
LES MONSTRES DE LA PRÉHISTOIRE (Kyoryu kaicho no densetsu) réalisés par Junji Kurata, disponible en Blu-ray le 16 juin 2026 chez Roboto Films.
Acteurs : Tsunehiko Watase, Shotaro Hayashi, David Freedman, Nobiko Sawa, Tomoko Kiyoshima, Fuyukichi Maki, Maureen Peacock, Catherine Laub…
Scénario : Masaru Igami, Isao Matsumoto & Ichiro Otsu
Photographie : Shigeru Akatsuka & Sakuji Shiomi
Musique : Masao Yagi
Durée : 1h33
Date de sortie initiale : 1977
LE FILM
Suite à la récente activité volcanique du Mont Fuji, des dinosaures se réveillent d’un long sommeil et sèment la terreur près d’un lac peuplé de nombreux touristes.

Attention, ceci n’est pas une histoire vraie. En revanche, contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant le résumé, Les Monstres de la préhistoire (ou Kyoryu kaicho no densetsu en version originale, ça fait toujours intello de sortir ça) n’est pas un nanar. C’est parfois limite, mais ça passe, parce que la mise en scène est on ne peut plus inspirée et qu’il y a d’ailleurs d’autres bons voire excellents points qui évitent au film d’être catalogué ainsi. Été 1975, Les Dents de la mer – Jaws débarque sur les écrans et c’est un tsunami international. Le blockbuster est né, l’engouement pour les films de monstres est palpable et le cinéma japonais, comme le cinéma italien, souhaite s’emparer de ce phénomène pour l’arranger à la sauce soja. C’est peu dire que Les Monstres de la préhistoire détonne par son ton singulier, curieux, puisque pensé comme un film pour le jeune public, on y découvre quelques plans sanglants assez gratinés, des membres arrachés par ci, des troncs dépourvus de jambes par là, le tout saupoudré d’une musique jazz fusion- folk-disco peu ragoûtante et de chansons qui recouvrent littéralement l’action. Autant dire que la surprise est de taille. Le spectacle est contre toute attente au rendez-vous, d’autant plus que l’intérêt et l’action vont crescendo. Alors, on ne boude pas son plaisir.


Une jeune femme erre pieds nus dans une forêt luxuriante située au pied du mont Fuji. Elle chute soudain dans une cavité et se réveille dans une grotte glaciale remplie de gros œufs. Lorsqu’un des œufs commence à éclore, elle est prise d’hystérie et s’enfuit, avant d’être découverte par une équipe de chantier. Avant de sombrer dans le coma, elle raconte de manière incohérente ce qu’elle a vu à un journaliste. Son récit est diffusé dans un journal télévisé que regarde le géologue Takashi Ashizawa. Intrigué par l’histoire de cet œuf fossilisé, Takashi part pour le mont Fuji afin de le retrouver. À son arrivée dans le petit village bordant le lac Saiko, Takashi s’enfonce aussitôt dans la forêt, mais un séisme soudain survient et le fait perdre connaissance. Il se réveille plus tard dans l’ancienne cabane de son père, près du lac Saiko, et découvre qu’il a été secouru par Shohei Muku, un vieil ami de la famille. Takashi reprend rapidement ses recherches et se dirige de nouveau vers le Jukai. En traversant le village voisin, il salue deux femmes : Junko et Akiko, une ancienne petite amie. Pendant ce temps, d’étranges événements se produisent autour du lac Saiko. Un jeune couple à bord d’un pédalo disparaît sans laisser de trace, un plongeur blessé est sorti du lac et du bétail commence à s’évaporer mystérieusement. Takashi émet l’hypothèse qu’un dinosaure vit bel et bien dans le lac Saiko. Sa théorie gagne en crédibilité lorsque Junko tombe sur le cadavre d’un cheval décapité gisant sur la route ; plus tard, alors qu’il photographie d’étranges traces dans la boue, Takashi découvre la carcasse coincée dans un arbre. Le lendemain, Takashi s’installe dans la cabane de son père et élabore une théorie sur la créature susceptible d’avoir tué le cheval et d’en avoir hissé la dépouille dans un arbre pour la mettre à l’abri. Il en conclut qu’il doit s’agir d’un plésiosaure bien vivant et fait part de ses maigres preuves ainsi que de son hypothèse à Shohei, qui se montre très sceptique. Sa théorie s’avère exacte lorsqu’un plésiosaure surgit bel et bien et dévore des farceurs locaux en pleine fête, à l’extérieur.


On est quand même pas loin de la série Z. Mais Les Monstres de la préhistoire parvient à trouver le bon équilibre et l’on évite ainsi de tomber dans le nawak comme dans le légendaire Tentacules d’Ovidio G. Assonitis, dans lequel John Huston, Henry Fonda, Shelley Winters et Bo Hopkins étaient en prise avec un gigantesque céphalopode qui déchirait des maquettes de bateaux en balsa. Le film de Junji Kurata (1930-2002), inconnu au bataillon, n’hésite pas à lorgner sur le chef d’oeuvre de Steven Spielberg, s’inspire aussi des décors pour sa station balnéaire, refait certaines séquences (celle où la foule panique devant l’arrivée de la créature, qui s’avère être une mauvaise blague), on est en territoire connu. Mais l’ensemble demeure étonnant, car tous ces ingrédients qui auraient pu former un bouillon imbuvable, donnent naissance à un breuvage gouleyant en bouche et ravit les papilles gustatives.


