Test Blu-ray / Dossier 137, réalisé par Dominik Moll

DOSSIER 137 réalisé par Dominik Moll, disponible en DVD & Blu-ray le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Jonathan Turnbull, Stanislas Merhar, Pascal Sangla, Claire Bodson, Julien Lilti…

Scénario : Gilles Marchand & Dominik Moll

Photographie : Patrick Ghiringhelli

Musique : Olivier Marguerit

Durée : 1h51

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Trois ans après le triomphe remporté par La Nuit du 12, 550.000 entrées et sept César, dont celui du meilleur film, Dominik Moll fait son retour et continue dans la même veine, à savoir celle du polar réaliste, mais non dépourvu de romanesque. La PJ de Grenoble est cette fois remplacée par l’Inspection Générale de la Police Nationale et l’immersion est totale. Dominik Moll coécrit là encore le scénario avec l’excellent Gilles Marchand (lui-même solide metteur en scène de Qui a tué Bambi ?, L’Autre monde et Dans la forêt) et les deux hommes, pour leur sixième collaboration, atteignent les sommets. Dossier 137 est un thriller passionnant, hypnotique, qui emporte le spectateur dans un monde peu aimable, ou plutôt peu aimé, car considéré comme « traître », celui des Boeuf-carottes (« Parce que quand ils t’attrapent, ils te laissent mitonner à p’tit feu » expliquait René dans Les Ripoux), qui se retrouvent face à leurs collègues, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au cours d’une action qui a mal tourné. Le problème, c’est que malgré les preuves en vidéo, qui accablent, chacun détient sa vérité, son point de vue, d’autant plus que les accusés étaient sur le terrain et avaient un angle, des arguments, le devoir d’agir. Dossier 137, au-delà d’être un extraordinaire exercice de style, c’est aussi un écrin pour une comédienne exceptionnelle, qui depuis dix ans avec Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’est métamorphosée, comme si ce rôle lui avait permis de réaliser sa chrysalide. Ainsi, sept années après ce chef d’oeuvre instantané, Léa Drucker devait être à nouveau récompensée par le César de la meilleure actrice pour Dossier 137. Son discours, l’un des plus beaux de cette cérémonie, résume tout « En tournant ce film, j’ai pu comprendre de façon plus intime ce qui se joue dans cette zone de tension entre l’institution policière et les citoyens. Et à la difficulté du maintien de l’ordre. La vérité qui est parfois étouffée, et surtout la négation du statut des victimes. Nous sommes dans une période où la vérité est malmenée, où elle est abîmée. Très fragilisée. Où la profusion d’images et d’informations ne nous permettent pas toujours d’y voir clair. Je réalise plus que jamais combien le cinéma et les films nous offrent une respiration nécessaire, un temps pour vivre l’expérience de l’intérieur, pour adopter le point de vue de l’autre. Où la complexité peut exister, et où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective ». Dossier 137 ne juge pas, il montre, il écoute, donne à réfléchir, prend le temps de disséquer les rapports humains, le dialogue, ou l’incommunicabilité. Tout cela en deux heures, 120 minutes de grand spectacle, car Dossier 137 est aussi et avant tout – cela a souvent été oublié à sa sortie – un divertissement. Un film d’auteur, une attraction, un documentaire, un mélodrame, une étude sociologique, politique. C’est somptueux.

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Test DVD / Saint Omer, réalisé par Alice Diop

SAINT OMER réalisé par Alice Diop, disponible en DVD le 4 avril 2023 chez Blaq Out.

Acteurs : Kayije Kagame, Guslagie Malanda, Valérie Dréville, Aurélia Petit, Xavier Maly, Robert Cantarella, Salimata Kamate, Thomas de Pourquery…

Scénario : Amrita David, Alice Diop, Zoé Galeron & Marie N’Diaye

Photographie : Claire Mathon

Durée : 1h58

Année de sortie : 2022

LE FILM

Rama, jeune romancière, assiste au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint-Omer. Cette dernière est accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France. Mais au cours du procès, la parole de l’accusée, l’écoute des témoignages font vaciller les certitudes de Rama et interrogent notre jugement.

On connaissait la réalisatrice Alice Diop (née en 1979) pour ses documentaires de société, La Tour du monde (sur la diversité culturelle de son quartier d’enfance), Vers la tendresse (César du meilleur court métrage), Nous (primé à Berlin)…Saint Omer est sa première œuvre de fiction, là aussi très largement récompensée, par le Lion d’argent pour le Grand prix du jury à la Mostra de Venise, le César du meilleur premier film, sans oublier le Prix Jean-Vigo et le Prix Louis-Delluc partagé avec Pacifiction : Tourment sur les Îles d’Albert Serra. Elle s’inspire ici de l’affaire Fabienne Kabou, une mère qui en 2013 avait abandonné sa fille de 15 mois à la marée montante de Berck-sur-Mer. Condamnée quatre ans plus tard pour infanticide, cette femme ne l’avait jamais déclarée à l’état civil et avait justifié son acte en déclarant que « c’était plus simple comme ça ». Saint Omer s’ouvre sur le début du procès devant la cour d’assises de cette ville du Pas-de-Calais. Mais n’attendez pas l’issue de cette affaire dans Saint Omer, il faudra vous renseigner ailleurs pour cela. Alice Diop et ses coscénaristes (dont l’écrivaine Marie N’Diaye) se penche sur le thème de la maternité, un événement personnel, unique pour chaque femme et tente à travers les propos de l’accusée, repris à la virgule près de ceux qui se sont réellement tenus au procès, pour comprendre pourquoi et comment Laurence Coly (nom du personnage dans le film) a pu en arriver à commettre l’irréparable. Si les comédiens sont impeccables, le dispositif laisse à désirer et l’ennui peut poindre, surtout quand la caméra se plante devant les protagonistes, pour les laisser déclamer leurs longues tirades. Si Alice Diop insiste sur la fidélité des interventions, l’ensemble paraît étrangement trop écrit et manque de naturel, de spontanéité. Le rythme est lent, les séquences de procès sont d’ailleurs quasiment en temps réel, semblent malheureusement trop figés pour convaincre et emporter l’adhésion.

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