Test DVD / Tulip Fever, réalisé par Justin Chadwick

TULIP FEVER réalisé par Justin Chadwick, disponible en DVD et Blu-ray le 4 septembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Alicia Vikander, Dane DeHaan, Christoph Waltz, Judi Dench, Holliday Grainger, Zach Galifianakis, Cara Delevingne, Jack O’Connell…

Scénario : Deborah Moggach, Tom Stoppard d’après le roman “Le Peintre des vanités” – “Tulip Fever” de Deborah Moggachd

Photographie : Eigil Bryld

Musique : Danny Elfman

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Amsterdam – 1636.
La ville est plongée dans une fièvre spéculative autour du commerce de la tulipe.
Un riche marchand décide d’engager un célèbre portraitiste pour immortaliser la beauté de sa jeune femme. Au premier coup de pinceau, une passion dévorante débute entre la jeune Sophia et le séduisant peintre.
Alors qu’une liaison torride et fougueuse s’installe, les jeunes amants cherchent à se débarrasser du mari envahissant et à s’enfuir. Une soif de liberté qui aura un prix, aussi précieux que celui d’une tulipe..

Tulip Fever est un film qui revient de loin. Il aura fallu près de dix ans pour que cette adaptation du roman Le Peintre des vanitésTulip Fever de Deborah Moggach (1999) puisse voir le jour dans les salles ou en e-cinéma. A l’origine prévue avec Jude Law et Keira Knightley sous la direction de John Madden (Shakespeare in love, Miss Sloane), cette romance historico-dramatique aura connu moult déboires et notamment des changements de règles fiscales dans la production de film au Royaume-Uni. Résultat, cette histoire est restée dans les tiroirs jusqu’au jour où le réalisateur Justin Chadwick (Deux sœurs pour un roi, Mandela : Un long chemin vers la liberté) mette la main dessus et parvienne à réunir les fonds nécessaires. Tous deux oscarisés, la sylphide Alicia Vikander (pour Danish Girl) et Christoph Waltz (pour Inglourious Basterds et Django Unchainded) héritent des deux rôles principaux, tandis que Dane Dehaan interprète le jeune peintre qui va troubler l’existence de Sophia. Le film est tourné en 2014, mais restera bloqué jusqu’en 2017.

Metteur en scène du mal aimé et pourtant très réussi Deux sœurs pour un roi, qui réunissait Scarlett Johansson et Natalie Portman, Justin Chadwick prouve une fois de plus que la reconstitution historique lui sied à ravir avec une direction artistique solide, des décors et des costumes soignés, ainsi qu’une photo rappelant certaines œuvres de Rembrandt et de Vermeer. Tulip Fever peut paraître académique, mais on croit et l’on plonge volontiers dans cette ville d’Amsterdam du XVIIe siècle, marquée par la folie du commerce des tulipes, qui se revend à prix d’or, surtout lorsque l’une d’entre elles est marquée par une anomalie chromatique, comme la tant convoitée tulipe marbrée. Tel un bulbe en pleine éclosion, Sophia, délicatement incarnée par la sublime Alicia Vikander donc, va commencer à s’épanouir quand elle rencontre un artiste venu lui tirer le portrait avec son époux (Christoph Waltz), fortuné, d’âge mûr, veuf. Sans enfant, décédé lors de l’accouchement de son épouse, qui n’a également pas survécu, Cornelis Sandvoort « achète » Sophia, orpheline, pour qu’elle lui donne un héritier. Mais les mois passent et la jeune femme ne tombe pas enceinte. C’est alors que le film prend une tournure digne d’un boulevard avec la servante des Sandvoort (Holliday Grainger), enceinte des œuvres du poissonnier, qui par peur d’être renvoyée va finalement accepter la proposition de Sophia.

