Test Blu-ray / Meurtre à Montmartre, réalisé par Gilles Grangier

MEURTRE À MONTMARTRE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD le 30 mars 2022 chez Pathé.

Acteurs : Michel Auclair, Paul Frankeur, Giani Esposito, Annie Girardot, Lucien Nat, Gib Grossac, Franck MacDonald, Philippe Dumat…

Scénario : Gilles Grangier & René Wheeler, d’après le roman de Michel Lenoir

Photographie : Jacques Lemare

Musique : Jean Yatove

Durée : 1h32

Année de sortie : 1956

LE FILM

Le marchand d’art Marc Kelber croit faire l’affaire du siècle quand il achète un tableau de Gauguin à Jacques Lacroix, un prétendu collectionneur. Mais quand il découvre que ce dernier est un escroc qui lui a vendu un faux, Kelber est bien décidé à se venger. Il retrouve alors Lacroix et ses complices, le peintre faussaire Watroff et sa compagne et modèle Viviane. Mais plutôt que de leur faire payer leur arnaque, il décide finalement d’y prendre part…

Habitué aux gros succès populaires depuis ses débuts dans les années 1940 comme Le Cavalier noir, Jo la Romance, Amour et compagnie et Trente et quarante avec Georges Guétary, L’Aventure de Cabassou avec Fernandel, Leçon de conduite avec Odette Joyeux, Par la fenêtre avec Bourvil, Gilles Grangier va petit à petit et momentanément délaisser la comédie pour se diriger vers des films plus dramatiques. L’une des étapes les plus marquantes de son illustre carrière reste sa rencontre avec Jean Gabin, avec lequel il tourne pour la première fois en 1953 pour La Vierge du Rhin, d’après le roman de Pierre Nord. Les deux hommes collaboreront à douze reprises. Le réalisateur démontre qu’il peut alors offrir autre chose aux spectateurs qu’un film musical ou des divertissements légers du samedi soir et c’est finalement dans un registre plus grave qu’il va trouver un second souffle, mais aussi s’épanouir derrière la caméra. Entre Le Sang à la tête, merveilleuse adaptation du roman de Georges Simenon, et Le Rouge est mis, Gilles Grangier se tourne vers un autre fidèle comédien, le grand Paul Frankeur, qui l’accompagne depuis 1950 (Au p’tit Zouave) et qu’il retrouvera sur Jeunes mariés (1953), Le Sang à la tête (1956), Le Rouge est mis (1957), Le Désordre et la Nuit (1958), Archimède le clochard (1959), Le Gentleman d’Epsom (1962), Le Voyage à Biarritz (1962, même si non crédité), Maigret voit rouge (1963), sans oublier la mini-série Max le débonnaire diffusée en 1967. Paul Frankeur, c’est souvent celui dont on ne sait pas forcément le nom dans un film. C’est un mécanicien, un bonimenteur, un patron de bistrot, un cordonnier, un réparateur de lignes électriques, un inspecteur ou un commissaire, un reporter, un aubergiste, un coiffeur, un cafetier, un coiffeur, un brigadier de gendarmerie, un contrôleur SNCF, un curé…et l’on se souvient pourtant toujours de lui. Meurtre à Montmartre, précédemment sorti au cinéma sous le titre Reproduction interdite, mais qui avait été rebaptisé par une production déçue par les résultats du film au box-office (ce qui avait irrité Gilles Grangier, étant donné que l’action se déroule à Montparnasse et non pas sur la butte, ce à quoi on lui avait rétorqué que « Meurtre à Montparnasse aurait été un titre trop long ») est l’un des rares films où Paul Frankeur tient le haut de l’affiche. Si l’on peut citer aussi Premières Armes (1950) de René Wheeler et Passion (1951) de Georges Lampin, il porte sur ses épaules Meurtre à Montmartre, en étant quasiment de toutes les scènes. Et il est admirable dans cette transposition d’un roman de Michel Cade (sous le nom de Lenoir), où Gilles Grangier dresse le portrait d’un galeriste, qui va malgré-lui tombé dans le crime, pour pouvoir subsister et offrir à sa jeune épouse un train de vie confortable. S’il n’est assurément pas le film le plus célèbre du cinéaste, Reproduction interdite (puisqu’on peut l’appeler ainsi) est un vrai bijou sombre et pessimiste, qui s’offre enfin à nous en copie entièrement restaurée.

