Test Blu-ray / Nous sommes tous en liberté provisoire, réalisé par Damiano Damiani

NOUS SOMMES TOUS EN LIBERTÉ PROVISOIRE (L’istruttoria è chiusa: dimentichi) réalisé par Damiano Damiani, disponible en Blu-ray + DVD + Livre Justice . Politique . Corruption – La Trilogie de Damiano Damiani le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Franco Nero, Georges Wilson, John Steiner, Riccardo Cucciolla, Ferruccio De Ceresa, Antonio Casale, Renata Zamengo…

Scénario : Damiano Damiani, Arduino Maiuri & Massimo De Rita, d’après le roman de Leros Pittoni

Photographie : Claudio Ragona

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Une jeune et riche architecte est envoyé en préventive à la suite d’un accident automobile, il découvre alors le monde impitoyable de l’univers pénitentiaire.

Méconnu en France, Nous sommes tous en liberté provisoireL’istruttoria è chiusa: dimentichi (1970) de Damiano Damiani (1922-2013), metteur en scène contestataire et engagé, révèle une autre facette du talent du cinéaste transalpin, surtout réputé chez nous pour sa collaboration avec Sergio Leone pour Un génie, deux associés, une clocheUn genio, due compari, un pollo (1975), pourtant diamétralement opposé à ses thèmes de prédilection. 1971, sort Confession d’un commissaire de police au procureur de la républiqueConfessioni di un commissario di polizia al procuratore della repubblica, chef d’oeuvre âpre sur les relations étroites liant la politique à la mafia italienne. La même année, derrière le titre à rallonge Nous sommes tous en liberté provisoire, très librement adapté du roman de Leros Pittoni, se cache un film percutant qui plus de cinquante ans après n’a rien perdu de son impact et de son efficacité. Exemple type du genre issu du cinéma citoyen créé dans les années 60 avec des films comme Salvatore Giuliano ou Main basse sur la ville tous deux dirigés par Francesco Rosi, le film de Damiano Damiani repose sur les répliques acérées et le jeu monumental de Franco Nero, qui retrouvait le cinéaste pour la troisième fois de sa carrière après La Mafia fait la loiIl giorno della civetta et Confession d’un commissaire de police au procureur de la république. L’acteur rend à merveille toute la complexité de son personnage, loin du justicier incorruptible qu’il interprétait dans le film précédent. Du point de vue technique Damiano Damiani connaît son affaire et enchaîne à la fois les morceaux de bravoure grâce à un montage au cordeau, des dialogues affûtés et un sens indéniable du suspense. Nous sommes tous en liberté provisoire dénonce les conditions de la vie carcérale en prenant pour vecteur un protagoniste forcément inadapté car bourgeois. Damiano Damiani ne cache rien, assassinats, corruption, tout y passe en prison, et livre une réflexion amère sur ce milieu. Un fleuron du cinéma italien révolté.

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Test Blu-ray / La Ville dorée, réalisé par Veit Harlan

LA VILLE DORÉE (Die Goldene Stadt) réalisé par Veit Harlan, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Kristina Söderbaum, Eugen Klöpfer, Annie Rosar, Dagny Servaes, Paul Klinger, Emmerich Hanus, Kurt Meisel, Rudolf Prack…

Scénario : Alfred Braun & Veit Harlan, d’après la pièce de Richard Billinger

Photographie : Bruno Mondi

Musique : Hans-Otto Borgmann

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Anna Jobst, fille d’un riche propriétaire terrien habitant sur les rives de la Moldau, ne rêve que d’aller à Prague, ville native de sa mère, morte de n’avoir pu s’adapter à la vie campagnarde. Le désir d’Anna grandit lorsque son père engage un jeune ingénieur originaire de Prague. Remarquant l’attrait de sa fille pour le nouvel arrivant, son père le remplace mais Anna n’y tenant plus s’enfuit…