Cette dernière ayant une liaison avec l’artiste Jan Van Loos, s’est fait remarquée par la servante Maria. En échange de son silence, Sophia décide de faire semblant d’être enceinte, tandis que Maria devra dissimuler sa grossesse. A la naissance du bébé, Sophia adoptera l’enfant et Maria, dont le fiancé demeure mystérieusement introuvable, conservera son travail. Justin Chadwick joue avec les genres, avec les tons et l’empathie des spectateurs pour les personnages. Si Cornelis Sandvoort est d’abord présenté comme un négociant en épices riche et froid, l’homme se révélera attentionné, amoureux de sa femme, voulant à tout prix être père. Christoph Waltz domine la distribution du début à la fin. Alicia Vikander, tour à tour ingénue et stratège, crève l’écran une fois de plus par sa beauté diaphane, sa fragilité et sa sensualité. Seule ombre au tableau, Dane DeHaan reste bien fade face à ses partenaires, semblant constamment avoir été tiré du lit juste avant de tourner. Mais bon, nous n’aurions rien gagné au change puisque le monolithique Matthias Schoenaerts avait un temps été envisagé.

Finalement, l’aspect romantique l’emporte moins que la psychologie du personnage formidablement interprété par Christoph Waltz, de loin son meilleur rôle depuis longtemps. Alors certes, Tulip Fever part un peu dans tous les sens, ne sait pas quelle position adoptée et a souvent du mal à trouver une identité propre, mais ses petites imperfections (multiplication des rebondissements, fin expédiée) sont attachantes et les comédiens formidables (dont Zack Galifianakis et Dame Judi Dench) emportent facilement l’adhésion.

LE DVD

Après un détour par la case e-cinéma, Tulip Fever est arrivé dans les bacs en DVD et Blu-ray. Le test de l’édition SD dispinible chez TF1 Studio a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur accompagne le film de Justin Chadwick d’un making of (15’). De facture classique, ce documentaire se compose d’images de tournage, mais surtout des propos des comédiens et du réalisateur. Les intervenants ne font jamais mention de très longue gestation du film (dix ans en raison de problèmes financiers) et font surtout l’éloge de toute l’équipe, tout en parlant des personnages et du contexte social à Amsterdam au XVIIe siècle.

L’Image et le son

L’éditeur ne nous a pas fourni l’édition HD et c’est bien dommage. Nous aurions bien voulu découvrir les partis pris du directeur de la photographie danois Eigil Bryld (Bons baisers de Bruges) dans les meilleures conditions possibles. Il faudra se contenter d’un DVD très moyen, à la compression souvent hasardeuse et aux couleurs fanées. La définition est parfois médiocre, les contrastes limités, les flous occasionnels et le visage des comédiens paraît trop cireux pour être honnête.

Bien qu’elle soit essentiellement musicale, la spatialisation instaure un réel confort acoustique. Par ailleurs, les quelques effets glanés ici et là sur les enceintes arrière permettent de plonger le spectateur dans l’atmosphère du film comme sur les canaux bondés de marchands ou lors des transactions enflammées. Les voix sont solidement plantées sur la centrale en anglais comme en français avec un net avantage pour la première piste. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © TF1 Studio / The Weinstein Company / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Adieu Bonaparte, réalisé par Youssef Chahine

ADIEU BONAPARTE réalisé par Youssef Chahine, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 28 août 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Michel Piccoli, Mohsen Mohieddin, Patrice Chéreau, Mohsena Tewfik, Christian Patey, Gamil Ratib, Claude Cernay, Taheya Cariocca, Mohamad Dardiri…

Scénario : Youssef Chahine, Yousry Nasrallah

Photographie : Mohsen Nasr

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

1798. Le général Bonaparte est envoyé en Égypte par le Directoire. Une soixantaine de chercheurs l’accompagnent dont le général Caffarelli. Astronome, inventeur, celui-ci sait que cette expédition va lui permettre de découvrir une prestigieuse civilisation. Infirme et solitaire, il se lie d’amitié avec deux jeunes égyptiens pendant que les troupes de Bonaparte répandent le sang et la terreur à travers le pays.

