Test DVD / Presque, réalisé par Bernard Campan & Alexandre Jollien

PRESQUE réalisé par Bernard Campan & Alexandre Jollien, disponible en DVD le 1er juin 2022 chez Apollo Films.

Acteurs : Bernard Campan, Alexandre Jollien, Tiphaine Daviot, Julie-Anne Roth, La Castou, Marie Benati, Marilyne Canto, Anne-Valérie Payet…

Scénario : Bernard Campan, Alexandre Jollien & Hélène Grémillon

Photographie : Christophe Offenstein

Musique : Niklas Paschburg

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

Louis, croque-mort, rencontre Igor, une personne handicapée, après un accident de la route. Par un concours de circonstances, ils décident d’effectuer un road trip dans un corbillard contenant la dépouille de Madeleine, partant de Lausanne pour aller jusque dans le sud de la France.

On ne peut pas nier une impression de déjà vu, un mix entre Le Huitième jour de Jaco van Dormael et Grand froid de Gérard Pautonnier. Presque est un projet personnel, coécrit (avec la femme de lettres Hélène Grémillon), interprété et coréalisé par Bernard Campan et Alexandre Jollien, amis depuis une vingtaine d’années, réunis par leur passion de la philosophie. S’il avait signé la mise en scène des Trois Frères : Le Retour avec Didier Bourdon en 2014, l’Inconnu ne s’était pas « livré » ainsi devant et derrière la caméra depuis 2007 avec La Face cachée, auquel Alexandre Jollien avait déjà participé à l’écriture, qui parlait de l’alcoolisme de son épouse, également le sujet du Dernier pour la route de Philippe Godeau (par ailleurs producteur de Presque) où il apparaissait aux côtés de François Cluzet et Mélanie Thierry. Dans Presque, il se retrouve face au suisse Alexandre Jollien, spécialiste de philosophie grecque, handicapé de son état, célèbre depuis son premier ouvrage Éloge de la faiblesse paru en 1999, adapté et mis en scène dans les années 2000, suivi du Philosophie nu. Presque est comme qui dirait une ode à leur amitié, mais aussi un éloge de la différence, du vivre-ensemble, de la liberté, où l’alchimie des comédiens est éclatante et leur plaisir à se donner la réplique contagieux. Le scénario réserve finalement peu de surprises, mais on se laisse porter par la bonne humeur, la simplicité de ce tout petit film, sans pathos, et l’excellence de ses interprètes.

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Test Blu-ray / Les Tueurs de la lune de miel, réalisé par Leonard Kastle

LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL (The Honeymoon Killers) réalisé par Leonard Kastle, disponible en DVD et Blu-ray, depuis le 25 novembre 2021 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Dorothy Duckworth, Doris Roberts, Marilyn Chris, Mary Jane Higbee, Kip McArdle, Barbara Cason…

Scénario : Leonard Kastle

Photographie : Oliver Wood

Musique : Gustav Malher

Durée : 1h47

Date de sortie initiale: 1970

LE FILM

Martha Beck n’est qu’une inoffensive infirmière aux formes généreuses. Du moins jusqu’au jour où elle répond à l’annonce matrimoniale des « Cœurs solitaires » de Raymond Fernandez, gigolo et arnaqueur au mariage. Désormais inséparables, liés par la même passion subversive, ils écument les États-Unis, piègent veuves et femmes seules pour les voler d’abord. Les assassiner sauvagement ensuite.