Comme nous l’indiquions sur la chronique de La Fille au vautour, nous continuons sur notre lancée du Heimatfilm avec La Ville doréeDie goldene Stadt, sorti deux ans après le film de Hans Steinhoff et réalisé cette fois par Veit Harlan (1899-1964), tristement célèbre pour avoir signé Le Juif Süss en 1940, œuvre de propagande antisémite, projetée dans les pays occupés par l’Allemagne nazie, qui avait rencontré un gigantesque succès commercial en Europe durant la Deuxième Guerre mondiale, en attirant 40 millions de spectateurs. Supervisé par Joseph Goebbels, le travail de Veit Harlan n’en reste pas moins efficace sur le plan technique, comme il le prouve dans La Ville dorée, drame et récit initiatique souvent cruel, sur lequel le Ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande du Reich aura repris la main avant la sortie dans les salles, en imposant au cinéaste de changer radicalement le final, qu’il jugeait trop optimiste. Qui dit Heimat, dit mise en valeur de la terre natale, des traditions, de la famille et le personnage principal, très bien joué par la star de l’époque Kristina Söderbaum (alors la compagne de Veit Harlan), rejetant avant tout le chemin déjà tracé par son père, méritait selon Goebbels qu’on lui donne une leçon, histoire de bien ancrer dans la tête d’une audience au cerveau lavé qu’on ne plaisantait pas avec les us et coutumes ancestrales. En l’état, La Ville dorée est un beau film, élégamment photographié par Bruno Mondo (Casino de Paris, Les Jeunes Années d’une reine, la trilogie Sissi) et qui est entré dans l’histoire du cinéma pour avoir été l’un des premiers longs métrages en couleur réalisé en Europe, l’Agfacolor, dont la technologie venait d’être améliorée.

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Test Blu-ray / La Fille au vautour, réalisé par Hans Steinhoff

LA FILLE AU VAUTOUR (Die Geierwally) réalisé par Hans Steinhoff, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Heidemarie Hatheyer, Sepp Rist, Eduard Köck, Winnie Markus, Leopold Esterle, Mimi Gstöttner-Auer, Ludwig Auer, Maria Hofen…

Scénario : Jacob Geis & Alexander Lix, d’après le roman de Wilhelmine von Hillern

Photographie : Richard Angst

Musique : Nico Dostal

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1940

LE FILM

1840, dans les Alpes du Tyrol, la jeune et jolie Wally est la fille unique d’un fermier. Elle travaille comme un homme pour aider son père et passe son temps libre dans les montagnes, tentant d’apercevoir Joseph, un chasseur, qu’elle aime en secret. Un jour, elle parvient à capturer un vautour, ce qui provoque le mépris de Joseph et l’admiration de son père. Ce dernier veut alors la marier à Vinzenz, un fermier voisin. Wally refuse et, chassée par son père, se réfugie dans les montagnes où elle va vivre avec son vautour.

Quand on évoque le genre Heimat, on pense immédiatement au pari fou entrepris par le réalisateur Edgar Reitz au début des années 1980 : raconter un siècle d’histoire et de cataclysmes sous forme de feuilleton télévisé. À travers le destin de la famille Simon et des habitants d’un petit village de Rhénanie, les trois saisons de la minisérie intitulée justement Heimat – mot intraduisible en français, qui signifie la patrie, le lieu de naissance, la région d’origine, la matrice – réalisées et diffusées en 1984, 1994 et 2004 pour une durée totale de près de 60 heures – dessinaient les contours d’un pays bouleversé par le 20e siècle. En 2013, Heimat : Chronique d’un rêve – L’exode, formaient un tout nouveau volet en deux temps de la saga monumentale et fresque historique d’Edgar Reitz, mais aussi et surtout un préambule aux trois saisons de la série culte qui nous plongeait au coeur du 19e siècle, alliant l’incroyable précision historique avec une dimension quasi-documentaire (à l’instar des métiers d’époque), à la beauté sidérante d’un N&B en cinémascope, parfois marqué par quelques touches de couleurs. Merveilleusement écrit, interprété, mis en scène et photographié, porté par une musique quasi-hypnotique, ces deux épisodes d’Heimat subjuguaient du début à la fin et ravissaient les sens. Mais le genre Heimat remonte en réalité au début du cinéma, inspirant les cinéastes allemands durant plusieurs décennies. L’un des titres emblématiques demeure incontestablement La Fille au vautourDie Geierwally, réalisé par Hans Steinhoff, sorti en 1940, d’après le roman de Wilhelmine von Hillern, déjà adapté trois fois (et ce dès le début des années 1920), qui le sera d’ailleurs encore à cinq reprises par la suite, dont à l’opéra. Très beau film, au charme forcément vintage avec ses décors de carte postale, La Fille au vautour a sous ses allures de bonbon acidulé beaucoup de caractère, à comme le personnage principal, excellemment campé par la belle Heidemarie Hatheyer, alors au tout début de sa carrière.