Difficile de juger un film comme Adieu Bonaparte. Réalisée par Youssef Chahine (1926-2008), cette fresque historique peut souvent laisser le spectateur sur le bas-côté en raison de son propos quelque peu hermétique, y compris par son flagrant manque de rythme, mais interpelle en même temps par sa dimension cinématographique d’envergure. Le cinéaste égyptien, auteur de plus de 40 films et documentaires, soigne la forme de son 28e opus à travers les décors grandioses, les costumes et les milliers de figurants. Toutefois, le souffle ne prend pas, on se désintéresse de certains enjeux et trop de personnages s’entrecroisent pour devenir réellement attachants.

Avide de puissance et de gloire, la flotte française, menée par Bonaparte, envahit l’Égypte en 1798, Alexandrie d’abord, puis le Caire, dans le but de libérer le peuple asservi par les mamelouks. Caffarelli, l’un de ses généraux, scientifique et humaniste, découvre la civilisation égyptienne. Envouté par l’âme de ce pays et son peuple, cet homme extravagant et unijambiste se lie d’amitié avec deux frères Aly et Yehia. Réfugiés dans la capitale, les jeunes hommes, avides de connaissances, sont fascinés par ce militaire savant, passionné et original. Alors que les résistants s’organisent face à l’oppression sanglante, Caffarelli, loin des préoccupations guerrières, s’oppose lui aussi à Bonaparte, qui se pose alors en libérateur face à l’oppression turque, et à ses conquêtes destructrices.

Adieu Bonaparte vaut une fois de plus pour ses comédiens, en particulier le grand, le monstre, Michel Piccoli. A fleur de peau, il compose un général Caffarelli bouleversant et ambigu. On le suit se mêlant à la population des rues du Caire, où il rencontre Ali (Mohen Mohieddin), épris de poésie et de philosophie, puis son jeune frère Yehia, encore impressionnable, tous deux réfugiés dans la capitale avec leur famille depuis l’arrivée des Français. Membres de la résistance locale, ceux-ci acceptent néanmoins cette relation trouble avec Caffarelli, militaire sensible et spirituel, qui leur enseigne, en humaniste, quelques rudiments de chimie et d’astronomie, tout en dénonçant cette guerre d’occupation en s’opposant à un Bonaparte austère et ambitieux. Aux côtés de Michel Piccoli, celui qui tire son épingle du jeu est Patrice Chéreau, dans l’une de ses rares prestations en tant qu’acteur. Deux ans après Danton d’Andrzej Wajda dans lequel il jouait Camille Desmoulins, le grand metteur en scène de théâtre interprète ici Napoléon Bonaparte, une des meilleures incarnations de celui qui était encore général. Son regard, sa prestance, son charisme, son phrasé ne s’oublient pas.

Au-delà de la dimension historique du film, peu aisée à cerner donc, Adieu Bonaparte est une œuvre qui se laisse agréablement suivre, en dépit de ses défauts et maladresses. L’empathie manque à l’appel, Youssef Chahine multiplie les points de vue et les protagonistes pour finalement laisser le spectateur se faire sa propre opinion sur les évènements, les décisions et les agissements de chacun, sans jamais prendre parti. En résulte une coproduction franco-égyptienne (avec Humbert Balsan à la barre) quelque peu foutraque, un film brouillon, bavard, trop écrit sans doute, mais excessivement généreux, humaniste et animé par une envie gigantesque de cinéma, de toucher une audience large et internationale. Malheureusement, le film sera éreinté lors de sa présentation en compétition au Festival de Cannes et connaîtra un bide retentissant à sa sortie en 1985. Le temps a depuis fait son office et Adieu Bonaparte est aujourd’hui largement reconsidéré.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Adieu Bonaparte, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret de 40 pages.

