MAIS…QU’AVEZ-VOUS FAIT À SOLANGE ? (Cosa avete fatto a Solange?) réalisé par Massimo Dallamano, disponible en Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.
Acteurs : Fabio Testi, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, Cristina Galbó, Camille Keaton, Günther Stoll…
Scénario : Peter M. Thouet, Bruno Di Geronimo & Massimo Dallamano, d’après le roman d’Edgar Wallace Les Deux Épingles
Photographie : Joe d’Amato
Musique : Ennio Morricone
Durée : 1h47
Date de sortie initiale : 1972
LE FILM
La stupeur frappe Londres suite au meurtre sauvage d’une collégienne dans un petit bois au bord de la Tamise. Présents sur les lieux au moment des faits, Enrico Rossini et Elizabeth Seccles, respectivement professeur d’italien et lycéenne dans le même établissement que la victime, entretiennent une liaison. Tandis que l’enseignant mène sa propre enquête, l’assassin traque sa prochaine victime… Elizabeth !
Bien qu’il ait livré une douzaine de films, Massimo Dallamano (1917-1976) demeure surtout connu pour son travail comme directeur de la photographie : L’Homme aux cent visages – Il Mattatore de Dino Risi, Pour une poignée de dollars – Per un pugno di dollari et Et pour quelques dollars de plus – Per qualche dollaro in più de Sergio Leone,Un vrai crime d’amour – Delitto d’amore de Luigi Comencini portent tous la griffe du chef opérateur. Il devient metteur en scène en 1967 avec le western Bandidos. Il consacrera désormais le reste de sa carrière uniquement à la réalisation, en variant les genres, du giallo (Le Tueur frappe trois fois – La Morte non ha sesso) en passant par le drame-érotique (Vénus en fourrure – Le Malizie di Venere), le thriller-érotique (Le Dépravé – Il Dio chiamato Dorian), lé néo-polar (Piège pour un tueur – Si può essere più bastardi dell’ispettore Cliff?). Son opus le plus célèbre reste indubitablement Mais… qu’avez vous fait à Solange ? – Cosa avete fatto a Solange?, référence du giallo sortie sur les écrans français en mars 1973 sous le titre Jeux particuliers. En dehors d’une première partie un peu longuette, on se laisse encore happer par l’atmosphère pesante et ambiguë, ainsi que par ce récit troublant (inspiré par le roman Les Deux épingles – The Clue of the New Pin d’Edgar Wallace), le tout bercé par une musique magnifique signée par le maestro Ennio Morricone.
TÉNOR réalisé par Claude Zidi Jr., disponible en DVD et Blu-ray le 7 septembre 2022 chez Studiocanal.
Acteurs : Michèle Laroque, Mohammed Belkhir, Guillaume Duhesme, Maëva El Aroussi, Samir Decazza, Marie Oppert, Louis de Lavignère, Stéphane Debac, Roberto Alagna…
Scénario : Cyrille Droux, Raphaël Benoliel, Claude Zidi Jr. & Héctor Cabello Reyes
Photographie : Laurent Dailland
Musique : Laurent Perez Del Mar
Durée : 1h40
Date de sortie initiale : 2022
LE FILM
Antoine, jeune banlieusard parisien, suit des études de comptabilité sans grande conviction, partageant son temps entre les battles de rap qu’il pratique avec talent et son job de livreur de sushis. Lors d’une course à l’Opéra Garnier, sa route croise celle de Mme Loyseau, professeur de chant dans la vénérable institution, qui détecte chez Antoine un talent brut à faire éclore. Malgré son absence de culture lyrique, Antoine est fasciné par cette forme d’expression et se laisse convaincre de suivre l’enseignement de Mme Loyseau. Antoine n’a d’autre choix que de mentir à sa famille, ses amis et toute la cité pour qui l’opéra est un truc de bourgeois, loin de leur monde.
