Test Blu-ray / Shining Sex, réalisé par Jess Franco

SHINING SEX réalisé par Jess Franco, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 1er février 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Lina Romay, Evelyne Scott, Monica Swinn, Olivier Mathot, Pierre Taylou, Claude Boisson, Raymond Hardy, Simon Berger…

Scénario : Daniel Lesoeur & Pierre-Claude Garnier, d’après une histoire originale de Jess Franco

Photographie : Gérard Brisseau

Musique : Daniel White

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

Une danseuse de cabaret est manipulée par un couple d’extra-terrestres qui empoisonnent son sexe et la transforment en prédatrice d’hommes.

Oui oui, vous avez bien lu le pitch de Shining Sex aka La Fille au sexe brillant, l’un des huit films tournés par Jess Franco, sous le nom de Dan L. Simon, en cette bonne année 1976 ! Le cinéaste pose ses bagages à La Grande-Motte, un nom de ville qui sied habituellement à ses magnifiques actrices, pour y tourner deux films avec le même casting, dans les mêmes décors. Outre Shining Sex, ce cher Jesús Franco Manera en profitera pour emballer Midnight Party, aka Lady Porno, aka aussi La Partouze de minuit. Production Eurociné tournée en une dizaine de jours, La Fille au sexe brillant est peut-être l’un des opus les plus expérimentaux de son auteur. Tendant à l’abstraction, limite pornographique, Shining Sex compile les séquences de coït ou saphiques, les gros plans sur les organes génitaux féminins, les zooms incessants qui collent au rythme de la respiration saccadée de plaisir de ses personnages, le tout dans des décors dépouillés et sur une intrigue resserrée. Ce qui est complètement dingue avec Shining Sex, c’est que ce long-métrage dure 101 minutes, qui s’apparentent parfois à une séance d’hypnose pour le spectateur. Si certains rejetteront le « concept », tant sur le fond que sur la forme, et que d’autres se marreront sûrement, les autres, les plus pointus, trouveront de belles qualités stylistiques à ce qu’on peut indéniablement qualifier de bel objet de cinéma, où la muse de Jess Franco, Lina Romay, est filmée sous tous les angles.

Cynthia (Lina Romay), une jeune stripteaseuse, est appelée auprès d’un couple, Alpha (Evelyne Scott) et Andros (Raymond Hardy). Alpha est une femme venue d’une autre dimension, aidé par son esclave humain, qui se sert du corps de Cynthia pour assassiner ses ennemis. En effet, son corps enduit d’une substance mortelle, devient une arme qu’Alpha peut contrôler à distance.

« Tu as une maladie bizarre, inconnue, produite par quelque chose d’effrayant… »

On ne sait pas si Jess Franco a eu l’idée de ce sexe meurtrier après avoir vu l’année précédente Le Sexe qui parle de Claude Mulot, dans lequel la belle Pénélope Lamour devait obéir à cette voix nasillarde qui venait de son entrecuisse…Toujours est-il que quarante ans avant Teeth de Mitchell Lichtenstein, où l’héroïne découvrait que son vagin était pourvu d’une dentition acérée, celui de Lina Romay filmé en gros plan par Jess Franco, qui à force de trimballer sa caméra entre presque dans l’intimité de celle qui allait devenir sa compagne, devient une arme aussi attirante que fatale pour celui ou celle qui y succombera. Le réalisateur n’attend pas et entre directement dans le vif du sujet, au sens propre comme au figuré, et dès la première minute capture la généreuse poitrine de Lina Romay, ses fesses rebondies et son sexe intégralement épilé, lors d’une énième danse exotique sur une musique qui ferait penser à un Charly Oleg en transe sur son clavier. Jess Franco colle au plus près de sa comédienne, fait durer les plans avec visiblement beaucoup de plaisir, tout en pensant à celui des spectateurs coquins et complices qui se retrouveront devant ses images.

C’est alors qu’un couple étrange souhaite la rencontrer après son numéro. Une fois les présentations faites, le trio se rend dans un appartement situé en bord de mer, où ils se mêleront dans diverses combinaisons possibles et imaginables, les deux femmes s’abandonnant au plaisir durant la nuit, tandis que l’homme profitera du corps de son invitée au petit matin. Cynthia voit son sexe recouvert d’une crème dorée, appliquée par Alpha, puis introduite dans son corps par Andros au moyen de son pénis, Jess Franco filmant alors une véritable érection. Ce dernier apparaît aussi dans Shining Sex, dans le rôle d’un psychiatre handicapé, le Dr. Seward (nom tiré du directeur de la clinique psychiatrique dans le Dracula de Bram Stoker), qui à des kilomètres de là, ressent tout ce que Cynthia est en train de subir. C’est là que La Fille au sexe brillant prend une autre direction et bifurque vers le fantastique où l’effet spécial principal demeure Lina Romay.

Au-delà de son histoire, Shining Sex s’avère un bel exemple de la concision de Jess Franco. Son film contient très peu de dialogues et l’ensemble passe principalement par ses images, qui une fois de plus mêlent l’élégance à la gratuité, des effets stylisés aux plans les plus crapoteux et vulgaires, mais aussi par un montage très soigné, doublé d’une formidable utilisation des décors et de l’architecture très laide représentative des années 1970. Nous pousserons un peu le bouchon en disant qu’avec cette MST alien et dévastatrice, Shining Sex annonçait quelque part le virus du SIDA cinq ans avant le premier cas signalé…Mais chacun y perçoit ce qu’il a envie chez Jess Franco, ce qui reflète d’ailleurs l’intelligence du bonhomme.