Nous trouvons à la fois la bande-annonce d’époque et un making of rare de trente minutes. Ce documentaire s’accompagne d’images de tournage, d’interviews séparées du réalisateur Youssef Chahine, des comédiens Michel Piccoli et Patrice Chéreau. Le premier évoque le fait de vouloir créer le débat puisque selon lui le dialogue n’existe quasiment plus. Les acteurs abordent le travail avec le cinéaste, les personnages et louent la qualité humaniste de Youssef Chahine.

L’Image et le son

Adieu Bonaparte a été entièrement restauré 4K  à partir du négatif image (scanné en immersion), grâce aux bons soins financiers de la Cinémathèque Française, Misr International Films et TF1 Studio, et bien sûr techniques des Laboratoires Eclair Ymagis de Vanves. Un superbe lifting qui permet d’apprécier la composition des plans de Youseh Chahine, en particulier sur les scènes de batailles avec plusieurs centaines de figurants. L’image est très propre (aucune poussière, griffure ou déchirure) et stable, les couleurs sont lumineuses, entre ocre et bleu cyan, le piqué est pointu, les détails impressionnants (y compris sur les gros plans et le rendu des matières des costumes) et la profondeur de champ éloquente. N’oublions pas le grain argentique, précieusement préservé.

Les versions française et originale (arabe + français) sont proposées en DTS-HD Master Audio Stéréo. Les deux versions s’avèrent propres, naturelle pour la piste multilingue, dynamique (même si certains échanges auraient pu être relevés) et évidemment plus « artificielle » pour l’autre. La musique de Gabriel Yared est joliment mise en valeur. Les sous-titres français sont imposés sur la version multilingue. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription. La restauration a été réalisée grâce aux bandes magnétiques originales, par L.E. Diapason.

Crédits images : © TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow

DETROIT réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en DVD et Blu-ray le 20 février 2018 chez Studiocanal

Acteurs :  John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore, Jason Mitchell, Hannah Murray, Jack Reynor…

ScénarioMark Boal

Photographie : Barry Ackroyd

Musique : James Newton Howard

Durée : 2h23

Année de sortie : 2017

LE FILM

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

La grande, l’immense réalisatrice Kathryn Bigelow est de retour au cinéma avec un film choc, coup de poing, un uppercut, un fantastique drame historique qui revient sur les émeutes survenues à Détroit en 1967, avec comme point d’orgue les tristes événements de l’Algiers Motel. Dixième long métrage et presque autant de claques depuis The loveless, son premier film en 1982 coréalisé avec Monty Montgomery, Detroit démontre une fois de plus que Kathryn Bigelow, à ce jour la seule femme récompensée aux Oscar (pour Démineurs en 2009, 6 statuettes), possède non seulement une place particulière au sein de l’industrie hollywoodienne, mais qu’elle demeure l’une des plus importantes cinéastes contemporaines. D’une brûlante actualité, passionnant, viscéral, sans concessions et frontal, Detroit est un nouveau chef d’oeuvre à inscrire à son palmarès.

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 1967, d’importantes émeutes ont lieu à Détroit dans le Michigan, pour protester contre la ségrégation raciale aux États-Unis et la guerre du Viêt Nam. L’armée vient prêter main-forte à la police, qui reçoit des plaintes à propos de pillages, d’incendies et de tirs d’armes à feu. 8000 gardes nationaux, 4700 soldats, 360 policiers sont mobilisés. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir des détonations. Dans ce chaos, Melvin Dismukes, un agent de sécurité privé afro-américain, tente de survivre tout en protégeant ses semblables. Malheureusement, trois adolescents noirs sont battus et tués par des policiers. Neuf autres personnes, deux jeunes femmes blanches et sept hommes noirs, sont sévèrement battus puis humiliés. Des plaintes pour agressions criminelles, conspirations, meurtres et conspirations d’abus de droits civils ont été déposées contre trois policiers et un gardien de sécurité. Après un procès, tous les inculpés ont été déclarés non coupables.