Claude Zidi est un mythe, une légende de la comédie hexagonale dont les films auront attiré plus de 80 millions de spectateurs dans les salles (rien qu’en France), un nombre qui laisse évidemment rêveur les réalisateurs d’aujourd’hui. Nous avions entendu parler de son fils Claude, Claude Zidi Jr. donc, lors de la sortie de son premier long-métrage – co-réalisé avec Cyrille Droux – Les Deguns, adaptation pour le grand écran de la websérie du même nom, devenu rapidement l’un des films les plus traînés dans la boue de 2018. Bien que conspué par la critique, près de 500.000 curieux avaient fait le déplacement au cinéma pour se faire leur propre opinion. Depuis, Claude Zidi Jr. aura participé au scénario et aux dialogues du survolté Divorce Club de Michaël Youn. 2022, il met seul en scène Ténor, qu’il coécrit avec Héctor Cabello Reyes (7 jours pas plus, Retour chez ma mère, Barbecue), Raphaël Benoliel (producteur d’Emily in Paris, Stillwater, Minuit à Paris) et Cyrille Droux (complice de Claude Zidi Jr.), une excellente surprise et ce pour plusieurs raisons. D’une part pour son casting et la présence en haut de l’affiche de MB14, nom de scène de Mohamed Belkhir, auteur-compositeur-interprète, rappeur (depuis l’âge de 12 ans), beatboxeur (champion de France de human beatbox par équipe en 2016 et champion du Monde en 2018), chanteur découvert dans la cinquième saison de The Voice, qu’il termine deuxième. Charismatique, il révèle un vrai talent et un tempérament de comédien, une vraie révélation que l’on devrait retrouver aux César l’année prochaine pour la compression du Meilleur Espoir. D’autre part, cela fait plaisir de voir une comédie-dramatique bien filmée, la mise en scène étant élégante, inspirée et jamais statique, soignée et soutenue par une photographie du même acabit signée Laurent Dailland (Aline, Astérix & Obélix: Mission Cléopâtre, Le Concert). Un petit coup de coeur inattendu, dans lequel Michèle Laroque trouve incontestablement l’un de ses plus beaux rôles.
Scénario : Massimo Felisatti, d’après une histoire originale d’Andrea Bianchi
Photographie : Franco Delli Colli
Musique : Berto Pisano
Durée : 1h38
Date de sortie initiale : 1975
LE FILM
Une mannequin décède lors d’un avortement clandestin. A la suite de cette tragédie, le docteur qui a pratiqué l’opération est sauvagement assassiné. Très rapidement, tous ceux qui se trouvaient dans l’entourage de la jeune femme meurent sous les coups d’un dangereux inconnu habillé en motard…
Andrea Bianchi (1925-2013) démarre sa carrière en 1972, comme assistant du réalisateur John Hough sur L’île au trésor, adaptation du roman de Robert Louis Stevenson, avec rien de moins qu’Orson Welles dans le rôle de Long John Silver. Il passe très vite derrière la caméra lui-même en surfant sur la vague des poliziotteschi (Quelli che contano avec feu Henry Silva et Barbara Bouchet), signe une comédie avec notre Jacques Dufilho national (Basta con la guerra… facciamo l’amore), puis décide de réaliser un giallo. Ce sera Nue pour l’assassin – Nude per l’assassino, en fait à mi-chemin entre le thriller alors en vogue et le film érotique. Car le moins le que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de quoi se rincer l’oeil, même les deux, dans ce giallo qui convoque un délicieux casting féminin, actrices qui sont déshabillées à la moindre occasion. Sur celles-ci, trône la merveilleuse et sublime Edwige Fenech, qui délaissait alors la comédie coquine, puisqu’elle venait d’enchaîner La Belle et le puceau, Ah mon petit puceau et La Prof donne des leçons particulières. Si ses partenaires n’hésitent pas à jouer dans le plus simple appareil comme Femi Benussi (Les 1001 nuits érotiques d’Antonio Margheriti, Une hache pour la lune de miel – Il Rosso segno della follia de Mario Bava, Adolescence pervertie de José Bénazéraf), Solvi Stubing (Moi, moi, moi et les autres d’Alessandro Blasetti, Opération San Gennaro de Dino Risi), Erna Schurer (La Poupée de Satan de Ferruccio Casapinta), il est indéniable que nous n’avons souvent d’yeux que pour Edwige Fenech, peut-être la plus belle créature du cinéma italien des années 1970. L’ombre de Six femmes pour l’assassin de Mario Bava plane sur l’histoire de Nue pour l’assassin, jusque dans le titre d’ailleurs, en plaçant l’action dans le domaine de la mode. Si Andrea Bianchi n’a évidemment pas le talent de son modèle, le metteur en scène se débrouille très bien et livre un opus divertissant, aux meurtres étonnamment brutaux et sanglants et on lui pardonnera volontiers une tripotée (le terme est bien choisi) de plans complètement gratuits sur les courbes affriolantes des comédiennes, le film démarrant directement sur un gros plan sur les jambes écartées d’une demoiselle. Sympathique, à défaut d’être inoubliable, Nude per l’assassino nourrit tout de même la légende Fenech.
