Test Blu-ray / Un singe en hiver, réalisé par Henri Verneuil

UN SINGE EN HIVER réalisé par Henri Verneuil, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juin 2020 chez Gaumont.

Acteurs : Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon, Noël Roquevert, Gabrielle Dorziat, Paul Frankeur, Hella Petri, Marcelle Arnold…

Scénario : François Boyer, Henri Verneuil & Michel Audiard d’après le roman d’Antoine Blondin

Photographie : Louis Page

Musique : Michel Magne

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

L’hôtelier d’une petite station balnéaire de Normandie a juré à sa femme de ne plus toucher à un verre d’alcool. C’était sans compter avec l’arrivée de Fouquet qui surgit avec la tentation…

Si je buvais moins, je serais un autre homme, et j’y tiens pas !

Ravis de leurs précédentes collaborations sur Des gens sans importance (1956) et Le Président (1961), Jean Gabin et Henri Verneuil se retrouvent en 1962 pour l’adaptation du roman éponyme d’Antoine Blondin (prix Interallié en 1959), Un singe en hiver. Quelques années auparavant, une première tentative de transposition avait été refusée par la MGM qui n’y voyait qu’une simple et honteuse histoire d’alcooliques. Après le projet d’adaptation du roman Au large d’Eden de Roger Vercel, abandonné suite au refus de Jean Gabin (faute de pied marin), le studio revient finalement sur sa décision. Henri Verneuil obtient le feu vert pour Un singe en hiver.

En juin 1944, Albert Quentin (Jean Gabin), ancien quartier maître du corps expéditionnaire en Chine, tient, avec sa femme Suzanne (Suzanne Flon) rencontrée à La Bourboule, l’hôtel Stella dans le village de Tigreville, sur la côte normande aux environs de Deauville. Il se laisse souvent aller à trop boire, ce qui le porte à la nostalgie de sa jeunesse militaire vécue sur le Yang-Tsé-Kiang. Lors d’un bombardement en juin 1944, il promet à Suzanne de ne plus boire si l’hôtel échappe à la destruction ; promesse tenue. Quinze ans plus tard, débarque un soir Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo), homme jeune et remuant, publicitaire de son état. Fouquet boit pour effacer l’échec de sa vie sentimentale avec Claire qui vit à Madrid, « voyager » en Espagne grâce à l’alcool, et rêver de tauromachie. Il vient voir sa fille Marie pensionnaire à Tigreville, dans une pension dont Mme Victoria, la directrice qui, pourtant française, ne parle qu’anglais. Les deux hommes, qui n’ont pas « le vin petit ni la cuite mesquine », vont connaître deux jours d’évasion grâce à l’ivresse, l’un en Espagne et l’autre en Chine. Ce sera l’occasion d’un duo a cappella sur la fameuse chanson Nuits de Chine. L’apothéose de cette soûlographie est atteinte avec un feu d’artifice « dantesque » sur la plage.

Ecoute ma bonne Suzanne, t’es une épouse modèle ! Mais si, t’as que des qualités ! Et physiquement t’es restée comme je pouvais l’espérer : c’est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois même si c’était à refaire, je t’épouserais de nouveau. Mais tu m’emmerdes… Tu m’emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour mais TU – M’EN – MERDES !

Aujourd’hui, ce grand classique, ce chef-d’oeuvre du cinéma populaire français demeure la plus grande et la plus belle cuite du 7e Art hexagonal. Sur un scénario et des dialogues signés Michel Audiard, Jean-Paul Belmondo, étoile montante de la Nouvelle Vague tout juste révélé par A bout de souffle (et qui allait exploser avec Cartouche de Philippe de Broca) et le « Vieux » Gabin, ressuscité par Touchez pas au grisbi (1954), livrent une prestation extraordinaire, les deux étant parfaits d’alchimie. Avec son élégance habituelle, Henri Verneuil soigne sa mise en scène et plonge les spectateurs autant que ses personnages, dans une ivresse sensorielle, émouvante, alcoolisée certes – au point que le Ministère de la Santé a longtemps refusé de donner son visa pour la sortie du film pour cause « d’apologie de l’alcool » – mais terriblement poétique et nostalgique.

Une paella sans coquillage, c’est comme un gigot sans ail, un escroc sans rosette : quelque chose qui déplaît à Dieu !

Il faut voir Jean Gabin renaître au contact de la pile électrique Bebel (Daniel Gélin avait d’abord été pressenti pour le rôle de Gabriel) qui lui rappelle sa jeunesse, son rêve d’aventures, sa folie, son rejet des responsabilités, un fils qu’il n’a pas eu. « T’es mes vingt ans » déclare le vieil Albert au « môme » Gabriel lors d’une soirée mémorable où l’alcool coule à flots. Henri Verneuil enchaîne les scènes cultes comme des perles sur un collier à l’instar du flamenco et de la corrida endiablée exécutée par Bebel avec les voitures à l’entrée de la ville devant une foule en délire. Et résonne encore le thème principal du grand Michel Magne…

Monsieur Esnault, si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille !

Rencontre choc de deux générations d’acteurs, Un singe en hiver marque également la deuxième collaboration entre Henri Verneuil et Jean-Paul Belmondo, après le segment du film à sketches La Française et l’Amour, tourné deux ans auparavant. Les deux hommes se retrouveront ensuite pour les magnifiques Cent mille dollars au soleil (1963), Week-end à Zuydcoote (1964), Le Casse (1971), Peur sur la ville (1975), Le Corps de mon ennemi (1976) et, plus légèrement, Les Morfalous (1984).

Pourquoi buvez-vous ?
La question m’a déjà été posée Monsieur le Proviseur !
Probablement par des gens qui vous aiment bien !
Probablement… Claire me la posait trois fois par semaine. Elle devait m’adorer.

LE BLU-RAY

Six ans après une superbe édition digibook, qui renfermait le Blu-ray du film, ainsi qu’un petit livret exclusif de 16 pages richement illustré, qui délivrait quelques notes de production signées Marc Toullec, Un singe en hiver change de crémerie, passant d’EuropaCorp à chez Gaumont. Nouvel habillage, tout comme un menu principal animé et musical.

L’ancienne édition comprenait un formidable documentaire rétrospectif de près d’une demi-heure, réalisé par Jérôme Wybon, ponctué d’images et de photos de tournage, ainsi que d’archives filmées sur le plateau comme les interviews des comédiens et du réalisateur. Ce module croisait les propos de Jacques Bar (producteur), d’Henri Verneuil (au son et à l’image altérés), de Philippe Lombard (journaliste), de Claude Pinoteau (assistant-réalisateur), de Michel Audiard (scénariste, dialoguiste), de Jean-Paul Belmondo et de Jean Gabin. Ce module très bien fait passait en revue la genèse du projet, le casting, la rencontre puis l’amitié de Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo (réunis par leur amour du sport), la direction d’acteurs d’Henri Verneuil, le tout marqué par de nombreuses et savoureuses anecdotes de tournage. Cette section se composait aussi d’un petit reportage de cinq minutes réalisé à Villerville, rebaptisée Tigreville dans Un singe en hiver, mettant en parallèle les lieux de tournage à l’époque et ce qu’ils sont devenus 50 ans après. L’ensemble était illustré par les propos de Claude Pinoteau, repris des interviews du premier segment.

Pour cette nouvelle édition HD Gaumont, nous trouvons trois entretiens croisés (45’). Ceux de Patrick Glâtre (chargé de mission Image et Cinéma, auteur de Jean Gabin, la traversée d’un siècle), d’Alain Cresciucci (essayiste et biographe d’Antoine Blondin) et de Philippe Lohier (auteur de l’ouvrage Les Tribulations matamoresques d’un singe à Tigreville). Ce documentaire inédit de Roland-Jean Charna est bien sympathique, mais les propos glanés ici et là n’apportent rien ou pas grand-chose d’inédit par rapport à tout ce qui a déjà été entendu dans les anciens suppléments. Les trois intervenants replacent Un singe en hiver dans la filmographie de Jean Gabin, l’oeuvre d’Antoine Blondin est mise en parallèle avec son adaptation à l’écran. Ils évoquent également la rencontre entre Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin, ainsi que le thème de l’alcool dans le film, en pointant notamment l’omniprésence de marques célèbres autour des personnages.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

L’éditeur semble avoir repris l’ancien master HD précédemment disponible chez EuropaCorp. On retrouve donc les bons, comme les mauvais points de l’ancien Blu-ray avec un master HD (1080p, AVC) au format respecté 2.35 qui en met souvent plein les yeux, même si la définition tend à flancher sur les séquences sombres et nocturnes. En effet, en basse lumière, la gestion du grain devient chancelante, l’ensemble devient poreux et le piqué s’émousse. En revanche, passé un générique légèrement tremblant, les séquences diurnes s’avèrent resplendissantes, luminescentes même, sans doute trop diront certains puisque les visages semblent manquer de détails. La restauration est néanmoins étincelante, les contrastes suffisamment denses, la stabilité est de mise, les gris riches. Les stock-shots utilisés lors du bombardement se voient toujours comme le nez au milieu de la figure, quelques flous sporadiques font parfois une apparition remarquée et diverses séquences paraissent plus douces.

La piste mono bénéficie d’une piste en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations demeurent inévitables surtout quand Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo poussent la chansonnette, l’écoute se révèle fluide et limpide. Le superbe thème musical signé Michel Magne est savamment restitué. Aucun craquement ou souffle intempestifs ne viennent perturber l’oreille des spectateurs, les dialogues sont clairs, même si certains échanges se révèlent parfois plus couverts. Les sous-titres anglais (absents de l’édition EuropaCorp) et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Gaumont / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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