Test DVD / Les Intranquilles, réalisé par Joachim Lafosse

LES INTRANQUILLES réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 1er février 2022 chez Blaq Out.

Acteurs : Leïla Bekhti, Damien Bonnard, Gabriel Merz Chammah, Patrick Descamps, Jules Waringo, Alexandre Gavras, Joël Delsaut, Colette Kieffer…

Scénario : Juliette Goudot, Anne-Lise Morin, François Pirot, Chloé Léonil, Pablo Guarise, Lou Du Pontavic

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Olafur Arnalds & Antoine Bodson

Durée : 1h54

Année de sortie : 2021

LE FILM

Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa fragilité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire.

Joachim Lafosse fait partie de ces réalisateurs dont chaque film est souvent une expérience douloureuse. Ce qui donne le rythme, le moteur pour ainsi dire de ses histoires, ce sont chaque fois ses personnages, de chair et de sang, animés par l’amour passionnel, aussi bien entre deux êtres que des parents envers leur progéniture, mais où le cocon peut être menacé par un climat affectif irrespirable. Dans Les Intranquilles, son neuvième long-métrage, le cinéaste se focalise sur un couple et leur petit garçon, à un carrefour de leur vie familiale. Contrairement à A perdre la raison, qui conduisait insidieusement les protagonistes vers une issue tragique, mais à l’instar L’Économie du couple, ceux-ci vont vivre le moment le plus difficile de leur existence, pour – peut-être – aller vers l’apaisement, l’inéluctable et l’acceptation. De la première à la dernière image, le Joachim Lafosse happe le spectateur, le prend à la gorge au moment où il s’y attend le moins et resserre son étreinte au fur et à mesure. Récit tragi-comique (les agissements dingues du Damien peuvent faire sourire autant que flipper) sur l’amour parasité par la maladie (ici la bipolarité), entraînant comme un lien pervers, des dysfonctionnements familiaux bien sûr, la question des limites (la femme est ici épuisée et apeurée), thèmes déjà explorés dans Nue propriété, A perdre la raison, ainsi que dans son magnifique moyen-métrage Folie privée (2004), Les Intranquilles cherche à faire partager aux spectateurs la vie de personnages complexes. Ceux-ci sont magistralement incarnés par le duo vedette, Damien Bonnard et Leïla Bekhti, qui devaient alors remplacer Matthias Schoenaerts et Jasmine Trinca. Avec sa mise en scène au cordeau, ses personnages filmés à hauteur d’homme sans fioritures, Joachim Lafosse suscite l’émotion et la réflexion pendant près de deux heures. On en ressort épuisés et bouleversés. Un des plus grands cinéastes de sa génération.

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Test Blu-ray / Le Prêteur sur gages – The Pawnbroker, réalisé par Sidney Lumet

LE PRÊTEUR SUR GAGES (The Pawnbroker) réalisé par Sidney Lumet, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Potemkine Films.

Acteurs : Rod Steiger, Geraldine Fitzgerald, Brock Peters, Jaime Sánchez, Thelma Oliver, Marketa Kimbrell, Baruch Lumet, Juano Hernandez…

Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin, d’après le roman d’Edward Lewis Wallant

Photographie : Boris Kaufman

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Un rescapé des camps de concentration nazis devenu propriétaire d’un magasin de prêt sur gage doit à la fois affronter les cauchemars de son passé et l’environnement hostile du ghetto new-yorkais dans lequel il vit.

