Test Blu-ray / Le Temps du châtiment, réalisé par John Frankenheimer

LE TEMPS DU CHÂTIMENT (The Young Savages) réalisé par John Frankenheimer, disponible en DVD et Blu-ray le 18 février 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Burt Lancaster, Dina Merrill, Edward Andrews, Vivian Nathan, Shelley Winters, Larry Gates, Telly Savalas, Pilar Seurat…

Scénario : Edward Anhalt, J.P. Miller d’après un roman d’Evan Hunter

Photographie : Lionel Lindon

Musique : David Amram

Durée : 1h43

Année de sortie : 1961

LE FILM

Dans un quartier populaire d’une grande ville américaine, la guerre des gangs vient de faire une nouvelle victime : un jeune aveugle portoricain a été assassiné par trois adolescents d’origine italienne. L’opinion publique exige un châtiment exemplaire. Hank Bell, adjoint du procureur, mène l’enquête.

Le Temps du châtimentThe Young Savages (1961) est la première des cinq collaborations entre Burt Lancaster et le réalisateur John Frankenheimer (1930-2002). Cinq longs-métrages, tous tournés dans les années 1960. Suivront Le Prisonnier d’AlcatrazBirdman of Alcatraz (1962), Sept jours en maiSeven Days in May (1964), Le TrainThe Train (1964) et Les Parachustistes arriventThe Gypsy Moths (1969). Si l’entente entre les deux hommes a été particulièrement rude au début des prises de vues, Le Temps du châtiment a pourtant scellé l’une des associations les plus importantes de leurs carrières respectives. Le Temps du châtiment, second film pour le cinéma de John Frankenheimer, cinq ans après son premier coup d’essai Mon père, cet étrangerThe Young Stranger (1957), rend compte de l’aisance technique du cinéaste et de sa solide direction d’acteurs. Forcément, Burt Lancaster écrase la distribution par son charisme imposant et de son talent, mais comme à son habitude l’acteur ne tire jamais la couverture et laisse une belle place à ses partenaires, parmi lesquels Shelley Winters et Telly Savalas dans son premier rôle au cinéma. Au-delà de sa beauté plastique et de sa réalisation d’une folle modernité, Le Temps du châtiment interpelle toujours sur son étude de la délinquance juvénile. Un film coup de poing.

Trois jeunes Italiens, appartenant aux Thunderbirds, décident de partir en guerre contre les Centaures, une bande rivale de Portoricains. Lors de leur passage, Robert, un des Centaures, sort un objet luisant de sa poche. Les Thunderbirds pensent immédiatement à un couteau. Ils se jettent sur lui, le poignardent et s’enfuient. Lors de l’interrogatoire, ils plaident la légitime défense mais Robert était aveugle et tenait à la main un harmonica. Hank Bell, qui est chargé de l’enquête, est d’origine italienne (de son vrai nom Bellini) et connaît bien les conditions de vie de ces jeunes délinquants. Ceux-ci lui inspirent de la pitié et il veut faire la lumière sur toute l’affaire.

Dans l’immense filmographie de Burt Lancaster, Le Temps du châtiment se situe après Le Vent de la plaine (1960) de John Huston et Elmer Gantry le charlatan (1960) de Richard Brooks. Pour The Young Savages, le comédien revenait sur les lieux de son enfance, puisque Burton Stephen Lancaster, né le 2 novembre 1913, avait grandi à East Harlem, dans le quartier de Manhattan à New York. Autant dire qu’il connaissait les lieux et l’atmosphère où se déroulait l’histoire formidable et passionnante du Temps du châtiment, coécrite par Edward Anhalt (L’Homme à l’affût et Le Bal des Maudits d’Edward Dmytryk) et J.P. Miller (La Clé des champs de Philip Leacock) d’après un roman d’Evan Hunter, pseudo d’Ed Mc Bain, de son vrai nom Salvatore Lombino. Il incarne l’ambigu Hank Bell, adjoint du procureur, d’origine italienne, qui enquête sur le meurtre d’un jeune aveugle portoricain. Les principaux suspects sont trois adolescents italiens appartenant à une bande rivale. Mais Hank fut autrefois amoureux de la mère (Shelley Winters, bouleversante) d’un des délinquants, ce qui va compliquer les choses. A travers ce film, se dessine en filigrane un portrait de Burt Lancaster, très à l’aise dans ce quartier populeux de New York, qu’il avait réussi à fuir grâce à ses aptitudes sportives.