Kathryn Bigelow réunit des comédiens exceptionnels, parmi lesquels se distinguent John Boyega (la nouvelle trilogie Star Wars), John Krasinski et Anthony Mackie. Mais celui qui s’impose une fois de plus, dans le rôle de l’ogre, du monstre suintant, est sans conteste le jeune Will Poulter. Apparu au cinéma en 2010 dans Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore de Michael Apted, il explose trois ans plus tard dans Les Miller, une famille en herbe de Rawson Marshall Thurber dans le rôle du naïf Kenny qui se faisait mordre par une tarentule à un endroit sensible de l’anatomie. Le comédien de 25 ans fait ensuite partie de la trilogie Le Labyrinthe. Très courtisé par les cinéastes, Will Poulter passe ensuite devant la caméra d’Alejandro G. Iñárritu pour The Revenant et celle de David Michôd pour War Machine, exclusivité Netflix. Mais son rôle de Philip Krauss dans Detroit le propulse encore plus loin. Avec ses traits uniques, il est incontestablement LE monstre raciste, sadique et terrifiant de Detroit, le personnage qu’on n’oublie pas et celui à travers lequel se cristallise tout le récit. Toute cette longue séquence d’horreur et de huis clos dans le motel mettra mal à l’aise même le spectateur le plus préparé.

Pendant le tournage, Detroit commençait à susciter la controverse, notamment concernant la légitimité de Kathryn Bigelow à traiter de ce sujet central dans l’histoire afro-américaine. La cinéaste et son fidèle scénariste Mark Boal (Démineurs, Zero Dark Thirty) ont donc usé de leur talent d’écriture et de metteur en scène comme d’une arme pour raconter et rappeler au monde entier l’exactitude des faits, ainsi que la répression sanglante survenus cinquante ans auparavant et leurs conséquences (43 morts, 1189 blessés, 7231 arrestations), qui trouvent encore aujourd’hui une troublante résonance dans l’actualité.

On reste également ébahis par la perfection stylistique, cette énergie insufflée à chaque plan, Kathryn Bigelow n’hésitant pas à avoir recours à 3 ou 4 caméras tournant simultanément autour des comédiens pour pouvoir capter l’effervescence de la situation, le chaos intérieur et extérieur, les regards, les larmes et l’angoisse des personnages, parfois à la frontière du documentaire avec l’utilisation d’images d’archives. On ressort exténués de Detroit, véritable, terrible, indispensable, immense expérience cinématographique et sensorielle, doublée d’une glaçante et essentielle réflexion politique.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Detroit, disponible chez Studiocanal, repose dans un boîtier classique de couleur bleue glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est légèrement animé et musical.

Le gros point faible de cette édition provient de son interactivité. 12 minutes de bonus divisées en huit featurettes promotionnelles ! Autant dire que nous n’apprenons pas grand-chose, mais c’est ici l’occasion de voir les véritables témoins et rescapés des événements racontés dans le film. Leurs témoignages sont croisés avec ceux des comédiens, de journalistes, de la réalisatrice et de son scénariste.

L’Image et le son

Pour la superbe photo de son film, Kathryn Bigelow s’est octroyé les talents du grand chef-opérateur Barry Ackroyd (Capitaine Phillips, Démineurs, Vol 93). Comme le directeur de la photographie plonge les personnages dans une pénombre angoissante, nous vous conseillons de visionner Detroit dans une pièce très sombre afin de jouir des volontés artistiques originales et surtout afin de mieux plonger dans l’ambiance des séquences nocturnes. Le Blu-ray immaculé édité par Studiocanal restitue habilement la profondeur des contrastes et les éclairages, en profitant à fond de la HD. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, le léger grain flatte les rétines et la mise en scène souvent agitée de la réalisatrice n’occasionne jamais de pertes de la définition. Ce Blu-ray (1080p) est superbe.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1 restituent merveilleusement les dialogues, les affrontements et les ambiances. La balance frontale est joliment équilibrée, les latérales interviennent évidemment sur toutes les séquences en extérieur, tandis que le caisson de basses ne se gêne pas pour souligner chaque séquence agitée. Le confort acoustique est assuré. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Mars Films / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / HHhH, réalisé par Cédric Jimenez

