Test Blu-ray / Meurtre par intérim, réalisé par Umberto Lenzi

MEURTRE PAR INTÉRIM (Un posto ideale per uccidere) réalisé par Umberto Lenzi, disponible en Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Irène Papas, Ray Lovelock, Ornella Muti, Michel Bardinet, Salvatore Borgese, Umberto Raho, Jacques Stany…

Scénario : Umberto Lenzi, Antonio Altoviti & Lucia Drudi Demby

Photographie : Alfio Contini

Musique : Bruno Lauzy

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

À Copenhague, Ingrid Sjoman et Dick Butler forment un jeune couple de marginaux qui subsiste tant bien que mal en vendant à la sauvette des revues et photos pornographiques. Ils décident de partir en Italie, dans l’espoir de gagner plus d’argent. Là-bas, en Toscane, recherchés par la police, ils trouvent refuge dans une vaste villa isolée, près de Florence, où vit Barbara Slater, femme issue d’un milieu aisé. Si, dans un premier temps, celle-ci se montre hostile à leur égard, ils finissent par se faire accepter d’elle sans imaginer dans quel traquenard ils sont tombés…

Dans les années 1970, Umberto Lenzi se spécialise dans le poliziottesco, mais avant cela dans giallo, avec en vrac Spasmo (1974), Le Couteau de glace (1972), Chats rouges dans un labyrinthe de verre (1975), Le Tueur à l’orchidée (1972). En fait, on peut même remonter à la fin des années 1960 avec Une folle envie d’aimer Orgasmo et Si douces, si perverses Così dolce… così perversa, avec Jean-Louis Trintignant, Carroll Baker et Erika Blanc. Parmi ses opus les moins célèbres, on trouve cet intrigant Meurtre par intérim Un posto ideale per uccidere, qui sort un peu plus d’un an après Formule 1 Paranoia. De l’aveu même du réalisateur, le tournage du film s’est fait dans la frustration, en raison de changements imposés du scénario, qui devait suivre un jeune couple dealer de la dope pour ainsi financer leurs vacances. Une idée insufflée par Tonino Guerra, suite à l’accueil frileux de Carlo Ponti. Ce n’est donc plus de la drogue, mais de la pornographie qui est vendue sous le manteau, alors que celle-ci devenait omniprésente au moment de la sortie de Meurtre par intérim. Dans l’ensemble, Un posto ideale per uccidere se tient surtout grâce à la mise en scène toujours solide et élégante d’Umberto Lenzi, ainsi que pour la superbe photographie d’Alfio Contini, chef opérateur d’Il Gaucho, des Monstres et du Fanfaron de Dino Risi, sans oublier la fraîcheur et la beauté d’Ornella Muti, 16 ans, tout juste révélée par Damiano Damiani dans Seule contre la mafia La moglie più bella.

Ingrid et Dick, un jeune couple danois en voyage en Italie, demandent l’hospitalité à une femme. Mais ils n’imaginent alors pas les projets démoniaques que celle-ci fomente. Elle veut faire endosser à Dick le meurtre de son mari, un ancien officier de l’OTAN. Elle met donc tout en oeuvre pour que le malheureux laisse ses empreintes sur l’arme du crime. Lorsque Ingrid et Dick découvrent finalement le cadavre, ils comprennent le subterfuge et se sentent piégés. Tout indique désormais qu’ils sont les coupables idéaux…

Moui, c’est pô mal on va dire, même si les personnages sont guère attachants, voire jamais empathiques en fait et que le rythme y est particulièrement mou. De plus, le récit patine, comme si Umberto Lenzi ne savait pas quoi faire de ses deux protagonistes, pourtant impeccablement campés par Ornella Muti donc (qui en raison de son jeune âge a été doublée pour toutes les scènes dénudées par la mannequin Antonia Santilli, alors calmez-vous) et son partenaire Ray Lovelock, excellent acteur vu dans l’étonnant Avoir vingt ans Avere vent’anni (1978) de Fernando Di Leo, La Dernière maison sur la plage La Settima donna (1978) de Franco Prosperi, Frissons d’horreur Macchie solari (1975) d’Armando Crispino, Les Sorcières du bord du lac Le Regine (1970) de Tonino Cervi et Tire encore si tu peux Se sei vivo spara! (1967) de Giulio Questi. Un C.V. chargé pour un comédien qui mérite d’être redécouvert. On suit ainsi le tandem batifoler de Copenhague à Florence, en passant par Pise, la Suisse, faisant du racolage auprès d’hommes et même de femmes en leur présentant des photos de la belle demoiselle dans le plus simple appareil, histoire d’en tirer quelques espèces sonnantes et trébuchantes. De quoi subsister quelques heures, plusieurs jours, pour avoir de quoi se payer assez pour tailler la route toujours plus loin. Jusqu’au jour où leur véhicule tombe en panne près d’une impressionnante demeure, celle de Barbara Slater, femme énigmatique, qui attend visiblement son époux militaire, mais qui accueille étrangement chaleureusement le couple, qu’elle a tout d’abord pris en flagrant délit pendant qu’ils étaient en train de pomper l’essence de sa voiture de luxe. Elle leur propose le gîte et le couvert, et plus si affinités. Et de ce point de vue il y en a justement entre Barbara et Dick, ce qui n’est pas tout à fait du goût d’Ingrid, pour laquelle Barbara semble aussi avoir un petit faible.