Quand on évoque Sidney Lumet, on pense immédiatement à Douze Hommes en colère, Serpico, Un après-midi de chien, puis dans un second temps à Point limite, La Colline des hommes perdus, The Offence, Network : Main basse sur la télévision, Le Prince de New York, ou bien encore au Crime de l’Orient-Express, Family Business et peut-être même à 7 h 58 ce samedi-là comme il s’agit de son dernier film. Après, cela devient difficile non ? Pourtant, cette poignée de longs-métrages ne représente même pas la moitié de la carrière cinématographique du réalisateur. Qu’y trouve-t-on alors, notamment dans ses premiers opus ? Pêle-mêle les débuts de Christopher Plummer dans Les Feux du théâtre Stage Struck (1958), une escapade new-yorkaise avec Sophia Loren dans Une espèce de garce That Kind of Woman (1959), Marlon Brando, Anna Magnani et Joanne Woodward pris dans la tourmente d’une pièce de Tennessee Williams (L’Homme à la peau de serpent The Fugitive Kind, 1959), une fabuleuse adaptation d’Arthur Miller avec Raf Vallone (Vu du pont A View from the Bridge, 1961), ainsi qu’une fantastique transposition d’une pièce d’Eugene O’Neill (Long Voyage vers la nuit Long Day’s Journey Into Night, 1962) qui réunissait Katharine Hepburn, Ralph Richardson, Jason Robards et Dean Stockwell. Le septième film de Sidney Lumet est probablement un de ses plus rares, mais également un de ses plus viscéraux. Il s’agit du Prêteur sur gages The Pawnbroker, adapté d’un roman d’Edward Lewis Wallant, auréolé à sa sortie par le Prix FIPRESCI au Festival international du film de Berlin, tandis que sa tête d’affiche, Rod Steiger, se voyait remettre l’Ours d’Argent au même festival, ainsi que le BAFTA du Meilleur Acteur en Angleterre. Disparu des radars durant de longues années, jusqu’à sa résurrection dans les années 2010, Le Prêteur sur gages est un diamant noir dans la prolifique et éclectique filmographie de Sidney Lumet. Difficile d’accès, sombre et désespéré, The Pawnbroker met des mots et surtout des images sur la Shoah, tout en montrant la difficile (ré)adaptation de celles et ceux qui ont pu sortir indemnes des camps de concentration. Rod Steiger, méconnaissable, imprégné par la « méthode », livre une prestation ahurissante (et nommée à l’Oscar, que Lee Marvin obtiendra pour Cat Ballou d’Elliot Silverstein), qui vous prend aux tripes du début à la fin, qui s’imprime définitivement dans votre mémoire et à laquelle vous repenserez souvent avec le même mal de bide. Chef d’oeuvre totalement inconnu du maître Lumet, Le Prêteur sur gages, longtemps dissimulé, peut enfin éclater aux yeux des spectateurs.

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Test Blu-ray / Le Sang à la tête, réalisé par Gilles Grangier

LE SANG À LA TÊTE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 19 janvier 2022 chez Pathé.

Acteurs : Jean Gabin, Paul Frankeur, Claude Sylvain, Georgette Anys, José Quaglio, Paul Faivre, Léonce Corne, Florelle…

Scénario : Michel Audiard & Gilles Grangier, d’après le roman de Georges Simenon

Photographie : André Thomas

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h23

Année de sortie : 1956

LE FILM

Ancien débardeur, François Cardinaud a mis trente ans pour devenir ce qu’il est : un des hommes les plus importants de La Rochelle. Sa réputation est justifiée, celle d’un type retors, coriace et exigeant. Il a débuté et a grandi sur le port, parmi une faune carnassière, où celui qui ne mord pas est voué à être mordu. En regagnant sa villa, un dimanche au retour de la messe, Cardinaud constate que sa femme Marthe est partie.

C’est un film méconnu dans l’immense carrière de Jean Gabin, un petit trésor caché sans doute, rare et peu diffusé à la télévision. Il s’agit du Sang à la tête, sa troisième collaboration (sur douze) avec Gilles Grangier (1911-1996), situé entre Gas-oil (1955) et Le Rouge est mis (1957). Quand il tourne cette adaptation du roman Le Fils Cardinaud de Georges Simenon, le comédien vient de faire un comeback toni-truand avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et enchaîne les triomphes au box-office. 1956 le replace définitivement sur le trône du cinéma français, année où sortent successivement Des gens sans importance de Henri Verneuil (2,4 millions d’entrées), Voici le temps des assassins de Julien Duvivier (1,5 million), Le Sang à la tête de Gilles Grangier (2 millions), La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (4,9 millions) et Crime et Châtiment de Georges Lampin (1,8 million). Contrairement à ce que ses détracteurs ont toujours déclaré, Jean Gabin n’a jamais été l’homme d’un seul rôle, aussi à l’aise dans la salopette d’un routier que dans le costume d’un trois-pièces d’un grand industriel, insufflant chaque fois sa personnalité, tout en étant différent, pour ne pas dire aux antipodes d’un film à l’autre. C’est ce qui a toujours fait son génie. Dans Le Sang à la tête, il interprète pour ainsi dire les deux extrêmes, puisque son personnage est un ancien prolétaire qui à force de travail et d’acharnement, est devenu l’un des noms les plus illustres de La Rochelle. Jean Gabin est une fois de plus merveilleux dans la peau de ce grand bourgeois, dont la femme, plus jeune que lui, est partie rejoindre un amour d’enfance, laissant son époux devenir la proie des rumeurs et surtout une cible facile pour les envieux qui ont connu son ascension sociale. Le Sang à la tête est un drame teinté d’humour noir et doublé d’une réflexion psychologique sur la jalousie des êtres humains qui n’a rien perdu de sa force près de soixante-dix ans après sa sortie. A redécouvrir de toute urgence.