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Test Blu-ray / Fata Morgana, réalisé par Vicente Aranda

FATA MORGANA réalisé par Vicente Aranda, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Teresa Gimpera, Marianne Benet, Marcos Martí, Antonio Ferrandis, Alberto Dalbés, Antonio Casas, Glòria Roig, Francisco Álvarez…

Scénario : Vicente Aranda & Gonzalo Suárez

Photographie : Antonio G. Larraya

Musique : Antonio Pérez Olea

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Dans une ville évacuée de sa population pour d’obscures raisons, quelques personnes ont décidé de rester. La mannequin Gim n’a pas voulu quitter son compagnon, Alvaro, qui vit dans une somptueuse villa avec des personnalités excentriques. On apprend alors qu’un assassin récidiviste a décidé de frapper à nouveau, et qu’il choisit ses victimes parmi les plus belles femmes de la ville. Le Professeur, un expert en criminologie, est le seul capable d’aider Gim à échapper au meurtrier.

Il y a trois mois, nous vous parlions du réalisateur Vicente Aranda (1926-2015) à l’occasion de la sortie en Blu-ray de l’étonnant À coups de crosse, avec un Bruno Cremer monstrueux et une Fanny Cottençon bad-ass. L’opportunité avec ce thriller brutal de revenir sur le cinéaste et membre fondateur de La gauche divine, mouvement d’intellectuels, de professionnels et d’artistes de gauche qui s’est développé à Barcelone des années 1960 au début des années 1970. Juste après Brillante porvenir (1965), qu’il avait mis en scène avec Román Gubern, Vicente Aranda, l’un des chefs de file de l’école de Barcelone, signe son premier long-métrage en solo, Fata Morgana, qu’il coécrit avec Gonzalo Suárez et qui rend compte de la totale liberté créatrice de l’époque. Ouvertement et complètement inclassable, ce film que certains qualifieront très justement d’hermétique, ne s’adresse pas à tous les publics, mais plutôt aux cinéphiles pointus, qui sauront accueillir ce délire visuel, qui repose essentiellement sur la forme, au détriment de l’émotion. À mi-chemin entre le Nouveau Roman et les délires autocentrés de Jean-Luc Godard, Fata Morgana est assurément un OFNI, une curiosité, mais aussi le témoignage d’un temps révolu.

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Test Blu-ray / Les Tortionnaires du camp d’amour, réalisé par Edoardo Mulargia

LES TORTIONNAIRES DU CAMP D’AMOUR (Orinoco: Prigioniere del sesso) réalisé par Edoardo Mulargia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 4 avril 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Anthony Steffen, Ajita Wilson, Cristina Lay, Stelio Candelli, Luciano Rossi, Aldo Minandri, Gota Gobert, Zaira Zoccheddu…

Scénario : Sergio Chiusi, Gil Carretero & Anthony La Penna

Photographie : Manuel Mateos

Musique : Marcello Giombini

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Au cœur de la jungle amazonienne, le contrebandier Jordan utilise des femmes esclaves pour exploiter une mine d’émeraudes, leur faisant subir les pires sévices. Le révolutionnaire Laredo convoite la mine pour financer sa cause, et entreprend d’attaquer Jordan, comptant sur l’aide des prisonnières.