HHhH réalisé par Cédric Jimenez, disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 10 octobre 2017

Acteurs :  Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jack Reynor, Mia Wasikowska, Stephen Graham, Céline Sallette, Gilles Lellouche…

Scénario : David Farr, Audrey Diwan, Cédric Jimenez, d’après le roman HHhH de Laurent Binet

Photographie : Laurent Tangy

Musique : Guillaume Roussel

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, l’un des hommes les plus dangereux du régime. Lorsque Hitler le nomme à Prague pour diriger la Bohême-Moravie et élaborer un plan d’extermination définitif, deux jeunes soldats de la résistance, Jan Kubis et Jozef Gabcik se dressent face à lui. Leur mission : éliminer Heydrich.

HHhH, acronyme – jamais expliqué dans le film – pour Himmlers Hirn heißt Heydrich, qui signifie en allemand le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich, est l’adaptation du roman historique homonyme de Laurent Binet, publié en 2010 aux éditions Grasset, prix Goncourt du premier roman et traduit en vingt langues, relatant le véritable récit de l’Opération Anthropoid, durant laquelle deux résistants tchécoslovaques furent envoyés pour assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo et des services secrets nazis. Le cinéaste français Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French), s’empare de cette histoire romanesque à part entière et convoque un casting international pour son premier long métrage en langue anglaise.

Au début des années 1930, Reinhard Heydrich, militaire déchu renvoyé de la Reichsmarine, rejoint le nazisme sur la suggestion de sa femme Lina. Il devient alors le bras droit du chef de la SS naissante, Heinrich Himmler. Celui-ci le nomme en 1939 à la tête du RSHA, l’organe principal de police secrète et judiciaire du Reich, dont l’une des sections est la célèbre Gestapo. Principal adjoint de Himmler, il est l’un des hommes les plus puissants du régime. En septembre 1941, Hitler lui donne en complément les attributions de vice-gouverneur de Bohême-Moravie, la partie occupée de la Tchécoslovaquie : pour cela, il a des bureaux à Prague où il règne en maître, car le gouverneur en titre Konstantin von Neurath est vieillissant et malade. Comme Heydrich est resté chef du RSHA, il a aussi pour mission de mener à son terme le plan déjà entamé d’extermination des Juifs d’Europe : la « solution finale de la question juive ». Par ailleurs, ayant quitté la Tchécoslovaquie en 1939, le Tchèque Jan Kubiš et le Slovaque Jozef Gabčík sont engagés depuis 1940 aux côtés de la Résistance pour lutter contre l’occupation allemande. Après un entraînement prolongé en Grande-Bretagne, les deux jeunes soldats se portent volontaires pour une mission secrète aussi importante que risquée : éliminer le général de la police SS Heydrich. La veille de la Saint-Sylvestre 1941, ils sont parachutés à proximité de Prague et, pendant plusieurs mois, sont hébergés par des familles pragoises, dont les Moravec et les Novak. Jan fait ainsi la connaissance d’Anna Novak, mais il sait que sa mission doit passer avant l’amour.

A l’instar de ses deux précédents films, Cédric Jimenez fait preuve d’un véritable savoir-faire derrière la caméra. Sa mise en scène spectaculaire démontre un vrai sens visuel. Comme pour Aux yeux de tous et pour La French, la forme l’emporte malheureusement sur le fond et demeure glacial. L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina est un sujet en or, mais HHhH apparaît finalement plus comme une démonstration technique, impressionnante certes, mais qui laisse quelque peu le spectateur en dehors. L’assassinat de Reinhard Heydrich avait déjà inspiré le cinéma, à l’instar de Fritz Lang avec son formidable Les Bourreaux meurent aussi, réalisé juste après la mort du Reich Protektor, ou bien encore Douglas Sirk pour Hitler’s Madman, également sorti en 1943 et même encore dernièrement Sean Ellis avec son Opération Anthropoid sorti en 2016, avec Jamie Dornan, Cillian Murphy et Charlotte Le Bon. Disposant d’un budget de près de 30 millions d’euros, Cédric Jimenez soigne chaque plan et semble finalement plus intéressé par ses effets de style (ralentis, atmosphère vaporeuse), que par l’histoire, ou plutôt les deux récits entrecroisés qu’il raconte.