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Test Blu-ray / Attention bandits !, réalisé par Claude Lelouch

ATTENTION BANDITS ! réalisé par Claude Lelouch, disponible en DVD et Blu-ray le 6 janvier 2022 chez Metropolitan Video.

Acteurs : Jean Yanne, Marie-Sophie L., Patrick Bruel, Corinne Marchand, Charles Gérard…

Scénario : Claude Lelouch & Patrick Uytterhoeven

Photographie : Jean-Yves Le Mener

Musique : Francis Lai

Durée : 1h49

Année de sortie : 1986

LE FILM

Receleur de son état, Simon Vérini se voit confier, par un jeune truand surnommé « Mozart », le butin d’un hold-up chez Cartier. Mais la transaction tourne mal : sa femme est tuée sous ses yeux et il est accusé du vol. Simon se retrouve en prison pour 10 ans, après avoir toutefois eu le temps de confier sa fille, Marie-Sophie, à un collège suisse. Lorsqu’il sort, il n’a qu’une idée en tête : se venger…

Quand il entame Attention bandits !, Claude Lelouch a déjà plus de 25 ans de carrière, un Oscar du meilleur film étranger, un autre du meilleur scénario original, une Palme d’or et un Golden Globe (pour Un homme et une femme), plusieurs sélections officielles au Festival de Cannes, et bien sûr moult succès au box-office, Vivre pour vivre (1967), Le Voyou (1970), L’Aventure c’est l’aventure (1972) et bien d’autres. Le réalisateur démarre les années 1980 par le triomphe des Uns et les autres, puis le résultat de ses opus suivants sont plus décevants. Edith et Marcel ne franchit pas la barre des 900.000 entrées, même chose pour Partir, revenir, mais c’est surtout Un homme et une femme : Vingt ans déjà qui se plante avec 469.000 entrées, un score dix fois moins performant que celui de son film le plus emblématique, qui sera plus ou moins renié par la suite. Un an plus tard, Claude Lelouch fait néanmoins son comeback sur les écrans avec Attention bandits !, un polar forcément insolite, qui ne ressemble qu’à son auteur, qui joue avec les codes du genre, mais digérés et révisés par le cinéaste, interprété par Jean Yanne, impérial, Patrick Bruel (entre Profs de Patrick Schulmann et La Maison assassinée de Georges Lautner) et la merveilleuse Marie-Sophie L.

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Test Blu-ray / Furia, réalisé par Alexandre Aja

FURIA réalisé par Alexandre Aja, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 1er décembre 2021 chez ESC Editions.

Acteurs : Stanislas Merhar, Marion Cotillard, Wadeck Stanczak, Pierre Vaneck, Carlo Brandt, Laura del Sol, Jean-Claude de Goros, Etienne Chicot…

Scénario : Alexandre Aja & Grégory Levasseur, d’après la nouvelle Graffiti de Julio Cortazar

Photographie : Gerry Fisher

Musique : Brian May

Durée : 1h39

Année de sortie : 2000

LE FILM

Dans une société dévastée par une guerre engagée par un gouvernement totalitaire, Theo, vingt ans, sort tous les soirs clandestinement afin de dessiner sur les murs son idée de la liberté. Un soir, il rencontre Elia, une jeune fille qui dessine aussi. A travers leurs oeuvres, une étrange histoire d’amour s’instaure.