MEURTRE PAR INTÉRIM (Un posto ideale per uccidere) réalisé par Umberto Lenzi, disponible en Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.
Acteurs : Irène Papas, Ray Lovelock, Ornella Muti, Michel Bardinet, Salvatore Borgese, Umberto Raho, Jacques Stany…
Scénario : Umberto Lenzi, Antonio Altoviti & Lucia Drudi Demby
Photographie : Alfio Contini
Musique : Bruno Lauzy
Durée : 1h30
Date de sortie initiale : 1971
LE FILM
À Copenhague, Ingrid Sjoman et Dick Butler forment un jeune couple de marginaux qui subsiste tant bien que mal en vendant à la sauvette des revues et photos pornographiques. Ils décident de partir en Italie, dans l’espoir de gagner plus d’argent. Là-bas, en Toscane, recherchés par la police, ils trouvent refuge dans une vaste villa isolée, près de Florence, où vit Barbara Slater, femme issue d’un milieu aisé. Si, dans un premier temps, celle-ci se montre hostile à leur égard, ils finissent par se faire accepter d’elle sans imaginer dans quel traquenard ils sont tombés…
Dans les années 1970, Umberto Lenzi se spécialise dans le poliziottesco, mais avant cela dans giallo, avec en vrac Spasmo(1974), Le Couteau de glace (1972), Chats rouges dans un labyrinthe de verre (1975), Le Tueur à l’orchidée (1972). En fait, on peut même remonter à la fin des années 1960 avec Une folle envie d’aimer – Orgasmo et Si douces, si perverses – Così dolce… così perversa, avec Jean-Louis Trintignant, Carroll Baker et Erika Blanc. Parmi ses opus les moins célèbres, on trouve cet intrigant Meurtre par intérim – Un posto ideale per uccidere, qui sort un peu plus d’un an après Formule 1 – Paranoia. De l’aveu même du réalisateur, le tournage du film s’est fait dans la frustration, en raison de changements imposés du scénario, qui devait suivre un jeune couple dealer de la dope pour ainsi financer leurs vacances. Une idée insufflée par Tonino Guerra, suite à l’accueil frileux de Carlo Ponti. Ce n’est donc plus de la drogue, mais de la pornographie qui est vendue sous le manteau, alors que celle-ci devenait omniprésente au moment de la sortie de Meurtre par intérim. Dans l’ensemble, Un posto ideale per uccidere se tient surtout grâce à la mise en scène toujours solide et élégante d’Umberto Lenzi, ainsi que pour la superbe photographie d’Alfio Contini, chef opérateur d’Il Gaucho, des Monstreset du Fanfaronde Dino Risi, sans oublier la fraîcheur et la beauté d’Ornella Muti, 16 ans, tout juste révélée par Damiano Damiani dans Seule contre la mafia – La moglie più bella.
