même après-midi.

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Le scénario de Stirling Silliphant ne s’encombre pas du superflu et va droit à l’essentiel. Les personnages sont bien installés et le réalisateur ne s’en cache pas, ce sont bien les deux tueurs à gages qui lui importent. Pour sa deuxième apparition au cinéma après La Poupée de chair d’Elia Kazan (1956), Eli Wallach, exceptionnel, crève littéralement l’écran dans le rôle du gangster psychopathe. Souvent filmé en gros plan, ses tics nerveux, ses rictus, ses regards noirs deviennent la principale attraction de The Lineup. Sur un rythme effréné et un montage remarquable signé Al Clark (Mr. Smith au Sénat, 3h10 pour Yuma), le réalisateur suit le parcours de ces deux tueurs jusqu’à ce que leur mission capote à cause d’une petite fille qui a trouvé le sachet de drogue dans sa poupée et l’a utilisé pour…lui repoudrer le visage. Dancer arrive à bout et Julian ne peut alors plus le contenir. Plus dure sera la chute, au sens propre comme au figuré.

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Méconnu en France, La Ronde du crime est un des meilleurs films de Don Siegel, qui compte pourtant déjà plusieurs classiques et chefs-d’oeuvre à son actif. Un diamant noir à découvrir absolument.

Et pour le plaisir…

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LE DVD

Disponible chez Sidonis Calysta, La Ronde du crime intègre la collection Film Noir. Le visuel de la jaquette est très attractif et soigné, tout comme la sérigraphie du DVD. Le boîtier est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

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Bertrand Tavernier présente La Ronde du crime (25’) avec une passion contagieuse et un humour communicatif. Il évoque tout d’abord un entretien donné par James Ellroy à Eddie Muller, grand spécialiste du Film Noir, pour le DVD américain du film de Don Siegel. Un supplément interdit aux moins de 17 ans explique Tavernier, dans lequel Ellroy se lâche sur les « Chinetoques », les « Bonnes femmes » et quelques mots fleuris désignant les communautés. Après cette introduction, Bertrand Tavernier en vient directement au film en expliquant tout d’abord que la grande réussite de The Lineup ne lui avait pas sauté aux yeux la première fois. Il le considère aujourd’hui comme un des plus grands films de Don Siegel. La genèse du film, le scénario de Stirling Silliphant, le casting, les partis pris, les lieux de tournage (qui seront repris par le même Don Siegel pour L’Inspecteur Harry), tout est ici abordé avec une érudition exceptionnelle.

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C’est ensuite au tour de François Guérif, critique de cinéma, éditeur et directeur de la collection Rivages/Noir, de revenir sur La Ronde du crime (13’). Si quelques propos reprennent quelques arguments entendus durant la présentation de Bertrand Tavernier, François Guérif s’attarde surtout sur l’aspect documentaire du film, renforcé par le tournage en décors naturels, faisant de la ville de San Francisco un personnage à part entière.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et une galerie de photos.

L’Image et le son

Ce master restauré au format respecté 1.85 de La Ronde du crime, jusqu’alors inédit en France, est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le splendide N&B de Hal Mohr (Capitaine Blood, L’Equipée sauvage) retrouve une densité inespérée dès l’ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. Les contrastes sont fabuleux et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Le grain original est présent, sans lissage excessif, ce qui devrait rassurer les puristes. Le cadre fourmille de détails, les fondus enchaînés n’entraînent pas de décrochages et cette très belle copie participe à la redécouverte de ce chef d’oeuvre oublié de Don Siegel.

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L’éditeur nous propose les versions anglaise et française de La Ronde du crime. Passons rapidement sur cette dernière, moins dynamique, qui a toutefois bénéficié d’un nettoyage aussi complet que son homologue. Evidemment, notre préférence va pour la version originale, plus homogène et naturelle, tout aussi propre, sans souffle parasite. Le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé.

the-lineupCrédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard

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