Test Blu-ray / La Bataille pour Anzio, réalisé par Edward Dmytryk

LA BATAILLE POUR ANZIO (ANZIO !) réalisé par Edward Dmytryk, disponible en DVD et Blu-ray le 15 juillet 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Robert Mitchum, Peter Falk, Robert Ryan, Earl Holliman, Mark Damon, Arthur Kennedy, Reni Santoni, Joseph Walsh…

Scénario : Harry A.L. Craig, Frank De Felitta, Duilio Coletti, Giuseppe Mangione d’après le roman Anzio de Wynford Vaughan-Thomas

Photographie : Giuseppe Rotunno

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Le 22 juin 1944, à Anzio, en Italie, 35 000 soldats des forces alliées débarquent de 253 navires de guerre dans le but de marcher triomphalement sur Rome. Ces soldats, américains et anglais, ont pour mission de stopper l’armée allemande menée par le Général Kesselring. Parmi eux, le caporal Dick Ennis, un correspondant de guerre cynique et désabusé, et sept de ses compagnons vont subir les conséquences des erreurs tactiques et stratégiques du responsable de l’opération, le général Leslly. Sa passivité va, en effet, permettre à Kesselring de réorganiser sa défense, et même de contre-attaquer victorieusement, menant les troupes alliées au bord de la catastrophe…

Parler du cinéaste Edward Dmytryk (1908-1999) est toujours un immense plaisir. Nous l’avons déjà fait, mais nous allons le refaire. Edward Dmytryk, sympathisant de la gauche politique américaine, adhérant au parti communiste américain, figure parmi les célèbres Dix d’Hollywood. Convoqué par la Commission des Activités Anti-Américaines, il est condamné à six mois de prison, 500 dollars d’amende, puis s’exile en Grande-Bretagne à la fin des années 1940. Il revient peu de temps après aux USA, purge sa peine de prison et à l’instar d’Elia Kazan dénonce finalement certains acteurs, réalisateurs et scénaristes afin de s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui. C’est un scandale, sa carrière ne s’en remettra jamais totalement. Néanmoins, le cinéaste n’aura jamais arrêté de tourner jusqu’à la fin des années 1970. Edward Dmytryk c’est pêle-mêle L’Homme à l’affûtThe Sniper (1952), La Lance brisée – Broken Lance (1954), Ouragan sur le CaineThe Caine Mutiny (1954), Le Bal des mauditsThe Young Lions (1958),L’Homme aux colts d’orWarlock (1959), La Rue chaude – Walk on the Wild Side (1962), Alvarez Kelly (1966) et bien d’autres ! S’il avait déjà la moitié de sa carrière derrière lui avec près de 25 longs métrages au compteur, Edward Dmytryk signera ses plus belles et ses plus grandes œuvres dans les années 1950. La Bataille pour Anzio, ou simplement Anzio (son titre international), ou bien encore Lo Sbarco di Anzio puisqu’il s’agit d’une coproduction italo-américaine à laquelle le cinéaste transalpin Duilio Coletti participera et sera d’ailleurs mentionné comme co-réalisateur aux côtés d’Edward Dmytryk, vaut essentiellement aujourd’hui pour son casting qui réunit Robert Mitchum, Peter Falk, Robert Ryan, Earl Holliman, ainsi que la figure reconnaissable des acteurs du cru, Giancarlo Giannini et Venantino Venantini. Comme très souvent, Dino De Laurentiis donne tous les moyens nécessaires pour créer sur grand écran un divertissement colossal, pris en charge cette fois par un metteur en scène qui n’a plus rien à prouver et qui signe une œuvre propre, sans fioritures, formidablement interprétée, pas indispensable certes, mais qui a su conserver un charme indiscutable.

Fin janvier 1944, le caporal Dick Ennis, correspondant de guerre américain à Naples, part couvrir le débarquement anglo-américain d’Anzio en Italie, opération qui a pour double but de déborder la ligne Gustav (devant laquelle les Alliés piétinent depuis plusieurs mois) et de permettre l’occupation des monts Albains, hauteurs stratégiques au sud de Rome. À la grande surprise des attaquants, la plage, ses environs et l’arrière-pays se révèlent totalement déserts. Au volant d’une jeep Dick Ennis escorté du sergent Stimmler et du caporal Rabinoff effectue même une reconnaissance sans embûches dans Rome quasiment abandonnée par les forces allemandes et revient en informer dans son QG d’Anzio le général Lesley, commandant en chef de la tête de pont. Mais celui-ci se montre excessivement prudent : échaudé par le souvenir du débarquement très coûteux de l’été 1943 à Salerne en Sicile, il pense que l’aspect désert du terrain dissimule un piège et ne s’occupe que de consolider la tête de pont dans l’attente de la contre-attaque allemande qu’il juge inévitable. Du côté allemand, le débarquement d’Anzio occasionne d’abord des sueurs froides au Feldmarschall Kesselring, commandant suprême des forces du Reich en Italie, car la zone menacée est effectivement dépourvue de troupes allemandes. Puis se rendant compte de l’immobilisme des Alliés, il ordonne à plusieurs de ses divisions de se porter en hâte autour des positions alliées. Kesselring ordonne également la mobilisation des Italiens en âge de travailler à l’édification d’une ligne de défense fortifiée et inexpugnable qu’il baptise ligne César. Il s’inquiète cependant du jeune âge de ses soldats et de la pénurie d’essence qui frappe alors ses armées. Un peu plus tard Dick Ennis se prépare à marcher de nuit avec le 2e Bataillon de Rangers jusqu’à la localité de Cisterna qui est considéré comme le point faible du dispositif de défense ennemi et dont il faut s’emparer. Le bataillon arrive au matin dans un défilé où des unités allemandes dissimulées dans le paysage (des tanks et des mitrailleuses) le prennent au piège et le massacrent.