Dans ce rôle inattendu, Irène Papas (remplaçant au pied levé la soprano Anna Moffo, qui s’est désistée juste avant le tournage), alors installée en Italie où elle collaborera avec Riccardo Freda, Elio Petri (La Longue nuit de l’exorcisme), Carlo Lizzani, Lucio Fulci et Alberto Lattuada, l’actrice grecque s’impose facilement et ses traits austères sont bien exploités par Umberto Lenzi dissimulent judicieusement un esprit machiavélique doublé d’un tempérament volcanique. Les scènes réunissant en huis clos les trois vedettes sont assurément les meilleures de Meurtre par intérim, qui certes n’échappent pas à une certaine théâtralité (y compris au niveau du décor principal), mais où la tension se resserre, tandis que le réalisateur profite formidablement de son espace confiné.

Si le final de ce thriller peut largement se deviner à l’avance une fois qu’Ingrid et Dick se font la malle, Meurtre par intérim, malgré ses indéniables défauts de scénario et la présence de scènes dites de remplissage que Lenzi parvient tout de même à faire passer grâce à un cadre toujours inspiré ou une idée de mise en scène qui maintient l’intérêt en éveil, laisse une bonne impression et on lui donne volontiers la moyenne +.

LE BLU-RAY

Après Le Couteau de glace et Chats rouges dans un labyrinthe de verre, Le Chat qui fume revient à Umberto Lenzi avec la sortie en HD de Meurtre par intérim. Un titre sans doute mineur dans la carrière du cinéaste, mais que les complétistes accueilleront à bras ouverts, surtout en voyant le magnifique objet concocté une fois de plus par l’éditeur. Un Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné au visuel forcément très attractif et liseré jaune. Le menu principal est animé et musical. Édition limitée à 1000 exemplaires.

Toujours disponible, franc et très prolixe quand on l’invitait à parler de ses oeuvres, Umberto Lenzi, disparu en 2017, intervenait dans ce module sur la genèse, les conditions d’écriture et de tournage de Meurtre par intérim, « un film devenu noir au cours de son processus de création ». En effet, le réalisateur indiquait qu’il désirait faire un film « à la Easy Rider et donc qui parlait ouvertement de drogue », sujet refusé catégoriquement par Carlo Ponti, qui exige des réécritures jusqu’à ce que Tonino Guerra lui glisse l’idée de remplacer le trafic de dope par du matériel pornographique. Ainsi, Umberto Lenzi revient point par point sur « ce film fait de compromis, qui n’était pas comme désiré à l’origine […] mais qui fonctionne bien en tant que spectacle ». Le casting, la qualité de la photographie, les points faibles (« la partie giallo fonctionne, mais pas celle avec Antonio Mellino et Sal Borgese »), les lieux de tournage et la musique sont ensuite abordés (23’).

Outre la bande-annonce, vous trouverez aussi quatre scènes coupées (46 secondes), ou plutôt des inserts « explicites », autrement dit coquins tournés vraisemblablement pour une exploitation parallèle.

L’Image et le son

Comme à son habitude, Le Chat qui fume présente une copie entièrement restaurée de Meurtre par intérim, qui demeurait jusqu’alors inédit en DVD et Blu-ray dans nos contrées. Si divers poils en bord de cadre et autres rayures verticales ont pu échapper au scalpel numérique, force est de constater que le film d’Umberto Lenzi n’a probablement jamais été aussi éclatant. Les couleurs sont lumineuses (aaaah les yeux d’Ornella…), la stabilité jamais prise en défaut, le piqué pointu sur les scènes diurnes, sans doute moins dès que la lumière baisse ou sur les séquences de nuit, où la texture argentique, jusque-là excellemment gérée, s’avère plus grumeleuse. Cela n’empêche pas de s’extasier devant la magnificence de ce master Haute-Définition, qui offre un confort de visionnage total pour apprécier la composition des plans du réalisateur et de son directeur de la photographie Alfio Contini. Blu-ray au format 1080p, lifting 2K.

Propre et dynamique, le mixage italien DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Bruno Lauzi. A titre de comparaison, elle demeure sans aucune commune la plus dynamique et la plus riche du lot. La version française DTS-HD Master Audio Mono 2.0, au doublage moyen, apparaît plus grinçante, même si comme son homologue, elle apparaît dépourvue de souffle parasite.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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