ALICE, SWEET ALICE (Communion) réalisé Alfred Sole, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 23 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Linda Miller, Niles McMaster, Mildred Clinton, Rudolph Willrich, Paula Sheppard, Michael Hardstark, Jane Lowry, Alphonso DeNoble, Brooke Shields…
Scénario : Alfred Sole & Rosemary Ritvo
Musique : Stephen Lawrence
Durée : 1h43
Date de sortie initiale : 1976
LE FILM
Alice Spages, 12 ans, vit avec sa mère et sa sœur Karen, à laquelle elle adore faire peur. Karen s’apprête à fêter sa première communion lorsque son corps est retrouvé atrocement mutilé dans l’église. Certains pensent qu’Alice pourrait être à l’origine du meurtre, mais comment une enfant si jeune pourrait-elle commettre une telle abomination ? Pourtant, les meurtres se poursuivent dans l’entourage d’Alice…
Alice, Sweet Alice, Communion sanglante, Holy Terror (dans un montage censuré), The Mask Murders, Communion, ou Alice, douce Alice chez nos amis québécois, est un slasher psychologique réalisé par un certain Alfred Sole (1943-2022), qui se situe rétrospectivement après Black Christmas de Bob Clark et Halloween – La Nuit des masques de John Carpenter. Le film surfe sur un sous-genre en éclosion, La Baie sanglante de Mario Bava, La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper étant sortis durant les cinq années précédentes, mais qu’il a aussi contribué à son identité, à sa « croissance », à sa mutation. Emballé pour la modique somme de 350.000 dollars, le tournage ayant été interrompu à plusieurs reprises faute de moyens, ce qui a entraîné la succession d’une demi-douzaine de directeurs de la photographie et le passage du 35 au 16mm selon les billets verts mis à disposition de l’équipe, Alice, Sweet Alice demeure un fleuron de l’épouvante, foncièrement ambigu, redoutablement inquiétant, subtil, malsain, qui prend pour cible le fanatisme religieux et dresse le portrait d’une des adolescentes les plus flippantes du cinéma de genre, formidablement interprété par Paula Sheppard, feu follet du cinéma, mais dont le visage reste imprimé dans la mémoire des cinéphiles.
LE SANG DES AUTRES OU LA VOLUPTÉ DE L’HORREUR – LES CHEMINS DE LA VIOLENCE – PERVERSIONS SEXUELLES (El Secreto de la momia egipcia) réalisé par Ken Ruder, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.
Acteurs : George Rigaud, Teresa Gimpera, Michael Flynn, Catherine Franck, Frank Braña, Patricia Lee, Sandra Reeves, Julie Presscott…
Scénario : Vincent Didier & Julio Salvador
Photographie : Raymond Heil
Musique : Max Gazzola
Durée : 1h33
Date de sortie initiale : 1973
LE FILM
Angleterre, XIXème siècle. Plusieurs jeunes femmes ont disparu ces derniers temps dans le village jouxtant le château du comte de Dartmoor, scientifique féru d’occultisme, reclus dans son domaine avec John, son fidèle serviteur. Or, selon les rumeurs, la cause de ces disparitions serait liée au châtelain. Sous prétexte d’assister le scientifique, James Barton se présente à lui en qualité d’égyptologue…
Le Sang des autres ou la volupté de l’horreur, ou Les Chemins de la violence, ou bien encore Perversions sexuelles, cela dépend la version du film que vous avez pu voir, selon le degré de nudité des actrices. Le titre original est en fait El Secreto de la momia egipcia, une coproduction franco-ibérique sortie courant juin 1973 dans l’Hexagone et un an plus tard sur les écrans espagnols. À la barre est crédité un certain Ken Ruder, dont on ne sait pratiquement rien, si ce n’est qu’il s’agit du pseudonyme d’Alejandro Martí, qui signait son second et dernier film comme réalisateur, cinq ans après Elisabeth, opus en costume teinté de chansons, de danses, de musique, d’humour et d’aventures, quasiment invisible ou pour ainsi dire disparu aujourd’hui. Dans Le Sang des autres (nous l’appellerons comme ça), on retrouve son goût pour les grands paysages et le travail sur les couleurs, mis cette fois au service d’un récit qui oscille entre l’horreur et l’érotisme. Le scénario coécrit par Vincent Didier et Julio Salvador (auteur du thriller La Machination, avec Léa Massari, Marisa Mell, Philippe Leroy et…Roger Hanin) surfe sur la vague de plusieurs genres alors prisés par les spectateurs, mais compile surtout diverses références de la littérature fantastique et d’épouvante. En apparaissant finalement comme un chaînon manquant entre Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley et Dracula de Bram Stoker, Le Sang des autres se nourrit de ces mythes prestigieux pour donner naissance à un long-métrage particulièrement ambitieux, aussi bien sur le fond que sur la forme, en contentant à la fois l’âme, le coeur et le bas-ventre des cinéphiles adeptes d’expériences cinématographiques et les cinéphages à la recherche de divertissements alliant le sang et les belles nanas dévoilées dans le plus simple appareil. Une sacrée découverte.