Le dernier acte où la nature s’affole, où notre tandem tente de survivre face aux dinosaures (les effets spéciaux ont pris un sacré coup de vieux, mais conservent leur charme rétro) et aux éruptions volcaniques fait son effet et l’on rit tout de même quand la bande-originale reprend le dessus encore une fois, au point d’effacer les cris (dont celui du rhamphorhynchus…à vos souhaits !) et les bruitages, pour finir de façon abrupte, laissant le spectateur quelque peu médusé, à la limite de la crise d’épilepsie. La Toei Company a donc de la suite dans les idées et tente le coup en faisait de ces Monstres le long-métrage le plus cher de son histoire, tout en espérant des retombées fructueuses dans le monde entier.


Si ce film ambitieux n’a pas du tout connu le succès escompté au Japon, c’est étrangement en U.R.S.S. que le film cartonne avec près de 50 millions de spectateurs, au point de devenir culte, statut qui ne s’est jamais démenti. Près d’un demi-siècle après sa sortie, beaucoup découvriront cette relecture des mythes et légendes propres au Japon (le titre original était d’ailleursL’Oiseau-monstre géant contre le Dieu-dragon géant), qui vaut son pesant de cacahuètes au wasabi et devant laquelle il n’est pas interdit de prendre beaucoup de plaisir.


LE BLU-RAY
Roboto Films continue sur sa lancée ! Ainsi, après les deux opus de L’Homme invisible du studio Daiei, l’éditeur nous propose de (re)découvrir Les Monstres de la préhistoire, précédemment édité en VHS chez UGC au mitan des années 1980. Cette édition HD se présente sous la forme d’un boîtier Scanavo, dans lequel a été glissée la jaquette, qui de son côté reprend le visuel de l’affiche française (où la sortie avait été finalement annulée). Le tout est surmonté d’un fourreau cartonné du même acabit, élégant, rétro et forcément très attractif. Le menu principal est animé et musical. Notons que l’éditeur fournit aussi dans le boîtier, un livret de 28 pages, comprenant un essai de Nicolas Jeantet sur la genèse, les conditions de production, le casting, la sortie et la pérennité du film, ainsi que des photos d’exploitation.

On l’attendait avec impatience et nous le retrouvons toujours avec le même plaisir, Fabien Mauro nous présente Les Monstres de la préhistoire (21’), « le meilleur film de dinosaure disco » s’amuse-t-il. L’expert en la matière, revient sur la genèse du film (tout droit hérité du triomphe des Dents de la mer à travers le monde), la mise en chantier des Monstres de la préhistoire par la Toei (qui ciblait donc un succès planétaire), la situation du genre Kaiju (on apprend que la Toho et la Hammer planchaient sur un projet commun lié au Monstre du Loch Ness), les conditions de production (le plus gros budget de l’histoire de la Toei, six mois de tournage), la réalisation des effets spéciaux, les références au chef d’oeuvre de Steven Spielberg, les effets sanglants (et ce malgré le jeune public visé), l’étrange musique de Masao Yagi, l’échec au Japon et le phénomène en Union Soviétique…Autant dire que cette intervention est une fois de plus complète et indispensable.

L’éditeur est allé à la rencontre de Jean-Baptiste Pujolle, restaurateur lourdais, qui nous propose un beau tour d’horizon d’une partie de sa collection (on dit qu’il s’agit d’une des plus importantes en Europe) consacrée ici aux Monstres de la préhistoire (4’35). Ce passionné de science-fiction et de fantastique japonais depuis son enfance, a commencé à collectionner au milieu des années 1980. Il nous dévoile ici la VHS UGC du film qui nous intéresse aujourd’hui, tout comme le laserdic japonais, les DVD américain, italien et allemand, le Blu-ray US, sans oublier la bande-originale, les affiches française et égyptienne, et les photos d’exploitation.







L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Le master HD des Monstres de la préhistoire est soigné et se révèle même très souvent bluffant, pour ne pas dire superbe. La restauration est évidente et élégante, les nombreux gros plans étonnent par leur précision, la clarté est plaisante et le piqué est joliment acéré sur les séquences diurnes comme l’atteste le relief des textures et des matières. Le grain original est conservé, l’encodage AVC costaud, les fourmillements limités, la colorimétrie chatoyante et vive, et même les scènes sombres s’avèrent aussi soignées avec des contrastes denses. Un lifting de premier ordre. Roboto Films déroule un vrai tapis rouge au film de Junji Kurata.

Deux pistes au choix, japonaise et française, en DTS-HD Master Audio 2.0. La version originale s’avère tout d’abord dynamique, riche, propre et étonnamment ardente, mettant notamment en valeur les ambiances. Les frontales sont percutantes et le spectateur est immédiatement plongé dans le récit. Les séquences en intérieur et donc plus intimistes sont évidemment plus feutrées. Les dialogues sont évidemment plus naturels en japonais qu’en français, la seconde option acoustique étant plus sourde. L’immersion est concrète dans les deux cas.


Crédits images : © Roboto Films / Toei Company / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