Beaucoup de cinéphiles savent qu’avant son formidable remake de La Colline a des yeux The Hills Have Eyes de Wes Craven, sorti en 2006, Alexandre Aja, né en 1978, avait déjà été révélé avec Haute tension, thriller horrifique sorti trois ans auparavant, qui avait d’ailleurs connu un succès international. En revanche, ce que l’on sait moins, c’est que Haute tension était le second long-métrage du réalisateur. En 1999, autrement dit pour ses vingt ans, Alexandre Aja emballait Furia, son premier coup d’essai et petit coup de maître, nourri de ses références en matière de science-fiction, en cinéma, en littérature (1984 de George Orwell n’est jamais bien loin) et en peinture. Il écrit le scénario avec son complice Grégory Levasseur, d’après la nouvelle Graffiti de Julio Cortazar et fait autant preuve d’ambitions que de savoir-faire derrière la caméra. S’il s’était fait la main sur un court-métrage (en N&B), Over the Rainbow (1997), dans lequel Jean Benguigui interprétait un gardien de l’immeuble timide, n’osant pas s’approcher d’une de ses locataires et qui allait trouver de l’aide en la personne d’un fleuriste aveugle, Alexandre Aja compte bien profiter de cette grande chance. Il se livre entièrement dans ce Furia, animé par sa passion dévorante et contagieuse pour le cinéma de genre, tourné avec un budget somme toute limité, mais rempli d’idées, pas forcément abouties (loin de là même), mais extrêmement généreux, divertissant et dont de nombreux éléments restent en tête après.

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Test Blu-ray / Fear and Desire, réalisé par Stanley Kubrick

FEAR AND DESIRE réalisé par Stanley Kubrick, disponible en DVD et combo Blu-ray + DVD le 7 décembre 2021 chez Elephant Films.

Acteurs : Frank Silvera, Paul Mazursky, Kenneth Harp, Stephen Coit, Virginia Leith…

Scénario : Howard Sackler

Photographie : Stanley Kubrick

Musique : Gerald Fried

Durée : 1h02

Date de sortie initiale: 1953

LE FILM

Dans une guerre abstraite en terre inconnue, une patrouille militaire de quatre hommes, le lieutenant Corby, le sergent Mac et deux soldats, Fletcher et Sidney, se retrouvent derrière les lignes ennemies après que leur avion se soit écrasé. Ils avancent dans la forêt, surprennent deux militaires ennemis et les massacrent. Puis ils rencontrent une jeune fille et, craignant qu’elle ne les dénonce, l’attachent à un arbre. Pendant que ses trois camarades vont vers la rivière construire un radeau qui, espèrent-ils, les ramènera chez eux, Sidney garde la jeune femme. Il se révèle alors avoir l’esprit dérangé, autant à cause des violences de la guerre que de son désir naissant envers la prisonnière…

Réalisé en 1953, Fear and Desire, qui avait failli s’intituler The Trap ou The Shape of Fear, est le premier long métrage réalisé par Stanley Kubrick, alors âgé de 25 ans, qui jusqu’à présent gagnait sa vie comme photographe pour le magazine Look. Juste avant, il avait signé deux courts-métrages, Day of the Fight (1951), qui racontait une journée dans la vie du boxeur Walter Cartier, de la messe du matin jusqu’au match du soir, et Flying Padre (1951), qui parlait d’un prêtre catholique du Nouveau-Mexique, qui, trouvant la superficie de sa paroisse trop importante, se déplaçait avec un avion appelé Spirit of St. Joseph. Tourné avec une poignée d’acteurs inconnus venus du théâtre, une équipe technique réduite et peu de moyens (on parle de 60.000 dollars au final), par ailleurs issus de la tirelire de l’oncle pharmacien du réalisateur et de l’assurance-vie de son père, Fear and Desire prend pour cadre les montagnes de San Gabriel près de Los Angeles et a nécessité cinq semaines de tournage. Également directeur de la photographie, ingénieur du son et monteur, Stanley Kubrick a longtemps cherché à acheter, dans le but de les détruire par la suite, toutes les copies de ce premier essai – ce qu’il pensait avoir fait d’ailleurs – qu’il jugeait trop amateur et qu’il comparait à un « dessin d’enfant sur une porte de frigo » doublé d’un « effort prétentieux et inepte ». D’abord tourné dans le but de devenir un film muet (en fait plus dans un souci d’économie qu’artistique), Fear and Desire devient finalement parlant, le réalisateur ayant été obligé de trouver un apport supplémentaire de 20.000 $ pour le doublage de son film en postsynchronisation. Renié par son auteur qui ne l’incluait jamais dans les rétrospectives qui lui étaient consacrées, Fear and Desire, qui a enfin pu être dévoilé au public au début des années 2010, impose pourtant le perfectionnisme de Stanley Kubrick, son sens du cadre, de la composition des plans avec un magnifique N&B et une importance accordée aux gros plans.