Anzio demeure l’une des batailles les plus difficiles de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, le film présenté ici ne s’appesantit pas sur cet événement proprement dit, mais sur son long dénouement et les cafouillages qui ont ralenti l’armée britannique et l’armée américaine. En prenant un journaliste de guerre comme personnage principal, Dick Ennis, interprété par Robert Mitchum, le récit adopte un point de vue original, qui sort des sentiers battus, avec un homme qui observe ses camarades sur le front, tout en étant conscient d’aller au casse-pipe en raison des mauvaises décisions arrêtées par les hauts gradés et les dirigeants de leurs pays respectifs. Qui de mieux que Robert Mitchum pouvait incarner cette frustration de voir envoyer des jeunes soldats servir de chair à canon alors que les allemands se préparaient à se carapater ? Entre El Dorado (1966) et Cinq Cartes à abattre5 Card Stud (1968) de Henry Hathaway, le comédien porte ce film de guerre sur ses épaules, même s’il partage largement l’affiche avec Peter Falk, qui allait profiter de son séjour en Italie pour y tourner Les IntouchablesGli intoccabili de Giuliano Montaldo, sur lequel il allait rencontrer un certain John Cassavetes.

La Bataille pour Anzio n’est sans doute pas un film inoubliable, mais s’inscrit dans les belles réussites du genre, grâce à son casting de luxe donc, mais aussi à l’efficacité de sa mise en scène qui privilégie l’aspect psychologique des protagonistes, sans effusion de patriotisme ronflant et avec quelques moments spectaculaires, à l’instar de cette séquence où les soldats, pourchassés par un char lance-flammes, doivent traverser un champ de mines en utilisant des pierres abandonnées. Il s’en dégage également un message fraternel, lors du défilé final, qui prône la réflexion, le civisme, l’égalité des êtres humains, la paix dans le monde. Cela peut ressembler au discours d’une candidate à l’élection de Miss France, mais mis dans la bouche du sieur Bobby Mitchum, dont le personnage est un vétéran de plusieurs campagnes alliées, cela donne des frissons et le message passe indubitablement mieux auprès des spectateurs.

LE BLU-RAY

Anciennement disponible en DVD chez Sony Pictures, La Bataille pour Anzio est désormais proposé par Rimini Editions, en format respecté, en édition Standard et pour la première fois au monde en Haute-Définition. Jaquette élégante, glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un sur-étui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Le seul bonus que vous trouverez sur cette galette est une présentation de la bataille d’Anzio, non pas le film (jamais abordé pour le coup), mais l’évènement historique, réalisée par Laurent Henninger, conseiller scientifique de la rédaction et chroniqueur à la revue Guerre et Histoire (19’). Un exposé forcément pointu, mais très abordable et surtout passionnant, qui permet d’en savoir beaucoup plus sur cet épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale. Quelques photos d’archives viennent illustrer les propos de l’invité de Rimini.

L’Image et le son

C’est assez spectaculaire. La Bataille pour Anzio se refait une beauté en Haute-Définition grâce à Rimini Editions. Le cadre large retrouve de sa superbe, la clarté est de mise, la restauration de haut niveau et le grain original conservé, même s’il est de temps en temps appuyé, ou au contraire trop lissé. Le générique en ouverture semble plus grumeleux, mais cela s’arrange après. Quelques baisses de la définition sporadiques émaillent cette édition (sur les scènes sombres ou tamisées surtout, ainsi que sur les stockshots), tout comme une gestion aléatoire des contrastes. Le piqué est en revanche vif et acéré sur les séquences diurnes, le relief est très appréciable, les couleurs éclatantes et la copie stable. Quant à la propreté, rien à redire, c’est impeccable. Le Blu-ray est au format 1080p.

Les mixages anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 instaurent un très bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches, sans aucun souffle. Au jeu des différences, la version originale l’emporte sur son homologue car plus aérée, naturelle et franche dans son rendu, y compris du point de vue musical. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. Un carton annonce également qu’une scène ne bénéficiant pas de doublage, est présentée en version originale sous-titrée en français.

Crédits images : © Rimini Editions / Columbia Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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