Les Tueurs de la lune de miel The Honeymoon Killers est inspiré d’un fait divers, d’une histoire vraie, d’un couple authentique. Raymond Martinez Fernandez et Martha Beck. L’homme d’origine hispanique rencontre Martha Beck par l’intermédiaire d’une petite annonce, auxquelles il prend l’habitude de répondre, écrites par quelques vieilles filles toujours à la recherche du prince charmant. Cela devient un rituel, Raymond démarre une correspondance, puis donne rendez-vous à un « coeur à prendre », puis, l’alcool aidant, parvient à se rendre chez la victime pour ensuite dérober leur argent et leurs biens, mais cela peut même lui arriver d’épouser sa proie et de prendre du bon temps aux frais de la princesse, avant de déguerpir. 1947, Fernandez et Beck entrent en collision. Cette dernière est atteinte d’un dérèglement hormonal depuis son enfance et souffre de ce fait d’un surpoids conséquent, la renfermant sur elle-même. Elle devient infirmière, ne pense qu’à son travail la journée, puis rentre chez elle où elle s’évade en lisant des romans sentimentaux…Un jour, elle publie une annonce…leur rencontre aboutira à l’assassinat d’une vingtaine de femmes entre 1947 et 1949. Ce récit influencera le cinéma et la télévision, Les Tueurs de la lune de miel étant la première adaptation et restera d’ailleurs le seul et unique long-métrage de Leonard Kastle. En effet, dramaturge, chef d’orchestre et compositeur d’opéra avant tout, il se retrouve à la barre des Tueurs de la lune de miel, par accident en fait, étant devenu ami avec le producteur Warren Steibel, qui s’était chargé précédemment de la diffusion d’opéras mis en scène par Leonard Kastle. Ce dernier se voit confier par Streibel de réaliser des recherches sur l’histoire Fernandez-Beck, à partir des archives judiciaires du tribunal du Bronx. Un réalisateur est engagé…il s’agit de Martin Scorsese, remarqué avec Who’s That Knocking at My Door. Le tournage commence, mais trouvant que ce type de 26 ans perd trop de temps sur quelques plans « inutiles » et des inserts, le jeune Scorsese est congédié une semaine seulement après le début des prises de vue pour « divergences artistiques avec la production ». C’est donc là qu’intervient Leonard Kastle, catapulté derrière la caméra du jour au lendemain, heureusement solidement épaulé par le directeur de la photographie Oliver Wood. Échec commercial, mais soutenu par une critique très positive, surtout en Europe où François Truffaut, Marguerite Duras et Michelangelo Antoniono le couvrent d’éloges, Les Tueurs de la lune de miel est devenu une référence du thriller centré sur les tueurs en série. Sa sécheresse de ton, ses partis pris documentaires, sa beauté plastique et l’excellence de ses deux têtes d’affiche Shirley Stoler et Tony Lo Bianco ont ensuite très largement contribué à la pérennité de ce désormais film culte.

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Test Blu-ray / Eugénie Grandet, réalisé par Marc Dugain

EUGÉNIE GRANDET réalisé par Marc Dugain, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2022 chez Ad Vitam.

Acteurs : Joséphine Japy, Olivier Gourmet, Valérie Bonneton, César Domboy, François Marthouret, Nathalie Bécue, Bruno Raffaelli, Jean Chevalier…

Scénario : Marc Dugain, d’après le roman d’Honoré de Balzac

Photographie : Gilles Porte

Musique : Jérémie Hababou

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Felix Grandet règne en maître dans sa modeste maison de Saumur où sa femme et sa fille Eugénie, mènent une existence sans distraction. D’une avarice extraordinaire, il ne voit pas d’un bon œil les beaux partis qui se pressent pour demander la main de sa fille. Rien ne doit entamer la fortune colossale qu’il cache à tous. L’arrivée soudaine du neveu de Grandet, un dandy parisien orphelin et ruiné, bouleverse la vie de la jeune fille. L’amour et la générosité d’Eugénie à l’égard de son cousin va plonger le Père Grandet dans une rage sans limite. Confronté à sa fille, il sera plus que jamais prêt à tout sacrifier sur l’autel du profit, même sa propre famille…