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Test DVD / True Mothers, réalisé par Naomi Kawase

TRUE MOTHERS (Asa ga kuru – 朝が来る) réalisé par Naomi Kawase, disponible en DVD le 1er décembre 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Hiromi Nagasaku, Arata Iura, Aju Makita, Reo Sato, Hiroko Nakajima, Tetsu Hirahara, Ren Komai, Taketo Tanaka…

Scénario : Naomi Kawase & Izumi Takahashi, d’après le roman Mizuki Tsujimura

Photographie : Yûta Tsukinaga

Musique : Akira Kosemura & An Ton That

Durée : 2h14

Année de sortie : 2020

LE FILM

Satoko et son mari sont liés pour toujours à Hikari, la jeune fille de 14 ans qui a donné naissance à Asato, leur fils adoptif. Aujourd’hui, Asato a 6 ans et la famille vit heureuse à Tokyo. Mais Hikari souhaite reprendre le contact avec la famille, elle va alors provoquer une rencontre…

Autant le dire immédiatement, True Mothers est l’un des plus beaux films de l’année 2021. Quand on demande aux cinéphiles spécialisés dans le cinéma asiatique contemporain de citer un ou une cinéaste japonais(e) important(e), ceux-ci vous répondront d’emblée Naomi Kawase. Réalisatrice et scénariste née en 1969, celle-ci se fait tout d’abord remarquer avec ses documentaires autobiographiques au début des années 1990 (Dans ses bras / Étreinte, White Moon). Puis, son premier long-métrage de fiction, Suzaku (1997), est récompensé par la Caméra d’or au Festival de Cannes. C’est le début d’une grande histoire d’amour avec la Croisette, où elle obtiendra également le Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari en 2007 et le prix du jury œcuménique pour Vers la lumière en 2017, où elle a aussi été en compétition officielle à cinq reprises à ce jour depuis Shara en 2003. Avec son dernier opus en date, True Mothers, Naomi Kawase se penche – comme son titre l’indique – sur le thème de la maternité et sur celui de l’adoption. Un sujet personnel, puisque la cinéaste avait été abandonnée par ses parents, puis élevée par ses grands-parents, ceux-ci ayant d’ailleurs inspiré plusieurs documentaires, jusqu’à Naissance et Maternité en 2006. True Mothers rappelle beaucoup La Voleuse de Jean Chapot (1966), dans lequel Romy Schneider incarnait une jeune femme, qui avouait à son époux avoir eu un enfant à dix-neuf ans, avant de l’abandonner à un couple stérile, et qui se mettait en tête six ans plus tard de nouer des liens avec le petit garçon, puis de le « récupérer », pour la plus grande douleur de son père nourricier. Avec ce drame psychologique magnifiquement réalisé, Naomi Kawase revient à la source de son cinéma, mais aussi à celle de la vie, souvent représentée par l’omniprésence d’une eau, vitale, qui entoure les personnages comme un liquide amniotique, qui berce, qui reflète les états d’âme, qui apaise, tout comme cette couleur bleue, où le ciel et la mer se (con)fondent comme un éden terrestre. Et c’est sublime.

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Test Blu-ray / Profession du père, réalisé par Jean-Pierre Améris

PROFESSION DU PÈRE réalisé par Jean-Pierre Améris, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Ad Vitam.

Acteurs : Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre, Tom Lévy, Nicolas Bridet, Martine Schambacher, Jean-Michel Molé, Eric Verdin…

Scénario : Jean-Pierre Améris, d’après le roman de Sorj Chalandon

Photographie : Pierre Milon

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Emile, 12 ans, vit dans une ville de province dans les années 1960, aux côtés de sa mère et de son père. Ce dernier est un héros pour le garçon. Il a été à tour à tour était chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle. Et ce père va lui confier des missions dangereuses pour sauver l’Algérie, comme tuer le général.

