Test 4K Ultra-HD / Les Charnelles, réalisé par Claude Mulot

LES CHARNELLES réalisé par Claude Mulot, disponible en édition 4K Ultra HD + Blu-ray le 13 juillet 2020 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anne Libert, Francis Lemonnier, Patrick Penn, Barbara Sommers, Georges Guéret, Karin Meier, Katia Tchenko, Robert Lombard…

Scénario : Claude Mulot, Jean-Paul Guibert

Photographie : Jacques Assuerus

Musique : Eddie Vartan

Durée : 1h27

Année de sortie : 1974

LE FILM

Benoît, un fils de « bonne famille » est violent, impuissant et voyeur. Traumatisé depuis son enfance par une belle-mère exhibitionniste et un père insensible, le jeune homme bascule peu à peu dans la folie jusqu’à commettre l’irréparable.

Lors de notre chronique consacrée à l’édition 4K UHD de La Rose écorchée, nous avions présenté Claude Mulot ainsi : Nourri au cinéma de genre, cinéphage, le réalisateur Claude Mulot (1942-1986) aura réussi à marquer les spectateurs passionnés par les films Bis en une poignée de longs métrages d’exploitation. Egalement connu sous le pseudonyme Frédéric Lansac (nom repris du personnage principal de La Rose écorchée) par les plus polissons d’entre nous avec ses œuvres intitulées Les Charnelles (1974), Le Sexe qui parle (1975) ou bien encore La Femme-objet (1981) avec la sublimissime Marilyn Jess, Claude Mulot démarre sa carrière en 1968 avec la comédie coquine Sexyrella. Mais c’est en 1970 qu’il signe ce qui restera son chef d’oeuvre, La Rose écorchée, un film d’épouvante imprégné de l’oeuvre de Georges Franju, Les Yeux sans visage, mais aussi du cinéma gothique transalpin et même des opus de la Hammer. Sans oublier une petite touche de Psychose d’Alfred Hitchcock. Merveille visuelle et animée par un amour incommensurable pour le septième art, La Rose écorchée est aujourd’hui considérée comme une pierre angulaire du cinéma de genre hexagonal, qui a aussi révélé une magnifique comédienne, Annie Duperey. Le scénariste et complice de Max Pécas sur le très beau Je suis une nymphomane (1971), puis sur les films estampillés « Dimanche soir sur M6 » Embraye bidasse… ça fume (1978), On est venu là pour s’éclater (1979), Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu (1980) et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1987) a toujours continué sur sa lancée du cinéma de genre, notamment avec le remarquable La Saignée (1971), étonnant thriller dramatique, percutant, sombre, pessimiste, où le cinéaste confirmait sa virtuosité. En 1973, changement de cap vers la comédie d’aventures, Profession : aventuriers. C’est l’année suivante que Claude Mulot devient Frédéric Lansac pour réaliser Les Charnelles ou Les Émotions secrètes d’un jeune homme de bonne famille, drame très érotique situé à mi-chemin entre l’étude de mœurs et psychologique qu’affectionnait le cinéaste, et le cinéma pornographique qu’il abordera frontalement peu de temps après. C’est un film qui a le cul entre deux chaises, ou filmé plein cadre quand les jolies demoiselles se trémoussent, se déshabillent ou copulent sur le même (et excellent) thème musical du génial Eddie Vartan. Les Charnelles demeure une curiosité puisque bien que répondant au cahier des charges (ou « décharge » c’est selon) du cinéma érotique alors en plein boum, les personnages, notamment celui campé par le très bon Francis Lemmonier ne sont pas oubliés ou vides, mais toujours ambigus et intéressants. Le parfait équilibre entre le cinéma d’auteur (parfois à la limite de l’expérimental lors de la baise psychédélique) et le pur cinéma d’exploitation en quelque sorte.

Psychologiquement instable, perverti par sa belle-mère dans des jeux sexuels particulièrement troubles, Benoît Landrieux, jeune homme marginal vivant dans l’ombre de son riche industriel de père, est devenu un voyeur à l’adolescence. Seule sa déviance lui permet désormais de retrouver sa virilité. Sa rencontre avec Jean-Pierre et Isabelle, couple de paumés vivant de larcins, va l’entraîner dans une folle cavale marquée par des actes de violence de plus en plus graves, jusqu’à atteindre le point de non-retour.

Les Charnelles a beau s’inscrire dans le genre érotique et ce dès la première séquence où un groupe de nanas observent et commentent l’entrejambe de quelques spécimens de la gent masculine, Claude Mulot se sert de ces (belles) séquences pour dresser le portrait d’un fils à papa fragile, déséquilibré, violent et à l’existence dispendieuse, qui pète un câble quand il se voit couper les vivres (et donc les couilles pour ainsi dire) par sa famille. Benoît, auquel Francis Lemonnier (vu dans le superbe et méconnu Galia de Georges Lautner, ainsi que dans La Saignée et Profession : aventuriers de Claude Mulot) apporte son charisme et sa belle voix à ce personnage dérangeant, se lie alors à Jean-Pierre (Patrick Penn, aperçu dans le génial La Raison du plus fou de François Reichenbach et l’improbable New Generation de Jean-Pierre Lowf Legoff), un jeune voyou, et tous deux arrachent Isabelle (Anne Livert, une des muses de Jesús Franco) à un beau-père abusif. Avec l’aide de ses deux amis, Benoît organise un cambriolage dans l’entreprise paternelle, qui échoue lamentablement, puis met au point un chantage à l’encontre de sa charmante belle-mère.

Dans Les Charnelles, Claude Mulot montre un personnage enchaîné dans ses névroses, dues entre autres à une belle-mère incestueuse et provocante qui aide les jeunes gens en attente réinsertion tout en abusant d’eux. Beau programme en perspective, mais le réalisateur est assez malin pour ne pas tomber dans la gratuité et la crasse toute faite. Ses trois marginaux ne le sont pas devenus par hasard et c’est ce qui rend le film intéressant, même s’il n’est pas interdit de se rincer l’oeil durant les (longues) scènes érotiques, souvent frontales et qui arrivent un peu comme un cheveu (ou un poil pubien) sur la soupe. Mais cela correspond finalement assez bien à la psyché quelque peu perturbée de Benoît, dont le point d’orgue sera la tentative de viol d’une tenancière de café à laquelle Katia Tchenko prête ses « belles doudounes » comme les appelait Victor Lanoux dans La Carapate de Gérard Oury (1978).

La même année, Claude Mulot s’attaquera à un autre genre, celui de la comédie, avec C’est jeune et ça sait tout (ou Y’a pas de mal à se faire du bien), porté par un casting « royal » composé de Michel Galabru, Jean Lefebvre, Darry Cowl, Daniel Ceccaldi et même Michel Audiard. Un réalisateur touche à tout, qui aimait et vivait pour le cinéma, sous toutes ses formes.

LE COMBO BLU-RAY + 4K UHD + DVD

Après Gwendoline et Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff, dont vous pouvez retrouver les chroniques très détaillées sur notre site, Le Chat qui fume livre son édition Blu-ray + 4K UHD des Charnelles de Claude Mulot. Attention, le DVD contient uniquement un autre film du réalisateur, Black Vénus (1983) sur lequel nous reviendrons plus bas. Ces trois disques sont disposés dans un Digipack à trois volets, cette fois encore très beau, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Le Chat qui fume est allé à la rencontre d’Anne Livert, qui interprète Isabelle dans Les Charnelles (21’). L’une des muses de Jesús Franco qui aura marqué les amateurs de cinéma Bis dans La Malédiction de Frankenstein, Trois filles nues dans l’île de Robinson, La fille de Dracula, Les Ebranlées, Les Démons et Le Journal intime d’une nymphomane se rappelle tout d’abord de ses débuts au cinéma…devant la caméra de Roger Vadim dans Le Vice et la vertu (1963), « pour lequel le réalisateur recherchait des jeunes vierges, pour tourner dans un château avec Catherine Deneuve ». Ou comment le cinéma est venu à elle en raison d’une erreur d’adresse…Anne Livert passe en revue ses diverses collaborations, avec Jesús Franco bien évidemment (qui mettait en scène plusieurs films en même temps, ce qui perdait toujours les comédiens), mais aussi avec Claude Mulot, sur lequel elle revient et partage ses souvenirs liés au tournage des Charnelles.