Paru pour la première fois en 1834, Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac prend place dans La Comédie humaine, plus précisément entre Ursule Mirouët et Pierrette. Cette histoire issue des Scènes de la vie de province inspirera le cinéma dès les années 1910 en France, sous la direction d’Émile Chautard, qui sera suivie d’une deuxième mouture en 1921 aux États-Unis (The Conquering Power avec Rudolph Valentino), puis d’une troisième, peut-être la plus célèbre, en 1946, en Italie avec Alida Valli dans le rôle-titre, réalisée par Mario Soldati. D’autres transpositions suivront pour la télévision, la dernière en date remontant à 1994, avec Jean Carmet en Félix Grandet, Alexandra London, Claude Jade et Pierre Vernier. Depuis, plus de nouvelles, aussi bien sur le grand écran que sur la petite lucarne. 2021, l’écrivain, scénariste et réalisateur Marc Dugain présente une libre adaptation d’Eugénie Grandet, qui s’inscrit intelligemment dans le courant féministe actuel, sans jamais « trahir » Honoré de Balzac, mais en conversant avec l’auteur du Père Goriot, La Peau de chagrin et du Colonel Chabert. La sève, l’esprit, le rythme sont respectés et se retrouvent dans Eugénie Grandet, interprétée par la divine Joséphine Japy, magnétique et dont on sent (comme nous) le metteur en scène fasciné par le visage gracieux, qu’il n’a de cesse de mettre en valeur, d’observer, de caresser de sa caméra. Face à elle, il fallait un ogre pour incarner Félix Grandet, rôle dont s’empare l’impressionnant Olivier Gourmet, qui campe un monstre humain rongé par l’avarice. Sorti peu de temps avant Illusions perdues, qui allait attirer près d’un million de spectateurs, remporter sept César et faire de l’ombre au troisième long-métrage de Marc Dugain, Eugénie Grandet aura tout de même fait plus de 200.000 entrées et connaîtra assurément une belle seconde vie.

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Test DVD / L’Homme de la cave, réalisé par Philippe Le Guay

L’HOMME DE LA CAVE réalisé par Philippe Le Guay, disponible en DVD le 15 février 2022 chez Ad Vitam.

Acteurs : François Cluzet, Jérémie Renier, Bérénice Bejo, Jonathan Zaccaï, Victoria Eber, Denise Chalem, Patrick Descamps, Ambroise James Di Maggio…

Scénario : Philippe Le Guay, Gilles Taurand & Marc Weitzmann

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

À Paris, Simon et Hélène décident de vendre une cave dans l’immeuble où ils habitent. Un homme, au passé trouble, l’achète et s’y installe sans prévenir. Peu à peu, sa présence va bouleverser la vie du couple.

Nous avions laissé François Cluzet dans le plus simple appareil à la fin de Normandie Nue de Philippe Le Guay. Trois ans plus tard, le comédien retrouve le réalisateur pour L’Homme de la cave, film diamétralement opposé au précédent, sur le fond comme sur la forme, puisqu’il s’agit ici d’un drame psychologique qui lorgne sur le thriller, le tout inspiré par une histoire vraie survenue à des amis du cinéaste il y a vingt ans. Troublant et glaçant, ce dixième long-métrage contraste avec les comédies qui ont fait le succès de Philippe Le Guay, Le Coût de la vie (2003), Les Femmes du 6e étage (2011) et Alceste à bicyclette (2013), mais se rapproche de la noirceur du formidable et « ken loachien » Trois Huit (2001), que le metteur en scène avait délaissé depuis. Le récit se focalise sur un couple marié – Hélène est catholique, Simon juif – et parents d’une adolescente, qui, ayant besoin d’argent pour financer quelques travaux, vendent leur cave dont ils n’ont plus l’utilité. C’est là que débarque un homme qui se précipite pour l’acquérir en payant rubis sur l’ongle. Un accord de vente est signé avec ce M. Fonzic. Comme Simon est du genre à faire confiance, il donne les clés à l’acquéreur avant la rédaction de l’acte notarial. Quand il réalise que non seulement l’homme habite dans la cave, mais que cet ex-professeur d’histoire a été radié de l’Éducation nationale pour propos négationnistes, il est trop tard : la bête immonde s’est installée dans sa vie et n’a pas l’intention d’être délogée…François Cluzet est réellement flippant dans la peau de ce monstre du quotidien, qui devient pour ainsi dire le croque-mitaine de la famille Sandberg, interprétée par Bérénice Bejo, Jérémie Rénier et Victoria Eber, belle révélation et vue dernièrement dans la série de science-fiction Parallèles sur Disney+. Sous tension du début à la fin, L’Homme de la cave instaure un malaise qui va crescendo, qui prend le spectateur aux tripes et se penche intelligemment sur le négationnisme, comme l’avait déjà fait avant lui Le Procès du siècle Denial de Mick Jackson, avec une petite touche de Fenêtre sur Pacifique Pacific Heights de John Schlesinger.