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Test Blu-ray / La Menace, réalisé par Alain Corneau

LA MENACE réalisé par Alain Corneau, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 21 novembre 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Yves Montand, Carole Laure, Marie Dubois, Jean-François Balmer, Marc Eyraud, Roger Muni, Jacques Rispal, Michel Ruhl, Gabriel Gascon…

Scénario : Daniel Boulanger & Alain Corneau

Photographie : Pierre-William Glenn

Musique : Gerry Mulligan

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Dominique gère une société de transports routiers près de Bordeaux. Elle est assistée de son compagnon Henri. Mais leur relation tourne court lorsque le quinquagénaire s’éprend de Julie, une jeune Canadienne. Un soir, apprenant qu’Henri a rendez-vous avec Julie, Dominique s’y rend à sa place. Elle propose de l’argent à sa rivale pour qu’elle quitte la région. Le ton monte. Julie s’enfuit. Folle de jalousie, Dominique se suicide…

Après un premier long-métrage – France société anonyme – complètement foutraque, à la fois fascinant et terriblement assommant (euphémisme), Alain Corneau change son fusil d’épaule et signe un vrai coup de maître deux ans plus tard, Police Python 357, polar implacable et froid comme le platine, qui connaît un beau succès public, en attirant près d’1,5 million de spectateurs dans les salles en mars 1976. Metteur en scène et scénariste cinéphile, mais aussi cinéphage, Alain Corneau profite de cet engouement pour surfer sur la même recette et décide de remettre le couvert dès l’année suivante avec La Menace, également interprété par Yves Montand. Avec ce troisième film, le cinéaste prolonge ce qu’il avait entrepris avec Police Python 357, en poussant les curseurs, en asséchant aussi bien le fond que la forme, à la limite de l’abstraction. Moins ou mal considéré, c’est selon, La Menace n’en reste pas moins représentatif du cinéma « mathématiques », pour ne pas dire scientifique d’Alain Corneau, où tout y est carré, symétrique, glacé et pourtant fragile, car souvent fatal ou sans espoir de retour. Redoutablement pessimiste, ce polar sombre demeure essentiellement connu pour son dernier acte, quasiment dépourvu de dialogues, reposant entièrement sur le cadre, l’ambiance, une claustrophobie qui serre la gorge du spectateur jusqu’au dénouement entré dans l’histoire du cinéma.

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Test Blu-ray / Absolution, réalisé par Anthony Page

ABSOLUTION réalisé par Anthony Page, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 21 octobre 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Richard Burton, Dominic Guard, David Bradley, Billy Connolly, Andrew Keir, Willoughby Gray, Preston Lockwood…

Scénario : Anthony Shaffer

Photographie : John Coquillon

Musique : Stanley Myers

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Un prêtre sans compassion est enseignant dans une école militaire catholique. Un étudiant décide de lui jouer un tour et lui raconte, lors d’une confession, comment il a accidentellement assassiné un de ses amis et l’a enterré dans la forêt. Une blague morbide qui va se transformer en un meurtre sanglant, lorsque l’homme d’église décidera d’en savoir plus…

C’est un bijou méconnu, voire complètement oublié de l’épouvante britannique. Mais attention, point de sang, pas de gore, ni encore d’effets outranciers destinés à faire peur ! Absolution est l’une des rares incursions au cinéma du réalisateur Anthony Page (né en 1935), qui aura fait l’essentiel de sa carrière à la télévision, à travers des séries diverses (Z Cars, Middlemarch, Performance), mais surtout moult téléfilms comme Male of the Species (1969) avec Sean Connery et Michael Caine, Pueblo (1973) avec Hal Hholbrook et Ronny Cox, The Missiles of October (1974) avec William Devane et Martin Sheen, jusqu’à My Zinc Bed (2008), son dernier en date, interprété par Uma Thurman et Jonathan Price. A la fin des années 1970, le metteur en scène va enchaîner trois projets destinés à être exploités dans les salles, Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses I Never Promised You a Rose Garden, avec Bibi Andersson, d’après un roman de Joanne Greenberg, The Lady Vanishes, remake du film d’Alfred Hitchcock, avec Elliott Gould et Cybill Shepherd, ainsi qu’Absolution, d’après un scénario d’Anthony Shaffer, tiré d’une de ses pièces de théâtre qui n’avait jamais vu le jour. Ce dernier n’est autre que l’auteur de Frenzy (1972), de Sleuth Le Limier (1972) de Joseph L. Mankiewicz, de The Wicker Man (1973) de Robin Hardy et de Mort sur le Nil Death on the Nile (1978) de John Guillermin. Dans Absolution, on retrouve cette implacable mécanique qui a fait le style reconnaissable du scénariste, qui prend le spectateur à la gorge d’entrée de jeu et qui ne fait que resserrer sa pression jusqu’au dénouement absolument ébouriffant. Magistralement interprété par Richard Burton (dans un rôle envisagé pour Christopher Lee), qui entamait alors la dernière partie de sa vie, puisqu’une hémorragie cérébrale l’emportera six ans plus tard à l’âge de 58 ans, Absolution demeure un modèle de thriller paranoïaque et psychologique teinté d’horreur, qui glace les sangs et qui marquera les esprits des cinéphiles qui s’y aventureront.

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Test Blu-ray / Les Liaisons dangereuses 1960, réalisé par Roger Vadim

LES LIAISONS DANGEREUSES 1960 réalisé par Roger Vadim, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 18 mars 2022 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jeanne Moreau, Gérard Philipe, Annette Stroyberg, Madeleine Lambert, Jeanne Valérie, Nicolas Vogel, Boris Vian, Gillian Hills, Paquita Thomas, Jean-Louis Trintignant, Simone Renant…

Scénario : Roger Vailland, Roger Vadim & Claude Brulé, d’après le roman de Choderlos de Laclos

Photographie : Marcel Grignon

Musique : Thelonious Monk & Jack Marray

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Juliette de Merteuil et Valmont forment un couple cynique et libertin. À la demande de son épouse, Valmont cherche à courtiser la jeune Cécile, mais va s’éprendre de la vertueuse Marianne de Tourvel.

Rétrospectivement, Les Liaisons dangereuses 1960 est la première adaptation du roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos publié en 1782. Mais il s’agit aussi d’une transposition contemporaine, comme celle que réalisera Roger Kumble quarante ans plus tard avec Sexe Intentions Sex Intentions, avec Ryan Phillippe, Sarah Michelle Gellar, Reese Witherspoon, Selma Blair et Joshua Jackson. Ce quatrième long-métrage de Roger Vadim (1928-2000) sera le plus grand succès de sa carrière au box-office français avec 4,3 millions de spectateurs en 1959 (entre Babette s’en va-t-en guerre de Christian-Jaque et Certains l’aiment chaud de Billy Wilder), ainsi que l’avant-dernier film de Gérard Philipe, qui disparaîtra deux mois après la sortie des Liaisons dangereuses 1960, à seulement 36 ans. Il devait signer ici l’une de ses plus remarquables prestations dans le rôle du débauché Valmont, qui n’a rien à envier à ses confrères qui reprendront ce rôle à leur manière, notamment John Malkovich chez Stephen Frears et Colin Firth chez Milos Forman. Il y est vénéneux, suintant de mépris et de narcissisme. Le comédien se délecte à jouer un monstre, auquel il apporte une vraie sensibilité et dont le masque de satisfaction s’ébrèche à mesure que des sentiments inattendus se mêlent à la partie. Le couple qu’il forme avec Jeanne Moreau, exceptionnelle, qui sortait des Amants de Louis Malle et allait entamer Moderato cantabile de Peter Brook, est aussi beau, sensuel et sexy que particulièrement cruel et machiavélique. Si Roger Vadim (qui s’adresse directement aux spectateurs dans un prologue de deux minutes, pour leur exposer ses intentions) laisse une très large place à son casting féminin, grâce auquel il s’amuse à jouer avec la censure (qui interdira tout d’abord le film, puis l’autorisera aux spectateurs de plus de 16 ans), on notera la participation d’un jeune acteur de 29 ans, qui en était encore à ses débuts au cinéma et qui était déjà apparu dans Et Dieu…créa la femme trois ans plus tôt, Jean-Louis Trintignant. Plus de soixante ans après sa sortie « scandaleuse » dans les salles, Les Liaisons dangereuses 1960 n’a absolument rien perdu de sa force, de sa modernité, de sa noirceur et de son sex-appeal, dans lequel Roger Vadim continue finalement d’explorer les relations entre les hommes et les femmes, l’un de ses thèmes de prédilection.

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Test 4K UHD / Cry Macho, réalisé par Clint Eastwood

CRY MACHO réalisé par Clint Eastwood, disponible en DVD, Blu-ray et 4K UHD le 16 mars 2022 chez Warner Bros.

Acteurs : Clint Eastwood, Dwight Yoakam, Daniel V. Graulau, Eduardo Minett, Natalia Traven, Horacio Garcia-Rojas, Fernanda Urrejola, Ana Rey…

Scénario : Nick Schenk, d’après le roman de N. Richard Nash

Photographie : Ben Davis

Musique : Mark Mancina

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Mike Milo, ancienne star de rodéo, accepte la mission d’un de ses anciens patrons : aller chercher le jeune fils de ce dernier au Mexique pour le ramener aux États-Unis. Contraints d’emprunter des routes secondaires jusqu’au Texas, les deux hommes s’embarquent dans un périple dont ils n’ont pas mesuré les difficultés. Le dresseur de chevaux désabusé va trouver sa propre forme de rédemption.

Cela fait maintenant trente ans exactement, depuis Impitoyable Unforgiven précisément, que chaque long-métrage ou presque réalisé et interprété par Clint Eastwood est estampillé « crépusculaire » ou « film-testament », annoncé comme « un chant du cygne » ou « un dernier adieu ». La légende hollywoodienne a depuis mis en boite plus d’une vingtaine de films et que ces arguments ne tiennent donc plus la route. Ayant fait entendre à plusieurs reprises qu’on ne le reverrait plus devant la caméra, Clint Eastwood avait fait un premier comeback quatre ans après Million Dollar Baby, avec Gran Torino, son plus grand succès sur le sol français, mais aussi aux Etats-Unis, du moins pour un film où il tient lui-même l’affiche. Après le sympathique Une nouvelle chance Trouble with the Curve (2012) de Robert Lorenz, l’ami Clint attendra 2018 pour, surprise, annoncer son retour comme comédien dans La Mule, qui lui aussi triomphe chez l’Oncle Sam en dépassant la barre convoitée des cent millions de dollars de recette. Il n’aura pas attendu longtemps pour combiner à nouveau les deux casquettes, puisque le revoilà dans Cry Macho, mis en scène en 2021, soit cinquante ans après son premier film, Un frisson dans la nuit Play Misty for Me. Alors oui, autant dire le dire tout de suite, ce 39è film en tant que réalisateur de Clint Eastwood est mineur, dans le sens où il ne rivalise pas, il n’a d’ailleurs aucune prétention dans ce sens, avec ses précédents opus célébrés à travers le monde. Mais tout de même, ce n’est pas tous les jours que l’on pourra admirer un acteur, qui a très largement contribué à notre amour du cinéma et qui continue de nous bouleverser à 90 ans passés. Magnétique, puissant, émouvant, malicieux, drôle, romantique, Clint Eastwood crève évidemment l’écran cette petite récréation et road-movie quasi-statique, dans lequel on embarque pour passer 1h45 à côté de celui qui nous a tant fait rêver.

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Test Blu-ray / Rue des cascades (Un gosse de la butte), réalisé par Maurice Delbez

RUE DES CASCADES (Un gosse de la butte) réalisé par Maurice Delbez, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 18 mars 2022 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Madeleine Robinson, Serge Nubret, Daniel Jacquinot, René Lefevre, Lucienne Bogaert, Suzanne Gabriello, Roland Demongeot, Erick Barukh, Christine Simon, Dominique Lartigue, Serge Srour…

Scénario : Maurice Delbez & Jean Cosmos, d’après le roman de Robert Sabatier

Photographie : Jean-Georges Fontenelle

Musique : André Hodeir

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

1960, Ménilmontant. Dans une épicerie buvette de la rue des cascades, Hélène la patronne vit seule avec son fils de dix ans, Alain, un véritable « gosse de la butte ». Un jour Hélène s’éprend de Vincent, un homme visiblement beaucoup plus jeune qu’elle et noir. Alain le déteste pour sa couleur et sa différence. Vincent tente alors de sortir l’enfant de son quartier. Il l’emmène dans les salles de boxe, lui fait découvrir Paris et les cabarets où jouent ses amis. Alain est définitivement conquis au grand étonnement de ses camarades de classe…

Nous parlions tout récemment du réalisateur Maurice Delbez (1922-2020) à l’occasion de l’édition de La Roue en version restaurée chez Coin de Mire Cinéma. Un metteur en scène dont je ne connaissais que le second long-métrage, A pied, à cheval et en voiture (1957), gros succès avec 3,5 millions de spectateurs, interprété par Noël-Noël et un jeune débutant du nom de Jean-Paul Belmondo. Sorti en 1964, Rue des cascades (Un gosse de la butte, titre imposé par la Columbia) est le dernier film de Maurice Delbez, dont la sortie catastrophique (une semaine à l’affiche en raison d’une distribution calamiteuse et dite « technique ») le crible de dettes. Le cinéaste se tourne alors vers la télévision, signe des épisodes de la série Les Saintes chéries avec Micheline Presle et Daniel Gélin, dirige Fernandel dans L’amateur ou S.O.S. Fernand, puis entre au Service de la Recherche de l’ORTF, devient Directeur des Programmes à FR3-Nord Picardie et Directeur des Études de l’IDHEC. Au début des années 1980, il revient derrière la caméra et enchaîne les téléfilms (Les Menteurs avec Jean-Marc Thibault, Des vertes et des pas mûres avec Christine Armani), puis livre un ultime documentaire en 1990, consacré à Gilles Grangier. A travers le roman Alain et le Nègre de Robert Sabatier, Maurice Delbez a trouvé des échos à sa propre enfance passée dans un bistrot de l’Aveyron. Avec l’aide du grand Jean Cosmos (La Vie et rien d’autre, Capitaine Conan, Laissez-passer), il transpose le récit original qui se déroulait à Montmartre, dans le quartier de Ménilmontant (moins touristique, plus « ouvrier ») et met beaucoup d’éléments intimes dans le personnage du petit Alain, impeccablement incarné par Daniel Jacquinot, dans sa seule apparition au cinéma. Tendre, amusant, très émouvant, Rue des cascades est aussi une œuvre avant-gardiste, qui évoque la relation entre une femme blanche d’âge mûr et un homme noir de vingt ans son cadet, malgré toutes les critiques qui peuvent fuser autour d’eux, y compris de la part d’Alain et de ses copains, qui rappellent furieusement Le Petit Nicolas de Sempé & Goscinny. Un trésor qui s’était volatilisé depuis des années, qui refait enfin surface.

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Test DVD / Une femme du monde, réalisé par Cécile Ducrocq

UNE FEMME DU MONDE réalisé par Cécile Ducrocq, disponible en DVD le 6 avril 2022 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Laure Calamy, Nissim Renard, Béatrice Facquer, Romain Brau, Maxence Tual, Sam Louwyck, Diana Korudzhiyska, Amlan Larcher…

Scénario : Cécile Ducrocq & Stéphane Demoustier

Photographie : Noé Bach

Musique : Julie Roué

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

A Strasbourg, Marie se prostitue depuis 20 ans. Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Et un fils, Adrien, 17 ans. Pour assurer son avenir, Marie veut lui payer des études. Il lui faut de l’argent, vite. Elle va alors traverser la frontière quotidiennement et se prostituer dans une maison close allemande.

Si la consécration est venue en 2020 avec le merveilleux Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, cela fait pourtant plus de dix ans que Laure Calamy illumine le cinéma français, depuis 2011 exactement, quand nous l’avions découvert dans le magnifique Un monde sans femmes de Guillaume Brac, qui révélait en même temps Vincent Macaigne. La comédienne a toujours montré le bout de son superbe nez, au second comme à l’arrière-plan, en crevant l’écran à chaque apparition, dans 9 mois ferme d’Albert Dupontel, Sous les jupes des filles d’Audrey Dana, Fidelio, l’odyssée d’Alice de Lucie Borleteau, À trois on y va de Jérôme Bonnell, Victoria de Justine Triet, Roulez jeunesse de Julien Guetta, Nos batailles de Guillaume Senez ou Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret. Le César de la meilleure actrice en poche, tout en cartonnant dans la série Dix pour cent, Laure Calamy a passé la vitesse supérieure en tenant enfin le haut de l’affiche. C’est le cas pour Une femme du monde de Cécile Ducrocq, prolongement du court-métrage La Contre-allée (César du meilleur court métrage), réalisé en 2014, dans lequel l’actrice incarnait déjà une prostituée, dont le mode de vie était menacé par la concurrence à bas prix de ses collègues africaines, qui engageait trois militants d’extrême-droite pour régler ses affaires, avant d’être elle-même victime des trois individus menaçants. On retrouve quelques échos à La Contre-allée dans Une femme du monde (la scène inaugurale surtout), même si le personnage principal ne s’appelle pas pareil et qu’elle est ici la mère d’un adolescent de 17 ans, qui ignore tout de ses activités. Quand celui-ci se retrouve dans une mauvaise passe et joue son avenir en étant sur le point d’intégrer une grande école de cuisine, qui demande la somme colossale de près de 10.000 euros, Marie est prête à tout (et c’est là le véritable sujet du film), quitte à mettre ses principes de côté, pour réunir l’argent nécessaire, afin d’offrir à Adrien la chance qu’elle n’a jamais eue. Et Laure Calamy de signer une fois de plus une prestation époustouflante, très largement plébiscitée par la critique et auréolée d’une nouvelle nomination aux César en 2022.

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Test Blu-ray / La Roue, réalisé par Maurice Delbez et André Haguet

LA ROUE réalisé par Maurice Delbez et André Haguet, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 18 mars 2022 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Servais, Pierre Mondy, Catherine Anouilh, Claude Laydu, François Guérin, Julien Bertheau, Georges Chamarat, Yvette Etievant, Georges Jamin, Louis Viret, Paul Peri…

Scénario : Oscar-Paul Gilbert, d’après le film d’Abel Gance, La Roue

Photographie : Pierre Petit

Musique : Louiguy

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

1940. Conduit par le mécanicien Pelletier, un dernier train emporte, à travers les bombardements, les familles qui fuient le Nord de la France… Une jeune femme est tuée et laisse à ses côtés une enfant en bas âge, Norma, que Pelletier va adopter et envoyer en nourrice avec son fils de 5 ans. Les années passent. Les deux jeunes gens viennent s’installer chez leur père et découvrent sa vie de cheminot qui ne laisse de place à personne d’autre qu’à sa locomotive à vapeur…

Quasiment 35 ans après La Rose du rail (1923), connu sous le titre La Roue, André Haguet et Maurice Delbez réalisent un remake plus condensé du film fleuve d’Abel Gance (« inspiré par l’oeuvre célèbre d’Abel Gance » indique le générique), qui durait entre 4h30 et 8h suivant les montages qui se sont succédé. En à peine 100 minutes, les deux réalisateurs reprennent les grands traits du film original, ainsi que le prénom du personnage féminin principal, Norma, même si ceux-ci insistent sans doute moins sur l’étrange passion que le père ressent pour sa fille adoptive, tout en écartant l’histoire secondaire du fils qui tombe amoureux de celle qu’il croit être sa sœur. La Roue est un drame plus sobre et somme toute plus classique, qui repose sur l’impérial Jean Servais (Au service du diable, Les Centurions, L’Homme de Rio, Du rififi chez les hommes), qui incarne son personnage sur une quinzaine d’années, durant lesquelles celui-ci devra affronter la maladie, mais aussi ses tourments. Il pourra compter sur l’aide de son meilleur ami et collègue de toujours, Jean, interprété par l’immense Pierre Mondy. Mais au-delà de son récit mélodramatique, La Roue vaut aussi pour son aspect documentaire, puisque le film dissèque le boulot d’un cheminot et de son mécanicien au temps de la locomotive à vapeur.

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Test 4K UHD / La Balance, réalisé par Bob Swaim

LA BALANCE réalisé par Bob Swaim, disponible en Combo 4K Ultra HD + Blu-ray le 15 février 2022 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Philippe Léotard, Nathalie Baye, Richard Berry, Maurice Ronet, Bernard Freyd, Christophe Malavoy, Jean-Paul Comart, Albert Dray, Florent Pagny, Tchéky Karyo, Sam Karmann…

Scénario : Bob Swaim & Mathieu Fabiani

Photographie : Bernard Zitzermann

Musique : Roland Bocquet

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

Mathias Palouzi, flic responsable des brigades territoriales, s’est mis en tête d’arrêter le roi de la pègre de Belleville : Roger Massina. Pour atteindre son but, un indic lui est indispensable. Quand celui qui l’informait est retrouvé assassiné, Palouzi n’a plus qu’à chercher une autre « balance ». Dédé Laffont, petit proxénète, apparaît comme le remplaçant idéal : il a un contentieux avec Massina et désire se venger.

Né en 1943 dans l’Illinois, Bob Swaim s’installe en France en 1965, où il s’inscrit à la Sorbonne, section ethnologie. Devenu un fidèle de la Cinémathèque, il commence à étudier à l’École Louis Lumière, puis devient cameraman, avant de signer trois courts-métrages, Le Journal de M. Bonnafous (1970), L’Autoportrait d’un pornographe (1972) et Vive les Jacques (1973). Il passe le cap du long-métrage en 1977 avec La Nuit de Saint-Germain-des-Prés, dans lequel Michel Galabru interprète le légendaire Nestor Burma, d’après Léo Malet, et dirige un certain Daniel Auteuil, qui faisait ses premiers pas au cinéma. Échec cinglant, le film n’attire même pas 50.000 spectateurs…1982, Bob Swaim fait son retour derrière la caméra et crée l’événement avec La Balance. Avec ses 4,2 millions d’entrées, ce polar se classe en cinquième position au box office cette année-là, derrière E.T. l’extraterrestre, L’As des as, Deux heures moins le quart avant J.C. et Le Gendarme et les Gendarmettes, et parvient à se classer devant La Boum 2, Les Misérables de Robert Hossein, Mad Max 2, le défi et Les Sous-doués en vacances. Carton plein pour La Balance, qui obtient huit nominations aux César et récolte les compressions tant convoitées de la Meilleure actrice, du Meilleur acteur et du Meilleur film. Quarante ans après son raz-de-marée, La Balance demeure une valeur sûre du film policier hexagonal. S’il reste indéniablement représentatif de son époque et si les premières minutes peuvent faire peur avec son côté nanar et kitsch, La Balance déploie ensuite un récit riche en rebondissements et déploie un éventail de personnages excellemment écrits, développés, croqués, documentés, remarquablement interprétés par Nathalie Baye, Philippe Léotard, Richard Berry, Christophe Malavoy, Jean-Paul Comart, Florent Pagny, Tchéky Karyo et bien d’autres. Si l’on a souvent loué l’importance des Ripoux de Claude Zidi, de Police de Maurice Pialat, et de L.627 de Bertrand Tavernier, sortis respectivement deux ans, trois ans et dix ans après, dans sa représentation réaliste du quotidien de la brigade des stupéfiants de Paris, La Balance posait déjà les bases, les intentions et les partis-pris. L’oeuvre de Bob Swaim était donc ce qu’on peut qualifier d’avant-gardiste, avait su saisir quelque chose d’inédit d’un genre en pleine mutation, qui allait engendrer moult ersatz, séries B et Z et même changer la donne quant aux codes des séries télévisées du genre qui reprendront le même schéma (même encore aujourd’hui) plus réaliste. La Balance est ni plus ni moins une pierre angulaire du polar français.

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Test DVD / Un héros ordinaire, réalisé par Emilio Estevez

UN HÉROS ORDINAIRE (The Public) réalisé par Emilio Estevez, disponible en DVD le 17 février 2022 chez Metropolitan Video.

Acteurs : Alec Baldwin, Emilio Estevez, Jena Malone, Taylor Schilling, Christian Slater, Che Rhymefest Smith, Gabrielle Union, Jacob Vargas, Michael K. Williams, Jeffrey Wright…

Scénario : Emilio Estevez

Photographie : Juan Miguel Azpiroz

Musique : Tyler Bates & Joanne Higginbottom

Durée : 1h55

Année de sortie : 2018

LE FILM

Après l’arrivée soudaine d’une vague de froid, la bibliothèque publique de Cincinnati devient un refuge pour de nombreuses personnes démunies ou sans-abri, menés par un certain Jackson. Cela n’est pas sans poser quelques petits problèmes de cohabitation au sein de l’établissement d’autant plus que les SDF refusent fermement de quitter les lieux. Rapidement, leur sit-in devient un acte de désobéissance qui déclenche l’arrivée de la police antiémeute qui souhaite les expulser de ce centre de loisirs…

Tiens, il était passé où Emilio Estevez ? Si son frangin Charlie Sheen a longtemps fait les choux gras de la presse people tout en trustant la première place des acteurs les mieux payés de la télévision, Emilio n’a guère fait parler de lui depuis quand ? Un quart de siècle peut-être ? Le comédien culte (né en 1962) des années 1980 d’Oustiders de Francis Ford Coppola, de La Mort en prime Repo Man d’Alex Cox, de The Breakfast Club de John Hughes, d’Étroite surveillance Stakeout de John Badham, de Young Guns de Christopher Cain (et de sa suite) et même de Maximum Overdrive de Stephen King, commencera à se faire plus rare la décennie suivante. Car à part la trilogie des Petits Champions The Mighty Ducks et à la rigueur le fendard Alarme fatale Loaded Weapon 1 de Gene Quintano, il est difficile de se remémorer Emilio Estevez sans sa coupe mulet. C’est en fait derrière la caméra qu’il s’épanouira, aussi bien à la télévision (Le Protecteur The Guardian, Cold Case : Affaires classées, Les Experts : Manhattan, Numb3rs) qu’au cinéma avec l’intéressant film choral Bobby (2006), ainsi que The Way, la route ensemble (2010), pour lequel il offre à son père Martin Sheen l’un de ses plus beaux rôles, tout en lui donnant la réplique. Huit ans après ce film, Emilio Estevez revient à la mise en scène et s’octroie le premier rôle dans Un héros ordinaire The Public, où il s’entoure d’un casting soigné, d’Alec Baldwin à Jena Malone, en passant par Christian Slater et Jeffrey Wright, sans oublier l’excellente Taylor Schilling, star de la série Orange Is the New Black. Un héros ordinaire est un film indépendant qui repose essentiellement sur sa distribution impliquée, comprenez par là que chaque acteur a accepté de baisser son cachet habituel pour y apparaître, qui ne laissera évidemment pas beaucoup de souvenirs après coup car noyé dans la masse ou dans le tout-venant. Néanmoins, il se dégage une mélancolie de The Public, durant lequel on s’attache à l’ensemble des personnages et à cette petite histoire porteuse d’un message d’entraide. S’il ne se gravera assurément pas dans les mémoires, Un héros ordinaire contient quelques scènes sympathiques et mérite qu’on y accorde une projection.

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