Test DVD / Les Russes ne boiront pas de Coca Cola !, réalisé par Luigi Comencini

LES RUSSES NE BOIRONT PAS DE COCA COLA ! (Italian Secret Service) réalisé par Luigi Comencini, disponible en DVD le 27 juin 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Nino Manfredi, Françoise Prévost, Clive Revill, Jean Sobieski, Giampiero Albertini, Alvaro Piccardi, Enzo Andronico, Giorgia Moll…

Scénario : Leonardo Benvenuti, Luigi Comencini, Piero De Bernardi, Massimo Patrizi

Photographie : Armando Nannuzzi

Musique : Fiorenzo Carpi

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Grâce à sa réputation très usurpée d’ex-héros de la résistance antinazie se voit offrir 100 000 dollars pour éliminer Edward Stevens, un espion néo-nazi sur le point de dévoiler la formule du Coca-Cola aux Russes. Mais il est rapidement doublé par d’autres mercenaires cherchant à obtenir la prime.

L’immense Luigi Comencini (1916-2007) fait partie des maestri du cinéma italien. Comme la plupart de ses confrères ès comédies – mais pas seulement – le réalisateur aura alterné films personnels et œuvres de commande avec la même verve et la même inspiration. Le metteur en scène du Commissaire (1962) et de La Ragazza (1963), signe après l’un de ses chefs d’oeuvres L’Incompris (1967) drame intense bouleversant et avant son formidable Casanova, un adolescent à Venise (1969), une comédie loufoque, décalée et méconnue, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola !, Italian Secret Service en version originale. Surfant sur le succès de la saga James Bond créée six ans auparavant, ce film mêle à la fois l’espionnage avec l’humour burlesque qui n’est pas sans rappeler Le Pigeon (1958) de Mario Monicelli avec son équipe de bras cassés plongés malgré-eux dans une histoire extraordinaire.

Natalino est à la recherche d’un travail quand l’ex-capitaine Harrison, qu’il avait sauvé du peloton d’exécution pendant la guerre, lui propose, contre une importante somme d’argent, d’éliminer un jeune et dangereux néo-nazi, Edward Stevens. Natalino accepte «le contrat», fermement décidé par ailleurs à faire exécuter la besogne par un autre. Il cède le travail à un certain Othon lequel sous-traite l’affaire à un avocat un peu louche. Ce dernier en fait autant avec le frère d’un de ses clients. Le scénario de Luigi Comencini coécrit avec ses comparses Leonardo Benvenuti (Mes chers amis, La Fille à la valise), Piero de Bernardi (Il était une fois en Amérique) et Massimo Patrizi (La Traite des blanches) démarre comme un vrai film de guerre et d’espionnage, avant d’enchaîner les quiproquos et rebondissements en tous genres.

Le grand Nino Manfredi (1921-2004) retrouve Luigi Comencini après le succulent A cheval sur le tigre (1961) et signe une formidable prestation entre flegme britannique, slapstick américain et farce italienne. Le comédien est entouré d’une sacrée bande d’acteurs, Giampiero Albertini, Alvaro Piccardi, Enzo Andronico, Loris Bazzocchi et Gastone Moschin, un festival de tronches et de talent, sans oublier le charme de Françoise Prévost. Tout ce beau monde y va à fond dans le seul but de divertir les spectateurs. Cinquante ans après, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! s’avère toujours aussi mordant et drôle, ironique et déphasé. Le film se tient grâce à la rigueur de Luigi Comencini, cinéaste moraliste, qui même dans ses oeuvres mineures et malgré quelques concessions au cinéma commercial, a toujours tenu à dépeindre des univers réalistes et à inscrire ses histoires dans un contexte socio-politique sérieux, tout en dirigeant ses acteurs d’une main de maître et en soignant la forme.

Nino Manfredi trône sur cette bande de joyeux drilles et s’acquitte avec virtuosité des multiples facettes que lui offre le rôle de Natale Tartufato aka Capellone, italien faible, trouillard, en un mot un type banal. Les oubliés du boom économique tentent de profiter comme ils le peuvent du système, quitte à user de méthodes peu scrupuleuses. Le scénario des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! prend ainsi la forme de poupées gigognes, ou un événement entraîne un autre qui lui-même entraîne une nouvelle situation, etc. C’est là tout le génie de Luigi Comencini et de ses scénaristes, ainsi que de ses comédiens dont le jeu branché sur cent mille volts du début à la fin (hilarante) agit comme une véritable bouffée d’air frais et fait toujours le même bonheur des spectateurs aujourd’hui.

LE DVD

Le DVD des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Nino Manfredi. Le verso montre tous les titres déjà ou bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. L’éditeur indique que le film est inédit en France, ce qui est faux, puisque Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! est sorti dix ans après dans nos salles, le 19 novembre 1978 !

Cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle déjà chroniquée dans nos colonnes, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague, celle que nous explorons ici, est sortie au mois de juin et nous trouvons les titres suivants : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), Le Canard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).

L’intervention de Stéphane Roux sur ce titre demeure complètement anecdotique (6’30). L’historien du cinéma se contente principalement de parler de la carrière Luigi Comencini, de manière brève, alors qu’il y aurait tant à dire. Stéphane Roux indique que Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! n’est pas un très grand film, bien qu’agréable à suivre et qu’un film moyen de Luigi Comencini reste toujours bien au-dessus des autres productions de l’époque. Il en vient ensuite au casting en évoquant le jeu de Nino Manfredi et sa partenaire Françoise Prévost.

L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.

L’Image et le son

Si la copie s’avère propre et plutôt stable, ce master s’avère complètement usé du point de vue des contrastes et des couleurs. La copie demeure terne du début à la fin, la définition ne trouve jamais d’équilibre, les flous ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire et le piqué est sans cesse émoussé. Le master semble avoir été dégoté dans un tréfonds de catalogue. Seules les poussières ont été éradiquées et rien ne nous permet d’apprécier les partis pris du grand chef opérateur Armando Nannuzzi, illustre directeur de la photographie à qui l’on doit les images inoubliables des Damnés, Mon nom est Personne et Le Bel Antonio. Quant au reste, le cinéphile devra faire preuve de beaucoup d’indulgence.

En italien comme en français, les pistes mono 2.0 s’avèrent plutôt bien nettoyées et offrent des conditions acoustiques suffisantes. Notons l’absence de souffle intempestif, mais la musique apparaît vacillante, les voix demeurent un peu sourdes et les saturations inévitables sur les dialogues plus poussés. Signalons également un problème récurrent chez l’éditeur concernant les sous-titres. Tous les mots comprenant les lettres « œ » ne semblent pas être pris en compte. Ainsi « soeur » apparaît « sur », « coeur » devient « cur », etc…Enfin, la traduction laisse à désirer puisque les sous-titres suivent la version française, qui prend souvent de grandes libertés avec le récit, et non pas les dialogues originaux !

Crédits images : © R.T.I. S.P.A. / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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