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Test Blu-ray / La Croisade, réalisé par Louis Garrel

LA CROISADE réalisé par Louis Garrel, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mai 2022 chez Ad Vitam.

Acteurs : Laetitia Casta, Joseph Engel, Louis Garrel, Ilinka Lony, Julia Boème, Lionel Dray, Clémence Jeanguillaume, Lazare Minoungou, Farid Bouzenad…

Scénario : Jean-Claude Carrière & Louis Garrel

Photographie : Julien Poupard

Musique : Grégoire Hetzel

Durée : 1h07

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Abel et Marianne découvrent que leur fils Joseph, 13 ans, a vendu en douce leurs objets les plus précieux. Ils comprennent rapidement que Joseph n’est pas le seul, ils sont des centaines d’enfants à travers le monde associés pour financer un mystérieux projet. Ils se sont donné pour mission de sauver la planète.

En 2015, pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Louis Garrel, né en 1983, signait un vrai petit bijou romanesque, Les Deux amis, adaptation contemporaine de la pièce de théâtre Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset, coécrite avec Christophe Honoré. Pour ce coup d’essai, Louis Garrel transposait son court-métrage La Règle de trois, Prix Jean Vigo du Court Métrage en 2012, dans lequel on retrouvait déjà le trio vedette, à savoir Vincent Macaigne, Golshifteh Farahani et Louis Garrel lui-même. Avant cela, ce dernier avait également mis en scène son premier court métrage en 2008, Mes copains. Trois ans plus tard, sortait L’Homme fidèle, où Louis Garrel partageait l’affiche avec Lily-Rose – Grumpy Cat – Depp et sa compagne Laetitia Casta, triangle amoureux dont le coauteur n’était autre que l’illustre et regretté Jean-Claude Carrière. Décédé en février 2021, celui-ci tirera sa révérence avec La Croisade, troisième long-métrage de Louis Garrel donc, un de ces énièmes films dont le tournage a été interrompu par la Covid-19 et le confinement. On ne sait pas si Jean-Claude Carrière aura eu le temps de peaufiner l’histoire de La Croisade aux côtés de Louis Garrel, toujours est-il que le résultat s’avère plus concluant que L’Homme fidèle, ne serait-ce qu’en terme de direction d’acteurs, puisque les enfants et même Laetitia Casta sont très convaincants ici, ce qui n’était pas un pari forcément aisé à relever. Comédie « dans l’air du temps », autrement dit teinté de message écolo-bobo, La Croisade, s’il n’est pas non plus entièrement abouti, n’en reste pas moins sympathique et rafraîchissant.

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Test DVD / La Terre des hommes, réalisé par Naël Marandin

LA TERRE DES HOMMES réalisé par Naël Marandin, disponible en DVD le 4 janvier 2022 chez Ad Vitam.

Acteurs : Diane Rouxel, Finnegan Oldfield, Jalil Lespert, Olivier Gourmet, Bruno Raffaelli, Clémence Boisnard, Sophie Cattani, Yoann Blanc…

Scénario : Naël Marandin, Marion Doussot & Marion Desseigne-Ravel

Photographie : Noé Bach

Musique : Maxence Dussère

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Constance est fille d’agriculteur. Avec son fiancé, elle veut reprendre l’exploitation de son père et la sauver de la faillite. Pour cela, il faut s’agrandir, investir et s’imposer face aux grands exploitants qui se partagent la terre et le pouvoir. Battante, Constance obtient le soutien de l’un d’eux. Influent et charismatique, il tient leur avenir entre ses mains. Mais quand il impose son désir au milieu des négociations, Constance doit faire face à cette nouvelle violence.