Troisième collaboration entre Jean-Pierre Améris et Benoît Poelvoorde après Les Émotifs anonymes (2010) et Une famille à louer (2015), Profession du père est l’adaptation du roman homonyme de Sorj Chalandon, récit inspiré de l’enfance de l’écrivain. L’affiche n’est pas du tout représentative du film. Si vous pensez qu’il s’agit d’une comédie douce et tendre, détrompez-vous. Profession du père est un drame sombre et même parfois violent, où la mythomanie d’un père va bouleverser l’existence de son petit garçon. A travers cette histoire quasi-autobiographique, le réalisateur a su également reconnaître quelques pans de sa propre vie et n’a d’ailleurs pas hésité à tourner son film à Lyon, ville où il est né. On est tout d’abord surpris en découvrant l’atmosphère (faussement) légère de Profession du père, cette famille visiblement équilibrée avec une mère attentionnée (merveilleuse Audrey Dana), un père débordant d’énergie et leur fils Emile tout mignon. Seulement voilà, le paternel, ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale et anti-gaulliste, va se perdre petit à petit dans ses délires ambigus et mensonges récurrents, jusqu’à entraîner Emile dans ses dérives et ses conspirations, dont le but ultime serait d’éliminer le chef de l’état. Profession du père dresse à la fois le portrait d’un homme au bout du rouleau et celui d’un garçon, partagé entre la fascination et le dégoût pour celui qui lui sert alors de modèle. S’il n’a connu aucun succès dans les salles avec 37.500 entrées au compteur, il serait dommage de passer à côté de ce film étonnant.

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Test 4K UHD / Le Rayon Bleu – Blue Sunshine, réalisé par Jeff Lieberman

LE RAYON BLEU (Blue Sunshine) réalisé par Jeff Lieberman, disponible en Combo 2 Blu-ray + 4K UHD chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Zalman King, Deborah Winters, Mark Goddard, Robert Walden, Charles Siebert, Ann Cooper, Ray Young, Stefan Gierasch…

Scénario : Jeff Lieberman

Photographie : Don Knight

Musique : Charles Gross

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Jerry Zipkin, la trentaine, ancien diplômé de Stanford en 1968, participe à une fête avec d’anciens condisciples. Tout bascule quand Frannie, l’un d’entre eux, après avoir brusquement perdu ses cheveux, tue un à un les participants de la soirée. Jerry parvient à se défendre et tue Frannie avant de s’enfuir. Il est aussitôt soupçonné par la police d’être l’auteur des meurtres. Bien décidé à prouver son innocence, il fait appel à son ami David Blume, chirurgien, pour prouver son innocence. Après enquête, Jerry découvre que les participants de la soirée avaient tous autrefois pris du «rayon bleu», un psychotrope proche du LSD…

Avec son premier long-métrage La Nuit des vers géants Squirm, le réalisateur Jeff Lieberman (1976) se fait un nom et se trouve vite repéré autant par les amateurs de fantastique que d’épouvante. Il passe la vitesse supérieure avec Blue Sunshine, connu en France sous le titre Le Rayon Bleu, qu’il écrit et met en scène dès l’année suivante. Plus ambitieux que son précédent film, cet opus démontre le bagage technique de Jeff Lieberman, ainsi que son talent pour raconter des histoires étranges, à la frontière entre deux genres. Il s’inspire ici des études réalisées par les chercheurs à l’époque où le LSD faisait fureur. Dans Blue Sunshine, il imagine ce que les drogues expérimentales déclencheraient chez des individus dix ans après, en particulier un stupéfiant appelé Rayon Bleu, qu’auraient consommé d’anciens étudiants. Ceux-ci commencent chacun leur tour à percevoir des effets secondaires, perdant leurs cheveux, souffrant de migraine carabinée et entrant dans un état de transe psychotique voire dangereux. Le Rayon Bleu repose sur une mise en scène maîtrisée, sobre, qui contraste avec le (sur)jeu halluciné et le charisme aussi magnétique que singulier – entre Gaspard Proust, Sean Penn et Louis Garrel – de Zalman King (1942-2012), plus connu pour avoir écrit et produit 9 semaines 1/2 Nine 1/2 Weeks (1986) d’Adrian Lyne. Film culte pour de nombreux spectateurs, qui ont été longtemps traumatisés par ces assassins psychopathes avec leurs touffes de cheveux épars sur le crâne, Blue Sunshine a bien mérité son statut aujourd’hui et demeure une valeur sûre.