Déjà apparu dans les suppléments du Journal intime d’une nymphomane, également disponible chez Le Chat qui fume, le chef monteur Gérard Kikoïne (27’) partage à nouveau de multiples anecdotes, cette fois sur Claude Mulot, avec lequel il a collaboré sur Les Charnelles (en tant que responsable du doublage), Le Sexe qui parle (1975), Shocking ! (1976), La Rage de jouir / Extases extra-conjugales (1976) et L’Immorale (1980) pour ce qui concerne le montage image et son. L’invité du Chat, souvent très ému quand il parle de Claude Mulot dont il dresse un très beau portrait, se souvient de leur rencontre, du talent et de la passion pour le cinéma de celui qu’il appelle son mentor. S’il s’égare très souvent en commençant une nouvelle anecdote, sans avoir terminé la précédente, Gérard Kikoïne reste comme toujours passionnant, chaleureux et drôle.

Acteur, producteur et scénariste, Francis Mischkind (34’) revient sur sa rencontre avec Claude Mulot dans les années 60, son rôle dans la distribution du film Les Charnelles, la censure, les tournages et bien sûr les films pour adultes que Claude Mulot tourna pour lui sous le nom de Frédéric Lansac. C’est en 1971 que Francis Mischkind se lance dans la production de films érotiques, avant de passer au cinéma pornographique, en 35 mm puis en vidéo, avant de passer au genre pornographique sous le label Alpha France, qui deviendra Blue One dans les années 1990. Francis Mischkind devient ainsi le premier producteur de films pornographiques français, avec des longs-métrages réalisés par des cinéastes comme Frédéric Lansac (Claude Mulot donc), Burd Tranbaree ou Gérard Kikoïne (encore lui). Une interview dense, riche, intelligente et pleine de tendresse (si si) durant laquelle on sent que Francis Mischkind ne peut cacher son émotion et son admiration pour Claude Mulot, mais aussi quand il parle des années 70 (« il y avait une liberté qui a complètement disparu aujourd’hui ») et de la crainte que lui inspire le monde moderne. Parallèlement, les conditions de tournage des Charnelles sont évoquées.

Le dernier entretien de cette édition se passe en compagnie de Didier Philippe-Gérard (23’), réalisateur français qui contribua à l’âge d’or du cinéma pornographique français à compter de 1975 et qui a été l’assistant-réalisateur de Claude Mulot (ainsi que le beau-frère) sur La Saignée, Belles d’un soir, Le Sexe qui parle, Shocking !, Blue Ecstasy, La Grande baise, Suprêmes jouissances, La femme-objet et bien sûr sur Les Charnelles. Cette fois encore, il se dresse un formidable portrait de l’homme et du cinéaste Claude Mulot, amoureux du cinéma et plus particulièrement de fantastique et de séries B hollywoodiennes, un fêtard, un passionné, un autodidacte, un bosseur, un insomniaque animé par un désir de transgression…Didier Philippe-Gérard évoque aussi ce que Claude Mulot lui a appris (notamment du point de vue de l’écriture des scénarios), tout en revenant sur quelques-unes de leurs collaborations.

Les deux scènes inédites (2’20 et 1’45) qui servaient à allonger la durée du long-métrage, dans le cas où la censure de certains pays qui sévissait lourdement entraînait le remplacement d’une scène érotique par une scène dite traditionnelle, ne servent quasiment à rien puisqu’elles « prolongent » une séquence de danse en boite de nuit ou le trajet à moto de nuit.