On peut penser à l’excellent Petit paysan d’Hubert Charuel (il y avait aussi Au nom de la terre d’Edouard Bergeon et La Nuée de Just Philippot), joli succès dans les salles, récompensé par le César du Meilleur premier film, du Meilleur acteur pour Swann Arlaud et celui de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Giraudeau. Il y a en effet dans La Terre des hommes quelques similitudes, dont cette approche parfois documentaire associée à une intrigue qui lorgne sur le thriller psychologique. Mais le deuxième long-métrage de Naël Marandin, comédien vu dans Les Enfants du siècle de Diane Kurys, qui était passé derrière la caméra en 2015 avec La Marcheuse, trouve son originalité et un ton différent en se focalisant sur une figure féminine, en réalisant un portrait de femme, magistralement interprétée par la superbe et magnétique Diane Rouxel. Révélation de The Smell of Us de Larry Clark en 2014, la comédienne a ensuite très vite confirmé son talent dans La Tête haute d’Emmanuelle Bercot (dans lequel elle jouait la petite amie de Rod Paradot), Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico, Mes provinciales de Jean Paul Civeyrac et Volontaire d’Hélène Fillières. Avec La Terre des hommes, elle entre définitivement dans la cour des futures grandes, crève l’écran une fois de plus avec son regard azur enflammé qui contraste avec son visage fermé. L’histoire nous emmène là où on s’y attendait le moins. Mieux vaut en savoir le moins possible, évitez de visionner la bande-annonce donc, et laissez vous triturer les nerfs par cette œuvre hautement recommandable et prometteuse.

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Test Blu-ray / L’Aventurier, réalisé par Marcel L’Herbier

L’AVENTURIER réalisé par Marcel L’Herbier, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD le 20 juillet 2022 chez Pathé.

Acteurs : Victor Francen, Blanche Montel, Henri Rollan, Gisèle Casadesus, Alexandre Rignault, Kissa Kouprine, Abel Tarride, Lucien Pascal, Jean Marais…

Scénario : Marcel L’Herbier, d’après la pièce d’Alfred Capus

Photographie : Armand Thirard

Musique : Jean Wiener

Durée : 1h35

Année de sortie : 1934

LE FILM

Dans sa jeunesse, Etienne Ranson a quitté sa famille pour la Tunisie, où il a fait fortune grâce à une mine de sel. Mais ses méthodes sont douteuses : alors qu’il vient de vendre son affaire, une émeute de ses ouvriers éclate, qu’il réprime dans le sang. Ainsi, lorsqu’il retourne à Grenoble auprès de sa famille d’industriels, il est aussi riche que déshonoré. L’accueil est froid. Mais Ranson a beaucoup d’argent et son oncle commence à en manquer…

Dans l’illustre carrière de Marcel L’herbier (1888-1979), L’Aventurier, réalisé en 1933, se situe juste après le diptyque Le Mystère de la chambre jaune / Le Parfum de la dame en noir, d’après Gaston Leroux, suivi de L’Épervier, et juste avant Le Bonheur. Depuis sa transition réussie vers le cinéma parlant, le réalisateur met les bouchées doublées, tournant jusqu’à quatre films par an, avec des moyens toujours aussi conséquents. C’est le cas de cet Aventurier, pas l’opus le plus connu de son auteur, mais qui n’en est pas moins une immense réussite, merveilleusement mis en scène (quel souffle !) et interprété par un casting solidement dirigé, sur lequel trône l’impérial et formidable Victor Francen, dans sa première collaboration avec Marcel L’Herbier, dont il deviendra l’un des acteurs fétiches. Engagé, romanesque, violent, L’Aventurier, inspiré par une pièce de théâtre d’Alfred Capus (comédie en quatre actes créée en 1910 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin), demeure un très grand spectacle cinématographique presque 90 ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / En attendant Bojangles, réalisé par Régis Roinsard

EN ATTENDANT BOJANGLES réalisé par Régis Roinsard, disponible en DVD et Blu-ray le 11 mai 2022 chez Studiocanal.

Acteurs : Virginie Efira, Romain Duris, Solan Machado-Graner, Grégory Gadebois, Orianne Daudin, Juliette Blanche, Rose Harlean, Lucas Bléger…

Scénario : Romain Compingt & Régis Roinsard, d’après le roman d’Olivier Bourdeaut

Photographie : Guillaume Schiffman

Musique : Clare & Olivier Manchon

Durée : 2h04

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

Camille et Georges dansent tout le temps sur leur chanson préférée Mr Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où la mère va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable coûte que coûte.

Hmmm….non, ça ne fonctionne pas. Enfin, peut-être un peu dans la dernière partie, et encore…dommage…oui c’est bête car Régis Roinsard est un réalisateur prometteur. Ayant fait ses classes dans le clip musical (pour Jean-Louis Murat, Cali, Jane Birkin, Anaïs…), quelques publicités et deux courts-métrages, Régis Roinsard fait parler de lui en 2012 avec son premier long métrage Populaire, un vrai petit coup de coeur à sa sortie pour l’auteur de ces mots, récompensé par cinq nominations aux César, dont celle du Meilleur premier film et lauréat de quatre prix internationaux. Doté d’un budget impressionnant pour une première œuvre d’environ 15 millions d’euros, Régis Roinsard s’inspirait de réels championnats de vitesse dactylo organisés dans les années 40 jusque dans les années 60 et livrait une comédie pétillante, en reconstituant minutieusement les années 50, ses décors, ses costumes, sa musique, son énergie et son insouciance. Il y dirigeait Romain Duris, qu’il retrouve donc dix ans plus tard dans En attendant Bojangles, l’adaptation du roman éponyme et best seller d’Olivier Bourdeaut. S’il aura mis huit ans pour revenir au cinéma avec Les Traducteurs, Régis Roinsard aura enchaîné immédiatement avec son troisième opus qui reprend divers ingrédients de Populaire…mais le cocktail demeure fade. La faute au couple principal, Romain Duris – Virginie Efira (qu’on nous met décidément à toutes les sauces), qui ne fait aucune étincelle, qui fait faux, alors que l’association Romain Duris – Déborah François dans Populaire était merveilleuse, débordait d’énergie, de fraîcheur, de légèreté et de charisme. Là où ces deux derniers prenaient un plaisir évident à se donner la (savoureuse) réplique, tout est éteint et morne dans En attendant Bojangles, qui paraît surjoué, artificiel et très rapidement épuisant.

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Test Blu-ray / Commando sur Saint-Nazaire, réalisé par Compton Bennett

COMMANDO SUR SAINT-NAZAIRE (Gift Horse) réalisé par Compton Bennett, disponible en Combo Blu-ray+DVD le 25 mai 2022 chez Studiocanal.

Acteurs : Trevor Howard, Richard Attenborough, Sonny Tufts, James Donald, Bernard Lee, Dora Bryan, Hugh Williams, Robin Bailey, Meredith Edwards…

Scénario : Hugh Hastings, William Rose & William Fairchild, d’après une histoire originale d’Ivan Goff & Ben Roberts

Photographie : Harry Waxman

Musique : Clifton Parker

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Le Capitaine Fraser se voit confier le commandement d’un vieux bateau pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il effectue quelques missions de routine à bord du navire puis ses supérieurs lui demande de mener à bien un raid secret qui consisterait à faire exploser le rafiot ! Problème, cette opération délicate pourrait coûter la vie de nombreux soldats…

En 1940, alors que la Grande-Bretagne luttait pour sa survie, les Etats-Unis prêtèrent 50 destroyers à la Royal Navy. Sorti en 1952, Commando sur Saint-NazaireGift Horse (ou bien encore Glory at Sea aux Etats-Unis) leur rend hommage et s’inspire des aventures de l’un de ces destroyers. Ce film oublié aujourd’hui et passé sous tous les radars à l’évocation de faits réels ayant été illustrés au cinéma, est pourtant une franche réussite, complètement immersive, excellemment mise en scène et interprétée par des acteurs de génie menés par l’immense Trevor Howard. À la fois semi-documentaire quand il évoque le quotidien des hommes à bord, de l’organisation des différents gradés et de leurs missions respectives, mais aussi et avant tout un divertissement où l’on s’attache à l’ensemble des personnages, qu’ils soient capitaine, officier artilleur, chef mécanicien, aussi bien sur le pont que dans leurs vies privées quand ils obtiennent enfin une permission.

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Test Blu-ray / Shakespeare in Love, réalisé par John Madden

SHAKESPEARE IN LOVE réalisé par John Madden, disponible en DVD, Blu-ray et Édition Collector Blu-ray + DVD depuis le 20 avril 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Judi Dench, Geoffrey Rush, Ben Affleck, Mark Williams, Rupert Everett, Colin Firth, Tom Wilkinson, Simon Callow…

Scénario : Alain Riou & Jean-Claude Sussfeld

Photographie : François Catonné

Musique : Claude Bolling

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

En l’été 1593, le jeune poète et dramaturge au talent prometteur William Shakespeare, criblé de dette et harcelé par son commanditaire Henslowe, promet de lui livrer bientôt une nouvelle pièce, « Romeo et Ethel, la fille du pirate », dont il ne possède en fait que le titre. Lady Viola, qui vénère les sonnets de Shakespeare, rêve de devenir actrice, ce qui est rigoureusement interdit aux femmes. Qu’a cela ne tienne, elle se déguise en garçon et décroche le rôle de Roméo. William découvre vite l’identité de son jeune premier et en tombe follement amoureux.

7 Oscars. Autant que L’Arnaque de George Roy Hill, que Danse avec les loups, que Lawrence d’Arabie, que La Liste de Schindler, sans oublier Out of Africa, Patton, Les Plus belles années de notre vie, Le Pont de la rivière Kwaï, La Route semée d’étoiles…En 1999, Shakespeare in Love rafle en effet l’Oscar du meilleur film, celui de la meilleure actrice, celui du meilleur second rôle féminin, du meilleur scénario original, de la meilleure direction artistique, de la meilleure musique de film et des meilleurs costumes…en face du film de John Madden ? Rien de moins que La Ligne rouge The Thin Red Line de Terrence Malick, The Truman Show de Peter Weir et Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan de Steven Spielberg…arrêtons de nous faire du mal. Succès démesuré avec cent millions de dollars de recette sur le sol américain, le double dans le reste du monde et 1,7 millions de spectateurs en France, Shakespeare in Love, produit pour 25 millions, a été le film « à la mode », celui qu’il fallait voir pour ne pas paraître largué au cours d’une discussion entre amis, le sujet allant vraisemblablement venir entre une poignée de cacahuètes et les Apéricubes. Mais aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Une bluette insignifiante, lénifiante, laide et neurasthénique, portée par deux acteurs qui rivalisent d’absence de charisme, tandis que leurs partenaires de renom cachetonnent et leur volent même la vedette, sans mal ceci dit, se rendant sans doute compte de la pantalonnade dans laquelle ils se sont fourrés. Si John Madden a su prouver qu’il en avait quand même sous le capot avec Capitaine Corelli, Killshot (excellente adaptation d’un roman d’Elmore Leonard), ainsi que son doublé avec Jessica Chastain, L’Affaire Rachel Singer The Debt et Miss Sloane, nous ne comprendrons jamais l’engouement, la réception et les récompenses qui ont accompagné la sortie de Shakespeare in Love au cinéma. Enfin si, la raison s’appelle Harvey Weinstein, producteur de la « bête », qui se sera transformé en rouleau compresseur pour écraser la concurrence et obtenir les faveurs des membres bien placés des diverses académies de cinéma, pour obtenir gain de cause. Découvrir Shakespeare in Love en 2022 (c’est le cas pour l’auteur de ces mots) permet « d’apprécier » ce film pour ce qu’il est, un beau et bon gros navet.

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