L’audience qui prendra le temps de découvrir La Fille au sexe brillant n’y verra peut-être qu’un film érotico-pornographique désuet, bourré de charme et titillant les sens. Comme dirait l’autre, c’est déjà ça de gagné et c’est tant mieux.

LE BLU-RAY

Nous en parlions lors de notre chronique consacrée à Deux espionnes avec un petit slip à fleurs, Shining Sex rejoint la collection Jess Franco chez Artus Films, une première sortie en support physique pour cet opus quasi-inclassable, qui rejoint ainsi Tender Flesh, Les Nuits brûlantes de Linda, Célestine, bonne à tout faire, La Comtesse perverse, Plaisir à 3, Les Démons, Les Expériences érotiques de Frankenstein, Le Miroir obscène, La Fille de Dracula, Les Inassouvies, Le Trône de feu, 99 femmes, Justine ou les infortunes de la vertu, Sumuru, la cité sans hommes, Venus in Furs et Opération Re Mida (Lucky l’intrépide) au catalogue de l’éditeur ! Nous nous penchons donc cette fois sur Shining Sex, disponible en combo Blu-ray + DVD. L’objet prend la forme d’un élégant Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné au visuel clinquant et très attractif. Le menu principal est fixe et musical.

Les suppléments réunissent les mêmes intervenants que sur l’édition de Shining Sex. Le premier interviewé est Daniel Lesœur, fils de Marius Lesœur, fondateur d’Eurociné (16’). Aujourd’hui âgé de 80 ans, le producteur des Nuits brûlantes de Linda, Sexorcismes, Helga, la louve de Stilberg, Le Lac des morts vivants (« Promizoulin ! ») et bien d’autres classiques du « genre », partage ses souvenirs liés à Shining Sex, le seul film SF de la compagnie. Le tournage à La Grande-Motte, qui s’est déroulé en même temps que celui de Midnight Party, la grande liberté des comédiens et la rapidité d’exécution de Jess Franco sont abordés. Puis Daniel Lesœur en vient plus précisément à la relation du cinéaste et de Lina Romay, qu’il venait pour ainsi dire de découvrir et dont le film est ni plus ni moins une ode dédiée à la comédienne, filmée sous tous les angles, durant laquelle on assiste au coup de foudre de Jess Franco pour son actrice, qui était en couple avec Raymond Hardy, qui interprète Andros dans Shining Sex. Daniel Lesœur parle du caractère « précurseur » du film qui annonçait le SIDA, puis de la restauration du film à partir du négatif 35mm, avant de terminer par ses œuvres préférées de Jess Franco (Le Sadique Baron Von Klaus, L’Horrible Docteur Orloff, Dark Mission : Les Fleurs du mal, La Chute des Aigles…).

Nous retrouvons aussi Stéphane Du Mesnildot, critique aux Cahiers du Cinéma, qui une fois de plus propose une analyse fine et pertinente du film qui nous intéresse aujourd’hui, Shining Sex (22’). L’auteur de Jess Franco : Energies du fantasme (Rouge profond, 2004) passe ainsi en revue les thèmes récurrents dans l’oeuvre prolifique et éclectique de Jess Franco, les conditions de tournage de La Fille au sexe brillant, la collaboration du réalisateur avec Lina Romay (qui devient ici sa nouvelle muse et ce durant une quarantaine d’années), les partis-pris esthétique (l’obsession du zoom), l’utilisation des décors naturels et de l’espace, les intentions du cinéaste, ainsi que le spectre de Soledad Miranda qui planait alors sur les films de Jess Franco depuis sa tragique disparition dans un accident de voiture en 1970.

L’interactivité se clôt sur un large Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation, ainsi que sur quelques bandes-annonces.

L’Image et le son

Shining Sex est présenté en version intégrale, dans un master restauré 2K, réalisé à partir du négatif original comme l’indique Daniel Lesœur au cours de son interview. Une copie qui comporte encore quelques défauts mineurs et qui montre aussi les limites de ce lifting à plusieurs occasions, notamment en ce qui concerne l’étalonnage, qui tend parfois à varier au cours d’une même séquence, donnant à l’image un aspect jaunâtre. Néanmoins, l’ensemble est convaincant, propre, stable, avec de très belles scènes en extérieur, sur lesquelles les détails sont éloquents, le piqué plus acéré, les contrastes affermis, la clarté appréciable. Les séquences feutrées et tournées en intérieur sont plus aléatoires, tout comme la gestion de la texture argentique. Alors oui tout n’est pas parfait, mais posséder Shining Sex en Haute-Définition était pour le moins encore inespéré il y a quelques années !

Seule la version française, à la postsynchronisation médiocre, est disponible. Le confort acoustique est cette fois passable, l’espace phonique restreint et le tout s’accompagne parfois d’un bruit de fond qui rappelle celui d’un vieil appareil Super 8. Pas de sous-titres.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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