Tiens, revoilà nos prisonnières sexy ! Chose étrange, Les Tortionnaires du camp d’amourOrinoco: Prigioniere del sesso n’est pas du tout une suite aux Évadées du camp d’amour, contrairement à ce que son titre français pourrait nous faire penser. D’ailleurs, pour être précis, le titre d’exploitation hexagonal demeure La Fin des tortionnaires du camp d’amour n. 2. Allez comprendre. Alors oui, où nous en étions…cet opus a effectivement été tourné en même temps que Les Évadées du camp d’amour, coécrit par les mêmes scénaristes, dans les mêmes décors, avec quasiment la même distribution, par le même réalisateur, une équipe technique identique…mais il ne s’agit pas d’une sequel. En l’état, Les Tortionnaires du camp d’amour est moins attrayant que le « précédent », plus longuet, moins sexuel aussi (sans doute pour ça qu’on trouve le temps long), l’histoire reposant non pas sur une évasion cette fois, mais sur une invasion, puisque le camp central va être pris d’assaut par une bande de révolutionnaires armés jusqu’aux dents, autrement dit leur bite et leur couteau. Ces derniers sont menés par Laredo, le grand chef qui aime bien montrer son torse nu imberbe de quinquagénaire et tourné ses yeux bleus vers le soleil pour qu’on puisse les admirer. Cet être modeste et discret fomente une attaque pour s’emparer du magot du camp, les pierres précieuses récoltées par les femmes-esclaves dans des conditions inhumaines, afin d’agrandir sa petite entreprise. De leur côté, les captives aux jambes longues et fuselées, et très souvent aussi à la poitrine dénudée, qui se caressent sous la douche à côté de leurs copines…bref, celles-ci échafaudent un plan d’évasion dans l’espoir d’échapper à l’enfer du camp. Laredo va s’interposer et tout se terminera dans un joyeux bordel rempli d’explosions qui font boum et de fusillades qui font tatatata. Entre le prologue rigolo tourné dans un Center Parc romain et le final généreux en bastos, il n’y a malheureusement rien ou presque à se mettre sous la dent. Reste la curiosité de découvrir ce film après Les Évadées du camp d’amour, comme s’il s’agissait d’une version alternative.

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Test Blu-ray / Les Évadées du camp d’amour, réalisé par Edoardo Mulargia

LES ÉVADÉES DU CAMP D’AMOUR (Femmine infernali) réalisé par Edoardo Mulargia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 4 avril 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Anthony Steffen, Ajita Wilson, Cristina Lay, Cintia Lodetti, Luciano Pigozzi, Serafino Profumo, Maite Nicote, Yael Forti…

Scénario : Sergio Chiusi, Gil Carretero & Edoardo Mulargia

Photographie : Manuel Mateos

Musique : Marcello Giombini

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Au cœur d’une forêt tropicale se trouve un camp de détention pour femmes. Isolés du monde, les gardiens en profitent pour abuser des prisonnières, leur faisant subir les pires sévices. Ne supportant plus la cruauté dont elles sont victimes, un groupe de jeunes femmes va tenter de s’évader, avec l’aide du médecin du camp.