Rien à redire sur les comédiens. Jason Clarke (Zero Dark Thirty, La Planète des Singes : L’Affrontement, Terminator: Genisys) joue admirablement de son regard polaire et de son terrifiant visage anguleux, tout en laissant transparaître l’homme derrière le monstre. Même chose pour Rosamund Pike avec son élégance ambigüe, dont on regrette le sacrifice du personnage à mi-temps, même si l’aura du couple principal plane sur le reste du film. Jack O’Connell (l’une des grandes révélations du cinéma britannique depuis dix ans), Jack Reynor (vu dans Detroit et Sing Street), la lumineuse Mia Wasikowska, sans oublier la participation des français Gilles Lellouche et Céline Salette, déjà présents dans La French, complètent un casting exceptionnel.

Si HHhH manque d’âme et croule sous la musique – pourtant belle – de Guillaume Roussel, l’histoire ne laisse pas indifférent, même si la seconde partie, celle consacrée aux résistants, n’a pas autant d’impact que celle centrée sur Heidrich. On se laisse finalement emporter par ce flux d’images et par des séquences d’action et d’affrontements efficaces et divertissantes.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition Haute-Définition de HHhH, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

On commence les suppléments par un making of (22’) essentiellement constitué d’entretiens avec le réalisateur Cédric Jimenez (in english « in ze text »), les comédiens Jason Clarke, Rosamund Pike et Jack Reynor, mais aussi de quelques images de tournage. Le metteur en scène revient sur sa découverte du roman de Laurent Binet et sur la proposition du producteur Ilan Goldman de le transposer au cinéma. Plus basiques, les acteurs interviennent sur les personnages et leurs motivations.

A cela s’ajoute un formidable et passionnant entretien (46’) de Johann Chapoutot, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Ce spécialiste du nazisme explore la vie, la personnalité, la carrière, l’ascension, la mort et ses conséquences de Reinhard Heydrich, les étapes successives (montrées ou non dans le film de Cédric Jimenez) et circonstances sociales et politiques qui l’ont conduit à rejoindre la SS. Si divers extraits de HHhH illustrent parfois trop longuement cette présentation, ce module très informatif est exposé brillamment. Dans la dernière partie, Johann Chapoutot évoque l’apparition du personnage d’Heydrich au cinéma et dans le domaine littéraire. Il donne également son avis sur le livre (qu’il encense) et le film HHhH, affirmant que ce dernier est digne du livre dont il est tiré.

L’Image et le son

TF1 Studio prend soin du service après-vente du film de Cédric Jimenez. Voici donc un très beau master HD. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Laurent Tangy, qui avait précédemment signé la photographie de La French, Radiostars et 20 ans d’écart, la copie de HHhH se révèle un petit bijou technique avec des teintes vives et malgré tout réalistes, un grain argentique palpable (tournage réalisé en 35mm), le tout soutenu par un encodage AVC solide. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Malgré tout, signalons que les séquences en basse lumière manquent de définition par rapport au reste, mais rien de rédhibitoire. Le Blu-ray était l’écrin tout désigné pour découvrir ce film qui mérite une seconde chance après un résultat décevant dans les salles.

L’éditeur a également soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, aussi probants dans les scènes d’action et de fusillades que dans les séquences plus calmes. Les pics de violence peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales. Les effets annexes sont omniprésents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des séquences au moment opportun. La spatialisation musicale est luxuriante avec un net avantage pour la version originale. L’éditeur joint également une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée. 

Crédits images : © TF1 Studio / Mars Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr