Test Blu-ray / Siège, réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell

SIÈGE (Self-Defense) réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Tom Nardini, Brenda Bazinet, Daryl Haney, Terry-David Després, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox, Jeff Pustil…

Scénario : Paul Donovan, d’après une histoire originale de Paul Vautour

Photographie : Les Kriszan

Musique : Peter Jermyn & Drew King

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’une grève de la police, un groupuscule tente d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax (Nouvelle-Écosse). Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement, et le leader du groupe décide d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel…

C’est l’histoire d’un petit film réalisé en deux semaines avec de l’huile de coude, du système D et de vraies armes. Siège ou Self Defense en version originale est coréalisé par le couple Paul Donovan et Maura O’Connell. Le point de départ est une véritable grève de la police – le film s’ouvre d’ailleurs sur les vraies images d’actualités de l’époque – survenue à Halifax en 1981, qui aura impliqué près de 200 agents et duré plus de cinquante jours. Il s’agissait de la première grève de la police de la ville. Suite à cet événement, les deux jeunes metteurs en scène et scénaristes imaginent, et ce bien avant la saga American Nightmare, ce qu’une ville pourrait devenir sans la présence des forces de l’ordre. Là-dessus, les deux réalisateurs s’inspirent visiblement d’AssautAssault on Precinct 13 (1976) de John Carpenter, et donc par extension de Rio Bravo de Howard Hawks, pour livrer un thriller urbain violent, radical, sec, épuré, brutal, maladroit aussi bien évidemment et ce en raison d’un budget qu’on imagine anémique, mais qui s’en sort haut la main. Siège est un vrai film d’exploitation, qui en a sous le capot, même si Paul Donovan ne confirmera jamais vraiment par la suite. Avec son unité de lieu (principalement un immeuble, deux appartements voisins), de temps (une nuit) et d’action (deux clans opposés), Siège parvient à retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes et certaines scènes, notamment le premier acte se déroulant dans le bar gay, étonnent par leur dureté et leur sadisme, d’autant plus qu’il n’y a aucune tête connue dans cette distribution, ce qui ajoute un réalisme à l’entreprise. Si le rythme est sans doute un peu lent et que les dialogues laissent souvent à désirer, Siège n’a pas volé son statut de petit classique et même d’oeuvre culte auprès des aficionados de films de genre.

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Test Blu-ray / Le Juge Thorne fait sa loi (Tu seras jugé), réalisé par Jacques Tourneur

LE JUGE THORNE FAIT SA LOI – TU SERAS JUGÉ (Stranger on Horseback) réalisé par Jacques Tourneur, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Miroslava, Kevin McCarthy, John McIntire, John Carradine, Nancy Gates, Emile Meyer, Robert Cornthwaite…

Scénario : Herb Meadow & Don Martin, d’après le roman de Louis L’Amour

Photographie : Ray Rennahan

Musique : Paul Dunlap

Durée : 1h06

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Rick Thorne est un juge itinérant dans le grand Ouest des États-Unis. En arrivant à Bannerman, il réalise qu’une puissante et dangereuse famille fait la loi en ville. Coupables de nombreux délits et crimes, ils n’ont jamais été poursuivis par la Justice ou envoyés en prison. Rick décide que cela ne peut plus durer car la loi s’applique pour tout le monde. Il va donc rouvrir une affaire classée trop rapidement sans suite selon lui…

Quand on lui demande quel réalisateur il souhaiterait à la barre du Juge Thorne fait sa loiStranger on Horseback, également connu en France sous le titre Tu seras jugé, le comédien et star de la MGM, Joel McCrea (1905-1990), qui s’est essentiellement tourné vers le western dès 1946, répond Jacques Tourneur. Les deux hommes avaient déjà collaboré cinq ans auparavant sur un autre western, Stars in My Crown, où ils s’étaient merveilleusement entendus. S’il est moins célèbre que Un jeu risqué Wichita, leur autre opus traitant de l’Ouest Américain, qui sortira aussi en 1955, Le Juge Thorne fait sa loi rend compte de la virtuosité discrète, mais indéniable du réalisateur formé à la RKO et metteur en scène légendaire de La Féline, Vaudou et L’Homme léopard, mais aussi de L’Enquête est close Circle of Danger et de NightfallPoursuites dans la nuit. À l’instar de Jack Arnold, de Richard Fleischer ou de Robert Wise, Jacques Tourneur avait le don de transformer en or tous les genres qu’il abordait. Le Juge Thorne fait sa loi est un opus rare du cinéaste, qui n’est jamais sorti en France et dont le négatif original semble avoir disparu. Tourné avec le procédé couleur AnscoColor, extrêmement fragile, ce qui n’a pas aidé à la conservation du film, Stranger on Horseback a néanmoins été sauvé via un contretype. Cela aurait été dommage de voir ce petit bijou disparaître corps et bien. Avec son intrigue resserrée (65 minutes, génériques compris), le charisme débordant de sa tête d’affiche, ses décors très réussis, sa superbe photographie signée Ray Rennahan (Le Sorcier du Rio Grande, Smith le taciturne, Les Rôdeurs de l’aube) et ses magnifiques paysages naturels (Sedona, en Arizona, dans le canyon de Placerita, à Newhall, en Californie), Stranger on Horseback fait indéniablement partie des films de Jacques Tourneur à redécouvrir et à se «refiler» entre cinéphiles.

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Test Blu-ray / Femme de feu, réalisé par André de Toth

FEMME DE FEU (Ramrod) réalisé par André de Toth, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Veronica Lake, Don DeFore, Donald Crisp, Preston Foster, Arleen Whelan, Charles Ruggles, Lloyd Bridges…

Scénario : Jack Moffitt, C. Graham Baker & Cecile Kramer, d’après le roman de Luke Short

Photographie : Russell Harlan

Musique : Adolph Deutsch

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Connie Dickason refuse d’obéir à son père Ben qui souhaite la marier à Frank Ivey, un rancher très puissant, autoritaire et irascible. Pour tenir tête à ce dernier, elle engage Dave Nash…

Premier western du cinéaste américain d’origine austro-hongroise André de Toth (1912-2002), au passage l’un des « cinq borgnes d’Hollywood » avec John Ford, Fritz Lang, Nicholas Ray et Raoul Walsh, Ramrod, plus connu dans nos contrées sous le titre Femme de feu, impose la maîtrise technique du réalisateur et pose les bases de ses grands classiques et chefs d’oeuvre à venir. Si la mise en scène demeure impressionnante, c’est surtout l’importance accordée au personnage féminin principal interprété par l’épouse du cinéaste, Veronica Lake, qui donne au film toute son originalité et ce bien avant Johnny Guitar de Nicholas Ray réalisé en 1954. Utilisée à contre-emploi, la blonde incendiaire des années 40 apporte toute sa force et sa fragilité à son personnage pour son unique incursion dans le genre. Rôle moteur de l’histoire, elle porte les plus lourdes responsabilités sur la vie et la mort des cowboys qui l’entourent, prêts à tout pour lui rendre service. D’ailleurs, elle n’hésite pas à user de ses charmes et de son oeil de biche pour arriver à ses fins et profiter des fines gâchettes avoisinantes. Adapté d’un roman de Luke Short, Femme de feu, au départ prévu pour John Ford, qui finalement pris par La Poursuite infernale demandera aux studios de confier le film à de Toth, peut également se voir comme un véritable film-noir. Son climat, la photographie, le cadre, tout donne au film une couleur particulière avec ses personnages mi-ange mi-démon, naviguant entre le bien et le mal. Au final, Femme de feu s’impose comme une série B à l’histoire classique (deux clans s’affrontent pour une parcelle de terrain), non dépourvue de longueurs (la traque finale) et qui croule parfois sous une musique grandiloquente, mais l’ensemble est transcendé par une mise en scène inventive qui abonde en défis techniques particulièrement réjouissants.

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Test Blu-ray / L’Homme de Kansas City, réalisé par Edwin L. Marin

L’HOMME DE KANSAS CITY (Fighting Man of the Plains) réalisé par Edwin L. Marin, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Randolph Scott, Bill Williams, Victor Jory, Jane Nigh, Douglas Kennedy, Joan Taylor, Berry Kroeger, Rhys Williams…

Scénario : Frank Gruber, d’après son roman Fighting Man

Photographie : Fred Jackman Jr.

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Lors d’un raid mené avec la troupe de Quantrill, Jim Dancer tue l’homme qu’il tient pour responsable de la mort de son frère. Mais celui-ci était innocent, et Dancer devient un fugitif. Quelques mois plus tard, il refait surface comme shérif d’une petite ville du Kansas, où il met en déroute une bande de malfrats avec l’aide d’un autre paria, Jesse James…

Du réalisateur américain Edwin L. Marin (1899 ou 1901-1951) on connaissait le formidable L’Agent invisible contre la Gestapo (1942), divertissement haut de gamme doublé d’un film de propagande, mais aussi deux westerns de série B à connaître absolument, Canadian Pacific (1949) et La Piste des CaribousThe Cariboo Trail (1950), interprétés par Randolph Scott. Ce dernier doit d’ailleurs beaucoup au réalisateur et ce bien avant ses collaborations avec André de Toth (6 films) et bien sûr Burt Boetticher (7 films). En effet, le comédien, considéré encore aujourd’hui par beaucoup comme étant le plus grand cowboy du cinéma et Edwin L. Marin ont tourné pas moins de huit longs-métrages de 1941 (Ici LondresLondon Calling) à 1951 (Sugarfoot). Un film d’espionnage, une comédie-romantique et surtout six westerns les réuniront durant dix ans, associations avec lesquelles le metteur en scène crée littéralement le « personnage » qui collera plus tard Randolph Scott à la peau tout le reste de sa vie. L’Homme de Kansas City Fighting Man of the Plains est leur second western. L’Ancien assistant opérateur à la MGM et à la RKO, devenu réalisateur au début des années 1930 et qui signera une œuvre aussi éclectique que prolifique (une soixantaine de longs métrages), composée entre autres de A Christmas Carol (1938) adapté de Charles Dickens, ou bien encore L’Amazone aux yeux verts (1944) avec John Wayne, montre son aisance à raconter des histoires traitant de l’Ouest Américain. L’Homme de Kansas City est certes un film modeste tourné dans un cadre restreint, le film d’Edwin L. Marin donne à son récit une ampleur digne des plus grandes productions. Randolph Scott crève l’écran et le héros qu’il incarne annonce étonnamment ceux qu’il interprétera dans le légendaire cycle Ranown. Autant dire que la découverte est plus que recommandée pour les passionnés du genre.

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Test Blu-ray / La Petite, réalisé par Louis Malle

LA PETITE (Pretty Baby) réalisé par Louis Malle, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Diana Scarwid, Barbara Steele…

Scénario : Louis Malle & Poly Platt

Photographie : Sven Nykvist

Musique : Gerald Wexler

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

1917, Nouvelle-Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après avoir assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle.

La Petite ou Pretty Baby est le premier film américain de Louis Malle (1932-1995). Après la polémique qui a accompagné la sortie de Lacombe Lucien, pour lequel le cinéaste était accusé (aussi bien par la droite que par la gauche) de légitimer les actions d’un collabo, Louis Malle commence à recevoir quelques propositions provenant d’outre-Atlantique. Avant cela, il signe l’étrange Black Moon, coproduit avec l’Allemagne de l’Ouest, qui déconcerte le public et se solde par un échec cuisant dans les salles, par ailleurs le premier du réalisateur. Celui-ci reçoit alors une offre sérieuse de la Paramount, qui lui accorde les « pleins pouvoirs » et carte blanche pour sa première aventure aux États-Unis. Ce sera donc La Petite, d’après un scénario de l’éclectique Polly Platt, tour à tour costumière (Les Anges sauvages de Roger Corman et sur quelques films de son mari Peter Bogdanovich), productrice et autrice (La Cible). Polly Platt développe l’idée du film après avoir rencontré Louis Malle et appris son amour pour la musique jazz de la Nouvelle-Orléans, qui faisait partie intégrante de Storyville, quartier historique du centre-ville, au début du 20e siècle. Platt base son récit sur la vie d’une jeune fille forcée à la prostitution par sa mère, racontée dans le livre de l’historien Al Rose de 1974, Storyville, New Orleans: Being an Authentic Illustrated Account of the Notorious Red-Light District, ainsi que sur la vie du photographe Ernest Bellocq, qui a photographié diverses prostituées de la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle à la même période. Suite à sa performance remarquée dans Taxi Driver, le studio souhaite ardemment confier le rôle de Violet à Jodie Foster. Cependant, Malle rejette l’idée, estimant que le rôle ne pouvait être interprété que par une jeune fille de 12 ans, alors que Foster en avait 14. Brooke Shields, jeune mannequin qui avait fait ses débuts au cinéma l’année précédente dans Alice, Sweet Alice, fait la rencontre de Louis Malle et de la scénariste du film, au cours de laquelle ils lui posent principalement des questions sur sa vie. Afin de s’assurer que la jeune fille était capable de comprendre le sujet, Louis Malle et Polly Platt lui demandent également si elle sait ce qu’est la prostitution. Brooke Shields de répondre qu’elle avait grandi à New York et avait observé des prostituées à Times Square. La Petite ne serait rien sans l’extraordinaire composition de la jeune comédienne. Louis Malle, visiblement fasciné par sa photogénie, la filme sous tous les angles (ce qui lui sera reproché) et s’avère quasiment de tous les plans, ou tout du moins de toutes les scènes. Sublime objet de cinéma, La Petite est un véritable voyage dans le temps, marqué par la beauté incommensurable de la photographie signée par le virtuose Sven Nykvist (Le Facteur sonne toujours deux fois, Le Locataire, L’Oeuf du serpent, Persona), qui sur le papier a tout pour instaurer le malaise, mais qui se révèle être un chef d’oeuvre bienveillant, ambitieux, sulfureux évidemment, mais suprêmement élégant et surtout passionnant.

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Test Blu-ray / La Créature du cimetière, réalisé par Ralph S. Singleton

LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE (Graveyard Shift) réalisé par Ralph S. Singleton, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif, Robert Alan Beuth, Ilona Margolis…

Scénario : John Esposito, d’après la nouvelle Poste de nuit de Stephen King

Photographie : Peter Stein

Musique : Brian Banks & Anthony Marinelli

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Le propriétaire d’une vieille usine de textile décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer la cave, encombrée d’un bric-à-brac et envahie par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. Un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, entre alors en action…

Où se place La Créature du cimetièreGraveyard Shift dans les adaptations de Stephen King au cinéma et à la télévision ? Nous sommes en 1990 et Simetierre Pet Semetary de Mary Lambert vient de remporter un très grand succès dans le monde entier. Alors que Ça / « Il » est revenuStephen King’s It, mini-série en deux parties réalisée par Tommy Lee Wallace est sur le point d’être diffusée sur ABC et de traumatiser la première génération de téléspectateurs, une autre transposition du maître de l’horreur voit le jour, celle de la nouvelle Poste de nuit, tirée du recueil Danse macabre, mais écrite en 1970, ce qui en fait une œuvre de jeunesse de l’auteur, qui s’inspirait de son expérience dans une filature de textile infestée par les rats. Surfant ouvertement sur le triomphe de Simetierre, Graveyard Shift, autre production Paramount, ne connaîtra pas le même engouement, de la critique comme du public. Remboursant tout juste son budget de 10 millions de dollars, La Créature du cimetière passe plus ou moins inaperçu et le film restera obscur, même encore aujourd’hui. Pourtant, il s’agit d’une honnête série B, emballée par Ralph S. Singleton, alors solide assistant-réalisateur ayant oeuvré sur quelques films de prestige (Un justicier dans la ville, Les 3 jours du Condor, Taxi Driver, Le Prête-nom, Network : Main basse sur la TV), mais également comme assistant de production (Klute, French Connection) et surtout en tant que producteur à succès (Cagney et Lacey, Kojak). Une belle carte de visite qui lui permet de prendre les manettes de La Créature du cimetière, d’autant plus qu’il était lui-même producteur associé sur…Simetierre. Ralph S. Singleton signe son unique long-métrage comme metteur en scène, après s’être fait la main sur deux épisodes de Cagney et Lacey. Si la réalisation ne brille pas de mille feux dans La Créature du cimetière, ce petit film d’épouvante remplit son contrat, sans se forcer, mais avec une certaine efficacité, en exploitant habilement un décor réduit, renforçant ainsi une impression d’étouffement qui se resserre sur les personnages dans une deuxième partie assez généreuse en hémoglobine. S’il n’est assurément pas indispensable, Graveyard Shift saura contenter les aficionados du King, toujours curieux de voir les écrits de leur auteur favori prendre vie sur le petit comme sur le grand écran.

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Test 4K UHD / Le Dernier Monde cannibale, réalisé par Ruggero Deodato

LE DERNIER MONDE CANNIBALE (Ultimo mondo cannibale) réalisé par Ruggero Deodato, disponible en Digibook 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Massimo Foschi, Me Me Lai, Ivan Rassimov, Sheik Razak Shikur, Judy Rosly…

Scénario : Renzo Genta, Tito Carpi & Gianfranco Clerici

Photographie : Marcello Masciocchi

Musique : Ubaldo Continiello

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Sur l’île de Mindanao, en 1975, trois hommes et une femme échouent en avion. Attaqués par les indigènes, deux d’entre eux sont tués. Rowland et Harper s’enfuient. Le premier disparaît dans les rapides, le second est fait prisonnier par une tribu d’anthropophages.

Il y a eu plusieurs étapes dans le cinéma d’épouvante faisant la part belle à l’anthropophagie. On peut remonter à 1963, année de la sortie d’Orgie sanglanteBlood Feast de Herschell Gordon Lewis (premier film gore de l’histoire), puis l’on passe directement à 1972 avec Au pays de l’exorcismeIl paese del sesso selvaggio, réalisé par Umberto Lenzi. Alors que ce dernier aurait dû enchaîner avec Le Dernier Monde cannibaleUltimo mondo cannibale, le producteur Giorgio Carlo Rossi (Qui l’a vue mourir ?), qui souhaitait collaborer de nouveau avec le cinéaste, décide finalement de passer les manettes à un metteur en scène moins gourmand en matière de lires, à savoir Ruggero Deodato. Celui-ci venait de signer le poliziottesco Deux Flics à abattre Uomini si nasce poliziotti si muore, et accepte de s’envoler pour la Malaisie, puis pour les Philippines, pour un tournage qui ne sera assurément pas de tout repos. Le Dernier Monde cannibale s’impose comme l’un des films d’épouvante cannibales italiens les plus réussis, une référence qui ne s’est jamais démentie, qui a su marquer les spectateurs du monde entier, mais aussi les réalisateurs, qui l’ont très souvent mentionné. Pour ce qui sera le premier opus de sa Trilogie Cannibale, qui sera suivi de Cannibal Holocaust (1980) et d’Amazonia, La Jungle Blanche – Inferno in diretta (1985), Ruggero Deodato joue avec le rythme et l’attente de son public, avant de lui offrir ce qu’il est venu chercher (à savoir un bon barbecue improvisé) dans le quasi-dernier acte de son film. Mais avant cela, Ultimo mondo cannibale agit comme une séance d’hypnose (toutes les scènes dans la caverne sont à tomber de beauté) et repose sur le jeu littéralement habité de Massimo Foschi (Holocaust 2000), présent dans toutes les scènes et qui passe presque les trois quarts du récit nu comme un ver. Si ça c’est pas se donner tout entier à son art tout de même…

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Test 4K UHD / Danger : Diabolik!, réalisé par Mario Bava

DANGER: DIABOLIK! (Diabolik) réalisé par Mario Bava, disponible en Digibook 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Mario Donen, Renzo Palmer, Caterina Boratto…

Scénario : Dino Maiuri, Brian Degas, Tudor Gates & Mario Bava, d’après le personnage et les personnages créés par Angela Giussani et Luciana Giussani

Photographie : Antonio Rinaldi

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Convaincu d’avoir piégé le super criminel Diabolik, l’inspecteur Ginko tombe de haut en se rendant à l’évidence que son pire ennemi l’a, une fois de plus, roulé dans la farine. Diabolik récupère non seulement le butin, mais le ridiculise, lui et son ministre de l’Intérieur. Forts de leur succès, Diabolik et sa complice, Eva Kant, fomentent un nouveau coup d’éclat : le vol des émeraudes d’une milliardaire. Devinant les intentions du couple, Ginko prépare sa revanche, contraignant Valmont, le chef du syndicat du crime, à lui livrer celui qu’il traque depuis si longtemps…

Danger : Diabolik !, ou tout simplement Diabolik en version originale, est l’adaptation du légendaire fumetti italien du même nom, créé au début des années 1960 par les sœurs milanaises Angela et Luciana Giussani. À la barre, rien de moins que Mario Bava, qui après s’être un peu reposé des suites des quatre tournages successifs de Les Dollars du Nebraska Ringo del Nebraska, Duel au couteau I Coltelli del vendicatore, Opération PeurOperazione paura et le frappadingue L’Espion qui venait du surgelé Le Spie vengono dal semifreddo, obtient le plus gros budget de son éminente carrière pour Danger : Diabolik !, produit par le nabab Dino De Laurentiis. Féru de bandes-dessinées, Mario Bava s’en donne à coeur joie et livre un véritable fumetti-live, quand bien même il est obligé de revoir ses ambitions à la baisse, en raison du producteur, qui le freine dans sa représentation de la violence, par crainte de voir la censure s’en mêler et de voir son public restreint. Ce qui laissera un souvenir amer au cinéaste, qui parvient pourtant à terminer le tournage en avance et donc à faire faire des économies à ce cher Dino. Mario Bava passera le reste de sa carrière à se dire peu satisfait du résultat final. Nous spectateurs le prenons pour ce qu’il est, à savoir un immense divertissement pop et acidulé, une comédie d’espionnage cartoonesque qui ne se prend jamais au sérieux, un magnifique objet de cinéma aux couleurs étincelantes (un festival pour les rétines), parcouru d’un érotisme soft, blindé d’action (cela ne s’arrête pas une seconde), de poursuites, de punchlines et d’effets spéciaux. Les recettes dans les salles ayant été jugées décevantes (200 millions de lires investies, 65 millions de bénéfice), Danger : Diabolik !, par ailleurs accompagné de critiques négatives dans le New York Times et dans Variety, n’engendrera pas de suite (il semblerait que Mario en bava justement avec Di Laurentiis et aurait décliné la séquelle), pourtant annoncée dans le final et demeure un film unique en son genre, qui donnera lui-même naissance à moult ersatz et hommages, à l’instar de la trilogie Austin Powers L’Espion qui m’a tirée surtout – de Jay Roach et le méconnu, mais néanmoins formidable CQ de Roman Coppola. Une étape dans le parcours d’un cinéphile.

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Test Blu-ray / La Chevauchée fantastique, réalisé par John Ford

LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE (Stagecoach) réalisé par John Ford, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Claire Trevor, John Wayne, Andy Devine, John Carradine, Thomas Mitchell, Louise Platt, George Bancroft, Donald Meek, Berton Churchill, Tim Holt, Tom Tyler…

Scénario : Dudley Nichols, d’après une histoire originale de Ernest Haycox

Photographie : Bert Glennon

Musique : Gerard Carbonara

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1939

LE FILM

La diligence est le lieu de rencontre de neuf personnes qui font route, en Arizona, sur une piste menacée par les Indiens de Geronimo. Dallas, une prostituée, est chassée de la ville, tout comme Josiah Boone, un vieux médecin alcoolique. Mrs Mallory, enceinte, va rejoindre son mari, un officier, tandis que Hatfield, un joueur, décide de l’accompagner par galanterie. Gatewood, le banquier, s’enfuit avec l’or déposé chez lui. Mr Peacok, qui place du whisky dans les saloons, regagne sa famille à Kansas City. Curly Wilcox, le shérif, accompagne le conducteur Buck, sur cette route dangereuse. À la sortie de la ville, ils prennent un autre passager, Ringo Kid, qui souhaite exécuter les trois frères Plummer, assassins de son père et de son frère. Toutes ces personnes font le difficile apprentissage de la cohabitation dans un espace clos. Le voyage se poursuit dans une atmosphère de plus en plus tendue.

La Chevauchée fantastique Stagecoach, John Ford, 1939. Rien qu’à la lecture de ce titre, le cinéphile se sent pousser des ailes, sourit, pense à beaucoup de scènes, notamment l’apparition de John Wayne, capturée dans un travelling avant. Avec ce plan, le comédien âgé de 32 ans devient une star, alors qu’il bourlinguait depuis 1926, tournant parfois jusqu’à dix films par an. D’ailleurs, le cinéaste lui avait déjà donné sa chance à plusieurs reprises, au moins une demi-douzaine de fois. Mais c’est avec La Piste des géants The Big Trail (1930) de Raoul Walsh, que Marion Robert Morrison, de son vrai nom, commence à se faire une place dans le milieu et ce malgré l’échec commercial du film. Mais ce n’est qu’un faux départ en fait. La Chevauchée fantastique va le lancer définitivement sur le devant de la scène et ce durant quasiment durant les quarante années suivantes, jusqu’à son ultime long-métrage, Le Dernier des géants The Shootist de Don Siegel. Le film sera un triomphe international et recevra sept nominations aux Oscars. Le western fait son comeback dans les salles, le genre est réévalué par les critiques et John Wayne, dont le cachet égalise désormais celui de Clark Gable et de Gary Cooper, reçoit moult propositions de la part des grands cinéastes (George Sherman, Raoul Walsh de nouveau), mais signe encore avec John Ford pour Les Hommes de la mer The Long Voyage Home, qu’il tourne l’année suivante. Mais pour l’heure, La Chevauchée fantastique, d’après un scénario signé Dudley Nichols (Dieu est mort, La Rue rouge) et Ernest Haycox (Les Clairons sonnent la charge, Le Cavalier de la mort, Pacific Express), en collaboration (non créditée) avec Ben Hecht (Le Plus grand cirque du monde, Le Carrefour de la mort, Les Enchaînés), s’inspirent d’une nouvelle du second, elle-même adaptée de Boule de Suif de Guy de Maupassant. Et c’est un chef d’oeuvre incontesté du septième art qui se joue devant nos yeux.

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Test Blu-ray / La Taverne de l’irlandais, réalisé par John Ford

LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS (Donovan’s Reef) réalisé par John Ford, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Wayne, Lee Marvin, Elizabeth Allen, Jack Warden, Cesar Romero, Dick Foran, Dorothy Lamour, Marcel Dalio…

Scénario : Frank Nugent & James Edward Grant

Photographie : William H. Clothier

Musique : Cyril J. Mockridge

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Guns et Boats, deux anciens combattants du Pacifique se sont installés en Polynésie. La fille d’un troisième camarade, élévée dans la société puritaine de Boston, vient à la recherche de son père. Alors qu’ils se retrouvent, comme chaque année, dans l’île de Haleakaloa, où habite Guns, pour une rituelle bagarre, cet ancien marin irlandais va donner à la jeune héritière prude et pleine de préjugés une leçon de charité et de joie de vivre.

Le dernier baroud d’honneur ! La Taverne de l’irlandaisDonovan’s Reef est en effet l’ultime collaboration avec John Ford et John Wayne. On serait tenté de dire que le comédien doit tout au cinéaste, mais ce serait franchement réducteur, d’autant plus que Raoul Walsh avant lui avait confié son premier grand rôle au Duke dans La Piste des géants The Big Trail (1930). Cette association fut néanmoins décisive, marquée par un respect réciproque, des engueulades, des beuveries à n’en plus finir, mais aussi et surtout par un amour incommensurable qui devait lier à jamais les deux hommes. Environ 20 films, cela compte dans une carrière. Si John Wayne avait fait quelques panouilles chez John Ford de 1928 (Maman de mon coeur Mother Machree) à Born Reckless (1930), La Chevauchée fantastique Stagecoach va changer la donne en 1939. Suivront Les Hommes de la mer The Long Voyage Home (1940), Les Sacrifiés They Were Expendable (1945), Le Massacre de Fort Apache Ford Apache et Le Fils du désert3 Godfathers en 1948, La Charge héroïqueShe Wore a Yellow Ribbon (1949), Rio Grande (1950), L’Homme tranquille The Quiet Man (1952), La Prisonnière du désertThe Searchers (1956), L’Aigle vole au soleilThe Wings of Eagles (1957), Les CavaliersThe Horse Soldiers (1959), L’Homme qui tua Liberty ValanceThe Man Who Shot Liberty Valance et La Conquête de l’OuestHow the West Was Won en 1962, puis enfin La Taverne de l’irlandais en 1963. Et comme il s’agit plus ou moins d’une œuvre « testamentaire » sur leur relation et association, autant que cela finisse en beauté. Certes, Donovan’s Reef n’a pas et n’aura jamais l’aura, le prestige des monuments susmentionnés, mais le film agit comme un dernier verre avant que les deux John ne voient leur chemin se séparer. Si Wayne continuera encore d’incarner le cowboy pendant plus de dix ans, à quelques exceptions près (Le Plus Grand Cirque du monde de Henry Hathaway, Première victoire d’Otto Preminger, Les Feux de l’enfer d’Andrew V. McLaglen, Brannigan de Douglas Hickox), La Taverne de l’irlandais est l’antépénultième opus du réalisateur. Après celui-ci, John Ford ne reviendra derrière la caméra que pour Les CheyennesCheyenne Autumn (1964) et Frontière chinoiseSeven Women (1965). Grand succès au box-office, contrairement à ce qui a longtemps été dit, histoire d’enfoncer le clou sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un « simple divertissement », La Taverne de l’irlandais, au-delà de son évidente légèreté, contient tout de même d’immenses séquences et mérite d’être largement redécouvert. D’autant plus que plastiquement, on en prend plein les mirettes. Alors pourquoi faire la fine bouche ?

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