UN TALENT EN OR MASSIF (The Unbearable Weight of Massive Talent) réalisé par Tom Gormican, disponible en DVD et Blu-ray le 11 août 2022 chez Metropolitan Video.
Acteurs : Nicolas Cage, Pedro Pascal, Tiffany Haddish, Sharon Horgan, Paco León, Neil Patrick Harris, Lily Mo Sheen, Alessandra Mastronardi…
Scénario : Tom Gormican & Kevin Ettel
Photographie : Nigel Bluck
Musique : Mark Isham
Durée : 1h47
Année de sortie : 2022
LE FILM
Nicolas Cage est maintenant un acteur endetté qui attend le grand rôle qui relancera sa carrière. Pour rembourser une partie de ses dettes, son agent lui propose de se rendre à l’anniversaire d’un dangereux milliardaire qui se révèle être son plus grand fan. Mais le séjour prend une toute autre tournure, lorsque la CIA le contacte, lui demandant d’enquêter sur les activités criminelles de son hôte. Nicolas Cage va devoir jouer le rôle de sa vie et prouver qu’il est à la hauteur de sa propre légende.
De mémoire de chroniqueur, l’auteur de ces mots n’a jamais autant écrit sur un acteur que sur Nicolas Kim Coppola, alias Nicolas Cage (né en 1964). Sur Homepopcorn (14 titres en six années) et ailleurs (plus d’une dizaine). Un comédien fascinant, un génie, capable de vous faire aimer un navet pour une seule scène où son immense talent foudroie encore systématiquement. Nicolas Cage est un artiste que beaucoup ont aimé voire adoré. Certains lui ont tourné le dos quand celui-ci a commencé à collectionner les DTV, en gros depuis 2014 et après Joe de David Gordon Green. Pour avoir été Smockey, Al Columbato, H.I. McDunnough, Peter Loew, Sailor Ripley, Ben Sanderson, Stanley Goodspeed, Cameron Poe, Castor Troy (et donc Sean Archer), Rick Santoro, Charlie et Donald Kaufman, Benjamin Gates, Yuri Orlov, Terence McDonagh Damon Macready aka Big Daddy, Gary Faulkner, Red Miller, Nathan Gardner et bien d’autres, on le remercie, on s’incline, on se prosterne, on applaudit, et on lui pardonne volontiers ses écarts, même les pires opus de sa longue filmographie (près de 110 rôles à ce jour) comme Effraction de Joel Schumacher, Tokarev – Rage de Paco Cabezas, Le Chaos – Left Behind de Vic Armstrong…la liste ne saurait être exhaustive, aussi bien pour les bons que pour les mauvais films. Toutefois, même dans ces derniers, il y a un moment à sauver, ces quelques secondes où l’on se dit que seul Nicolas Cage peut faire un truc comme ça. Comme il n’a eu de cesse de le répéter quand la presse lui demandait pourquoi il se perdait dans « ce genre de production », l’acteur répondait s’être toujours bien préparé pour n’importe quel rôle et de ne s’être jamais laissé à la facilité ou à la paresse. On le sait sincère, cinéphile, original (excentrique même), endetté certes, ce qui ne lui a pas laissé d’autre choix que d’enchaîner les tournages, y compris d’objets filmiques hasardeux. Début des années 2020, Nicolas Cage signe une de ses meilleures prestations dans l’étonnant Pig de Michael Sarnoski, salué par la critique. Après ? Qu’est-ce qu’il n’a pas encore interprété ? Lui-même pardi ! C’est là qu’apparaît Un talent en or massif – The Unbearable Weight of Massive Talent, dont le sujet – Nicolas Cage incarnant Nicolas Cage à l’écran, dans une version romancée de sa vie – commençait déjà à fuiter pendant l’écriture, des bruits qui allaient arriver aux oreilles de l’acteur, mais dont il se désintéressait alors. Le script parvient tout de même jusqu’à l’intéressé, qui finalement emballé par