Test DVD / Partenaires, réalisé par Claude d’Anna

PARTENAIRES réalisé par Claude d’Anna, disponible en DVD le 31 janvier 2022 chez Doriane Films.

Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Marielle, Michel Galabru, Michel Duchaussoy, Elisa Servier, Jenny Clève, Alexandre Rignault, Georges Montillier, Jean Achache…

Scénario : Claude d’Anna & Laure Bonin

Photographie : Pierre Dupouey

Durée : 1h13

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Dans les comédies de boulevard, les scènes de ménages sont souvent cocasses. Partenaires sur les planches, Marion et son mari vont atteindre la perfection. Un drame a brisé leur vie et l’affrontement est réel.

En toute honnêteté, nous n’avions jamais entendu parler du dramaturge, réalisateur et metteur en scène Claude d’Anna (né en 1945) et encore moins de ce film, Partenaires, pourtant interprété par de formidables comédiens. Des longs-métrages se déroulant dans l’univers du théâtre, il y en a des tas, comme l’affreux Birdman (2014) du ronflant Alejandro González Iñárritu, l’extraordinaire Jeux dangereux To Be or Not to Be (1942), le glacial Le Dernier métro (1980) de François Truffaut, le surestimé Shakespeare in Love (1998) de John Madden, l’insupportable La Vénus à la fourrure (2013) de Roman Polanski, le génial Le Créateur (1999) d’Albert Dupontel, l’hypnotique Ève… All About Eve (1950) de Joseph L. Mankiewicz, l’incroyable Opening Night (1977) de John Cassavetes, le sublime Esther Kahn (2000) d’Arnaud Desplechin. Dans ceux-ci, les auteurs et cinéastes se sont souvent penchés sur la frontière friable entre la vie privée et la vie professionnelle des comédiens, sur le vécu qui influe sur l’autre, où les sentiments deviennent confus. Dans Partenaires, Claude d’Anna se penche sur la relation d’un couple d’acteurs, en pleine représentation, qui profitent de leurs sorties de scène pour régler quelques différends, qu’on devine récurrents. Le portrait de l’un et celui de l’autre se dessinent progressivement, l’objet de leur conflit se dévoile, et l’on en vient à se demander jusqu’où ces deux individus se sont inspirés de leur expérience personnelle pour s’en servir dans leur travail, ou si ce qu’ils expriment sur leur traumatisme est bien réel ou une « répétition ». C’est là que Partenaires devient intéressant, tandis qu’on admire la beauté féline de Nicole Garcia et la grâce éternelle de Jean-Pierre Marielle.

Dans les coulisses et les loges du théâtre où se joue la énième représentation d’une pièce à succès, se déroule une comédie dramatique. Une actrice célèbre, Marion Wormser, développe des rapports tumultueux avec son partenaire et mari, grand comédien devenu acteur de second plan, Gabriel Gallien. Gabriel, amer et lucide, reproche à son épouse d’avoir abandonné une carrière classique pour ne plus se consacrer qu’au boulevard, et de vouloir ignorer un évènement qui les a déchirés tous deux, et que Marion veut oublier.

« C’était quand la dernière fois que tu as éprouvé des sentiments qui t’appartenaient ? »

Nous sommes à la fois dans l’intimité d’une comédienne et de son époux, qui ont embrassé la même carrière, mais aussi dans leur bulle d’inspiration, dans une loge, qui sera le principal décor du film. L’essentiel de l’action se déroule dans un théâtre parisien. Marion a 40 ans. Elle est belle, tout le monde la connaît dans le métier, elle est adulée par le public et tient le haut de l’affiche d’un vaudeville qui fait salle comble. Gabriel, 55 ans, son mari, a moins de chance : c’est lui qui a découvert Marion sans jamais parvenir à s’imposer lui-même. Ce soir-là, entre deux scènes, le couple va se livrer à un sauvage règlement de comptes. On a peut-être tendance à oublier à quel point Nicole Garcia est une immense actrice, de la trempe de Catherine Deneuve et d’Isabelle Huppert. Au moment où elle tourne Partenaires, elle vient de collaborer avec Claude Sautet sur Garçon ! et s’apprête à jouer l’un de ses plus grands rôles, celui de Julia Tombsthay dans Péril en la demeure de Michel Deville. Dans le film de Claude d’Anna, elle illumine ce récit troublant et complexe de son élégance, de sa voix rauque, qui n’a cessé se creuser au fil des années, qui lui a toujours un donné une aura de femme fatale de film noir américain des années 1950.

Face à elle, Jean-Pierre Marielle, entre Signes extérieurs de richesse de Jacques Monnet (« Papa est pas là, maman est malade ! ») et L’Amour en douce d’Édouard Molinaro, impérial, dévoile de façon magistrale les failles, les blessures, la frustration de son personnage. Autour d’eux, la troupe s’agite. Et de ce point de vue on est autant gâtés puisque se succèdent à l’écran Michel Galabru, Michel Duchaussoy et la magnifique et trop rare Élisa Servier. La loge, littéralement située entre la sphère privée et la scène, combine et confronte les sentiments des protagonistes, qui vivent avec un drame, que nous ne révéleront pas ici, dont ils se servent malgré-eux pour alimenter leur jeu, ce qui paradoxalement, en incarnant d’autres personnages et donc d’autres existences, leur permet d’oublier la leur le temps d’une soirée.

On fait fi rapidement de cette facture télé, ainsi que du côté quelque peu figé et très étouffant de l’ensemble, car Partenaires est une œuvre tragi-comique et psychologique, excellemment dialoguée, qui ne manque ni de classe, ni d’originalité.

LE DVD

Inédit dans les bacs français, Partenaires débarque en DVD chez Doriane Films. Le disque repose dans un boîtier Amaray classique de couleur noire, surmonté d’un surétui cartonné, qui reprend le même visuel que la jaquette, centré sur les deux têtes d’affiche. Le menu principal est animé et musical.

A la fin de Partenaires, n’hésitez pas à prolonger votre séance avec deux courts-métrages inédits mis en scène par Claude d’Anna, Rappels (2010-7’) et La Théorie des cordes (2010-2’). Si le second est complètement anecdotique, le premier croise cette fois encore la vie privée et professionnelle d’une comédienne, qui entre deux rappels à la fin d’une représentation, s’inquiète de n’avoir aucune nouvelle de l’homme dont elle est amoureuse.

L’Image et le son

L’image est fatiguée. Cela se voit dès le générique avec une constellation de poussières, essentiellement des points blancs. Cela s’arrange un peu après, mais les défauts ont tendance à revenir et à s’accentuer au moment des fameux changements de bobines. Les couleurs sont fanées, le piqué émoussé, certains plans sont flous, la gestion des contrastes est aléatoire et les visages sont étrangement rosés par moments. Doriane Films avait annoncé que compte tenu des éléments existants, la restauration de Partenaires n’avait pas été possible.

Les dialogues sont bien restitués et l’ensemble plutôt propre. Rien à signaler. Pas de sous-titres destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Doriane Films /Claude d’Anna / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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