Même chose concernant le générique alternatif (1’55) où le seul le titre change et indique Les Émotions secrètes d’un jeune homme de bonne famille à la place des Charnelles.

En bonus, l’éditeur joint un autre film de Claude Mulot, présent sur un DVD ! :

Personne, homme ou femme, ne résiste à Vénus, la séductrice à la peau d’ébène. Mais lorsqu’elle devient la muse et la maîtresse d’un jeune sculpteur sans le sou, les choses prennent un tour nouveau. Violence, lesbianisme, humiliation, descente aux enfers. Karin Schubert et Mandy Rice-Ravies participent à cette véritable odyssée de la perversion au coeur de la société victorienne…

La Vénus NoireBlack Venus est l’avant-dernier long-métrage réalisé par Claude Mulot en 1983. Visiblement inspiré par une nouvelle d’Honoré de Balzac et écrit par Harry Alan Towers (L’Appel de la forêt version Ken Annakin et scénariste de quelques Jesús Franco comme Sumuru, la cité sans hommes), ce mélodrame historico-érotique s’avère une très belle surprise. Produit par Playboy Enterprises et diffusé à l’origine dans une version éditée de 80 minutes sur la chaîne Playboy, La Vénus Noire est ici présentée dans une version non coupée de 95 minutes, uniquement en langue française. Lorsque le riche collectionneur d’art Jacques (Emiliano Redondo) visite un bordel parisien géré par Madame Lili (Mandy Rice-Davies), il reconnaît l’une des prostituées comme étant Vénus (la magnifique Josephine Jacqueline Jones, qui rappelle Rosario Dawson), une Martiniquaise noire. Dans un flashback, Jacques se souvient avoir présenté Vénus à un sculpteur doué mais appauvri, Armand (José Antonio Ceinos), qui persuade Vénus de devenir son modèle d’art et son amant. Armand devient de plus en plus obsédé par Vénus et la statue d’elle sur laquelle il travaille. Pour aider Armand à payer le loyer, Vénus prend le travail de modèle pour une couturière, Madame Jean (Helga Liné). Plusieurs clients de Madame Jean tombent amoureux de Vénus, parmi lesquels Marie (Karin Schubert, dans une scène saphique), une femme riche dont le mari est souvent absent. Vénus gagne beaucoup d’argent en tant que mannequin qu’Armand l’accuse d’être une prostituée. Finalement, la jalousie et la violence croissante d’Armand chassent Vénus; qui emménage avec Marie en tant que femme gardée.

Claude Mulot raconte une histoire d’obsession, proche d’une autre Vénus, celle de La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée. Comme souvent chez le réalisateur, le film oscille entre le kitsch (dans le jeu parfois gnan-gnan des actrices qui passent souvent leur temps à rigoler) et le lyrique, certaines scènes étant particulièrement bien mise en scène et toujours superbement photographiée. La passion dévorante est au coeur de cette Black Venus que nos vous conseillons largement.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce des Charnelles et sa version anglaise « Sex Without Love ».

L’Image et le son

A l’instar de ses masters 4K de La Rose écorchée, de Gwendoline et des Week-ends maléfiques du Comte Zaroff, celui des Charnelles ne déçoit pas outre mesure et la promotion UHD sied volontiers aux partis pris du directeur de la photo Jacques Assuérus (Godefinger ou Certaines chattes n’aiment pas le mou, Et la tendresse?… Bordel!, Rendez-moi ma peau…, Le Démon dans l’île). Une restauration tout à fait splendide et dont le 4K se différencie du Blu-ray par une luminosité et des détails encore plus poussés. Le grain cinéma est présent, fin, élégant, le piqué est acéré, les couleurs fraîches et la propreté remarquable.

La piste DTS-HD Master Audio 2.0 délivre ses dialogues avec ardeur et fermeté, jamais parasités par un souffle chronique ou quelques craquements intempestifs. C’est nickel, dynamique, suffisamment riche et le confort appréciable.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Boum productions / Liliom Audiovisuels / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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