l’intelligence du réalisateur Tom Gormican et du coscénariste Kevin Etten, accepte de se prêter au jeu, comme John Malkovich l’avait fait chez Spike Jonze dans Dans la peau de John Malkovich – Being John Malkovich (1999), écrit par Charlie Kaufman. D’ailleurs, si l’on pense à l’univers de ces deux auteurs, c’est parce qu’Un talent en or massif rappelle un autre long-métrage avec Nicolas Cage, Adaptation (2003), dont le scénario et le genre du film « évoluait » quand Charlie ou Donald Kaufman prenait les choses en main. Il y a évidemment cette notion du double, puisque le monstre de cinéma est cette fois confronté à sa conscience, représentée par la version rajeunie de lui-même (un être narcissique, égoïste, typique de la jeune superstar de cinéma qu’il a été), celle de 1990 quand il apparaissait sur le plateau de Terry Wogan en faisant une pirouette, distribuait des billets de banque et se mettait torse-poil. Vraie-fausse autobiographie, profonde réflexion sur Hollywood et le star-system, réel buddy-movie (son tandem avec Pedro Pascal est sublime), drame indépendant familial qui mute en thriller puis en film d’action, c’est un joyeux bordel totalement assumé, souvent magistral et très drôle, une sucrerie pour tous les aficionados de Nicolas Cage, sans doute le film le plus revigorant de 2022.
L’AUBE SAUVAGE (Savage Dawn) réalisé par Simon Nuchtern, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.
Acteurs : George Kennedy, Richard Lynch, Karen Black, Claudia Udy, Lance Henriksen, Lewis Van Bergen, William Forsythe, Leo Gordon, Michael Sharrett, Kevin Thompson…
Scénario : Bill Milling
Photographie : Gerald Feld
Musique : Pino Donaggio
Durée : 1h43
Date de sortie initiale : 1985
LE FILM
Un gang de vicieux motards s’empare d’une petite ville en Arizona. Un vétéran de la guerre du Vietnam de passage dans la ville et quelques locaux avec rien à perdre vont partir en guerre contre l’impitoyable chef du gang…
Savage Dawn ou L’Aube sauvage, est un film qui sent le musc, la poussière, la sueur et le scrotum. Le genre d’opus à la fin duquel on se renifle les doigts. Amis de la poésie bonjour, il sera question aujourd’hui du dernier long-métrage réalisé par un certain Simon Nuchtern, touche à tout qui a commencé sa carrière comme directeur de la photographie et cameraman sur The Sensualist (1966), fleuron devenu invisible de la sexploitation, avant de devenir metteur en scène, scénariste et son propre producteur. S’il se fera plus discret dans le monde du cinéma par la suite, il signe donc son dernier ouvrage en 1985, Savage Dawn, tourné durant l’été 1984 dans le désert californien, sur un scénario de Bill Milling, complice du réalisateur. L’Aube sauvage est un vrai film d’exploitation qui surfe allègrement sur l’atmosphère poudreuse et « testostéronée » de Mad Max 2 : Le Défi, avec un Lance Henriksen bien agité, silhouette de phasme sec et musclé, qui paraît agité du bocal (c’est un ancien du Vietnam), qui utilise ses poings et ses pieds comme de sulfateuses quand la veuve et l’orphelin se trouvent malmenés par de méchants motards qui n’ont pas inventé l’eau tiède ni la machine à cintrer les bananes. Savage Dawn est un spectacle disons-le tout de go absolument génial, mené sans temps mort, formidablement interprété par un casting de qualité et surtout qui a de la gueule. On en redemande et ça tombe bien, puisqu’il est désormais disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.