Le spectateur suit donc une enquête policière, ponctuée par divers témoignages qui semblent mener l’intrigue et Hank Bell vers une conclusion inattendue. Qui est responsable de cet acte de violence ? Est-ce la société elle-même ? Les conditions de vie misérables des habitants ? Si l’un des trois voyous est atteint de maladie mentale, peut-il être jugé coupable ? La première séquence donne le ton. John Frankenheimer n’est pas là pour rigoler et le crime commis en plein jour est étonnamment violent en ce début des années 1960 dans le cinéma américain. Le cadre penché instaure un malaise palpable, tout comme la caméra portée, signature reconnaissable du réalisateur, qui avait déjà longuement utilisé ce procédé pour ses téléfilms. Ensuite, Le Temps du châtiment installe un rythme un peu plus lent, tandis que le récit avance surtout à travers ses dialogues très abondants. Heureusement, John Frankenheimer joue souvent sur ces diverses parties de ping-pong verbal, sans ennuyer l’audience. De plus, le jeu des acteurs laisse souvent pantois d’admiration. La cerise sur la gâteau arrive dans le dernier acte, lors du procès des accusés. Burt Lancaster reprend la main et sa plaidoirie face à cette jeunesse rebelle et incomprise reste un très grand moment de cinéma. Ou quand un homme intègre affronte un procureur (sur le point d’être élu gouverneur) et l’opinion publique. La pression est élevée, la peine de mort n’est pas obligatoirement la solution. Mais quelle sera l’issue ?

Le Temps du châtiment est un film rare, précieux donc, et surtout à (re)découvrir.

LE BLU-RAY

Il aura fallu attendre 2020 pour qu’un éditeur propose enfin Le Temps du châtiment en DVD et en Blu-ray. Nous devons cette sortie à Rimini Editions. L’éditeur propose une édition HD forcément de haut niveau, avec tout d’abord une jaquette intrigante glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Seul supplément sur cette édition, un entretien avec Christian Viviani, maître de conférences en cinéma à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur à l’université de Caen-Basse Normandie (16’30). « Le Nouvel Hollywood de John Frankenheimer » revient sur la genèse et la production du Temps du châtiment, sur les débuts au cinéma du réalisateur, sur les conditions de tournage, sur l’entente (difficile au départ) entre Burt Lancaster et le cinéaste, sur les partis pris et bien d’autres éléments.

Ces propos sont d’ailleurs largement complétés par un livret écrit par Christophe Chavdia intitulé « Graine(s) de violence ». 28 pages passionnantes et un véritable supplément à part entière, qui abordent les écrits d’Evan Hunter (aka Ed McBain), sur le livre Blackboard Jungle adapté au cinéma par Richard Brooks sous le titre français Graine de violence (1955), sur la mise en route, le casting, le tournage et la sortie de The Young Savages.

L’Image et le son

Quel plaisir de (re)découvrir ce bijou méconnu dans de telles conditions ! Rimini Editions se devait de restituer la beauté originelle du N&B (noirs denses, blancs éclatants) du Temps du châtiment, présenté pour l’occasion dans sa version intégralement restaurée. L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, impressionnant, offrant aux spectateurs un relief inédit, des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans et des rues de Harlem. La propreté du master (1.75, 16/9 compatible 4/3) est ébouriffante, aucune scorie n’a survécu au lifting numérique, la stabilité (y compris sur les fondus enchaînés) et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée restitue les clairs-obscurs et les sous-expositions pour le plus grand plaisir des cinéphiles…et des yeux.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et dynamique, le confort est indéniable, et les dialogues sont clairs, nets, précis. Sans surprise, au jeu des comparaisons, la piste anglaise s’avère plus naturelle et harmonieuse. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière (l’immense Claude Bertrand double Burt Lancaster), aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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