Quand on fouine pour en savoir toujours plus sur le genre dit du Women In Prison, ou plus simplement WIP, on trouve bien sûr les liens avec le cinéma d’exploitation, dont les films qui s’y rattachent se focalisent la plupart du temps sur des prisonnières qui subissent des sévices dégradants afin d’exciter ou de dégoûter le spectateur. Comme la Nazisploitation et la Nonnesploitation, sauf que nous avons ici de splendides créatures chichement vêtues, leurs guenilles dévoilant fréquemment un sein généreux, passant du bon temps ensemble dans leur cellule étroite (il faut bien se consoler comme on peut), avant de retourner bosser (aux travaux forcés, mais pas trop pour ne pas gâcher la manucure) et de comploter en secret le moyen de se tirer. On retrouve tous ces ingrédients dans Les Évadées du camp d’amourFemmine infernali, ou Escape from Hell pour les anglo-saxons, avant-dernière réalisation d’Edoardo Mulargia (1925-2005). Cet habile artisan, dont les capacités techniques avaient pu être remarquées dans les excellents Viva Django ! (1971) et Tropique du Cancer (1972), fait ce qu’il peut pour Les Évadées du camp d’amour, qui n’est certes pas exceptionnel, euphémisme, mais qui n’en reste pas moins divertissant. Le spectateur devra cependant s’armer de patience en raison d’un grand manque de rythme qui finit par désintéresser de l’histoire à mi-parcours. Heureusement, la machine se relance dès que le groupe de nanas prend la poudre d’escampette dans la jungle hostile, où les serpents, les sangsues, les sables mouvants et autres réjouissances les attendent. Sympathique quoi.

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Test Blu-ray / Agent 077 : Operation Sexy, réalisé par Jess Franco

AGENT 077 : OPÉRATION SEXY (La Muerte silba un blues) réalisé par Jess Franco, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 mars 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Conrado San Martín, Danik Patisson, Perla Cristal, Georges Rollin, Manuel Alexandre, María Silva, Adriano Domínguez, Marta Reves…

Scénario : Jess Franco & Luis de Diego

Photographie : Juan Mariné

Musique : Antón García Abril

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

En Amérique du Sud, le trompettiste Julius et son ami Castro passent en fraude un chargement d’armes pour le compte de Bekell. Alors que Castro est abattu par une patrouille, Smith va en prison. Quinze ans plus tard, il est enfin libéré et découvre que la veuve de son ami, Lina, est désormais mariée à Bekell. Julius devient gênant pour ce dernier. Se sentant menacé, il balance toute l’histoire au commissaire Fenton.

Quand on regarde le début de la carrière de Jess Franco, on se rend compte qu’il était déjà difficile de découvrir quel film avait été fait avant l’autre, certaines sources donnant des dates de sortie différentes, parfois à un ou deux ans près, souvent plus. En l’état, Agent 077, opération Jamaïque, ou Agent 077 : Opération Sexy, auquel on préférera le titre original ô combien plus approprié et par ailleurs poétique, La Muerte silba un blues se situe entre Le Sadique Baron Von KlausLa Mano de un hombre muerto et Les Maîtresses du Docteur JekyllEl Secreto del Dr. Orloff et s’avère un nouveau film noir pour le cinéaste. Comme ce sera le cas plus tard, cet opus apparaît quasiment comme un film miroir à Chasse à la mafia, puisqu’on y retrouve pour ainsi dire exactement les mêmes ingrédients, la même ambiance, l’atmosphère enfumée d’un night-club où officient bien sûr un orchestre de jazz et une chanteuse à la voix enivrante, mais aussi où se (dé)font certaines affaires louches. Plus maîtrisé que Rififí en la ciudad,La Muerte silba un blues est un solide polar, sur lequel plane encore l’ombre d’Orson Welles, mais avec lequel Jess Franco s’affranchit de plus en plus de ses références, peaufine sa direction d’acteurs, tout en livrant un formidable divertissement aux spectateurs.

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Test Blu-ray / Chasse à la mafia, réalisé par Jess Franco

CHASSE À LA MAFIA (Rififí en la ciudad) réalisé par Jess Franco, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 mars 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Fernando Fernán Gómez, Jean Servais, Laura Granados, Antonio Prieto, Robert Manuel, Maria Vincent, Dina Loy, Agustín González…

Scénario : Jess Franco, Gonzalo Sebastián de Erice & Juan Cobos, d’après le roman de Charles Exbrayat