LE COUP DE L’ESCALIER (Odds Against Tomorrow) réalisé par Robert Wise, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Harry Belafonte, Robert Ryan, Shelley Winters, Ed Begley, Gloria Grahame, Will Kuluva, Kim Hamilton, Mae Barnes…
Scénario : John O. Killens & Nelson Gidding, d’après le roman de William P. McGivern
Photographie : Joseph C. Brun
Musique : John Lewis
Durée : 1h33
Date de sortie initiale : 1959
LE FILM
Dave Burke, ancien policier licencié injustement, décide de préparer un cambriolage dont le plan semble facilement réalisable. Pour cela, il a besoin d’Earle Slater, un ancien soldat ne réussissant pas à retrouver sa place dans la société, et de Johnny Ingram, un chanteur noir criblé de dettes. Mais Slater est un raciste et Ingram est réticent à l’idée de sombrer dans la criminalité…
Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons parler de Robert Wise (1914-2005), qui avec Richard Fleischer reste probablement l’un des plus grands artisans éclectiques et prolifiques de l’histoire du cinéma hollywoodien. Plus de soixante-cinq ans de carrière, dix ans au banc de montage, cinquante-cinq passés derrière la caméra, plus de quarante films au compteur. Quelques titres emblématiques ? Est-ce vraiment nécessaire ? D’accord, rien que pour le plaisir de les nommer et histoire de convoquer quelques extraits dans les mémoires : La Malédiction des hommes-chats, Le Récupérateur de cadavres, Né pour tuer, Nous avons gagné ce soir, Le Jour où la Terre s’arrêta…, Je veux vivre !, West Side Story, La Maison du diable, La Mélodie du bonheur, La Canonnière du Yang-Tsé, Le Mystère Andromède, L’Odyssée du Hinderburg, Audrey Rose, Star Trek, le film…Prenez un petit moment pour savourer ces réminiscences…C’est bon ? Si la liste ne saurait être exhaustive, il y en a un que l’on ne saurait omettre quand on évoque Robert Wise. Il s’agit d’Odds Against Tomorrow, plus connu en France sous le titre Le Coup de l’escalier, le dernier opus du cinéaste mis en scène dans les années 1950, son dix-huitième long-métrage de la décennie, emballé juste avant West Side Story, qu’il signera d’ailleurs avec Jerome Robbins. S’il n’atteint peut-être pas la puissance dramatique de Quand la ville dort – The Asphalt Jungle (1950) de John Huston, Le Coup de l’escalier, souvent cité comme le chant du cygne du film noir américain avec L’Ultime Razzia – The Killing de Stanley Kubrick, est une référence intemporelle du genre, où des personnages au bout du rouleau participent à un braquage, même s’ils n’y croient pas ou plus, avant même de s’être lancés. À l’instar de John Huston, Robert Wise s’avère plus intéressé par les protagonistes eux-mêmes et leurs motivations, plutôt que par le casse proprement dit. Comme son confrère, il les ancre dans une réalité crépusculaire (magnifique photo) marquée par l’échec. Le Coup de l’escalier est un film noir à part, centré sur un afro-américain interprété par Harry Belafonte (à l’origine du projet) et traitant ouvertement de la ségrégation et de la discrimination. Le film sera récompensé par un Golden Globe spécial pour sa « promotion de la compréhension internationale ». Pamphlet antiraciste, Le Coup de l’escalier se clôt sur la morale irréfutable : blancs ou noirs, les hommes sont tous égaux face à la mort et chacun retournera à l’état de poussière. Vous avez dit chef d’oeuvre ?