En cette année 1977, la Cité des Anges est confrontée à une vague de meurtres sauvages et inexplicables, guidés par la folie. La police porte rapidement ses soupçons sur un jeune homme : Jerry Zipkin. Afin de prouver son innocence, ce dernier, aidé par son amie Alicia Sweeney, mène alors son enquête et constate que les divers assassins présentent pour points communs d’être chauves et d’avoir fréquenté dix ans plus tôt l’Université de Stanford. À cette époque, ils ont absorbé une drogue expérimentale baptisée Blue Sunshine, dont les effets dévastateurs se déclenchent à retardement. Face à cette menace, Jerry pourra-t-il se disculper avant qu’il ne soit trop tard ?

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Test Blu-ray / Alice’s Restaurant, réalisé par Arthur Penn

ALICE’S RESTAURANT réalisé par Arthur Penn, disponible en édition Blu-ray + DVD + CD le 16 novembre 2021 chez Rimini Editions

Acteurs : Arlo Guthrie, James Broderick, Pat Quinn, Pete Seeger, Lee Hays, Michael McClanathan, Geoff Outlaw, …

Scénario : Arthur Penn & Venable Herndon, d’après la chanson d’Arlo Guthrie

Photographie : Michael Nebbia

Musique : Arlo Guthrie

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

Arlo, 22 ans, tente de trouver sa place dans l’existence grâce à la musique. Sa vie, il la partage entre les visites à l’hôpital où son père est mourant, les concerts et ses amis Alice et Ray qui viennent d’ouvrir un restaurant en ville. Mais un incident dans ce restaurant obligera Arlo à faire des choix qui mettront à l’épreuve sa liberté et ses convictions… pour toujours.

Si cela est connu aux États-Unis, on sait moins en revanche en France qu’Alice’s Restaurant, le sixième long-métrage d’Arthur Penn (1922-2010) est inspiré par une chanson, un chant-monologue plutôt, bref un tube devrait-on dire, d’Arlo Guthrie (né en 1947), Alice’s Restaurant Massacree, qui a déferlé sur les ondes en 1967. Arthur Penn est immédiatement séduit par cette ballade de près de vingt minutes, durant laquelle l’interprète et compositeur s’en prend ouvertement, mais avec humour et ironie au service militaire obligatoire qui effrayait les jeunes américains pendant que la guerre du Viêt Nam faisait rage. Né à Brooklyn, fils du chanteur folk Woody Guthrie, Arlo prenait le train en marche, mais parvenait cette fois à s’affranchir de son illustre paternel. Il n’en fallait pas plus pour qu’Arthur Penn s’empare de cette critique satirique pour dresser le portrait d’une Amérique en pleine mutation, alors que la communauté hippie voyait ses utopies fanées comme les fleurs au bout des fusils. Le réalisateur remonte aux origines de la chanson, tirée d’une histoire vraie vécue par Arlo Guthrie en 1965 et invente ce qui a pu se passer avant, durant la première heure de son film, en offrant au chanteur l’opportunité de jouer son propre rôle à l’écran. Un cas rare, pour ne pas dire unique dans l’histoire du cinéma. Cependant, Alice’s Restaurant s’inscrit logiquement dans la filmographie du cinéaste, ici entre Bonnie and Clyde (1967) et Little Big Man (1970). Alors que l’immense succès de la production de Warren Beatty lui permettait de mettre en scène ce qu’il avait envie, Arthur Penn jette son dévolu sur ce récit qui condense les idéaux des acteurs de la contre-culture, ainsi que leurs désillusions et leurs résignations. De l’automne à l’hiver, le Flower Power connaît l’éclosion, puis l’ascension, avant de s’écrouler progressivement et de s’effondrer définitivement, pour laisser place à une décennie sombre et pessimiste. Tandis qu’Easy Rider cartonnait dans les salles, Alice’s Restaurant, moins tape-à-l’oeil, plus feutré, intimiste, délicat, doux, sensoriel sûrement, passera inaperçu. Il est désormais temps de réhabiliter ce chef d’oeuvre.

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