Photographie : Godofredo Pacheco

Musique : Daniel J. White

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

L’indicateur de l’Inspecteur Miguel Ruiz, Paco, barman au Stardust, a été assassiné avant d’avoir eu le temps de le renseigner sur un armateur puissant, qui est aussi un politicien influent, Leprince. De plus son chef n’est pas d’accord pour qu’il continue à enquêter sur Leprince, ayant peur des conséquences ! Peu après, un inconnu poignarde tous les participants à ce meurtre. Mais cela ne va pas arrêter Ruiz…

Quand il tourne Chasse à la mafia, Jesús Franco Manera, ou Jess Franco, en est encore au début de sa (très) longue et (très) prolifique carrière, ayant signé son premier long-métrage Tenemos 18 años (1959) que quatre ans années auparavant. Cinq autres opus se succéderont tout de suite après, révélant l’éclectisme et l’efficacité du bonhomme derrière la caméra. Le film noir se distingue bel et bien dans la première partie de l’oeuvre de Jess Franco avec Opération Lèvres RougesLabios rojos ou ce Chasse à la MafiaRififí en la ciudad qui nous intéresse aujourd’hui. I s’agit de l’adaptation du roman Vous souvenez-vous de Paco ? de Charles Exbrayat, publié en 1958, transposé dans un pays imaginaire d’Amérique Centrale, où l’on retrouve un casting franco-espagnol (coproduction oblige), sur lequel trône le suintant et impérial Jean Servais (L’Homme de Rio, Au service du diable, La Fièvre monte à El Pao, La Roue). Le titre original renvoie directement à Du rififi chez les hommes, chef d’oeuvre de Jules Dassin (1958), interprété par Jean Servais, qui avait manifestement marqué le cinéphile Jess Franco. Chasse à la mafia est un brillant exercice de style(s), où le réalisateur se fait plaisir en jouant avec les angles de prises de vue, qui rappellent bien sûr le travail d’Orson Welles, que ce dernier remarquera au point de contacter Jess Franco pour lui confier la direction de la seconde équipe de Chimes at midnight Falstaff. Mais pour l’heure, Rififí en la ciudad enchaîne les allers-retours dans un night-club où le jazz ne s’arrête jamais et où le champagne coule à flots, tandis que s’affrontent en coulisses des sbires à la mine patibulaire sur fond de disparition d’un indic séducteur et charismatique. Un « petit » Jess Franco, mais bourré de charme.

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Test DVD / Je suis une légende, réalisé par Ubaldo B. Ragona & Sidney Salkow

JE SUIS UNE LÉGENDE (The Last Man on Earth) réalisé par Ubaldo B. Ragona & Sidney Salkow, disponible en DVD le 6 décembre 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Vincent Price, Franca Bettoia, Emma Danieli, Giacomo Rossi-Stuart, Umberto Raho, Christi Courtland, Tony Corevi, Hector Ribotta…

Scénario : Furio M. Monetti, Ubaldo B. Ragona, Richard Matheson, William F. Leicester, d’après le roman de Richard Matheson

Photographie : Franco Delli Colli

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h23

Année de sortie : 1964

LE FILM

Une épidémie a dévasté le monde et transformé les hommes en vampires assoiffés de sang. Le docteur Robert Morgan est le seul survivant de ce ravage. Il traque les vampires tout le jour afin de les tuer en leur enfonçant un pieu dans le cœur, et la nuit, il se barricade chez lui, tentant de repousser les assauts des monstres, et essayant de trouver, par communication radio, d’autres survivants.