LE DERNIER RIVAGE (On the Beach) réalisé par Stanley Kramer, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire, Anthony Perkins, Donna Anderson, John Tate, Harp McGuire, Lola Brooks…
Scénario : John Paxton, d’après le roman de Nevil Shute
Photographie : Giuseppe Rotunno
Musique : Ernest Gold
Durée : 2h09
Date de sortie initiale : 1959
LE FILM
La guerre nucléaire a eu lieu. Personne n’a gagné. La mort et la désolation règnent sur le monde. Seuls les Australiens et les hommes du sous-marin Sawfish ont survécu à l’apocalypse nucléaire. Le Capitaine Dwight Towers part en mission sur le Sawfish afin de vérifier le niveau de radiations sur terre. Il revient avec de mauvaises nouvelles : le nuage radioactif approche et l’issue est inéluctable. Leurs dernières heures venues, chaque personne affronte l’adversité à sa manière.
Quand il sort sur les écrans en 1959, Le Dernier rivage – On the Beach, adaptation du roman éponyme du britannique Nevil Shute, peu de films avaient osé aborder les dangers du nucléaire, en dehors de Cinq survivants – Five (1951) d’Arch Oboler et Day the World Ended (1955) de Roger Corman. Quelques mois avant l’arrivée du Dernier rivage dans les salles, Le Monde, la Chair et le Diable – The World, The Flesh and the Devil de Ranald MacDougall lui dame le pion en surfant sur le même thème. Dans Cinq survivants, la Terre, devenue un vaste cimetière, était dépeuplée des suites d’un holocauste nucléaire et seules cinq personnes, semblant avoir miraculeusement survécu, se retrouvaient dans un site privilégié épargné par les retombées radioactives, où il devaient apprendre à coexister face au tragique de la situation. De son côté, Roger Corman partait d’un postulat de départ assez similaire, autrement dit le monde détruit par une guerre nucléaire, pour ensuite bifurquer vers le survival et le film d’épouvante avec une victime des rayonnements devenu un mutant cannibale. En plus de tirer un signal d’alarme sur le nucléaire, Le Monde, la Chair et le Diable se doublait quant à lui d’une réflexion sur le racisme. Mais ces opus montraient alors un nouveau monde qui émergeait. Ce n’est pas le cas du Dernier rivage qui se concentre sur les dernières heures du reste de la race humaine, après une guerre nucléaire qui a ravagé la quasi-intégralité de la population terrienne. Toute ? Non ! (air connu) Quelque part entre les océans Indien et Pacifique subsistent encore des hommes, des femmes et des enfants, épargnés par les retombées radioactives…mais cela n’est qu’une question de temps, car celles-ci approchent doucement, mais sûrement de l’Australie où malgré tout la vie continue. Comment se préparer à l’inévitable ? Le Dernier rivage propose une profonde et contre toute attente sereine méditation sur l’extinction de l’humanité, en s’attachant à une poignée de personnages, qui hormis un jeune couple venant d’avoir une petite fille, sont marqués par la solitude. Un dialogue s’instaure, les philosophies de vie s’entrecroisent et se mêlent, il est temps désormais pour ceux qui ont survécu jusqu’à présent, d’accepter que l’air vicié par ceux qui ont appuyé sur le bouton rouge enflammera bientôt leurs poumons…Le Dernier rivage foudroie par sa beauté plastique, la photographie à la fois crépusculaire et luminescente du légendaire Giuseppe Rotunno (La Bataille pour Anzio, Ce plaisir qu’on dit charnel, Fellini Roma, Rocco et ses frères, Le Guépard), la mise en scène immersive (parfois à la limite du documentaire) de Stanley Kramer (1913-2001) et l’interprétation bouleversante d’un quatuor d’acteurs exceptionnels, Gregory Peck, Ava Gardner, Anthony Perkins et Fred Astaire.