Beaucoup connaissent Je suis une légende I am legend de Francis Lawrence avec Will Smith, sixième plus gros succès US de l’année 2007 (entre Harry Potter et L’Ordre du Phénix et La Vengeance dans la peau), peut-être moins Le SurvivantThe Omega Man de Boris Segal (1971) avec Charlton Heston…Avant ces deux transpositions du roman de Richard Matheson, Ubaldo Ragona et Sidney Salkow signaient une première adaptation de I am legend, sortie en 1964 sous le titre The Last Man on Earth ou bien encore L’Ultimo uomo della terra de l’autre côté des Alpes. Dans ce film, le dernier homme sur Terre est incarné par Vincent Price, la même année que Le Masque de la mort rouge The Masque of the Read Death et La Tombe de Ligeia The Tomb of Ligeia de Roger Corman. Sur une musique oppressante de Paul Sawtell (Le Cri de guerre des Apaches, Le Sous-marin de l’apocalypse, La Brigade du suicide, Marché de brutes), les deux réalisateurs instaurent une ambiance lourde et post-apocalyptique, avec des cadavres éparpillés dans les rues, tandis que la voix légendaire du comédien plante le décor et les enjeux. « The End has Come ». Mais pour Robert Morgan, c’est le même recommencement depuis trois ans, quand il est déjà surpris de se réveiller en vie, après avoir échappé aux zombies qui voudraient prendre d’assaut sa maison. « Un autre jour à endurer…allons-y » dit-il, avant d’arpenter la ville, à la recherche de nouveaux morts-vivants dans lesquels Robert pourra planter un pieu dans le coeur. Formidablement mis en scène et marqué par une photographie à la beauté exceptionnelle, Je suis une légende est une véritable référence du genre et n’a absolument rien à envier aux blockbusters contemporains.

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Test DVD / L’Étrangleur, réalisé par William A. Wellman

L’ÉTRANGLEUR (Lady of Burlesque) réalisé par William A. Wellman, disponible en DVD le 6 décembre 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Barbara Stanwyck, Michael O’Shea, J. Edward Bromberg, Iris Adrian, Gloria Dickson, Victoria Faust, Stephanie Bachelor, Charles Dingle…

Scénario : James Gunn, d’après le roman de Gypsy Rose Lee

Photographie : Robert De Grasse

Musique : Arthur Lange

Durée : 1h26

Année de sortie : 1943

LE FILM

Un meurtre a été commis au sein d’une troupe de music-hall dans un théâtre de Broadway : une actrice a été retrouvée étranglée. Les soupçons se portent vite sur sa rivale, Dixie Daisy. Mais d’autres meurtres sont commis. Dixie va mettre en place un piège pour démasquer l’étrangleur.

Dans l’imposante filmographie de la légendaire Barbara Stanwyck, outre sa collaboration avec Frank Capra, on notera celle avec le réalisateur William A. Wellman (1896-1975), qui donnera naissance à cinq longs-métrages, de 1931 à 1943. Après L’Ange Blanc Night Nurse, Mon grandSo Big !, The Purchase Price et L’Inspiratrice The Great Man’s Lady, les deux remettront une dernière fois le couvert avec L’Étrangleur Lady of Burlesque. Ce dernier est inspiré d’un roman de Gypsy Rose Lee publié en 1941, The G-String Murders, elle-même artiste de burlesque, vedette rendue célèbre pour son numéro de striptease et dont la vie sera aussi adaptée au cinéma par Mervyn LeRoy avec Gypsy, Vénus de Broadway (1952). Autant dire que la miss connaît le milieu qu’elle dépeint dans son livre et donc dans le film qui en découle, L’Étrangleur, qui se passe essentiellement dans un des vieux théâtres situés dans le quartier central de la ville de New York. Un peu à la Birdman, le truc ronflant (euphémisme) d’Alejandro González Iñárritu, mais en beaucoup moins prétentieux et surtout en plus divertissant, L’Étrangleur trimballe le spectateur dans les coulisses, sur scène, dans les moindres recoins de son décor principal, en tenant compte de la notion de troupe qui anime les lieux. Le metteur en scène de L’Allée sanglante, Convoi de femmes, The Story of G.I. Joe, L’Étrange incident, Beau Geste, L’Ennemi public et bien sûr de la première version de A Star is Born signe une sympathique récréation dans laquelle il n’a de cesse de mettre en valeur ses ravissantes actrices (souvent étonnamment déshabillées) et offre à son actrice fétiche un parfait écrin dans lequel elle se meut avec talent et délectation.

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